Vous voulez voir comment les médias d'information trahissent leur vocation historique de nous renseigner sur l'actualité? Regardez les trois images ci-dessous...
Les trois «unes» de l'édition papier du Devoir (photo du haut), de l'édition numérique de La Presse (photo du milieu) et de l'application de l'ancien quotidien Le Droit (photo du bas) ont toutes en commun qu'on n'y trouve absolument aucune nouvelle d'actualité.
Rien sur les événements du jour au Moyen-Orient... Rien sur les plus récents développements à la Maison-Blanche... Rien sur les pérégrinations de Mark Carney... Rien au sujet du jugement de la Cour suprême sur les CPE et les demandeurs de droit d'asile... Rien sur la flambée des prix de l'essence... Rien sur le procès du cardinal Ouellet... Rien sur les actualités locales et régionales...
Enfin, vous comprenez. De mes cinq décennies en journalisme, s'il y a une chose que j'ai apprise et envers laquelle je suis profondément engagé, c'est que la toute première mission d'un journal est de fournir à son lectorat un résumé le plus complet possible des actualités locales, nationales et internationales des 24 heures précédentes.
Je ne veux pas diminuer l'importance et la pertinence des chroniques, des éditoriaux, des analyses, des grands dossiers, des cahiers spéciaux et de tout ce qui peut s'ajouter, mais sans un bon condensé des actualités du jour, ce qu'on publie n'est pas un journal quotidien d'information au sens traditionnel du terme.
Regardez les unes ci-dessus. Elles sont de plus en plus fréquentes. La première page du Devoir propose à ses lecteurs une analyse du dilemme iranien de la Chine, un enquête maison sur les maisons neuves mal bâties, et les trois quarts du haut de la une annoncent les cahiers Culture et Perspectives, ainsi que la rubrique Le Devoir d'éducation. L'actualité? Connais pas...
La Presse ne fait pas mieux. La manchette? Un reportage sur la douleur des proches de victimes de féminicides, un titre sur la conversion de bureaux en logements, des reportages sur le sandwich déjeuner petit luxe décontracté et sur les 20 ans de la Forêt des mal-aimés de Pierre Lapointe. Certes des sujets opportuns, mais zéro texte d'actualité...
Le Droit n'est plus un journal quotidien, contrairement aux deux autres mentionnés ci-haut. Mais en ouvrant son application sur une tablette, rien ne garantit qu'on trouvera à le une (si on peut parler de telle chose sur ce site Web) des articles sur les actualités de la journée précédente. Ce matin, le seul texte qui apparaît à l'écran quand on accède au site est un reportage sur ce qui change en 2026 dans les rapports d'impôt. Pour trouver les vraies manchette du jour, il faut chercher un peu partout... Bonne chance...
Je ne prétends pas que les actualités sont absentes des quotidiens et des sites Web de ces trois médias d'information (quoiqu'ils se raréfient dans l'édition papier du Devoir), mais le produit qu'ils vendent à la une en kiosque et à l'écran a bien peu à voir avec les événements qui forment les collectivités, les pays et la planète de jour en jour.
Soit les directions jugent que les actualités ne sont pas attrayantes comme outil de vente, soit leur perception du rôle fondamental d'une salle de rédaction a changé... Quoiqu'il en soit, ce que ces trois médias ont mis en vitrine ce matin constitue, pour moi, une trahison de leur mission la plus essentielle: livrer les actualités du jour, et se présenter comme tel dès leur première page.
Ce n'est pas ainsi qu'on agit envers un lectorat qu'on juge adulte et avide d'être bien informé. On ne publie pas Écho-Vedettes, Sept-Jours ou Tendances de la mode... Les grands médias d'information ont comme responsabilité de renseigner les lecteurs, au jour le jour, sur le monde qui les entoure, pour qu'ils puissent formuler des jugements en citoyens informés. Le ciment de nos démocraties.
Présentement, ça val mal à shoppe...



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