samedi 21 mars 2026

Panique au royaume de la peur...

21 mars 2026...

capture d'écran du site Web de Radio-Canada, 20 mars 2026


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«Je réponds aux gens de Gatineau. Ce que j'ai à vous dire, c'est ça qui est ça et c'est dans l'intérêt du Québec et vous êtes Québécois et Québécoises, y'en a parmi vous qui apprendront que votre emploi ne peut pas être continué dans un Québec indépendant et on aura des mesures, dans un environnement quand même où les emplois, pour cette transition-là.» (Paul Saint-Pierre Plamondon en entrevue à Radio-Canada, extrait présenté au bulletin de nouvelles et sur Facebook par le chef d'antenne d'Ici Ottawa-Gatineau, Mathieu Nadon)
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Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a affirmé au cours d'un interview à Radio-Canada ce que tout le monde sait depuis les années 1960, depuis que la souveraineté du Québec est devenue une option crédible au sein de la population : dans un Québec indépendant, des milliers d'emplois fédéraux seront intégrés à l'État québécois et il y a 100% de chances qu'un certain nombre de ces emplois situés à Ottawa ou Gatineau déménagent à Québec, Montréal ou ailleurs. Par ailleurs, en cas de dédoublements inutiles, un nombre indéfini d'emplois seront sans doute abolis.; et qu'il y aura des mesures de transition pour les personnes touchées.

TOUT LE MONDE SAVAIT DÉJÀ QUE C'EST LÀ LE SCÉNARIO LE PLUS PLAUSIBLE. Imaginez: si PSPP avait tenté dissimuler les conséquences probables de la souveraineté pour les emplois fédéraux dans la région de Gatineau, on serait monté sur toutes les tribunes pour l'accuser de mentir à des fins électorales. Avec raison. Mais s'il dit la vérité - une vérité connue de tous par ailleurs - alors pourquoi grimpe-t-on dans les rideaux, pourquoi se déchire-t-on sa chemise sur la place publique, pourquoi pogne-t-on les nerfs?

Ls statut de Mathieu Nadon sur Facebook a suscité pas moins de 1200 commentaires à l'image des plus de 70% des résidents de Gatineau qui ont voté «Non» en 1995. Il faut dire que l'extrait de 14 secondes présenté sur sa page ne rend pas justice à l'ensemble de l'entrevue (voir lien en bas de page) mais j'ai de la difficulté à croire que même après avoir entendu les six et quelque minutes en ondes de PSPP, les commentaires auraient été moins stridents. Clairement, ici à Gatineau, il est devenu impossible d'avoir une discussion rationnelle au sujet du projet de souveraineté du Québec.

Trop de gens rangent leur cerveau à clef dans un tiroir et laissent parler leurs tripes. Au-delà des insultes gratuites (dictateur! insignifiant! imbécile! fuck you! clown corrompu! bon à rien! cruchon! malade! raciste! etc.), on retombe inévitablement sur des scénarios irréfléchis témoignant de la peur qui tenaille les habitants d'une région frontalière soumise et/ou attirée par la capitale fédérale sur la rive ontarienne et méfiante envers la capitale québécoise qui l'a toujours négligée. 

Il fallait s'attendre qu'au moins une personne soulève l'hypothèse de «se séparer du Québec», soit pour se joindre à un district fédéral englobant Ottawa et Gatineau, soit pour être annexés à l'Ontario. Ainsi cette opinion, décidément la plus populaire, qui a attiré environ 200 «J'aime» ou «J'adore»: «On pourrait créer un district fédéral qui regroupe la grande région de Gatineau et celle d'Ottawa et être sous l'administration directe du gouvernement fédéral».

Ce débat-là dure depuis plus de 60 ans. et les gens le lancent comme ça sans penser aux conséquences. Cette personne s'est-elle demandé si les francophones d'Ottawa seraient intéressés à affaiblir la collectivité franco-ontarienne en lui retirant plus de 100 000 personnes? A-t-elle songé aux conséquences, pour les francophones majoritaires à Gatineau et au Québec, de devenir minoritaires dans un district fédéral sous la juridiction d'un gouvernement à forte majorité anglophone? A-t-elle compris que même si Gatineau est annexée à un district fédéral, les emplois qu'elle veut protéger seraient perdus de toute façon advenant un Québec indépendant? Quand on commence à y penser, l'hypothèse d'un district fédéral s'auto-détruit.

En voulez-vous un plus farfelu? «Je pense que de Montréal vers l'ouest (du Québec) on devrait faire un référendum (pour décider si) on se joint à l'Ontario... Pas mal tanné d'entendre parler de référendum!» (165 «J'aime»). Cette personne s'est-elle demandé qui autoriserait et qui organiserait un tel référendum dont la valeur juridique serait nulle et qui ferait dépenser beaucoup de sous pour rien? Par ailleurs, il est intéressant de voir une personne tannée d'entendre parler de référendums proposer la tenue d'un autre... référendum.

En voici une qui soit à la fois savoureuse et pertinente: «Je crois que l'Outaouais est un territoire autochtone non cédé, alors n'est-il pas aux Autochtones de décider de leur avenir?» Et un interlocuteur de répondre: «C'est le comble. Les colonisateurs débattent de l'indépendance sur un territoire qui ne leur appartient pas.» Voilà où nous mène des décennies de discours fédéraux hypocrites commençant par la reconnaissance que nous vivons sur des territoires non cédés... et que personne n'a l'intention de rétrocéder aux Autochtones. 

Enfin, on a de nouveau droit à une gamme familière d'affirmations qui circulent à chaque élection ou référendum. Que va-t-il arriver aux pensions fédérales? Aux ponts, aux aéroports, aux chemins de fer? On va être très pauvres pendant plusieurs années... Avec un Québec indépendant, seulement des taxes et aucun service... On va quitter pour aller en Ontario, où il y a de vraies routes... If the Yes vote wins, Québec will be driven into civil war... 

Dans ce capharnaüm d'injures et d'affirmations gratuites se profilent sans doute une centaine ou plus de commentaires bien pensés sur les effets de la souveraineté pour Gatineau et l'ensemble du Québec, provenant d'anti-séparatistes (de vrais fédéralistes, j'en connais peu) et d'indépendantistes.

Ma première conclusion? Le bulletin de nouvelles a exacerbé l'effet des commentaires de PSPP en ne présentant que 14 secondes d'une intervention plus nuancée de plusieurs minutes. Sur le plan journaliste, ce n'était pas lumineux. Ma seconde conclusion: à Gatineau, royaume du la peur et du vivre-à-genoux, un débat rationnel sur le projet de souveraineté est devenu impossible! Et une question pour finir: je serais curieux de savoir combien de ces personnes sont montées aux barricades sur Facebook quand le gouvernement Carney a annoncé qu'il allait couper 40 000 emplois dans la fonction publique fédérale d'ici trois ans (sans que le Québec se sépare...).


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