lundi 19 février 2024

Greenstone… Le drapeau franco-ontarien méprisé…

Le drapeau franco-ontarien n’y est plus…


Dans la plupart des régions de l'Ontario, d'anciennes communautés francophones agonisent après plus d'un siècle de persécution, de discrimination, d'incompréhension, de négligence et de mépris. Sauf exception, les cris à l'aide qui s'en élèvent de temps à autre, se perdent trop souvent dans un désert d'indifférence médiatique.

Comme ex-Franco-Ontarien, ayant fait carrière en journalisme pendant 45 ans et suivi de près les dossiers de la francophonie en Ontario, comme Québécois indépendantiste aussi, j'ai depuis longtemps la conviction que la population du Québec doit être informée des misères franco-ontariennes, et s'y intéresser. C'est très, très instructif... et tant qu'à y être, on pourrait donner un coup de main.

Le plus récent «incident» met en cause les petites collectivités franco-ontariennes des localités de Longlac et Geraldton, maintenant regroupées dans la municipalité de Greenstone, au nord du Lac Supérieur, le long de la route 11 entre la ville de Hearst et le port de Thunder Bay. C'est loin, très loin, à plus de 500 km au nord-ouest de l'Abitibi, et on y trouve à peine 4270 résidents, dont 22% de langue maternelle française.

La semaine dernière, le 12 février 2024, le conseil municipal a décidé retirer le drapeau franco-ontarien vert et blanc du mat municipal où il flotte en permanence depuis une dizaine d'années. En vertu d'une nouvelle politique municipale sur les drapeaux, on lui accordera tout au plus cinq jours par année, incluant la Journée des Franco-Ontariens (le 25 septembre). Une décision que plusieurs jugeraient sans doute banale, mais les motifs invoqués lui confèrent un intérêt «national»...

S'alignant sur l'approche insidieuse qui a fait ses preuves au Canada anglais depuis la crise d'Oka en 1990, la municipalité de Greenstone a grossièrement mis en opposition francophones et Autochtones, y ajoutant l'attitude anglo-canadienne typique dans les milieux éloignés des fortes concentrations francophones (Québec, nord du Nouveau-Brunswick, Est ontarien et une partie du Nord ontarien), selon laquelle les parlant français doivent être considérés comme un groupe démographique parmi tant d'autres, et rien de plus...

«En hissant le drapeau franco-ontarien au mat toute l'année, nous reconnaissons un groupe démographique de façon permanente, ce qui pourrait être considéré comme une non-reconnaissance d'autres groupes démographiques, y compris les peuples autochtones», peut-on lire dans le projet de règlement municipal. L'objectif, très clair dans sa promotion de la «diversité», vise à affirmer l'engagement de Greenstone envers la réconciliation avec les Autochtones en remplaçant le drapeau franco-ontarien par le drapeau Chaque enfant compte ainsi que d'autres drapeaux «communautaires».

La petite ville compte trois mats devant son centre administratif où flottent le drapeau canadien, celui de l'Ontario et, sur le mat municipal, deux drapeaux, ceux de Greenstone et de l'Ontario français (voir photo ci-haut). Personne, parmi les dirigeants de la municipalité, ne semble avoir songé un instant aux Franco-Ontariens comme représentants d'un des peuples fondateurs du Canada, méritant à cet égard un traitement «national» dans tout protocole sur les drapeaux. On les place aux rangs des multiples «groupes communautaires» qui pourraient proposer de hisser «leur» drapeau quatre ou cinq jours par année pour quelque occasion.

La nouvelle politique martèle de façon très nette le désir d'accorder une place beaucoup plus importante aux Autochtones, ce que personne ne conteste, mais propose de le faire aux dépens des Franco-Ontariens. Comme si le drapeau vert et blanc et le drapeau «Chaque enfant compte» des Autochtones ne pouvaient être hissés en même temps... D'autre part, à chaque mention de la Journée de vérité et de réconciliation, la municipalité évoque son caractère «national» et parle des «peuples autochtones». Les Franco-Ontariens, pour leur part, deviennent un simple groupe «communautaire» ou «démographique» que l'on dénombre... un peu comme le maire de Windsor qui avait déclaré, en 2016, que l'arabe était plus important que le français pour son conseil des services policiers...

La décision du conseil de Greenstone sur le drapeau franco-ontarien ne semble pas avoir suscité grand débat à l'assemblée du 12 février. Le 16 février, le média en ligne ONFR+, sous la plume de Lila Mouch-Essers, a cependant fait état de vives réactions d'indignation en provenance de porte-paroles franco-ontariens, notamment de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) et de l'Association des francophones du Nord-Ouest de l'Ontario (AFNOO) - voir lien à ce texte en bas de page. Le 19 février, Radio-Canada a repris le sujet dans son réseau nord-ontarien. L'article d'Orphée Moussongo cite le maire James McPherson, qui relègue très clairement les francophones et leur langue au même statut que le chinois, le tagalog ou le magyar. «Tous les groupes sont reconnus de façon égale», dit-il, étalant son ignorance du statut national des Canadiens français de son patelin.

Ni ONFR+ ni Radio-Canada ne citent de sources francophones locales, mais sur la page Facebook du Club des francophones de Longlac (une composante de Greenstone), un membre, Tim Beaulieu, écrit: «Très décevant! Les Franco-Ontariens sont des piliers de cette belle grande communauté! Je crois que cette décision manque de respect envers les fondateurs de cette région, qui déjà représentaient plus de 50% de la population.» Dans la localité de Longlac, selon le recensement de 2021, les francophones (langue maternelle) forment 31% de la population. Le taux d'assimilation à l'anglais y est comme ailleurs dans Greenstone, très élevé. La proportion de personnes ayant le français comme langue d'usage (langue parlée à la maison) est seulement de 18%.

Y aura-t-il un quelconque mouvement pour crier une fois de plus à l’injustice dans le désert de l'anglophonie ontarienne? Je l'espère mais... Faudrait tout au moins que les Québécois s'informent davantage des vexations historiques que subissent les francophones ailleurs au Canada, si ce n'est que pour comprendre le sort qui nous attend si nous perdons la maîtrise de notre demi-État qu'on voudrait souverain et français... Comment réagiriez-vous si les anglos retiraient un jour le fleurdelisé des mats de nos mairies?

----------------------------------------------------

Lien à l'appel à l'action de l'Association des francophones du nord-ouest de l'Ontario - https://www.afnoo.org/documentation/actualites/appel-a-laction-drapeau-franco-ontarien-en-danger-a-greenstone?fbclid=IwAR0Mq4WY7eZcD4hUveNwqGJzIg2cWas5Yx5k_goV5P7qjGUlYFsbSYa3MOo

Lien au texte d'ONFR+ intitulé Le drapeau franco-ontarien ne flottera plus de façon permanente à Greenstonehttps://onfr.tfo.org/le-drapeau-franco-ontarien-ne-flottera-plus-de-facon-permanente-a-greenstone/

Lien au texte de Radio-Canada intitulé Le drapeau franco-ontarien ne flottera plus en permanence à Greenstone - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2050575/francophonie-reconciliation-conflit-reconnaissance

Lien à l'article du Voyageur, hebdo de Sudbury - https://lavoixdunord.ca/actualites/francophonie/2024/02/16/exclusif-le-drapeau-franco-ontarien-pourrait-ne-plus-flotter-en-permanence-a-greenstone/

Lien à la décision du 12 février du conseil municipal de Greenstone - https://www.greenstone.ca/en/news/amended-flag-policy.aspx

 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire