mercredi 25 novembre 2020

Les «enseignants de la diversité»...

En écoutant les nouvelles régionales de Radio-Canada à 18 heures, récemment, j'ai entendu le reporter annoncer que l'Association des enseignants franco-ontariens (AEFO), une organisation syndicale, était contestée par «les enseignants de la diversité», qui avaient fondé leur propre association... Spontanément je me suis demandé: ça veut dire quoi, «enseignants de la diversité»? Le journaliste ne l'a pas expliqué, comme si cela était évident pour tout le monde...

Comme le président et porte-parole des «enseignants de la diversité» était de race noire, et selon toute vraisemblance, originaire d'Afrique, j'ai cru qu'il s'agissait d'un regroupement de Noirs originaires de pays étrangers. Mais non, il appert que cette nouvelle association vise à représenter tous les éducateurs noirs ou issus de l'immigration. Donc, si je comprends bien, tous les enseignants qui ne sont pas de souche ou de culture canadiennes-françaises... C'est une accusation à peine voilée de racisme contre la collectivité franco-ontarienne blanche d'origine française...

Qu'il existe ou non des courants ou des manifestations de racisme au sein de l'AEFO constitue un sujet préoccupant qui mérite qu'on s'en occupe immédiatement, mais ce qui me chicote le plus, c'est l'appellation «enseignants de la diversité» et le message qu'elle véhicule. Il est clair - on est habitué à ça au Québec - qu'on accuse ainsi les Canadiens français de souche d'être des adversaires de la «diversité», du moins de celle incarnée par les nouveaux arrivants, peu importe la race.

On gifle ainsi quelque 12 000 enseignants franco-ontariens d'ici, apparemment peu réceptifs à leurs collègues venus d'ailleurs. Sans doute y a-t-il des pommes pourries dans le lot, mais c'est l'ensemble de la collectivité qu'on fustige en créant cette association dissidente. C'est un refus très net d'intégration à la culture traditionnelle canadienne-française, une affirmation du droit de conserver et d'imposer d'autres cultures et identités au sein des organisations qui les accueillent.

Comment interpréter autrement le fait que ces enseignants «noirs et immigrants» choisissent de se regrouper en fonction de leurs origines raciales, ethniques et culturelles, plutôt que de persister à s'intégrer à la collectivité en place et graduellement la métisser? Les membres issus de la majorité «caucasienne», Franco-Ontariens de souche, luttent depuis plus de 150 ans pour conserver leur identité nationale et culturelle contre une majorité anglo-saxonne souvent raciste et intolérante, et aujourd'hui, on les met au banc des accusés comme adversaires d'une soi-disant «diversité»?

Les francophones de l'Ontario, en défendant leur héritage français, ont été et demeurent les plus authentiques défenseurs de la diversité culturelle dans leur province. Avec leurs cousins québécois, acadiens et canadiens-français, ils ont protégé les droits minoritaires depuis quelques siècles contre le rouleau compresseur anglo-américain, véritable oppresseur de la diversité. Qu'on se dresse contre eux au nom d'une «diversité» qui ne l'est pas vraiment ressemble à une trahison de la véritable diversité.

Les Franco-Ontariens, confrontés à une assimilation galopante, ont certes besoin de renforts d'immigrants francophones. Et ils ont le devoir de leur faire bon accueil, dans le respect de leurs compétences et de leurs traditions culturelles. Mais ils n'ont pas à trahir leurs propre culture, ou à sacrifier leur identité, pour que les nouveaux arrivants se sentent davantage à l'aise. Ce sont eux qui viennent chez nous. Ils sont les bienvenus, mais il sont chez nous. C'est à eux de s'intégrer, pas à nous de s'adapter à leurs us et coutumes. Au fil des générations, le métissage fera son oeuvre et la culture canadienne-française sera de nouveau enrichie d'apports venus de l'extérieur.

Plus vite les «enseignants de la diversité» comprendront notre situation, plus vite ils seront des nôtres. Plus vite ils feront partie de notre «diversité» sans égard à la race, à l'origine ethnique ou au pays d'origine.

Je ne suis plus Franco-Ontarien depuis 45 ans, mais je sais que l'ayant été, on le demeure (plus qu'un peu...) dans les tripes. Dans cette histoire, je me sens agressé. Si certains de nos concitoyens de souche française ont des comportements racistes, qu'on les dénonce et qu'on règle leur compte. Je n'aurai aucune pitié. Mais quand des personnes dites «de la diversité», pour quelque motif que ce soit, rejettent la diversité franco-ontarienne en plein combat, ne fut-ce qu'au sein d'un seul syndicat, et optent pour une forme d'apartheid, c'est l'ensemble de la Franco-Ontarie qu'ils agressent... et qu'ils affaiblissent.

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Un mot sur les journalistes et les médias, de plus en plus frileux en matière de langage... Après le «mot en n» dont on ne sait jamais avec certitude à quels mots (français ou anglais) il fait référence, voici maintenant les enseignants «de la diversité» dont le flou laisse place aux interprétations... Si l'on parle d'enseignants «noirs et immigrants», pourquoi ne pas tout simplement l'écrire?

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