Ainsi, en choisissant de traduire Masters of Our Destiny, titre anglais du budget fédéral 2026, par Maîtres chez nous en français (au lieu de Maîtres de notre destin), les motifs des Champagne, Carney et compagnie apparaissent limpides. Ottawa s'approprie sans gêne l'un des slogans les plus puissants de la Révolution tranquille du Québec pour le mettre au service de son fédéralisme centralisateur.
Les rédacteurs médiatiques l'ont compris et l'ont noté. Des dénonciations ont fusé des milieux indépendantistes, ainsi que des dirigeants Innus, outrés de l'utilisation de leur territoire pour orner la couverture du document budgétaire. Avec raison.
Mais à mon avis il y a bien pire dans l'allocution du ministre des Finances François-Philippe Champagne, et j'ai été estomaqué qu'aucun de nos scribes n'ait sursauté en l'entendant ou en le lisant. Je vous l'offre ci-dessous. Lisez-le attentivement pour noter le choix de mots et leur portée.
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| capture d'écran de l'allocution budgétaire fédérale |
Que dit-on au gouvernement Carney, de la façon la plus officielle qui soit? Que le Canada est formé de «milliers de communautés» et que de cette «diversité», «nous avons bâti une nation». Comment des journalistes québécois qui avaient immédiatement réagi au discours de Mark Carney sur les Plaines d'Abraham ont-ils pu voir sans sourciller une telle aberration, une telle déformation de l'histoire et de la réalité actuelle du Canada et du Québec?
Si j'ai bien compris le sens des mots, la nation québécoise - reconnue même par le Parlement du Canada - est réduite au rang des «milliers de communautés», de cette «diversité», au rang d'une de ces parcelles de la «nation» canadienne. Notre histoire nationale est assimilée aux «traditions et récits divers» qu'Ottawa a colligés ça et là pour bricoler sa seule et unique «nation». C'est un affront à la nation québécoise! C'est également un affront à la nation acadienne et aux minorités francophones ailleurs au pays, jetées pêle-mêle dans le panier des communautés de la «diversité», ainsi qu'à la majorité historique anglo-canadienne, effacée elle aussi du paysage.
Ainsi, et ce sont bien les mots employés, le Canada est défini désormais comme une seule «nation», formée de «milliers de communautés riches en traditions et récits divers». Faudrait informer les collabos québécois du Parti libéral à Ottawa que le Québec a une Assemblée nationale, des parcs nationaux, une fête nationale, un drapeau national. Nous ne sommes et ne serons jamais pas une quelconque communauté parmi d'autres avec un bagage de «traditions et récits divers». Le Québec est un État-nation.
Si les députés libéraux francophones du Québec au Parlement du Canada endossent ces propos du ministre des Finances, ils trahissent leur nation, la nation québécoise. Et il serait grand temps que nos journalistes les obligent à s'expliquer là-dessus!


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