dimanche 11 avril 2021

Crapahuter...



Crapahuter... Retenez bien ce mot...

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Vendredi matin, faisant la file à l'une des caisses de mon supermarché IGA de la montée Paiement, à Gatineau, j'ai jeté un coup d'oeil au présentoir de magazines où pullulent les revues à potins, sans doute parce que j'y avais aperçu quelque chose d'anormal. En effet, quatre exemplaires du «Monde diplomatique» de Paris, publication que je n'ai jamais vue à l'épicerie, y étaient déposés en diagonale, bien visibles.

Sans hésiter, j'ai ajouté un numéro d'avril 2021 du Monde diplomatique à ma petite pilée de fruits, de légumes et de jus d'orange. La caissière, la même que je salue depuis des années, a regardé le journal avec un air «c'est-quoi-ça-je-n'ai-jamais-vu-ça-ici», cherchant le prix parce que le code-barres ne fonctionnait pas.

Quand elle a découvert au bas de la page une liste de pays en petits caractères, elle m'a dit que je devrais payer 8$ pour cette revue de 28 pages. Ses yeux me disaient: veux-tu vraiment dépenser 8$? Oui c'est un peu cher, lui ai-je dit, mais ça reste un très bon achat...

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Dimanche matin (aujourd'hui), assis devant mon bol de céréales, je feuillette le journal cueilli par hasard à mon IGA et tombe en page 3 sur un texte intitulé «Le sommeil a une histoire». Sujet bizarre pour le Monde diplomatique, me dis-je, mais comme je passe des parties de nuit éveillées depuis un certain temps, ce sera ma lecture du matin pendant que j'avale mes carrés d'avoine et mon lait au chocolat.

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Je reviendrai tantôt à ce que j'ai appris sur le sommeil. Un texte fort intéressant par ailleurs. Pour l'instant, revenons à «crapahuter»...

J'adore découvrir des mots que je ne connais pas, ou redécouvrir des mots que j'ai oubliés au fil des décennies. Avec le régime actuel du plus bas dénominateur commun, farci d'anglicismes et d'anglais, servi par nos quotidiens, la radio, la télé et les médias sociaux, les occasions se font rares d'enrichir notre vocabulaire.

Alors voilà! Le texte signé par l'historien Roger Ekirch commence en racontant un voyage de Robert Louis Stevenson (L'île au trésor) en France en 1878. Il passa écrit-il, douze jours à crapahuter dans les Cévennes (chaîne de montagnes du sud de la France)...

Vite mon dictionnaire Larousse. Crapahuter - effectuer une longue marche en terrain difficile. Un alliage des mots crapaud et chahuter apparemment. Merveilleux. Ça valait déjà mon 8 $. Il faudra maintenant que je trouve un moyen de m'en servir...

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Récemment, à l'émission «Le 21e» sur les ondes d'Ici Première, l'auteure du dictionnaire québécois Multi, Marie Eva de Villers, racontait à l'intervieweur Michel Lacombe que sa thèse de doctorat était fondée sur une comparaison d'un an entre le vocabulaire du quotidien Le Devoir et celui du journal Le monde, de France.

Et Mme de Villers disait continuer à éplucher ces journaux pour ajouter, à chaque nouvelle édition quinquennale du Multi, de nouveaux mots. Elle disait notamment avoir découvert ces derniers jours, dans Le monde, le mot «vainqueure», féminin de vainqueur, et qu'elle l'inclurait dans la 7e édition du Multi qui doit être publiée au printemps 2021.

J'ai vérifié la 5e édition (celle que j'ai chez moi) et le verbe crapahuter n'y est pas. C'est malheureux...

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De retour au texte «Le sommeil a une histoire»...

Je soumets à votre attention trois autres mots qu'on voit rarement, dont un que je n'avais jamais vu auparavant, et vous mets au défi de vous en servir dans un texte ou une conversation.

L'article du Monde diplomatique évoque un souper roboratif de Robert Louis Stevenson... Roboratif signifie «fortifiant», dans le Larousse.

Et M. Stevenson, dans les montagnes, se disait libéré de l'embastillement de la civilisation... (embastiller - enfermer dans une prison).

Enfin, M. Ekirch (l'auteur) rappelle une vieille tradition de donner aux contes et légendes un aspect décousu et la texture d'un rêve. On élabore ainsi un «fatras», écrit-il. (Un amas confus, dit M. Larousse).

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Un dernier retour... vers mes problèmes de sommeil. Ce qui m'a amené à choisir ce texte comme première lecture. Il semble que dans la longue tradition de l'humanité, il était normal d'avoir un premier et un second sommeil durant la nuit, avant que les technologies modernes permettent d'éliminer la noirceur.

«Jusqu'à l'époque contemporaine, rapporte-t-on, une heure ou plus d'éveil interrompait au milieu de la nuit le repos de la plupart des habitants d'Europe occidentale». Des membres de chaque foyer quittaient le lit pour uriner (ça, ça n'a pas changé), fumer un peu de tabac, rendre visite à leurs voisins ou même faire la lessive...

Des études récentes auraient démontré que les humains, privés de lumière artificielle à la nuit tombée pendant plusieurs semaines, «se mettaient finalement à adopter un mode de sommeil fragmenté - qui étonnamment, était presque identique à celui des foyers du 16e ou 17e siècles»...

Bon voilà qui me rassure... Mes éveils la nuit font partie de la nuit des temps... Peut-être devrais-je davantage m'inquiéter des rares moments où je dors d'une traite du soir au matin...

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Enfin, tout ça parce que je suis passé à mon IGA au moment où on avait laissé en pleine vue quelques numéros du Monde diplomatique...




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