mercredi 21 janvier 2026

Je n'ai pas la mèche courte mais...

21 janvier 2026...

capture d'écran du journal Le Devoir du 9 janvier

capture d'écran d'un paragraphe de la chronique de Mme Blanchette du 9 janvier 2026

numérisation d'un billet dans la chronique du 16 janvier 2026 de Mme Blanchette

Y'a des textes qui fouettent tout doucement, dont l'objet évident est de de faire rire. Sourire, tout au moins.

Y'a aussi des textes qui blessent, qui infligent la douleur. Ceux et celles qui rient se réjouissent du fait que le coup a porté.

Le 9 janvier, dans Le Devoir, un paragraphe de la chronique de Josée Blanchette visant PSPP  et le PQ faisait mal.

«... dans son petit pays souverain où le taux de natalité sera assuré par des poules pondeuses francophones de souche accouplées à des péquistes, jeunes ou vieux, qui craignent pour la pureté de la race

Je crois, après 50 ans de journalisme, pouvoir décortiquer le sens d'un texte. Dans ce cas-ci, n'importe qui pourrait en faire autant.

Paul St-Pierre Plamondon et les péquistes se font traiter de sexistes, de xénophobes et de racistes... «La pureté de la race» comporte même un relent de nazisme...

Calomnier les indépendantistes opposés au multiculturalisme et au wokisme est devenu un sport de masse dans certains milieux.

Mme Blanchette ayant semé le vent, elle a récolté la tempête dans les réseaux sociaux et a reçu nombre de courriels outrés.

Je n'ai pas la mèche courte, loin de là, mais cette fois je n'avais pas le goût de rire... même de sourire...

Dans ce qui se voulait peut-être un rectificatif, Mme Blanchette s'est dite «désolée» que certains lecteurs n'aient pas été «amusés».

C'était, dit-elle, «un exercice de style caricatural, délibérément exagéré». Un exercice de style caricatural? Vraiment?

Puis elle ajoute que «c'est bien la preuve que Le Devoir ne censure pas ses chroniqueurs, si quelqu'un en doutait».

À lire cette phrase, on pourrait croire qu'aux yeux de Mme Blanchette, cet «exercice de style caricatural» aurait pu être censuré ailleurs... Pourquoi, se demande-t-on...

(En passant, Le Devoir a déjà censuré d'autres chroniqueurs.)

Je ne suis pas contre le principe de la censure. J'ai été rédacteur en chef d'un quotidien. Il faut respecter l'éthique et la loi.

Je ne sais pas si j'aurais laissé passer la chronique de Mme Blanchette telle qu'écrite. Peut-être bien, finalement.

Mais j'aurais été au moins aussi indulgent envers Christian Rioux, Normand Baillargeon, Lise Payette et Francine Pelletier.

Josée Blanchette écrit avoir «délibérément exagéré». C'est le «délibérément» qui me chicote. Il y avait préméditation...


mardi 20 janvier 2026

Ce qui fut et ne sera plus jamais...

20 janvier 2026...


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Avant de déménager en appartement à l'été, le grand ménage dans ma paperasse accumulée (volumineuse) me fait redécouvrir les groupes franco-ontariens au sein desquels j'ai milité dans les années 1960, en commençant par l'organisme parapluie des Ontariens francophones - l'Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario (ACFEO) - voir note en bas de page

En 1965, l'ACFEO avait lancé une revue mensuelle, La vie franco-ontarienne, pour diffuser plus largement ses faits et gestes et, plus généralement, l'information sur les collectivités francophones dans l'ensemble de la province. Ce n'était pas, ni à l'époque ni aujourd'hui, une mince tâche de joindre les Franco-Ontariens de villes, villages et régions souvent très éloignés les uns des autres.

Bien des Québécois ne se rendent pas compte des distances : l'Ontario c'est grand comme un pays. D'est en ouest, on compte pas moins de 1300 km entre Hawkesbury, près de la frontière québécoise, et Geraldton, dans le nord-ouest. C'est pire du nord au sud, avec 1 400 km de routes à franchir pour se rendre de Hearst, au nord-ouest de l'Abitibi, jusqu'à Windsor, à la pointe sud-ouest de la province.

En 2026, avec plus de 30 ans d'Internet, l'information circule partout à la vitesse de l'éclair. Entre les sites Web, les réseaux sociaux, les messages texte/vidéo et les réunions par Zoom, le francophone de Sudbury peut échanger avec celui de Welland sans délai et sans frais. En 1965, deux individus pouvaient dialoguer par téléphone mais pour les réunions de groupe, il fallait désigner un endroit et s'y rendre. Quant à la documentation, on devait l'imprimer et l'expédier à tous les intervenants par la poste.

Dans notre univers numérique, les questions d'adhésion et de cotisations pour les organismes membres de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) se règlent instantanément par ordi. ll y a 60 ans, avant l'ère des méga subventions fédérales qui comptent ces jours-ci pour 90% ou plus du budget annuel de l'AFO, il était nécessaire de littéralement quêter des sous et des dollars dans chaque école «bilingue» (l'ancien «sou scolaire»), dans chaque paroisse, parfois même de porte à porte.

C'était l'époque héroïque. J'ai toujours en mémoire le livre Avant de quitter ces lieux, de l'auteur québécois Jules Tessier. Ce dernier racontait avoir fait de l'auto-stop de Montréal à Saint-Boniface en 1961 pour aller y porter la modique somme de 77,80$ (amassée à coups de 10 cents et 25 cents) dans le but d'aider à assurer la survie des écoles franco-manitobaines. Voilà comment les choses se passaient aussi en Ontario. Des 10 cents, des 25 cents, des billets d'un dollar... une quête permanente.

Revenons donc aux numéros de La vie franco-ontarienne que j'ai conservés depuis une soixantaine d'années. Les éditions d'octobre et novembre 1965 contiennent des pages entières de «souscriptions» - un total de 37 000 $ - provenant de plus de 150 villes et villages de l'Ontario français. Des 6,50 $ de Manitouadge (au nord du lac Supérieur) aux 327 $ de Paincourt (région de Windsor), des 1742 $ de Sturgeon Falls ou aux 3 455,02 $ d'Eastview (maintenant Vanier, un quartier d'Ottawa), les sous provenant de milliers de Franco-Ontariens de partout cheminaient vers les coffres de l'ACFEO à Ottawa.

extrait d'une des pages de dons provenant d'écoles et de paroisses, 1965

À compter de 1968, sous la pression de la bousculade québécoise, le gouvernement ontarien a consenti à créer un réseau complet d'écoles primaires et secondaires françaises. Et en 1969, le gouvernement Trudeau annonçait une nouvelle politique visant à financer les activités des associations représentant les minorités francophones hors-Québec. Grandes victoires pour l'ACFEO devenu ACFO en 1969, qui vivotait à coups de dons quêtés dans les écoles et les églises, mais aussi la fin de cette solidarité à partir de la base, de ce mouvement de masse issu des luttes contre le Règlement 17 à compter de 1912.

En 2024, sur un budget annuel de près de 3 millions de dollars à l'AFO, plus de 2 600 000 $ provenaient de subventions du Trésor fédéral. L'organisme parapluie des Franco-Ontariens recevait toujours environ 37 000 $ en cotisations de ses membres (un neuvième de la récolte de 1965 en tenant compte de l'inflation), mais on ne parle plus d'individus sollicités à la messe du dimanche ou dans les écoles de quartier. Les membres sont des institutions et des associations, locales et provinciales. Même l'Université d'Ottawa cotise... La déconnexion avec l'ancienne base militante est quasi totale. L'immense majorité des Franco-Ontariens ne connaissent probablement pas le sigle «AFO».

Je me demande ce que donnerait aujourd'hui une collecte de fonds de l'ACFEO devenue ACFO devenue AFO dans des localités comme Smooth Rock Falls sur la 11 dans le Nord, à Plantagenet sur la 17 dans l'Est, à Penetanguishene près du Lac Huron, ou même à Ottawa. Les luttes scolaires sont largement terminées et les églises sont vides ou, de plus en plus souvent, fermées. Ces vieilles listes de dons d'individus à la grande cause franco-ontariennes doivent être conservées, si ce n'est que pour pouvoir rappeler ce qui fut et ne sera plus jamais.

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* L'ACFEO est devenue en 1969 l'ACFO (Association canadienne-française de l'Ontario) avant d'évacuer pour de bon toute référence aux Canadiens français de souche. En 2006, on l'a rebaptisée Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO).


lundi 19 janvier 2026

Je ne reconnais plus ma profession

19 janvier 2026...

Voyez comment La Presse a fondu entre les années 1970 et la fin du papier en 2017... 


La dernière décennie a été mortelle pour l'ensemble des journaux imprimés du Québec. Une véritable hécatombe.

Le 31 décembre 2015, La Presse met fin à la publication de ses éditions papier en semaine (reste le samedi).

Le 30 décembre 2017, La Presse supprime l'édition imprimée du samedi. Fini le papier!

Le 24 mars 2020, les six quotidiens régionaux des Coops de l'information (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien du Saguenay et La Voix de l'Est) annoncent l'interruption de leurs éditions papier en semaine à cause de la pandémie de COVID 19.

En juin 2020, ces mêmes quotidiens annoncent l'abandon permanent du papier, du lundi au vendredi.

Le 18 avril 2023, les six quotidiens des Coops mettent fin à leurs éditions quotidiennes numériques.

Le 31 décembre 2023, parution de la toute dernière édition du papier du samedi des six quotidiens régionaux. Fini le papier!

Le 19 janvier 2026, il ne reste dans nos kiosques que Le Devoir, le Journal de Montréal et le Journal de Québec. Aucun journal papier à l'extérieur de Québec et Montréal.

Une catastrophe? Oui bien sûr, mais pour qui?

J'ai écrit depuis 2014 une soixantaine de textes de blogue à la défense des journaux imprimés.

Ma défense de la presse papier m'a valu un congédiement comme éditorialiste au Droit en mai 2014.

L'affaire a été fortement médiatisée.

Mes chroniques de blogue ont été lues parfois par des centaines, parfois par des milliers d'internautes, y compris des journalistes.

J'ai l'impression d'avoir crié dans le désert.

Au cours de la dernière décennie, la disparition de l'imprimé n'a provoqué aucune levée de boucliers au sein de la Fédération professionnelles des journalistes du Québec (FPJQ).

Aucune montée aux barricades au sein des grands syndicats des milieux québécois de l'information.

Un silence décourageant, parfois assourdissant.

Suis-je seul à tenir le pas, ou seul à ne pas le tenir?

Les kiosques jadis bondés de journaux sont de plus en plus désertiques.

C'est tout un pan de civilisation qui s'effrite.

Nous serons un jour (pas lointain) zombies devant nos tablettes et téléphones, où distinguer le vrai du faux, l'information de la propagande, devient déjà difficile par moments.

Je vis à Gatineau. Le quotidien Le Droit, auquel j'ai consacré la part la plus importante de ma vie professionnelle, n'est plus.

Pour cueillir un journal papier à ma porte le matin, je suis abonné au Devoir, qui me déçoit ces jours-ci.

Au kiosque de mon supermarché, pour m'informer de la région, je ne trouve qu'un petit hebdo bilingue moche (!) et les deux quotidiens papier de langue anglaise d'Ottawa.

J'aime me souvenir de l'époque où les milieux de l'information étaient combatifs. Nous étions 10 000 à affronter les matraques policières à Montréal en octobre 1971 pour défendre les journalistes de La Presse contre les menaces de Power Corporation. J'y étais.

Je ne reconnais plus ma profession.


dimanche 18 janvier 2026

«La lutte des langues est une lutte à finir et c'est la lutte de libération nationale.» (Gaston Miron)

18 janvier 2026...



Il y a deux ans, en mai 2024, le chercheur Frédéric Lacroix s'est fait traiter de «plein de marde» par un député libéral franco-ontarien en comité parlementaire (à Ottawa) pour avoir affirmé qu'il existait un lien entre la fréquentation de l'école anglaise par les Franco-Québécois et la tendance pour ces derniers de travailler davantage en anglais, par la suite. De s'angliciser, quoi!

Ce qui aurait dû apparaître évident à tout le monde tellement la démonstration en a été faite continue de provoquer des étincelles autour de notre baril de poudre linguistique. Des milliers de francophones du Québec croient encore, les yeux fermés, que l'accès libre aux cégeps anglais pour leurs enfants ne pose pas de risque pour leur identité culturelle. Ce doit être vrai, les anglos le disent aussi...

Heureusement, depuis 1977, la Loi 101 oblige les enfants de langue française ou de langues autres que l'anglais à fréquenter les écoles françaises (et non les écoles «francophones» comme on entend souvent) primaires et secondaires. Sans cette Charte de la langue française, nous aurions perdu une part importante de ceux et celles que nous appelons aujourd'hui «les enfants de la Loi 101».

Et pourtant nous entendons toujours à l'occasion des Québécois francophones demander le rétablissement d'un accès libre à l'école anglaise. La députée libérale de Hull, Maryse Gaudreault, avait exprimé ce voeu en 2016 quand le gouvernement Couillard voulait imposer des cours de médecine en anglais de l'Université McGill aux étudiants de langue française de Gatineau.

On se souvient du grand débat sur cette question à l'époque du Bill 63 en 1969, dans le sillage de l'affaire de Saint-Léonard, alors que le gouvernement de Jean-Jacques Bertrand (Union nationale) avait choisi de protéger l'accès aux écoles anglaises primaires et secondaires pour l'ensemble de la population. Cela faisait l'affaire des Italo-Québécois de la région montréalaise mais aussi de nombreux Franco-Québécois de souche soucieux de bilinguiser leurs enfants.

En faisant le tri de mes vieilles revues Maintenant de la fin des années 1960 et du début des années 1970, je suis retombé dans la marmite, alors en ébullition, de l'opportunité (ou pas) de fréquenter les écoles de langue anglaise. Dans l'édition d'avril 1972 de la revue, l'auteur bien connu Jules Tessier (qui a fait des études universitaires à Toronto avant d'enseigner à l'Université d'Ottawa) a rappelé que cette question figure à l'ordre du jour national depuis la conquête de 1760.

Citant le linguiste québécois Gaston Dulong, il note que «dès 1819, les habitants de Kamouraska où il n'y a aucun anglophone, réclament un instituteur capable d'enseigner l'anglais à leurs enfants; les deux tiers des signatures sont des croix. Un peu plus tard, en 1840, le Séminaire de Nicolet instaure un cours exclusivement en anglais et, deux ans plus tard, à ce même séminaire, à la récréation du soir, tous les élèves ne doivent parler que l'anglais. La même chose se répète dans d'autres collèges et séminaires du Québec pendant la dernière moitié du 19e siècle et pendant le premier tiers du 20e siècle».

Jules Tessier mentionne dans ce texte qu'il avait eu la chance d'enseigner un an dans un quartier populaire de Montréal, sans doute dans les années 1960. À tous les matins, il avait noté qu'un fort groupe d'élèves francophones attendait devant son école française l'autobus qui allait les conduire à un high school de la métropole. «Lorsqu'on leur demandait pourquoi ils avaient choisi d'aller à l'école anglaise, la réponse, invariablement, se présentait ainsi: "pour devenir bilingue. Le français, on peut toujours l'apprendre à la maison et 'sur' la rue."»

Les conséquences? Une corruption du français sur les plans phonétique, grammatical et lexical. Jules Tessier souligne les conclusions de Gilles Colpron, expert en la matière dans un livre publié en 1970: «Voilà un dossier assez décourageant. Près de 2200 anglicismes, et cela sans avoir relevé la multitude de termes anglais qui forment les vocabulaires de base de la plupart des domaines techniques.» 

Gaston Miron, dans un article de Maintenant publié en mars 1974, revient sur les effets désastreux du Bill 63 et le libre accès à l'école anglaise au Québec: «Le Bill 63 agit comme détonateur un peu partout, même dans les régions québécoises francophones à 98%: les 25 000 petits Québécois dans les écoles anglaises en témoignent. Les gens ne s'anglicisent donc pas, comme on pourrait le croire, petit à petit, en passant par une phase de dépérissement de leur langue, laquelle deviendrait une mixture puis finalement de l'anglais. Non, les gens passent directement du français à l'anglais, d'eux-mêmes. Voilà le plus grand danger auquel nous ayons à faire face depuis que nous existons comme peuple.»

Sa conclusion est percutante et aussi actuelle en 2026 qu'il y a cinquante ans. «Une langue ne se pose pas en termes d'option, mais en termes de nécessité

«Quand un peuple peut choisir d'être autre, écrit Gaston Miron, il se nie en tant que peuple, et c'est que quelqu'un d'autre est sur place et à sa place. Pour ceux qui ont compris, nous sommes déjà au-delà du bilinguisme et du choc des langues. Il ne peut y avoir que lutte. La lutte des langues est une lutte à finir et c'est la lutte de libération nationale du peuple québécois.»

Bien dit!


samedi 17 janvier 2026

Le PLQ restera le parti des Anglais et des anglicisés

17 janvier 2026...

capture d'écran de La Presse


Les défenseurs du français au Québec devront sortir les boucliers avec l'arrivée de Charles Milliard à la direction du Parti libéral du Québec. Ses commentaires au lancement de sa campagne à la chefferie ne laissent aucun doute. Avec lui, on peut s'attendre à un Québec de plus en plus bilingue (et de moins en moins laïc). Le parti des Anglais et des anglicisés restera bien solidement le parti des Anglais et des anglicisés, comme sous Jean Charest et Philippe Couillard.

M. Milliard adoptera la même stratégie que ses prédécesseurs: défendre en principe la langue et la culture françaises pour dissimuler son penchant pour un bilinguisme de fait, en attendant de le rendre officiel. Avec l'anglais intensif au primaire pour les élèves francophones, MM. Charest et Couillard sont devenus de véritables fossoyeurs du français. L'objectif était clair: bilinguiser tous les francophones du Québec. Les angliciser. Plus besoin du français après ça...

Tentez de déchiffrer ce que Charles Milliard a dit aujourd'hui. «Je veux que tout le monde se sente chez soi et qu'on mettre fin aux divisions qui nous ralentissent et qui franchement me gênent (...) Depuis huit ans, le gouvernement de la CAQ sépare les villes des régions, les francophones des non francophones, ceux qui sont nés ici de ceux qui ne sont pas nés ici. Il est grand temps de mettre fin à ce cirque dans le discours politique.»

On va ouvrir l'école anglaise à tous ceux, d'ici ou d'ailleurs, qui estiment s'y sentir «chez soi»? On va permettre l'affichage en anglais partout pour que les Anglo-Québécois et les cohortes de nouveaux arrivants en voie d'anglicisation se sentent «chez soi»? On va faire de Montréal une ville bilingue et multiculturelle pour que tous les adversaires d'un Québec français se sentent «chez soi»? On va se plier partout, à l'école, dans la rue, au travail, dans nos lois, aux exigences d'intégristes religieux?  Pour que «tout le monde se sente chez soi» au Québec, il faut accepter le français langue commune et les valeurs nationales qui l'accompagnent, y compris la laïcité. N'est-ce pas, M. Milliard?

L'aspirant au poste de chef du PLQ reproche au gouvernement Legault séparer «les francophones des non francophones, ceux qui sont nés ici de ceux qui sont nés ailleurs»... En voilà une bizarre qui me fait croire à une incompréhension à peu près totale de la dynamique linguistique et sociétale au Québec (et au Canada). Les lois et politiques des gouvernements s'appliquent à tous les citoyens. Si les francophones, non francophones, ceux qui sont nés ici et ceux qui sont nés ailleurs sont séparés ou désunis, cela tient beaucoup plus aux rapports établis entre ces collectivités depuis des générations, des siècles même. 

Pourquoi y a-t-il à Montréal des quartiers historiquement francophones, anglophones, des quartiers avec des concentrations italiennes, grecques, arabes, chinoises, etc.? Personne ne les a forcés à se regrouper. Les francophones et les non francophones ont eu tendance à se séparer eux-mêmes, comme ceux qui sont nés ici et ceux qui sont nés ailleurs... Peu importe les politiques d'un gouvernement québécois qu'il soit du PQ, de la CAQ ou des libéraux, il restera toujours des divisions entre ces collectivités. Le seul moyen de favoriser une certaine intégration, à un certain consensus social, c'est de favoriser une langue commune et un certain nombre de valeurs communes. Cela semble échapper à M. Milliard.

Au contraire, il a indiqué son intention de «détricoter» la Loi 21 sur la laïcité de l'État et les mesures de promotion du français dans la Loi 96. Pas un peu. Il y a «beaucoup de détricotage» à faire, a-t-il dit sans préciser... Les lois qu'il veut détricoter sont déjà trop faibles pour atteindre leurs objectifs et, de plus, elles sont contestées devant les tribunaux par tous les adversaires imaginables d'un Québec français et laïc. Si M. Millard détricote le moindrement il ne restera plus rien. J'entends déjà les applaudissements dans le West Island et dans les couloirs du Parlement fédéral. En voilà un, diront-ils, qui viendra toujours solliciter nos votes à genoux... qui mettra les francophones à leur place...

Plus que jamais, le Parti libéral du Québec apparaît encore comme l'ennemi juré d'un Québec français et laïc. On le connaît bien, ici, en Outaouais. On se souvient toujours des dernières remontrances de Philippe Couillard, en 2016, qui tentait de nous imposer une faculté satellite de médecine de McGill où tous les cours seraient donnés en anglais. Nous aurions dû être heureux, disait-ils, de suivre des cours en anglais d'une des universités «les plus renommées au monde». Traitre, et colonisé. Juste pour être bien sûr qu'on comprenne, la députée libérale de Hull a ajouté: «C'est ça ou rien.» Compris?


vendredi 16 janvier 2026

Continuer d'être!

16 janvier 2026...

capture d'écran de La Presse Québécoise (décembre 2025)


Mon texte de blogue d'aujourd'hui, intitulé Continuer d'être!, paraîtra d'ici quelques jours dans le numéro de janvier 2026 de la revue en ligne La Presse Québécoise, publiée par le Rassemblement pour un Québec souverain.

Pour le moment il y a embargo. Au moment de sa parution, mon texte prendra sa place ici. Voici un lien à La Presse Québécoise : https://www.rps.quebec/a-la-une/la-presse-quebecoise 



jeudi 15 janvier 2026

Dire que je suis déçu serait un euphémisme...

15 janvier 2026...

Photo par La Presse canadienne


Quand j'ai cueilli mon Devoir à la porte ce matin (15 janvier 2026), je m'attendais, au-delà des textes d'actualité sur la démission de François Legault, à y retrouver un compte rendu analytique de ses principaux engagements et réalisations. Dire que j'ai été déçu serait un euphémisme.

L'équipe du Devoir a choisi de privilégier une brochette de dossiers ciblés au détriment d'une vue d'ensemble du phénomène de la CAQ sous son créateur François Legault. Cette Coalition Avenir-Québec avait pour but d'offrir une solution de rechange au duel PQ-PLQ.

La formation serait nationaliste en demeurant dans le cadre fédératif canadien, affirmerait le caractère national des Québécois et défendrait avec le moins de compromis possible la langue française et les valeurs nationales perçues comme essentielles à son identité, dont la laïcité.

François Legault se disait «chef de la nation». Peu importe ce qu'on en pense (je trouvais ses mesures beaucoup trop faibles), les projets de loi 96 sur le français langue commune et la Loi 21 sur la laïcité de l'État ont fait couler plus d'encre que la plupart sinon toutes les autres mesures législatives, et suscité de vifs débats identitaires partout au Québec et même à travers le Canada.

Dans Le Devoir d'aujourd'hui, j'ai lu des textes sur l'économie, sur l'immigration, sur la culture, sur l'environnement, mais aucun sur la laïcité et la langue française. C'est inouï. Si Christian Rioux avait pu conserver sa tribune, on aurait eu de quoi se mettre sous la dent. Mais on l'a mis à la porte. À la place, en page A3, un fion d'Émilie Nicolas dont la chronique mériterait le même sort que celui réservé à Rioux.

Sous le titre Maintenant... l'avenir, Émilie Nicolas flaire un arôme de racisme dans le virage identitaire le plus récent de François Legault et de la CAQ. Le diagnostic n'est pas clairement énoncé mais tous les symptômes y sont. Elle énumère une liste des préoccupations des Québécois (coût de la vie, logement, services publics, menaces de Trump) qui n'inclut pas les menaces qui pèsent sur le français, l'attachement à la laïcité et les effets d'une immigration massive, depuis toujours utilisée par Ottawa pour noyer la nation québécoise.

Parmi les reproches qu'elle fait à Legault sans le nommer, elle inclut l'accent sur les prières de rue, le port du voile, l'islamisme radical. À lire son texte, ce sont des dossiers qu'elle semble juger de moindre importance, sauf pour stigmatiser nos valeurs identitaires. Mme Micolas pousse l'indécence jusqu'à utiliser à ses propres fins la controverse entourant les propos de Kim Thuy à l'automne (voir lien en bas de page).

Je la cite: «Avec "l'affaire" Kim Thuy, on aura compris que même l'idéal le plus parfait et absolu de l'immigrante modèle... ne peut plus rien dire. Du moins, sur sa propre société, comme n'importe quelle citoyenne, sans se faire dire que sa société n'est pas la sienne.» C'est du véritable poison. Une accusation contre l'ensemble d'une nation lentement métissée, la nôtre, qui lutte depuis 400 ans contre vents et marées pour survivre. Même «l'immigrant parfait» ne peut rien dire ici? Ces propos sont non seulement mensongers, mais ils forment une accusation qui discrédite Émilie Nicolas comme chroniqueure de notre journal national.

On dira bien ce qu'on voudra contre François Legault. J'ai fait ma part à plusieurs reprises, d'un point de vue indépendantiste, pour dénoncer des demi-mesures qui ne mènent qu'à des contestations judiciaires devant une Cour suprême où tous les juges sont nommés par un premier ministre fédéral opposé aux valeurs québécoises. Mais je n'ai jamais douté de l'intégrité de François Legault et de l'appui très majoritaire des francophones pour les objectifs de ses grands projets identitaires, dont nos journaux ont peu parlé ce matin...

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Lien à l'article du Journal de Montréal sur le texte de Kim Thuy - https://www.journaldequebec.com/2025/09/19/je-reste-par-amour--au-cur-dune-controverse-kim-thuy-publie-un-texte-poetique-emouvant-sur-facebook


mercredi 14 janvier 2026

Claude Ruel, les cassettes, les gros chars et les cigarettes... C'était 1968 !

14 janvier 2026...

Vous voulez oublier quelques instants la démission de François Legault? Les folies de Donald Trump? La défaite d'hier soir du Canadien en prolongation? La météo misérable qui a fait disparaître le soleil depuis la mi-novembre? Faites du ménage dans vos vieilles paperasses et vous tomberez sans aucun doute sur un article, une photo ou des publicités d'une époque où vous étiez pas mal plus jeune et où le monde vous paraissait pas mal moins compliqué...

J'ai presque terminé mon ménage de magazines conservés depuis les années 1960, aujourd'hui empilés dans un classeur au garage. L'édition d'octobre 1968 du Magazine Maclean était bien enfouie au fond de la tablette du bas. J'ai tout de suite noté en page couverture l'immense photo de Claude Ruel, «jeune pilote» (il avait 29 ans) des Canadiens de Montréal, le successeur du légendaire Top Blake.

Fait cocasse, l'article sur Ruel est signé par Gérald Godin, reporter de Maclean à ses heures mais aussi journaliste ailleurs y compris à Radio-Canada, auteur, poète, conjoint de Pauline Julien, celui-là même qui serait arrêté dans la nuit des mesures de guerre puis élu député péquiste en 1976 dans la circonscription détenue jusque là par Robert Bourassa.

On reconnaît Godin dans ce texte qui, par certains de ses commentaires, s'écarte des reportages sportifs habituels. À preuve sa description de Claude Ruel cherchant à s'esquiver devant une question portant à controverse: «Pas de réponse sinon un sourire. On se croirait è l'ambassade de Chine et Claude Ruel n'est d'ailleurs pas sans ressembler un peu à Mao-Tsé Toung jeune, avec son petit côté bouddha placide et fermé». Je me demande ce que l'instructeur du Canadien a pensé de cette description...

Début de l'ère des cassettes...


Dans les années 1960, la révolution technologique a beaucoup marqué l'univers musical, mais si on me l'avait demandé j'aurais associé les cassettes aux années 1970... Maudite mémoire. Reste qu'à l'automne 1968, le  futur concurrent des vinyles constituait une nouveauté selon le magazine Maclean. L'intro en atteste: «Si vous n'êtes pas doué pour la mécanique mais rêvez de posséder un de ces fascinants magnétophones, vous le pouvez grâce à une merveilleuse invention: la cassette.» (Parenthèse: demandez à un jeune d'aujourd'hui s'il sait ce qu'est un magnétophone.)

La description qui suit de la cassette n'aurait jamais pu être écrite en 2026.  La jeune génération d'aujourd'hui ignore l'existence des cassettes autant que celle de la fin des années 1960. «La cassette est un petit boîtier de plastique gros comme la moitié d'un paquet de cigarettes (sic), qui pèse deux onces et contient un ruban magnétique jouant de 60 à 120 minutes utilisant les deux côtés du ruban qu'on a jamais besoin de rembobiner.» Le ruban, ajoute-t-on, «a l'avantage de vous laisser choisir la musique que vous voulez entendre à la maison, à la plage, en canoë (!) ou en voiture, et même au bureau». 

Les gros chars...

À n'en pas douter, avant la crise de l'énergie de 1973, la mode nord-américaine était aux «gros chars» ou, quand ils étaient moins massifs, à la puissance. Au diable la consommation d'essence! Dans l'édition d'octobre 1968 de Maclean, Ford vante ses nouveaux modèles Mustang Grandé et Mach 1, avec «une gamme de 4 nouveaux V8, dont le surpuissant Cobra Jet 428, 8 moteurs en tout!» La Torino 1969, ci-dessous, était tout aussi gourmande avec, elle aussi, un moteur Cobra Jet 428... À l'époque, le carburant coûtait 35 ou 40 cents le gallon (9 cents le litre)... S'ils avaient dû payer plus de 6$ le gallon comme en 2026...


Enfin, pour vous convaincre que le monde de la pub a changé, une annonce pleine page au verso de la une propose quatre photos de fumeurs - deux d'hommes, une de femme et une d'un groupe d'hommes et de femmes sous un parasol. Le titre, immense, se lit comme suit: «Peu importe où vous regarderez, vous verrez que l'on fume "du Maurier"... «Jour après jour, paquet après paquet»... Et la santé? Bof...

mardi 13 janvier 2026

Ensemble on n'a peur de rien!

13 janvier 2026...

«Ensemble, on n'a peur de RIEN !» (Les Cowboys fringants à la Fête nationale)

Les prochaines élections québécoises auront lieu le 5 octobre. Cette année! Autant dire demain... Peut-être notre ultime chance de mettre en chantier ce pays que tant d'entre nous souhaitons. Surtout pas question de rater cette fois!

Heureusement, ça augure mieux que lors du scrutin de 2022, alors que le PQ avait évité de peu d'être rayé de la carte avec seulement trois élus. L'excellente prestation de Paul St-Pierre Plamondon, avec sa campagne axée sans détour sur le projet d'indépendance, avait cependant permis à la popularité du parti de doubler entre août 2022 et le jour de l'élection (de 7% à 15%).

Aujourd'hui, après trois victoires d'affilée dans des élections partielles et avec une avance appréciable sur les autres partis dans les sondages d'opinion publique, le Parti québécois peut espérer obtenir un mandat majoritaire au prochain scrutin. À condition de ne pas trébucher dans le dernier droit qui s'amorce.

Si le passé est garant de l'avenir immédiat, on ne fera pas de quartier au PQ, qui se verra cloué au pilori pour des erreurs perçues ou réelles qu'on pardonnerait volontiers aux libéraux, à QS ou à la CAQ. Ce sera comme d'habitude du «tous contre un», et j'inclus dans cette meute hostile les grands médias qui manquent rarement une chance de varloper le vaisseau amiral du mouvement indépendantiste.

Mais il ne suffira pas de mener une campagne quasi parfaite. Un parcours sans faute, avec les meilleurs arguments du monde, aura maille à partir avec l'argument massue des fédéralistes, tant ceux de Québec que de leurs maîtres à Ottawa: la peur. Depuis plus de 60 ans, c'est le moyen le plus efficace employé pour casser l'élan de la souveraineté du Québec. J'en connais les effets: je vis à Gatineau, à l'ombre du Parlement fédéral, en plein royaume de la peur.

En 1970, des camions de la Brinks en avril à l'armée en octobre, on en a terrorisé suffisamment pour modifier les résultats de deux élections et pousser nos braves médias à l'autocensure. En 1980 et en 1995, au-delà de toutes les autres tactiques douteuses et des scénarios de catastrophe, on a menacé sans gêne les vieux, miroitant la perte de leurs pensions advenant une victoire séparatiste.  La peur, croyez-moi, est bien plus efficace que le mensonge, surtout quand on a affaire à un public vulnérable. Et par les temps qui courent, avec le fou furieux orange dans le décor, nous sommes tous vulnérables.

Il me semble que le premier défi à surmonter, pour le PQ en 2026, c'est d'élaborer une stratégie pour contre l'arme de la peur, une arme que les fédéraux emploient uniquement parce qu'ils ont toujours la conviction d'affronter une bande de peureux. La solution devra être collective. Pas facile, mais essentielle! Il faudra, d'ici le 5 octobre, montrer à ceux qui voudraient nous terroriser qu'«ensemble, on n'a peur de rien». 

Tiens... ça ferait un bon slogan pour la campagne... Merci les Cowboys...

lundi 12 janvier 2026

Ramenez nos journaux papier au plus sacrant!

12 janvier 2026...



Prière à Saint Jude, patron des causes désespérées: ramenez-nous nos journaux papier au plus sacrant! En matière d'information, il est devenu très difficile de faire confiance à l'Internet!

La disparition au Québec de plus de la moitié des quotidiens imprimés depuis une dizaine d'années nous a laissés de plus en plus à la merci d'un tout-numérique trop souvent désordonné, rarement convivial et désormais, très suspect.

Au début, on remplaçait le quotidien papier par une édition numérique plus ou moins similaire, sur Internet. La Presse, par exemple, qui le fait toujours. Il en fut de même pendant trois ans pour les six journaux régionaux de Gesca/Power devenus Capitales Médias, jusqu'au 18 avril 2023 quand Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien du Saguenay et La voix de l'Est ont adopté un format babillard mis à jour en temps réel, sans numéros quotidiens.

Un fouillis. N'essayez pas de retrouver Le Droit du 12 janvier 2026. Il n'existe pas. Pareil pour Le Soleil et les autres. Si vous voulez consulter tous les textes d'un de ces anciens journaux pour une date précise, bonne chance. Vous allez chercher longtemps et même si vous réussissez, il n'y a aucune certitude que les textes aient survécu sans modifications. Ou même qu'ils aient survécu tout court...

Le degré de fiabilité des moteurs de recherche a culbuté à mesure qu'ils s'étouffent dans leurs complexes algorithmes. Pour leur part, les réseaux sociaux ont ajouté pour chaque ruisseau d'ordre et méthode des fleuves de désinformation et de confusion. Et vient depuis peu s'ajouter le monstre de l'Intelligence artificielle qui dévore tout sur son passage, y compris la capacité de distinguer entre le vrai et le faux.

J'en suis au point où, dans les informations sur les réseaux sociaux, et sur YouTube en particulier, mon premier réflexe est la méfiance. Tout doit être vérifié et revérifié pour s'assurer que les auteurs des écrits ou vidéos sont crédibles ou encore qu'à l'aide de l'IA, on ne nous refile pas des images et textes faussés ou inventés de toutes pièces. La jungle du Web est sérieusement infectée et personne n'est immunisé contre une intelligence artificielle qui, en dépit des sérieuses imperfections de son bassin de connaissances, se croit déjà supérieure à l'humain dans bien des domaines, en attendant d'affirmer sa domination partout.

Quand vous tenez dans vos mains ou étalez sur votre table un quotidien imprimé préparé par des professionnels de l'information selon un code d'éthique rigide, avec des reportages signés, corrigés, et soigneusement présentés en ordre d'importance dans plusieurs sections thématiques, vous avez le plus souvent un produit sûr. Du solide. Et si vous le conservez pour quelques jours ou quelques années, rien n'aura changé. Le contenu restera le même. Personne ne le tripotera.

J'écrivais en 2014 que j'aimais l'Internet pour ce qu'il ajoute à la connaissance et la communication, et non pour ce qu'il prétend pouvoir remplacer. Cela vaut doublement pour l'IA... 


dimanche 11 janvier 2026

Les orangistes, un «groupe fraternel religieux»???

11 janvier 2026...

capture d'écran du site Web Le Droit (lien au texte Les irréductibles orangistes du Pontiac en bas de page)
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Parfois, mon vieux sang franco-ontarien remonte en ébullition à la surface, même si je vis au Québec depuis 50 ans. Étant né et ayant grandi en Ontario, j'ai connu les ultimes séquelles du Règlement 17 qui avait, sous l'influence des orangistes, interdit l'enseignement en français dans mon ancienne province. Dans mes écoles au mieux «bilingues», j'ai tout de même appris que la violence des orangistes avait eu raison des Métis francophones du Manitoba et que le premier ministre orangiste John A. Macdonald avait fait pendre Louis Riel.

Les francophones de l'Ontario, et sans doute des autres provinces à majorité anglaise, savaient que les loges orangistes étaient habitées par la haine, le racisme, par le désir insatiable d'opprimer les catholiques et, en particulier, les catholiques canadiens-français. Les brimades orangistes ont surtout eu lieu à l'extérieur du Québec, à l'exception peut-être de la région du Pontiac, où les franco-catholiques étaient doublement persécutés: par une forte et agressante présence orangiste et par leur rattachement (encore aujourd'hui) au diocèse anglo-catholique, ontarien et francophobe de Pembroke.

Alors quand j'ai lu sur le site Web Le Droit, ce matin, que les loges d'Orange abritaient «un groupe fraternel religieux protestant», j'ai sursauté d'indignation en me demandant qui pourrait affirmer pareille sottise. Mon ancien journal devrait obliger ses journalistes à lire au moins un bon livre sur l'histoire de la francophonie canadienne ou, s'il s'agit de la région du Pontiac comme c'est le cas ici, l'oeuvre de Luc Bouvier intitulée Les sacrifiés de la bonne entente.

Quiconque est déjà allé à Shawville dans le Pontiac québécois (quand j'étais enfant on disait, Shawville, Ontario) sait que les francophones n'y ont jamais été les bienvenus. On se souvient de 1995, quand une inspectrice de l'OQLF venue y vérifier la conformité è la Loi 101 avait été poursuivie et chassée de la petite ville par le maire avec des commerçants et autres citoyens. En 2026, la loge orangiste de Shawville déploie toujours le drapeau britannique à son mat, sans doute depuis sa fondation en 1843. J'imagine que même le drapeau canadien lui semble trop francophile... Quant au drapeau du Québec, n'y pensez même pas... 

L'article du Droit ne manque pas de pertinence et je le trouve par endroits à la fois instructif et divertissant. Mais il me déroute par sa naïveté et l'absence quasi-totale de contexte historique, sauf quelques repères taillés sur mesure par les Orangistes interviewés. Je veux bien croire que des membres vieillissants des loges orangistes font des dons aux hôpitaux et aux écoles, mais ils ne renient pas leur héritage, celui d'une organisation francophobe dont le passé rappelle souvent l'obscurantisme du Ku Klux Klan.

Les loges d'Orange n'ont jamais reculé devant la calomnie et le mensonge pour s'opposer aux francophones du Québec et de l'ensemble du Canada. L'article du Droit mentionne notamment l'opposition des orangistes au retrait de l'anglais sur les panneaux routiers vers la fin des années 1960 au Québec. Une cause légitime sans doute du point de vue anglophone. Mais dans leur démarche, ils vont jusqu'à affirmer (prenez une Gravol) qu'au cours des 200 dernières années «nous (les orangistes) avons permis à la langue française de s'épanouir (au Québec)». Dégueulasse. Hors Québec, la chasse aux francophones était. toujours ouverte...

Une des personnes interviewées par la journaliste du Droit affirme que les membres de la loge de Shawville se rencontrent pour trouver de la «solidarité chrétienne». Ça venant d'une organisation fondée sur son opposition à la papauté et dont les membres sont parfois allés jusqu'à brûler des églises catholiques en Ontario. Preuve de leur ouverture à la solidarité chrétienne? Ils tolèrent maintenant qu'un orangiste puisse marier une personne de religion catholique. Vivement un Prix Nobel de la paix!

Vers la fin de l'article, on mentionne que dans la région du Pontiac, environ les deux tiers des personnes parlent surtout l'anglais à la maison. C'est sans doute vrai au dernier recensement de 2021, mais si l'on omet de préciser qu'une importante proportion de ces anglophones sont des francophones assimilés sous un régime d'intolérance et de persécution remontant au 19e siècle, on ne peut espérer comprendre la dynamique  linguistique qui continue jusqu'en 2026 à angliciser les Franco-Québécois du Pontiac.

Espérons qu'en complément à ce reportage, Le Droit en commande un second afin de peindre un tableau des conséquences pour les Franco-Pontissois d'une oppression plus que centenaire provenant à la fois des orangistes et des anglo-catholiques.

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Lien au texte du Droit -https://www.ledroit.com/actualites/histoire/2026/01/11/les-irreductibles-orangistes-du-pontiac-JAVWPMFILRFFHKHSTBVHWSOWBE/

samedi 10 janvier 2026

«Le combat pour la langue doit aussi se placer sur le terrain de la culture»

10 janvier 2026...



La plupart des journaux et magazines que j'ai accumulés dans les années 1960 et 1970 oscillent bien à gauche du centrisme socio-politique. Je me considère socialiste et indépendantiste depuis une soixantaine d'années. Peut-être est-ce pour ce motif que j'ai acheté et conservé moins de numéros de la revue Relations publiée par les Jésuites québécois (disponible sur le site Web de BAnQ). Son nationalisme se situait alors dans une lignée plus traditionnelle et conservatrice.

Relations s'est cependant révélée plus tenace que ses concurrents disparus depuis un demi-siècle. Fondée en 1941, son ultime numéro a paru à la fin de 2021. Au cours de ses dernières décennies, elle a embrassé un spectre idéologique plus large et j'ai repris la lecture de ses pages riches et variées. Je n'ai malheureusement conservé qu'un numéro de Relations depuis le nouveau millénaire, celui de novembre 2012 intitulé Que vive la langue! (voir photo ci-haut).

Le texte qui m'a le plus marqué dans cette parution est signé Robert Laplante, alors et actuel directeur de la revue plus que centenaire L'Action nationale. Sous le titre Entre l'être et le doute, l'auteur rappelle ce que trop de défenseurs du français ont tendance à occulter: le français n'est pas uniquement un outil de communication. «Le combat pour la langue, écrit-il, doit aussi se placer sur le terrain de la culture.» Cela peut paraître évident, mais étant Franco-Ontarien d'origine, j'ai vu trop de «patriotes» qui, d'une main, agitent la fleur de lys, et de l'autre, boivent goulument la culture anglo-américaine.

À quoi sert d'exiger des droits pour la langue française dans les provinces anglaises, ou pire, lutter pour l'unilinguisme français au Québec si on communique en anglais sur les réseaux sociaux, si on ne lit pas les auteurs français ou québécois, si on ne connaît pas nos chansonniers et musiciens, si on se rue pour envoyer ses enfants en anglais intensif ou à un cégep anglais, si notre langage reste truffé de mots et d'expressions anglaises, ou de calques de l'anglais? Connaître le français c'est bien. Mais si on ne vit pas en français, à quoi sert-il?

«Le français ne sert pas qu'à commander au dépanneur, écrit Robert Laplante. Il incarne une vision du monde et traduit un héritage dont la transmission se trouve au fondement de l'échange linguistique. Le combat pour la langue est indissociable d'une volonté de construire une référence commune, de placer la culture comme médiation essentielle. Pour réussir à faire du français la langue normale de notre société, il fallait reconfigurer les institutions et leur donner la culture québécoise comme centre de gravité.»

«Cela, ajoute-t-il, aurait dû signifier d'abord de briser la logique de dualisation des structures qui fait de Montréal une ville à deux registres qui peuvent s'ignorer. Le Montréal anglophone n'a rien à voir avec la reconnaissance des institutions de la minorité historique anglaise. Il s'agit d'un monde parallèle qui permet aux anglophones de fonctionner en tenant le Québec et sa vie (française) comme un exotisme confortable.» Il faudrait, dit-il, que la culture québécoise «soit suffisamment sûre de son fait, de son rôle et de sa puissance instituante pour s'imposer comme incontournable.»

Mais ce manque collectif de certitude «fait le lit du multiculturalisme dans lequel notre culture a été javellisée au point que nombre de Québécois ne sont plus capables de nommer leur culture autrement qu'en la désignant du neutre, la qualifiant de culture "francophone" pour mieux l'oblitérer.» Ce doute, explique-t-il, «laisse les plus grandes réalisations de la culture québécoise dans un statut de référence facultative».

«On peut vivre ici sans savoir qui sont Vigneault, Leclerc, Riopelle et tant d'autres. (...) Cette ignorance n'est pas fortuite: elle est le produit d'une domination culturelle intériorisée qui creuse une béance culturelle au point que la culture québécoise et ses réalisations ont plus de facilité à s'exporter qu'à se rendre incontournables chez soi.»

Et de conclure Robert Laplante: «Notre langue n'aura d'avenir que si elle porte un projet de civilisation, c'est-à-dire un art de vivre, une vision du monde et de ses espérances dont nous sommes les héritiers aussi bien que les artisans.»

Ce texte de Relations reste aussi actuel en 2026 qu'à la date de sa publication.


vendredi 9 janvier 2026

Joyeuse redécouverte du magazine «Last Post»

9 janvier 2026...

Le magazine Last Post, publié à Montréal par des journalistes anglophones de gauche

En cette année de déménagement, le tri des revues, magazines et documents que je conserverai, ou dont je me débarrasserai à mon corps défendant, mène parfois à de joyeuses redécouvertes. Ainsi, cette édition de Last Post, publiée en pleine crise d'octobre 1970, au moment où l'ensemble des médias traditionnels courbait l'échine devant les menaces de censure du gouvernement Trudeau.

Contre la propagande guerrière d'Ottawa et Québec, cette coopérative d'information avait dû réaliser des «acrobaties» pour contourner le bras très lourd de la Loi sur les mesures de guerre. Pour réaliser le principal texte d'analyse, le magazine avait pu compter sur la collaboration de journalistes de Montréal, Québec et Ottawa. Ces derniers avaient livré des éléments d'information que leurs journaux refusaient de publier, les grandes entreprise de presse étant largement devenues, «par le mécanisme insidieux de l'autocensure, organes du gouvernement».

Avec l'édition spéciale de Point de mire, dont j'ai déjà parlé et que Last Post dépassait en audace, l'édition d'octobre-novembre 1970 du magazine de langue anglaise fut l'une des rares à proposer des textes fouillés exposant les magouilles fédérales et québécoises pour utiliser les enlèvements du FLQ dans le but de discréditer l'ensemble du mouvement indépendantiste québécois. Vous pouvez les lire sur le site Web connexions.org.

Caricature d'Aislin (Terry Mosher), membre de la collaborative

L'un des textes les plus divertissants, si vous me permettez ce mot peu opportun considérant les événements tragiques de l'époque, est signé par Nick Auf der Maur, ancien journaliste à la Montréal Gazette qui devait par la suite siéger au conseil municipal de Montréal de 1974 jusqu'au début des années 1990. Celui-ci raconte avec force détails dans Souvenirs d'un prisonnier de guerre son arrestation sans mandat par la Gendarmerie royale du Canada et son séjour à la prison de la rue Parthenais avec plusieurs autres détenus, dont Reggie Chartrand, Pierre Vallières, Charles Gagnon et Michel Chartrand. 

Le jour de sa libération, on lui donna un colis envoyé par sa mère qui contenait son chandail des Canadiens de Montréal, un missel et la biographie du saint patron de la Suisse (pays d'origine de ses parents). Avant de quitter la prison, il avait discuté pendant une heure avec un autre détenu sur le point d'être remis en liberté, un travailleur membre d'un comité de citoyens d'un quartier pauvre de la métropole. La police avait défoncé sa porte pour l'arrêter et après huit jours derrière les barreaux, il craignait d'avoir perdu son emploi. «Le plus stupide dans cette affaire, écrit Auf der Mar, c'est qu'on ne lui avait posé aucune question pendant son séjour en prison

Le geste le plus audacieux du Last Post sur la crise d'octobre fut sans doute de publier de longs extraits du livre Nègres blancs d'Amérique, de Pierre Vallières, «un document important pour quiconque cherche à comprendre les racines du conflit au Québec». La traduction anglaise du titre ne serait au grand jamais publiée en 2026 pour des motifs que tous connaissent. La direction du magazine précise à la fin du texte qu'elle aurait désiré publier quelques autres extraits, mais on l'avait informé que telle publication sous les mesures de guerre aurait pu mettre en péril l'avenir de la revue... 


jeudi 8 janvier 2026

Pour ceux et celles qui pensent qu'on en a fini avec le colonialisme...

8 janvier 2026...

Revue Maintenant, avril 1973

C'était plutôt calme, vers 8 heures ce matin, au restaurant de Gatineau où je déjeunais avec un ancien collègue journaliste. Un groupe de cinq ou six personnes, attablé à distance d'ouïe, jasait en français jusqu'à l'arrivée d'un anglophone. Et hop, tout d'un coup, les francophones majoritaires passent à l'anglais comme si c'était la chose la plus naturelle à faire. Bande de colonisés, me suis-je dit...

À Ottawa où je suis né, ce type d'abaissement collectif devant l'anglais est presque automatique. Mais clairement, sur la rive québécoise de l'Outaouais, le vieux réflexe de ne pas vouloir vexer un anglo en lui parlant français existe toujours et se porte très bien. Pire, on entend de plus en plus des francophones communiquer entre eux en franglais ou pire, en anglais seulement. Attendez: les données linguistiques à venir du recensement 2026 seront horrifiantes dans notre coin de pays.

Et même quand les Québécois parlent français, combien de centaines de milliers d'entre eux émaillent-ils leurs conversations d'anglicismes, de mots anglais, ou d'expressions et structures anglaises avec des mots français? «C'est de l'anglais en français», disait le poète et éditeur Gaston Miron, interviewé par la revue Maintenant, en avril 1973. On n'a qu'à regarder la télé pour s'en convaincre: journalistes, animateurs, artistes, invités, incapables de trouver les mots justes, obligés de s'exprimer dans une langue teintée d'une surexposition constante à l'anglais. 



Dans un article intitulé Décoloniser la langue (Maintenant, avril 1973), Gaston Miron «établit un constat de situation coloniale à partir de la nature du français au Québec». «Le diagnostic de colonialisme est aussi intransigeant et clair que celui qu'on peut établir à partir de la réalité économique», écrit Serge Carlos, membre du comité de rédaction de Maintenant. Si Miron vivait toujours en 2026, il y a fort à parier qu'il aurait peu modifié, sur le fond, plusieurs points de vue exprimés dans les citations ci-dessous.

Gaston Miron: nos élites «entretiennent le mythe d'un bilinguisme collectif et idéal, dont les séductions ne jouent qu'au Québec, par une série de mystifications et d'arguments terroristes, du genre "on est entouré de 250 millions d'anglophones", etc... Il va falloir crever toutes ces balounes.

«La langue d'ici n'échappe pas à la condition globale de l'humain québécois. La langue ici opère dans un contexte global issu d'un colonialisme qui se prolonge dans des structures semi-coloniales. La langue, au même titre que l'humain québécois, est une langue dominée. J'entends par là que, socialement, dans de larges secteurs de sa communication, la langue du colonisateur se superpose à la nôtre et la recouvre.

« Peu à peu il y a érosion de notre langue par celle de l'autre; toutes sortes de symbioses linguistiques peuvent en résulter. Parfois ce n'est plus qu'une langue qui fonctionne, en distorsion, tant bien que mal. Prenons entre mille exemples (cette affiche bilingue) Automobiles avec monnaie exacte seulement/Automobiles with exact change only. Si on retire l'anglais, ce "français" perd toute sa signification. Il n'a de sens qu'en fonction de l'anglais qui est à côté. Ce "français" n'a plus d'autonomie.

«Le fait qu'un grand nombre de scientifiques, professionnels, techniciens fassent leurs études en anglais, le fait d'une plus grande scolarisation anglaise des enfants québécois, peut contribuer à multiplier cette "langue de calques". (...) Il y a urgence de se décoloniser. Et ce faisant, la langue va aussi se décoloniser.

«L'homme québécois n'est pas à blâmer pour cette situation, il n'a pas non plus à rougir de sa langue... Les responsables, ce sont les élites politiques et bourgeoises en collusion avec la minorité possédante canadian du Québec et le centralisme d'Ottawa, qui le maintiennent sur son territoire dans un modèle de société infériorisant.»

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C'était au printemps 1973. Que diriez-vous en 2026?


mercredi 7 janvier 2026

Les mêmes litanies depuis 1968....

7 janvier 2026...

«L'avenir d'un peuple est en jeu et la bataille qui se livre à Montréal, où la vie française connaît un dépérissement tragique, indique assez l'urgence d'une solution radicale qui s'appelle l'unilinguisme français. On en est exactement à ce point après deux siècles de patience.»

À lire ce commentaire, on pourrait le croire issu des débats actuels sur le déclin de la langue française dans la métropole québécoise. À n'en pas douter, il a des airs de 2026. Mais non! Il aura bientôt 60 ans! J'ai trouvé cette réflexion dans l'édition janvier-février 1968 de l'ancienne revue Maintenant, en lisant un article intitulé B&B ou l'inégalité à perpétuité, signé par le journaliste Pierre Saucier.

Le B&B, pour ceux qui sont assez vieux pour s'en souvenir, fait référence à la Commission fédérale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Commission Laurendeau-Dunton), qui achevait ses travaux et évoluait de plus en plus vers un projet de Canada divisé en deux, une zone bilingue (essentiellement le Québec) et le reste du pays unilingue anglais.

Cela faisait bien sûr l'affaire des anglophones au Québec. écrivait-on en 1968. «L'Anglo-Québécois constitue une fausse minorité car il jouit de tous les avantages de la majorité. Il possède à Ottawa un gouvernement à lui», précise l'article de Maintenant, soulignant l'asymétrie évidente entre l'anglais au Québec et le français ailleurs au Canada. «Il en va tout autrement des minorités fort entamées et anémiées d'outre-frontières et qui, quand elles ne sont pas assimilées, continuent de végéter et survivre folkloriquement», peut-on lire.

Sans verser dans les dead ducks de René Lévesque, le rédacteur de Maintenant s'interroge quant à l'utilité de réformes, dans les provinces anglaises, pour accorder plus de droits aux minorités de langue française. «Illusion pitoyable au reste que la conservation artificielle en territoire très majoritairement anglais d'îlots dotés d'une demi-langue sans aucune utilité dans la vie courante. À quoi bon enseigner une langue à des fins familiales et folkloriques?»

La solution, alors? L'article de la revue dirigée par des religieux dominicains du Québec pointe vers la solution qui devait, à l'automne 1968, susciter la fondation du Parti québécois. «Il apparaît de plus en plus que la souveraineté est un impératif à la survie et l'épanouissement du Québec francophone. Maintenant a déjà indiqué que la solution la plus réaliste irait dans cette direction

Ce qui frappe le plus en relisant ce texte de 1968, c'est à quel point les enjeux ont peu changé en 58 ans, en dépit des grandes réformes entreprises sous la Loi 101 à la fin des années 1970. Le français à Montréal reste au bord de la catastrophe. Les Anglo-Québécois peuvent toujours compter sur leur majorité anglo-canadienne à Ottawa. Les minorités francophones hors-Québec continuent de s'assimiler à la vitesse grand V, au point de parler d'agonie dans six ou sept provinces. Et l'indépendance apparaît toujours comme le seul moyen d'assurer la protection et la promotion du français au Québec.

On répète les mêmes litanies depuis la fin des années 1960, et rien ne se règle... Assistera-t-on enfin en octobre 2026 à l'amorce d'un ultime assaut, réussi cette fois, vers une souveraineté qui fera du Québec, une fois pour toutes, un pays phare pour la langue française dans les Amériques? Je serais curieux de lire ce que la revue Maintenant écrirait à ce sujet en janvier 2026...

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*lien à la revue Maintenant sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec - https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2817559


mardi 6 janvier 2026

L''Épiphanie... Finies, les Fêtes

6 janvier 2026...



Quand j'étais enfant, la fête des Rois était fériée... Messe obligatoire, congé scolaire... Aujourd'hui, l'Épiphanie passe largement inaperçue mais le 6 janvier marque toujours pour moi - et pour bien d'autres j'en suis sûr - la fin du temps des Fêtes de Noël et du Jour de l'An. Les décorations sont remises dans leurs boîtes. Dans les rues, les vrais sapins plantés sur les bancs de neige. Les arbres artificiels rangés jusqu'à la fin de l'automne. Les lumières colorées d'extérieur débranchées. Retour à la grisaille d'hiver jusqu'en mars. Des activités devenues routinières, d'année en décennie...

Mais pas en 2026. J'ai placé ce matin les trois rois mages devant la crèche, au sous-sol, à côté du foyer, comme je l'ai fait tant de fois auparavant, mais je savais que c'était pour la dernière fois dans cette maison que nous habitons depuis sa construction en 1988. J'ai photographié la scène (ci-haut) pour bien m'en souvenir quand je devrai jongler en décembre prochain avec l'espace réduit d'un appartement au 6e étage du nouveau complexe Cinq23 (à un ou deux km d'entre domicile actuel) dans le secteur est de Gatineau.

Nous sommes à l'heure des choix. Quels meubles conserverons-nous? Combien de bibliothèques survivront au déménagement? Pourra-t-on placer quelque part une table tournante et des haut-parleurs pour mes vinyles? Dans nos garde-robes et armoires, il faudra aussi élaguer mais en cette fête des Rois ce sont tous les bacs remplis de décorations, de boules de Noël, de glaçons, de personnages de crèche qui s'étalent sous nos yeux et au moins la moitié de ces objets, dont certains proviennent de nos parents, ne verront jamais le Cinq23... Les plus petits choix deviennent parfois aussi déchirants que les grands.

Au cours des prochains jours, nous irons porter plusieurs boîtes de livres à la bibliothèque municipale ainsi qu'à quelques librairies d'occasion, dans l'espoir qu'ils servent ailleurs. Quelques centaines de 45 tours, ainsi que les albums 33 tours et les DVD qui n'auront pas trouvé preneur, prendront ces jours-ci le chemin de l'Éco-Centre de Gatineau. Quelques-uns de mes dossiers se retrouveront au Centre de recherches sur les francophonies canadiennes (Université d'Ottawa) et aux bureaux gatinois de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Mais ça va trop lentement. Ce sera bientôt le bordel...

Aujourd'hui, j'épluche mes revues et magazines. J'ai terminé la revue Point de mire et commencé la revue Maintenant (fin années 1960, début années 1970). D'autres suivront. Si quelque lecteur de ce texte connaît des personnes qui s'intéressent à ces documents précieux d'une autre époque, faites-moi le savoir.

Bonne fête des Rois!


lundi 5 janvier 2026

Spécial Québec Octobre 1970. À conserver!

5 janvier 2026...

La page couverture du Point de mire de novembre 1970


Durant les deux crises d'octobre 1970, j'étais courriériste parlementaire du quotidien Le Droit à Ottawa. J'arpentais quotidiennement l'antre des Trudeau-Marchand-Chrétien-Pelletier et autres, à la Chambre des communes et dans les couloirs du Parlement. Pourquoi «deux» crises d'octobre, direz-vous? Parce qu'il y en a eu deux du moins sur le plan de l'information, celle d'avant les mesures de guerre et une seconde, qui a débuté le 16 octobre 1970 avec l'imposition de la Loi sur les mesures de guerre et l'arrestation brutale, sans mandat, de centaines d'innocents pour le simple fait qu'ils étaient indépendantistes...

Entre l'enlèvement du diplomate britannique James Richard Cross, le matin du 5 octobre 1970 et la nuit du 16, c'était l'effervescence dans les salles de rédaction. L'information circulait abondamment, sans entrave, et le public québécois suivait sans panique les événements. Même après l'enlèvement du ministre Pierre Laporte, même après le déploiement de l'armée dans la journée du 15 octobre, la population, tenue au courant en temps réel par la radio, restait calme. J'ai vu, dans l'après-midi du 15 octobre, près de l'hôtel de ville de Montréal, des familles s'amusant à se faire photographier devant des militaires armés qui devaient bien se demander pourquoi ils étaient devenus une attraction touristique.

Avec la promulgation des mesures de guerre et encore davantage après la mort de Pierre Laporte, les voix discordantes dans les salles de rédaction se sont tues. Sous la menace de la censure officielle, l'autocensure s'est imposée partout. Le public, de moins en moins informé, soumis tous les jours aux déclarations teintées de propagande en provenance des autorités à Ottawa et Québec, a eu peur. Le FLQ aurait été discrédité de toute façon pour avoir tué Pierre Laporte, mais Trudeau, Bourassa, Drapeau et leurs sbires se sont assurés que tout le mouvement indépendantiste mange la claque. 

Voilà pourquoi le numéro de novembre 1970 de la revue Point de mire reste 55 ans plus tard un incontournable. Dans un océan de conformité (sauf Le Devoir), ce magazine dirigé par Jean Côté et Pierre Bourgault (tous deux interpellés ou arrêtés dans la nuit du 16 octobre) a publié de peine et de misère une édition spéciale qu'on n'aurait jamais pu lire dans les grands journaux ou entendre en ondes sous l'emprise des mesures de guerre. 

Le message de la direction de Point de mire


Durant cette deuxième étape de la crise d'octobre, Point de mire aura un peu sauvé l'honneur de la presse québécoise. L'éditorial de Pierre Bourgault, intitulé Ni héros ni martyr, dénonçait la violence du FLQ et la violence du pouvoir:

«M. Laporte aurait pu être sauvé, écrit-il.

«Le FLQ pouvait le sauver. Pour ce faire il lui aurait fallu, ne fut-ce que temporairement, sacrifier la cause qu'il défend.

«M. Trudeau aurait pu le sauver. Pour ce faire il lui aurait fallu, ne fut-ce que temporairement, sacrifier la cause qu'il défend. 

«Les deux parties sont restées sur leurs positions: M. Laporte est mort.»

Ce numéro de Point de mire survivra à mon déménagement en appartement au début de l'été. En espérant qu'un jour, la collection entière de Point de mire devienne disponible sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.