vendredi 27 février 2026

Tout le monde veut aller au ciel, mais...

27 février 2026...



«Tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir». Vous vous souvenez de cette vielle chanson de Petula Clark qui trônait au sommet des palmarès en 1967, l'année des 100 ans du Canada? Moi si. J'avais 21 ans, et le débat sur l'avenir constitutionnel du Québec battait son plein. Quel lien, direz-vous? Ténu, j'en conviens, mais cette maxime me fait penser depuis un demi-siècle aux espoirs politiques du Québec. Tout le monde veut que «ça change», mais personne n'est prêt à «mourir» un peu pour déstabiliser le carcan constitutionnel édicté en 1867 et renforcé à Ottawa en 1982 après la nuit des longs couteaux.

Nous vivons depuis l'époque du gouvernement Johnson dans un régime de tout ou rien. L'égalité ou l'indépendance. Puis celui de l'étapisme du PQ depuis 1973: un référendum gagnant ou... rien. Avec la Loi 101 en 1977, plusieurs croyaient que l'élan mènerait à la victoire du «oui» en 1980. Ce fut un échec cuisant et deux ans plus tard, Trudeau ainsi que ses collabos du Québec et du Canada anglais ne se sont pas embarrassés d'une procédure référendaire pour imposer une constitution multiculturelle dont l'un des objectifs était clairement de saboter toute velléité autonomiste québécoise, y compris la Loi 101.

En 1990, après l'échec de l'Accord du Lac Meech, qui aurait sans doute fissuré un peu la Charte fédérale de 1982, et la défaite référendaire de l'Accord de Charlottetown en 1992, les positions s'étaient figées. Oui ou non, sans trop de compromis. La seconde tentative référendaire du PQ en 1995 a passé à un cheveu près de réussir. Sans les tricheries fédéralistes, le «oui» aurait franchi le cap des 50% plus 1. Mais ce fut 49,4%, et un résultat de 50% moins 1, c'est zéro en politique. Pas de pays. Pas de constitution d'un Québec souverain. Rien. S'cusez, on a eu droit à la Loi fédérale sur la clarté référendaire, pour nous dire quelle question serait acceptable à Ottawa et quelle majorité serait requise au prochain référendum. Bien plus que 50% plus 1...

À force de gouverner dans ce statu quo constitutionnel, le Québec - peu importe le parti au pouvoir - s'est enlisé. Les barricades ont été démantelées, la ferveur indépendantiste réduite à l'État de braises vieillissantes. Après la défaite du gouvernement Marois, le Parti québécois agonisait, notamment chez les plus jeunes. Puis arrive 2022. Il ne reste que trois députés péquistes mais le parti sous PSPP grimpe dans l'opinion publique. Le premier geste des trois élus du PQ fut de refuser de prononcer le serment d'allégeance au roi Charles III. Ne pas siéger pour changer la constitution. Mourir un peu pour voir un minuscule coin de ciel bleu. Ils ont réussi. Le gouvernement Legault, par un vote unanime de l'Assemblée nationale, a modifié l'AANB de 1867 pour permettre un serment d'allégeance au peuple québécois. Un tout petit pas sans doute, mais mieux que rien.

Quatre ans plus tard, le Parti québécois a raflé quatre partielles avec des majorités appréciables et tout semble indiquer que les indépendantistes pourraient reprendre le pouvoir en octobre 2026. Une fenêtre s'ouvre. Peut-être pour la dernière fois. Et nous voilà de nouveau dans le quitte ou double. Tout ou rien. Une autre échéance référendaire qui, sans ce magique 50% plus 1, nous mènera strictement à rien! Pendant que nous continuons à jouer le tout pour le tout, Ottawa continue de s'ingérer sans référendum dans les compétences québécoises avec son pouvoir de dépenser illimité et les juges suprêmes (qu'il nomme seul), chargés depuis 1982 d'interpréter la constitution. Pendant qu'Ottawa agit, détruisant notre édifice national brique par brique, nous référendons...

Ce qui m'amène au sujet de l'heure: le projet de constitution québécoise présenté par le ministre Simon Jolin-Barrette. Attaqué de toutes parts pour son libellé. Sa légitimité mise en cause. Bien sûr, il n'est pas issu d'une grande consultation populaire. Bien sûr il ne remet pas en question l'appartenance du Québec à la structure fédérale. Bien sûr, il pourrait être amélioré. Mais ce n'est pas du tout ou rien. Muni du nonobstant, seule arme qui reste au Québec avec la Charte de 1982, le projet de loi 1 constitutionnalise le français langue commune, la laïcité, la primauté de l'égalité hommes-femmes sur les religions, la primauté des lois du Québec dans ses champs de compétence, les relations internationales du Québec, et plus. Comme indépendantiste, je trouve cela nettement insuffisant, mais ce n'est pas RIEN.

Une fois au pouvoir, le PQ pourra s'en servir, tester ses limites, la modifier au besoin, et surtout l'utiliser pour montrer la rigidité et la mauvaise foi du régime fédéral anglo-dominant envers la francophonie québécoise. S'en servir pour intensifier l'appui à l'indépendance, seul moyen de prendre l'ultime envol qui nous permettra, cette fois, de ne pas percuter de front le béton référendaire. C'est notre dernière chance, j'en suis convaincu. Quand notre seule métropole, Montréal, sera bilingual, et ça s'en vient vite, il sera trop tard. Cueillons au moins ces quelques cailloux constitutionnels offerts par la CAQ avant d'affronter Goliath en 2030.

J'en ai assez du tout ou rien. Pour réaliser l'indépendance, il faut bâtir sur de petites victoires qui mèneront à de grandes victoires, et non sur le désert des mauvais souvenirs des échecs de 1980 et de 1995. Les adversaires du projet de M. Jolin-Barrette ont raison. Mais avoir raison sur papier ne garantit rien dans une mêlée politique où l'ennemi ne recule jamais devant les coups bas. Veut-on affronter Ottawa avec ou sans une constitution québécoise adoptée par l'Assemblée nationale, si imparfaite soit-elle? Voilà la question que je me pose.

Tout le monde veut aller au ciel...

1 commentaire:

  1. Il est tout à fait vrai qu'une victoire du PQ cet automne serait un coup de pied dans une fourmillière. Seul un devin pourrait savoir avec certitude ce qu'il en adviendra en bout de ligne, dans un processus qui, même avec un référendum durant un premier mandat, pourrait s'étaler sur une période plus longue. Y aura-t-il deux pays? Charles III perdra-t-il une de ses couronnes? Comment évoluera la gigantesque fédération située au sud de nos frontières, au plan politique et budgétaire, et quelles seront les répercussions de ce côté-ci? Quel sera l'impact de tout ce qui se passe dans le monde, du Vénézuéla à l'Iran, de l'Union européenne à l'avenir de l'OTAN?

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