jeudi 12 février 2026

Il y a deux ans, le 12 février, à Greenstone...

12 février 2026...

les mats municipaux de Greenstone, Ontario, avant la décision du 12 février 2024.



Il y a deux ans très exactement, le 12 février 2024, en Ontario, sur la lointaine route 11, le conseil municipal de la petite ville de Greenstone a décidé de retirer le drapeau franco-ontarien vert et blanc du mat municipal où il était hissé en permanence depuis une dizaine d'années.

Les circonstances entourant ce geste méprisant auraient dû provoquer un bon tour de presse et un vif débat au Québec (et ailleurs au Canada) mais comme d'habitude, le sort de moins d'un millier de Franco-Ontariens perdus dans le nord-ouest de la province voisine s'est largement buté à un mur d'indifférence et d'ignorance médiatique.

Pourtant ce qui s'est passé à Greenstone laisse présager ce qui arrivera un jour non seulement à l'ensemble de la francophonie canadienne, mais aussi à la nation québécoise, si le déclin du français se poursuit et si le Québec n'en tire pas, aux élections d'octobre 2026, les leçons qui s'imposent.

Greenstone, formé par les anciens villages, désormais fusionnés, de Geraldton et Longlac, c'est un microcosme du Canada. On y trouve depuis longtemps des collectivités de langue française, mais elles sont aujourd'hui minoritaires, soit environ 22% des 4700 habitants. Comme au Canada, avec ses 21,4% de francophones (selon le recensement 2021 de Statistique Canada)...

L'enseignement à retenir ici, comme partout dans ce pays, c'est qu'une minorité n'a aucun pouvoir décisionnel. Pour les anglos majoritaires au conseil municipal, les Franco-Ontariens n'étaient plus qu'un «groupe démographique» parmi les autres, et que lui accorder une reconnaissance spéciale pouvait être vu comme une «non-reconnaissance» des autres drapeaux communautaires.

La bonne vieille francophobie avec toute la condescendance et la supériorité anglo-dominantes. Les Franco-Ontariens connaissent ça depuis plus de 100 ans. Mais avec 22% de la population, il n'y a rien à faire. On peut demander, supplier, quêter, argumenter, on peut faire n'importe quoi sauf décider. La majorité anglaise pouvait, elle, décider de rendre son mépris officiel et elle l'a fait.

Les protestations des francophones n'ont rien donné. Impossible de faire accepter à ces têtes carrées que le français est une langue nationale, et non une langue communautaire comme les autres. Lettres, pétitions, interventions politiques, rien n'y fit. La décision de ranger le drapeau vert et blanc 51 semaines sur 52 était irrévocable. La majorité a toujours le droit de prendre de mauvaises décisions. Démocratie 101.

Le 25 septembre 2025, Jour des Franco-Ontariens, la municipalité de Greenstone a hissé à l'un des ses trois mats le drapeau vert et blanc (pour une semaine seulement) en dépit du boycottage de la cérémonie par les francophones de l'endroit, toujours ulcérés par la décision du 12 février 2024. Pour tourner le fer dans la plaie, le discours officiel a été prononcé en anglais seulement, le maire et son suppléant étant unilingues anglophones... 

Les événements de Greenstone sont un avertissement pour les municipalités où les Franco-Ontariens forment toujours des majorités. Un jour, les anglos seront plus nombreux qu'eux. Ce n'est qu'une question de temps vu les taux actuels d'assimilation. Alors un bon jour, pas si lointain, des conseils municipaux devenus majoritairement anglophones décideront eux aussi de ranger le drapeau franco-ontarien. Et les francos minoritaires seront impuissants...

Et pourquoi cela devrait-il intéresser les Québécois? Le Québec formera bientôt autour de 22% de la population du Canada et la moitié des compétences constitutionnelles sont entre les mains de la majorité anglo-canadienne à Ottawa, y compris les tribunaux supérieurs qui, forts de la Charte fédérale imposée au Québec en 1982, ont le droit de juger les lois québécoises en fonction des valeurs «canadiennes»...

Avec son pouvoir illimité de dépenser, le gouvernement de la majorité anglo-canadienne piétine les compétences du Québec, finance la promotion de l'anglais en territoire québécois, lance ses juristes à l'assaut de nos lois sur la laïcité et le renforcement du français, et fera tout pour dérailler un référendum advenant l'élection du PQ.

Un jour, si nous ne quittons pas cette fédération, la victoire d'Ottawa sera complète et le déclin du français irréversible. Je ne vivrai pas assez longtemps pour voir ça, mais imaginez le conseil municipal d'une ville de Montréal devenue majoritairement anglaise décidant de retirer le fleurdelisé du mat municipal. Juste y penser, n'est-ce pas suffisant pour enfin s'intéresser à ce qui se passe à Greenstone, où un autre avant-poste de la francophonie nord-américaine mène seul un combat inégal contre une majorité francophobe et intransigeante?

Ce combat, au train où vont les choses, sera celui que devront mener nos petits-enfants dans plusieurs régions du Québec...

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Lien au texte d'ONFR sur le boycottage de la cérémonie du drapeau le 25 septembre 2025 - https://onfr.tfo.org/lever-du-drapeau-franco-ontarien-la-municipalite-de-greenstone-encore-boycottee/

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