dimanche 15 février 2026

Ma grammaire latine de 1961...

15 février 2026...



Dans le grand ménage de mes bibliothèques en prévision de notre déménagement en juillet, je suis arrivé à la tablette des dictionnaires, lexiques, grammaires, et autres trucs du genre. Avec la disponibilité des dictionnaires en ligne, la question se pose: puis-je garder tous ces volumes spatio-voraces quand je dois me départir de centaines d'autres livres que j'aurais souhaité conserver?

En attendant de résoudre cet épineux problème, j'ai redécouvert entre un Robert illustré et Le grand druide des synonymes un petit volume - moins d'un centimètre d'épaisseur - auquel je m'accroche depuis ma troisième année du secondaire en 1961-62. Je le détestais à l'époque mais il faut croire que je m'y suis attaché au fil des décennies. Il s'agit de ma Grammaire latine de base, un fascicule de 92 pages à couverture rigide imprimé à Paris en 1956.

J'aurais sans doute mieux fait de sauvegarder un manuel d'histoire, un volume que j'éplucherais avec grand plaisir 65 ans plus tard. Mais non. Je n'aimais pas le latin et pourtant, cette grammaire a réussi là où ses concurrents ont échoué. Survivre aux élagages de sept décennies. Ne résistant pas à la tentation de me plonger dans l'univers de mes études à l'âge de 15 ans, j'ai feuilleté cet outil de torture.

Le Conseil aux usagers en page d'introduction suffirait pour effrayer même les plus enthousiastes latinophiles. Je cite: «Cette Grammaire latine de base n'est pas seulement un livre à apprendre peu à peu par coeur (!!!), exemples y compris. C'est un guide à avoir près de soi chaque fois qu'on fait du latin, à consulter sans cesse d'une main diligente toutes les fois qu'on rencontre une difficulté ou un obstacle

Même à cette époque où la messe était toujours célébrée en latin (Vatican II mettrait un terme à cette pratique quelques années après), les chances de «faire du latin» à l'extérieur d'une salle de classe étaient à peu près nulles. Aucun des élèves de ma classe à l'École secondaire de l'Université d'Ottawa n'a «appris peu à peu par coeur» cette grammaire et je ne serais pas surpris d'être le seul de mes anciens collègues à pouvoir le consulter chez soi au 21e siècle!

Après toutes ces années, au-delà de Italia est in Europa, la première phrase que j'ai apprise en latin, je pourrais encore reconnaître les pluriels de certains noms (dominus, domini), ou quelques conjugaisons simples (amo, amas, amat...) et... c'est tout? Non, depuis que je m'intéresse à la mycologie (années 80), j'ai aussi appris un arsenal de noms latins de champignons sauvages que j'aime lancer de temps en temps pour paraître plus savant que je ne le suis.

En poursuivant la lecture de ce Retour vers le passé, je suis aussi tombé sur une foule de mots français qui m'ont toujours donné du fil à retordre, m'obligeant à sortir un dictionnaire pour me rappeler leur sens exact par rapport au latin. Morphologie, déclinaison des cardinaux, adjectif distributif, génitif, ablatif, accusatif, radical du parfait, verbe déponent, proposition subordonnée conjonctive circonstancielle (où j'ai écrit à la main Très important!) et j'en passe.

Les deux dernières cases au bas de la page 88 (la dernière avant l'index alphabétique) portent sur les adverbes ubi (où) et quando (quand). Choix opportun. Où et quand allais-je me servir de cette grammaire?

Deux ans plus tard, en 1963, j'entrais en année pré-universitaire à l'Université d'Ottawa où un autre choc linguistique m'attendais: la rencontre, à la faculté des Sciences sociales, d'un jeune Franco-Ontarien bilingue de 17 ans (moi) et de centaines de jeunes Québécois indépendantistes issus de milieux le plus souvent unilingues français. Il y avait de quoi y perdre son latin...

Alors je garde ou pas cette vieille grammaire qui célèbre cette année son 70e anniversaire?

Peut-être, uniquement pour émailler les conversations de mots latins à l'occasion? Quidquid latine dictum sit, altum sonatur...

Sais pas...

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