lundi 16 février 2026

Anglicisation... Cris du coeur de Franco-Ontariens sur Facebook...

16 février 2026...


J'ai toujours cru que la majorité des Québécois (et des Franco-Canadiens ailleurs au pays) étaient réellement inquiets du déclin historique de la langue française, et courroucés par les injustices subies dans des environnements trop souvent francophobes. Et pourtant, en dépit de ces préoccupations, les textes qui tentent d'expliquer le phénomène de l'anglicisation peinent à trouver des masses de lecteurs.

Intéresser le public à des textes analytiques bourrés de statistiques tirées des recensements quinquennaux du Canada est devenu une tâche herculéenne. Pourtant, derrière chaque colonne de chiffres préparée par Statistique Canada se profilent des dizaines, des centaines, des milliers de personnes vivantes, en chair et en os. Suffirait-il de laisser ces humains parler de leur expérience, avec leurs propres mots, pour accrocher davantage l'opinion publique?

Cela vaut la peine de tenter l'expérience. J'ai retrouvé dans mes dossiers le témoignage de Jean-Pierre Monette, un citoyen d'Embrun (Ontario), lançant sur Facebook un cri du coeur devant la disparition accélérée de la langue française dans cette petite ville historiquement francophone, désormais fusionnée à la municipalité voisine de Russell. Selon le plus récent recensement, celui de 2021, plus de 50% des résidents d'Embrun parlent désormais l'anglais le plus souvent à la maison. Le point de bascule a été atteint.

Le message Facebook de M. Monette remonte à 2017 ou 2018, alors que le français restait légèrement majoritaire comme langue d'usage. Je vous laisse lire le texte de M. Monette:

«Qu'est-ce qui se passe pour l'amour du ciel? Je demeure à Embrun, une petite communauté 40 minutes à l'est d'Ottawa. Je me souviens il n'y a pas trop longtemps quand Vanier était considéré comme le petit Hull ontarien grâce à la population franco-ontarienne. Le même pouvait être dit pour Embrun, Casselman, Vankleek Hill, St-Albert et même Hawkesbury. Malheureusement, de nos jours, j'ai de la difficulté à me faire servir dans la langue qui avait avant une dominance si forte dans l'est de l'Ontario. Que s'est-il passé? On dirait qu'on se fait pousser de plus en plus vers la frontière québécoise.»

Et il poursuit: «Voici un exemple: je me balade de temps en temps sur la rue St-Jacques et je passe devant l'école secondaire d'Embrun où les élèves prennent leur pause... à chaque fois que je passe, ils se parlent en anglais... tout le temps. Pourquoi? Un autre exemple, les jeunes employés de notre épicerie parlent seulement en anglais quand je m'adresse en français et je sais en effet qu'ils sont francophones. C'est complètement inouï de voir ce comportement. Ils ne réalisent pas qu'ils sont en train de perdre leur langue et leur culture. C'est dommage et déprimant!»

Les commentaires à la suite du statut de M. Monette sont abondants. J'en relance quelques-uns.

Céline Lalonde (Alfred-Plantagenet): «J'observe la même chose... c'est que la langue anglaise est plus facile probablement... à écrire surtout... si seulement les jeunes réalisaient l'importance de la langue française dès leur jeune âge!!»

Louise Deslauriers (Embrun): «Je suis de ce coin-là moi aussi et j'ai fait la même observation. On avait déjà posé la question à Véronic Dicaire (originaire d'Embrun) à savoir comment elle vivait en français en Ontario et je me rappellerai toujours de sa réponse: "Quand je vais acheter un café je demande un moyen avec du lait et du sucre, et arrange-toi avec ça!"»

Céline Lalonde: «L'autre jours au Tim Hortons à Orléans je demande un café, une crème. Elle me répète: one coffee, one cream? J'ai tout simplement dit non, un café, une crème. J'vais dire comme Véronic Dicaire: arrange-toi avec ça!»

Renée Allard O'Neill (Orléans): «Je dois avouer qu'à l'adolescence, j'a passé le plus clair de mon temps à m'adresser en anglais à mes amis à l'école, de la 9e à la 12e année. Je n'ai cessé de le faire qu'en 13e année! C'était il y a plus de 20 ans. Avec le recul, je ne vois pas l'attrait de la chose, mais je crois m'en être plutôt bien sortie. Pour plusieurs, c'est une phase.»

Jean-Pierre Monette: «Ma nièce de 17 ans, quand elle vient à notre chalet familial, tout le monde est français et elle est la seule à parler en anglais. Elle s'adresse même à sa mère en anglais et sa mère lui répond en anglais...»

Lucie Chénier: «Ça me rappelle une anecdote au supermarché Metro à Orléans. J'ai demandé au jeune homme derrière le comptoir des viandes: où sont vos "Chicken Tornadoes" en spécial? Et le jeune homme de répondre: "Sorry I don't speak French...»

Carole Landriault: «Il faut être déterminé et persévérant et ne pas oublier que parfois ce sont les francophones qui s'adressent à tout le monde en anglais malheureusement. Je pense aussi à ceux qui viennent du Québec (et qui s'adressent eux aussi en anglais).»

Monique Zufferey: «Je te comprends et je sympathise avec toi. C'est la même chose ici à l'école secondaire De La Salle à Ottawa où ma fille étudie. Lâche pas, il faut que tu continues à demander le service en français!! COURAGE!!!»

Nicole Charbonneau: «J'ai demandé à un groupe d'hommes (francophones) qui étaient attablés au Tim Hortons à Embrun s'ils avaient commandé leur déjeuner en français... Pas un ne m'a répondu...»

Alain Deschamps: «Vas pas au Tim Hortons à Rockland (municipalité à majorité francophone). Des jeunes de 16 ou 17 ans qui ne savent pas ce qu'et un large 2 crèmes un sucre en français. Leurs écoles ne leur apprennent pas du français ou sont-ils juste ignorants?»

Guildo Francoeur (anciennement du Nouveau-Brunswick): «Quand il faut que tu fasse des lois (101) et qu'il faut encore que tu te battes pour la faire appliquer, il y en a que la langue et la culture leur passe dix pieds par-dessus la tête...»

Dominique Roy-Brisson: «Au Tm Hortons de Vanier, je me suis même fait servir par le "cuisinier", c'était le seul à parler français. Mais ils ont eu le message que le français est là. C'est aux commerces de respecter leurs clients et non à nous de plier à chaque fois.»

Yasmin Sham: «Ça se peut-tu que les adolescents soient plus à l'aise à s'exprimer en anglais argotique entre eux? À cause de la mondialisation et de l'internet, la culture des jeunes est fortement influencée par ceci et c'est une source principalement anglaise.»

Benoît Jolicoeur: «Pour moi le coup décisif, ça été la semaine dernière lorsque je suis allé au resto St-Hubert à Orléans. Je m'y suis réfugié, sachant être confortable dans un environnement francophone. À ma grande surprise, la serveuse était unilingue anglophone

Anabelle Thibodeau: «Mon mari est anglophone. Entre nous on se parle en anglais et moi je parle français à mon fils et à ma famille, et mes enfants iront à l'école moitié moitié au primaire, et rendu au secondaire, ils pourront choisir eux-mêmes

Lérie Chart (Rockland): «Quand j'étais jeune (j'ai 22 ans) je pouvais me faire servir partout à Rockland en français. Maintenant je célèbre si la caissière est capable de dire Bonjour anec un accent cassé. Que se passe-t-il? Je le répète souvent, je commence à me sentir comme une immigrante dans ma province.»

On pourrait continuer ainsi pendant des pages et des pages. Cela vous donne une idée du monde changeant dans lequel les francophones de plusieurs coins de l'Est ontarien vivent, un monde auquel les Québécois commencent à être confrontés et qui empirera rapidement si l'inaction actuelle devient permanente. Cela vous ouvre aussi une fenêtre sur les humains qui se cachent derrières les colonnes des données linguistiques des recensements.

Celui de 2026 arrive à grands pas! Les résultats sont terrifiants et les textes pleins de chiffres que nous écrirons n'intéresseront pas grand monde. Devra-t-on continuer à éplucher Facebook pour éveiller les Québécois à la réalité vécue par ceux et celles qui sont confrontés à la décomposition de collectivités francophones?

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