7 février 2026...
Parfois elles nous font grincer. Parfois elles nous mettent en colère. Parfois elles nous découragent. Heureusement, elles nous font rire à l'occasion. Je veux parler bien sûr des erreurs ou des coquilles de traduction. De tous les peuples de la planète, les francophones du Québec et du reste du Canada en sont le plus souvent victimes. Les cyniques aiment dire (et il y a un fond de vérité) que les deux langues officielles du Canada sont l'anglais et la traduction de l'anglais. Et avec l'envahissement de la stupidité artificielle (certains disent «intelligence»), on peut s'attendre au pire.
Le message de la Saint-Valentin du Commissariat fédéral aux langues officielles se classe dans la catégorie «fait sourire» mais illustre du même coup à quel point le français au Canada est partout à la merci des outils de traduction, humains ou machines. S'il existe au palier fédéral une seule organisation où la langue de communication, de travail et de création pourrait (devrait) être le français, c'est bien le bureau du Commissaire aux langues officielles. Son travail d'enquête et ses communications avec les plaignants doit se dérouler à plus de 80% en français. Ce ne sont pas les anglos qui se plaignent le plus des services linguistiques au fédéral.
Alors, à prime abord, j'aurais cru qu'au Commissariat aux langues officielles, une publicité en français - peu importe l'occasion - a plus de chances qu'ailleurs d'être conçue en français par des francophones. Clairement ce n'est pas le cas ici. À voir l'image et le texte, il y a de fortes chances que cette campagne soit davantage dirigée vers les Anglo-Canadiens pour les inciter à communiquer davantage en français, entre eux ou avec un francophone. Une intention louable étant donné qu'à peine 10% des anglophones connaissent suffisamment de français pour se dire bilingues et que cette proportion régresse, selon les données du dernier recensement.
Aux anglos, le Commissariat propose, avec son image de deux chiens saucisse dont les queues se croisent autour d'un coeur, à peu près ceci comme message de Saint-Valentin: ma queue s'agite et mon coeur s'emballe quand tu me parles dans ta seconde langue officielle («seconde langue officielle», c'est le français en langue bureaucratique). On voit que même en anglais, le message est ambigu. On peut facilement comprendre: tu m'excites quand tu me parles en français. Dis-moi des mots doux in French et on saute dans la couchette. Chez les anglos, traditionnellement, la langue française a des vertus érotiques. Enfin ça, c'est le problème des anglos, qui ne semblent pas avoir beaucoup réagi à cette pub publiée sur Facebook. À peine 4200 Anglo-Canadiens suivent la page du Commissariat sur Facebook (contre près de 7000 francophones). C'est beaucoup dire.
Le message français doit sûrement être une traduction. Le ministre Marc Miller, responsable des langues officielles, l'a laissé entendre aux journalistes qui l'ont questionné à ce sujet. Les chances que cette carte de la Saint-Valentin soit issue d'un cerveau franco-québécois ou franco-canadien sont nulles, à moins que l'auteur(e) ait fait exprès pour déclencher des éclats de rires au sein de l'auditoire francophone. «Ma queue et mon coeur d'emballent» quand tu me parles en anglais ou quand on se parle en anglais ne laisse rien à l'imagination. Entre ça et dire que ma queue est en érection quand tu t'exerces en français avec moi, les nuances sont fort minces. Si les personnes appelées à donner l'approbation officielle à cette pub avaient été francophones, elles auraient immédiatement hissé le drapeau rouge.
Peut-être un Franco-Québécois ou un Franco-Canadien aurait-il (elle) pu avoir le bon sens de rappeler à ces nonos du Commissariat que plus de la moitié des francophones au Canada sont déjà bilingues; que le problème chez eux, c'est qu'ils parlent déjà trop souvent l'anglais, et que le français est en déclin, même au Québec. On aurait pu se demander s'il n'aurait pas été plus opportun d'inventer pour les francos une publicité de la Saint-Valentin qui fait la promotion du français tout court. Mais ce serait trop demander aux bureaucrates du bilinguisme à Ottawa.
N'oubliez jamais que toutes les agences fédérales, y compris le Commissariat aux langues officielles, émanent d'un gouvernement qui obéit à la volonté de la majorité anglo-canadienne. Le français y sera toujours minoritaire et une minorité n'a jamais le droit de prendre de décisions en fonction de ses priorités, à moins d'avoir la permission de la majorité. Alors les deux langues officielles resteront l'anglais et la traduction de l'anglais. Pire, l'an dernier, le gouvernement Carney a annoncé la suppression de 340 postes de traducteurs. Notre langue sera de plus en plus soumise aux délires de l'intelligence (mal nommée) artificielle... Bonne Saint-Valentin...


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