Alors que penser de cette manchette de la page une du Devoir publiée le 29 août 2026, laissant entendre que «nombre d'enseignants» (c'est vague à souhait) au Québec sont victimes d'insultes et de racisme (racisme est le mot clé ici) de la part d'élèves? L'image suggérée est celle de profs «racisés» (comprendre non blancs) issus de l'immigration, subissant des manifestations de racisme émanant de jeunes Québécois de souche, blancs.
C'est grave. Très grave, étant donné que la manchette de la une est en principe la nouvelle la plus importante du journal et qu'elle est censée s'appuyer sur l'information rapportée par l'auteur du texte. Alors qu'en est-il? Quels sont les faits, les véritables faits sur lesquels le journaliste et les cadres du Devoir se fondent pour conclure à un niveau de racisme tel que de nombreux enseignants «racisés» songent à quitter ou abandonnent réellement leur emploi?
Fait numéro 1 : trois élèves d'une école privée montréalaise ont été suspendus en juillet 2026 pour avoir tenu des propos «racistes et dégradants» à l'endroit leur enseignant «racisé». Ces propos ont été entendus parce que les micros d'une classe virtuelle avaient été allumés par erreur. Trois élèves ont été suspendus, leurs parents ont été rencontrés et les auteurs des propos «irrespectueux» ont pu réintégrer la classe au cours suivant.
Fait numéro 2 : il n'y en a pas... N'en cherchez pas.
Le reste n'est que déduction et ajout d'un contexte imprécis, orienté, qui n'a rien de spécifique à voir avec l'incident à cette école privée Succès scolaire. Dès le premier paragraphe du texte, le reporter indique que cet incident dans une école non publique «témoigne des défis que rencontrent nombre d'enseignants racisés au Québec, dont la rétention dans nos écoles est pourtant essentielle, soulève une série d'intervenants»...
«L'intolérance vécue cet été dans une classe de l'école Succès scolaire ne constitue d'ailleurs pas un cas isolé, loin de là», affirme le reporter du Devoir. Des faits à l'appui de cette affirmation? Des chiffres? Des études portant sur ce phénomène? Non...
Le premier «intervenant» de la «série» évoquée à la une, Annie-Christine Tardif, v.-p. de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), se contente d'une affirmation vague au possible après avoir été informée de l'incident à l'école privée. «C'est certain (!) que ce sont des situations qui semblent (!) se présenter de plus en plus souvent», dit-elle. Des exemples? Non! Si c'est «certain», on a des preuves. Le mot «semble» accentue le doute quant à la certitude de l'affirmation.
Le texte mentionne une étude à laquelle a collaboré la FAE, parue en février dernier, mais celle-ci parle principalement d'intolérance quant à la diversité sexuelle et la misogynie. Le journaliste précise que selon «les intervenants joints par Le Devoir», on y fait aussi état de «plusieurs propos s'attaquant à des enseignants en raison de la couleur de leur peau». Aucune indication du nom d'un ou des auteurs de cette affirmation. Aucun exemple.
Au paragraphe suivant, la 2e v.-p. du conseil exécutif de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Valérie Fontaine, «soupire» qu'il existe une montée de la «violence très haineuse» (!), «un peu partout, sur tous les sujets»! Compte tenu de cette omniprésence d'une «violence très haineuse« (c'est bien pire que des insultes verbales...), les exemples auraient dû pleuvoir. Non. Rien. Faut croire sur parole... Mais selon elle, il y un risque que cette «intolérance» nuise à la «rétention» du personnel enseignant racisé ou membre de la diversité sexuelle. Une opinion. Aucun fait.
Ce risque s'accroît si «les attaques subies sont récurrentes», ajoute Anastasie Amboulé-Abath, prof à l'UQ à Chicoutimi. Les attaques? Quelles attaques? On parle de trois élèves d'une école privée à Montréal ayant tenu des propos injurieux et racistes à l'endroit d'un seul enseignant. C'est le seul fait en cause. Alors de quelles attaques parle-t-elle? Et là on entre dans les «si», dans les faits qui risquent de se produire. «Si ça (?) arrive à tout moment, c'est normal que la personne décide de partir». Non mais d'où ça sort? Et quel est le lien avec l'incident du départ?
Le texte du Devoir poursuit en affirmant que «syndicats et experts» (lesquels?) plaident pour un meilleur soutien aux enseignants victimes d'intolérance. Pas question de racisme ici. Et surtout pas d'exemple d'enseignants «abandonnés» par leur direction. Ni de rapport avec l'incident à Montréal où les coupables ont été réprimandés et où l'enseignant visé n'a pas quitté son emploi.
Relisez ce texte. À partir d'un incident, grave, soit, dans une école privée de la métropole, on élargit le sujet à l'ensemble du Québec sans ajouter un iota de faits nouveaux et pire, la direction du Devoir propulse en manchette de la page une ce texte pour le moins incomplet. Il y a là des fautes professionnelles que le journal lui-même doit assumer. Voilà. J'ai dit ce que j'avais à dire.
Lisez vous-mêmes le texte du Devoir et tirez-en vos propres conclusions. Je ne prétends pas que les conclusions du reporter soient fausses. Ce que j'affirme c'est qu'aucun fait ne vient les soutenir au-delà de l'incident à l'école Succès scolaire...
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Lien au texte du Devoir - https://www.ledevoir.com/actualites/education/1002512/quand-insultes-propos-degradants-nuisent-retention-personnel?

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