mercredi 24 décembre 2025

Peuple debout!

En cette veille de Noël, l’Avent tire à sa fin. Dans notre nation jadis franco-catholique, l'Avent était une période grise, un mois d’espoir où les fidèles attendaient le droit de festoyer. Puis, la soirée du 24, à l’église, quand sonnaient les douze coups de minuit annonçant Noël, la chorale entonnait le «Minuit, Chrétiens!» et d’un coup, le «peuple à genoux» se levait pour «chanter sa délivrance».

En cette fin de 2025, la nation québécoise languit dans un «Avent» interminable qui, espère-t-on, amorcera son dernier droit en octobre prochain avec l’élection du PQ dont la cote de popularité, sous la barre des 10% au début de l’automne 2022, frise désormais les 40% et annonce une solide majorité à l’Assemblée nationale.

Mais le calvaire n’est pas fini pour autant. L’année 2026 s’annonce pénible. Ottawa s’efforcera de briser toute velléité d’autonomie pour nous garder bien «à genoux».

Le gouvernement Carney piétinera les compétences du Québec en santé, en éducation, en culture, versera des dizaines de millions de $ pour renforcer l’anglais au Québec, interviendra auprès de sa Cour suprême (dont il nomme seul les juges) pour saboter les demi-mesures de la CAQ en promotion de la laïcité et protection de la langue française… sans oublier le prochain référendum.

Le PQ a doublé sa députation depuis 2022 sans prêter serment au roi et les jeunes se rallient de nouveau au vaisseau amiral de la souveraineté! L’élan est donné et rien ne doit le freiner. Retroussons nos manches pour cet ultime assaut vers l’indépendance. Après la victoire du «Oui», nous pourrons enfin chanter fièrement: «Peuple debout!»

Joyeux Noël et Bonne Année 2026!

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Écoutez le Minuit, Chrétiens! de Bruno Pelletier - https://www.youtube.com/watch?v=YrUPLO03mKQ

lundi 22 décembre 2025

Nuages noirs au Devoir

Le Devoir avait fait grand cas de la remise du Prix Olivar-Asselin à Christian Rioux en 2010


Quand l'ex-quotidien Le Droit et/ou son propriétaire, Power Gesca, m'avaient évincé comme éditorialiste en mai 2014 pour avoir protesté sur mon blogue contre la disparition annoncée des six quotidiens régionaux de l'empire Desmarais, le chroniqueur Stéphane Baillargeon avait abordé dans les pages de son journal, Le Devoir, cette question toujours épineuse du droit des journalistes d'émettre des critiques à l'endroit de leur employeur.

Dans son texte du 2 juin 2014 intitulé Gesca et la bouche cousue, M. Baillargeon avait rappelé ces paroles de l'humoriste Guy Bedos: «Je croirai vraiment à la liberté de la presse quand un journaliste pourra écrire vraiment ce qu'il pense de son journal. Dans son journal.»

Et le chroniqueur du Devoir d'ajouter: «L'autocritique médiatique, la vraie, la profonde, se fait plutôt rare. Les journalistes, les médias, varlopent tout, ou presque, mais ils ont bien de la difficulté à admettre leurs propres travers, leurs propres fautes, leurs propres bêtises...»

«Chez Gesca, écrivait-il, les mêmes qui ont passé les dernières années à épier les moindres dérives de Radio-Canada ou de Québecor auront-ils maintenant le courage de rappeler ce qui se passe au sein de leur propre petit empire médiatique?»

Lise Payette

Deux ans plus tard, au début de mai 2016, Le Devoir a affronté un dilemme similaire en congédiant Lise Payette, dont la chronique hebdomadaire paraissait depuis neuf ans. Les motifs de la décision, prise quelques mois après l'arrivée du nouveau directeur Brian Myles, n'ont pas été immédiatement révélés au public, qui n'a eu droit qu'au petit avis ci-dessous se terminant par un cynique double sens: «Nous tenons à la remercier». En effet...


Quelques mois plus tard, dans une entrevue au journal Métro, Mme Payette affirmait ne pas savoir pourquoi on l'avait éconduite, autre qu'un différend sur le contenu de sa toute dernière chronique. «Je n'ai aucune idée de ce qui a justifié leur décision, disait-elle. Ça ne m'a pas été expliqué. (...) J'ai été mise à la porte comme une voleuse.»

Cette sortie a obligé Le Devoir à sortir de son mutisme. Dans un communiqué du 31 août 2016, le quotidien déclare avoir «mis fin à la collaboration de Mme Payette pour des raisons précises qui lui ont été expliquées lors d'une conversation téléphonique» avec M. Myles et la rédactrice en chef Luce Julien. Cette conversation aurait fait ressortir l'impossibilité de s'entendre sur «les critères de rigueur associés à la publication de chroniques.»

L'une dit blanc. Les autres noir. Qui dit vrai? Quand on m'a limogé en 2014, le rédacteur en chef m'avait clairement expliqué que c'était à cause de mon texte de blogue critiquant les décisions de Gesca Power sur l'avenir de ses quotidiens papier. Le lendemain, le PDG du journal est allé affirmer publiquement que mon départ était relié à une réflexion sur une refonte des pages d'opinion en cours depuis des mois. Une refonte dont personne n'avait entendu parler au journal... Si mon rédacteur en chef avait raison, le PDG mentait. Mais pour les lecteurs du journal, comment savoir?


Et maintenant, Christian Rioux

Et nous voilà en 2025 à la décision du Devoir mettre à la porte un de ses chroniqueurs vedette, Christian Rioux, sans même lui permettre de faire ses adieux dans les pages du quotidien (ce que Le Devoir disait avoir offert à Mme Payette). M. Rioux avait préparé une dernière chronique qui, précise-t-il, «ne paraîtra pas dans Le Devoir puisque celui-ci, après 30 ans de loyaux services, ne veut plus de votre humble serviteur». Son texte ciblait l'évolution idéologique du journal depuis l'arrivée de M. Myles, où un climat perçu de conformisme et de censure incitait désormais à «ne pas faire de bruit, ne pas susciter de controverse». (voir lien en bas de page) Et M. Rioux d'ajouter: «Contrairement à ce que clame sa publicité, la liberté de penser se porte mal» au Devoir.

Survenant après la démission au Devoir du chroniqueur Normand Baillargeon, philosophe et adversaire du «dénialisme», l'an dernier, l'éjection de Christian Rioux vient en quelque sorte accréditer l'existence d'une intolérance croissante envers les rédacteurs qui n'endossent pas avec enthousiasme certaines dérives du wokisme. Et le silence assourdissant du quotidien devant les propos de M. Rioux et les plus de 140 000 visionnements et appuis sur les réseaux sociaux ne fait qu'accentuer les soupçons.

140 000 visites au statut de Christian Rioux sur «X», 420 reprises sur d'autres pages et un millier de «J'aime»... Cela ne devrait-il pas suffire pour soutirer au moins une déclaration officielle du Devoir?

Pour qui lit Le Devoir (j'en suis depuis les années 60 et je reçois toujours notre journal national en version papier à la maison), il apparaît clair que les ténors du vieux «nous» franco-québécois sont tombés en disgrâce. On leur préfère aujourd'hui les thuriféraires d'une soi-disant diversité trop souvent hostile aux valeurs de la majorité historique en matière de promotion du français, de la laïcité, et dans une certaine mesure, du mouvement indépendantiste.

L'état général de la presse écrite québécoise, et sans doute d'une grande partie de la presse électronique, est de plus en plus un fidèle reflet d'un conformisme et d'une autocensure qui mine ce qui reste de nos grandes salles de rédaction. Il y a 10 ans, plusieurs prédisaient un brillant avenir sans papier à nos six quotidiens régionaux. Il n'y a pas eu de véritable débat. Le silence de la grande majorité de nos journalistes était assourdissant. Les rares voix dissidentes ont été étouffées dans la clameur des bravos. Aujourd'hui, ces journaux n'existent plus!

Ce qui se passe au Devoir en 2025 me rappelle de mauvais souvenirs. L'accent mis sur les plates-formes numériques du quotidien, s'il se poursuit, annonce des jours sombres pour le journal papier qui, sur le plan de la présentation, bat déjà de l'aile. Couverture de l'actualité souvent réduite au minimum, incohérences dans le choix des nouvelles, mise en page trop simplifiée (pour ne pas dire négligée), gaspillage constant d'espace précieux et plus. L'impression laissée, c'est qu'on produit toujours une version papier pour accommoder les vieux lecteurs et qu'à la première occasion, on misera sur le tout-numérique. Avec des conséquences funestes.

Trouble-fête essentiels

Les fortes têtes si essentielles, les rabat-joie, les personnes qui gâchent ce glissement qu'on voudrait harmonieux vers une «bien-pensance idéologique» (expression de Christian Rioux) ont la vie dure. Surtout si leurs critiques sont en tout ou en partie dirigées vers leur employeur. Gauche, droite, bien, mal, tout est désormais sens dessus dessous. Les repères historiques sombrent dans un brouillard de désinformation. M. Rioux a bien raison d'affirmer, dans un tel contexte, qu'il est difficile pour un journal, Le Devoir en l'occurrence, de rester «ce lieu où doivent s'affronter les idées qui feront le Québec de demain», d'y parler «de notre survie comme peuple, de notre langue, de notre avenir économique et même de souveraineté», 

Le Devoir n'est pas un journal comme les autres. Il ne doit pas être abandonné à une génération de mauviettes. Christian Rioux croit que notre quotidien national «renouera avec sa mission historique er retrouvera son âme». Mon expérience au Droit sous Power Gesca ne permet pas l'optimisme de l'ex-chroniqueur du Devoir. Seules de solides estacades bloqueront un rouleau compresseur aussi puissant que celui qui a écrabouillé en moins de dix ans plus de la moitié des journaux quotidiens du Québec. Voyez-vous bien des gens prêts à monter aux barricades pour défendre la diversité d'opinions? Qu'a fait, qu'a dit la FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes du Québec) pour défendre des braves comme Christian Rioux? Bruits de criquets... L'âme de la presse québécoise s'éteint.

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Lien au texte de Christian Rioux sur Facebook - https://www.facebook.com/richard.martineau.71/posts/christian-rioux-explique-les-raisons-de-son-congédiement-du-devoirça-démontre-as/10163736409337220/


mercredi 3 décembre 2025

Marc Miller and company

Avec un Anglo-Québécois comme Marc Miller à la tête du ministère responsable des Langues officielles à Ottawa, les francophones - tant au Québec qu'ailleurs au Canada - peuvent s'attendre à des années de vaches maigres. Clairement, ce type a analysé la situation, les chiffres des recensements, les témoignages d'experts, mais n'y a rien compris, ou feint de ne pas percevoir un recul du français qui crève les yeux, même en territoire québécois.

Depuis son adoption en 1969, la Loi sur les langues officielles (LLO) avait instauré au pays une symétrie totalement fictive entre le vécu linguistique des francophones hors Québec démunis et celui des Anglo-Québécois ultra-gâtés. Grâce à l'insistance du Bloc québécois, la plus récente mouture de la LLO pilotée par Mélanie Joly avait enfin reconnu que le français était la seule langue menacée au Canada, y compris au Québec.

Le vote du 15 mai 2023 à la Chambre des Communes, quasi-unanime (300 à 1), entraînait la reconnaissance officielle d'une nouvelle asymétrie où les Franco-Québécois étaient vus comme majoritaires au Québec mais aussi minoritaires pour l'ensemble du Canada. Quant aux Anglo-Québécois, c'était, désormais, les voir plus qu'avant comme partie intégrante de la majorité anglo-canadienne. Le seul vote contre l'adoption de la nouvelle LLO fut celui d'Anthony Housefather, député anglophone de Mount Royal. On devine pourquoi.

Si ce vote contre un projet de loi de son propre parti n'a pas entraîné de conséquences pour M. Housefather, c'est que son opposition était sans doute partagée en sourdine par d'autres députés libéraux anglophones ou anglicisés de la grande région montréalais. À entendre Patricia Lattanzia (St-Léonard-St-Michel) ou Emmanuela Lambropoulos (Saint-Laurent), par exemple, il est difficile de croire qu'elles soutiendraient avec conviction la thèse du français menacé et en déclin au Québec. Jusqu'à maintenant, au Québec, la LLO a toujours servi uniquement les intérêts des anglophones. Ces députés préféreraient probablement ne rien changer au régime qui les favorise depuis plus d'un demi-siècle.

Cette semaine, le nouveau ministre des Langues officielles, Marc Miller, député de Ville-Marie-Sud-Ouest-Île des Soeurs, s'est carrément rangé dans le camp des Housefather et compagnie. Dans la circonscription montréalaise qu'il représente, la grande majorité des immigrants s'intègre à la collectivité anglophone, mettant de plus en plus les francophones en minorité. Ces quartiers du centre-sud de Montréal sont l'illustration même du déclin global du français que M. Miller refuse de reconnaître. S'il se donnait la peine d'étudier la dynamique linguistique de son propre patelin, ses yeux s'ouvriraient, à condition qu'il soit disposé à les ouvrir.

Dans Ville-Marie-Sud-Ouest-Île des Soeurs, 20% des répondants au recensement de 2021 donnent l'anglais comme seule langue maternelle, contre 38,1% pour le français. Avantage français, comme on serait en droit de l'espérer, étant au Québec, sous la Loi 101? Pas du tout! Avec l'anglicisation massive des populations de «langues non officielles», de l'arabe au mandarin, le recensement indique que plus de 87% des 133 000 résidants de cette circonscription comprennent l'anglais, alors que seulement 75,9% ont appris le français. La grande majorité des francophones connaissent l'anglais. Ils n'ont pas le choix...

Marc Miller a fréquenté le collège de Brébeuf et l'Université de Montréal pendant des années avant de terminer ses études universitaires à McGill, où son père avait été doyen. Il devrait être mieux informé. Mais non, il dit des sornettes. La pire? Le ministre se plaint que le débat linguistique est «trop politisé». Non mais d'où sort-il? Les menaces qui pèsent contre la langue française dans notre coin d'Amérique ont alimenté un débat politique incessant depuis plus de 200 ans. Notre survie reste à l'agenda des gouvernements depuis l'époque du Bas-Canada, et y restera tant qu'il y aura menace. Il est difficile de croire que M. Miller soit si naïf...

Comme Québécois, dit le ministre «je suis assez tanné de ce débat qui est généralement identitaire et électoraliste». Une autre niaiserie! Bien sûr le débat sera identitaire. La langue française étant le marqueur principal de notre identité nationale, il ne peut en être autrement, M. Miller. Essayez de discuter de la situation du français en évitant totalement les facteurs identitaires. C'est impossible. Et comme le débat appelle des interventions gouvernementales à tous les niveaux, il sera présent dans toutes les campagnes électorales. Le ministre Miller aimerait sans doute qu'on en parle beaucoup moins aux prochaines élections. Autant de chance de cela que de gagner la Lotto Max...

Le refus de reconnaître un déclin «global» du français au Québec s'accompagne chez Marc Miller de l'aveu d'un déclin «à certains égards», un recul purement «statistique» (pas vraiment sérieux, donc) pour ce qui a trait à «l'usage du français à la maison et au travail». Faut-il pleurer, faut-il en rire, aurait chanté Jean Ferrat. Les données des recensements sur la langue parlée à la maison et au travail sont probablement les marqueurs clés de l'évolution d'une langue en société. La langue parlée à la maison est celle qu'on transmet aux générations suivantes, celle qu'on compare à la langue maternelle pour établir les taux d'assimilation, et un excellent indicateur des pratiques culturelles des occupants. Et le francophone obligé de travailler en anglais en subit des séquelles permanentes avec l'utilisation de mots et expressions anglais à coeur de semaine, la prolifération d'anglicismes, et une pauvreté croissante du vocabulaire français.

Si M. Miller ne comprend pas, par ailleurs, que derrière le mot «statistique», il y a des milliers, des millions de personnes en chair et en os qui, collectivement, forment une nation, il n'est pas trop tard pour le lui enseigner. Quand un francophone travaille partiellement ou entièrement en anglais, il transporte la langue qu'on lui impose dans sa famille et dans ses cercles d'amis. Il aura davantage tendance à suivre des médias de langue anglaise, sur Internet, à la télé, en lecture. C'est ça, M. le ministre «tanné», le visage humain du déclin statistique de la langue française dans des régions comme Montréal et l'Outaouais. 

Ça s'annonce mal. Dans ce gouvernement dirigé par le premier ministre Mark Carney, la langue et la culture française suscitent peu d'intérêt, autre que pour les contester devant des juges qu'il nomme seul. Et voilà que siège désormais au cabinet un ministre des Langues officielles qui ignore (au sens propre du mot) les véritables enjeux linguistiques du Québec et du Canada, et ne semble pas très intéressé à s'en informer, autre que pour dénoncer ceux et celles qui ne cessent de proclamer l'urgence d'agit pour mettre fin à un déclin dramatique de la langue française. Les Anglo-Montréalais et les nouveaux arrivants en voie d'anglicisation doivent être fiers de lui...


dimanche 23 novembre 2025

Université franco-ontarienne: le plaidoyer de Rolande Faucher

Rolande Faucher (photo Prise de parole)


J'ai jasé avec Rolande Faucher pour la dernière fois il y a quelques mois, le 25 septembre, à l'occasion du lancement de la saison 2025-2026 du Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF*), à l'Université d'Ottawa. Ses états de service au cours du dernier demi-siècle (voir liens médiatiques en bas de page) faisaient d'elle une invitée de marque partout où elle passait.

Elle méritait pleinement les nombreux postes de commande qu'elle a occupés en Ontario français et les multiples honneurs qui lui ont été décernés au fil des ans. Son accueil chaleureux, son érudition et son regard lucide sur la réalité franco-ontarienne dont elle était issue faisaient de Mme Faucher un interlocuteur privilégié pour quiconque voulait s'informer des grands enjeux de la francophonie en Ontario.

À la suite de son décès, ce 15 novembre, tous et toutes lui rendent hommage à leur façon mais je crois que ce qui reste le plus longtemps après notre départ vers l'au-delà, ce sont nos écrits. Je laisse donc ici quelques extraits d'un texte qu'elle a signé en 1998 intitulé L'université et la francophonie dans lequel elle livre un plaidoyer éloquent pour la création d'une véritable université de langue française en Ontario.

Vous comprendrez facilement que l'institution qu'elle réclamait n'a rien à voir avec le micro-campus torontois offert comme les miettes de la table aux Franco-Ontariens et qu'on a pompeusement baptisé Université de l'Ontario français...

Je laisse donc la parole à Rolande Faucher, en espérant qu'un jour, son espoir se réalise:

«Je fais donc un plaidoyer pour une culture universitaire française pleine et entière en Ontario, affirmant par là son absence dans les universités bilingues de la province. J'affirme comme corollaire à ce plaidoyer qu'une société moderne ne peut se passer d'une telle culture qui lui soit entièrement dédiée, que son absence brime son développement; comme conséquence, que l'absence d'une culture universitaire française en Ontario retarde le développement de la communauté franco-ontarienne.»

(...)

«Identifier l'absence d'une culture universitaire française pleine et entière dans les universités bilingues n'est pas refuser de reconnaître le rôle constructeur qu'ont assumé certains leaders de ces universités en vue d'accorder une place plus importante au français dans leurs programmes et leurs services, c'est pleurer l'énergie non dédiée à assurer à ces programmes et à ces services toute l'importance qu'ils méritent.

«C'est reconnaître qu'il existe dans ces universités des lieux privilégiés dédiés à la francophonie (je nommerai l'institut franco-ontarien à Sudbury et le Centre de recherches en civilisation canadienne-française (CRCCF) à l'Université d'Ottawa) mais c'est souffrir de l'absence de toutes ces autres initiatives qui n'ont pas vu le jour, qui ne verront pas le jour, parce que ces universités sont préoccupées à gérer leur bilinguisme.

«Combien d'initiatives ont été discutées, initiées, abandonnées, réactivées dans le but de soutenir le bilinguisme institutionnel: Comité des affaires francophones, Conseil de l'enseignement en français, structure bicamérale, Comité de bilinguisme.

«Refuser de reconnaître cette lacune dans l'élaboration d'un système d'éducation d'ailleurs à peu près complété en Ontario, c'est être aveugle face à un système déficitaire qui perpétue la discrimination systémique historique contre les francophones en Ontario, c'est choisir d'ignorer une réalité cruelle qui ne fait qu'empirer

(...)

«Année après année, et de depuis 1969, des voix se font entendre dans la communauté pourréclamer une université de langue française. Est-ce pourtant lè un projet utopique? Un document rédigé par la professeure Anne Gilbert, en 1990, pour le compte de l'Association canadienne-française de l'Ontario (ACFO), faisait état de ressources qui existaient au sein des universités bilingues** et qui pourraient être récupérées dans une éventuelle université française.

«On y faisait mention de la clientèle existante, des programmes d'études, de la recherche, des professeurs et administrateurs, tous des facteurs qui permettraient la création d'une université française qui pourrait se comparer favorablement, par ses nombres à un grand nombre d'universités en Ontario. On y faisait aussi mention du financement qui, si on allait chercher ce que la province (de  l'Ontario) accorde présentement aux universités bilingues pour l'enseignement en français, placerait côté budget cette éventuelle université devant sept universités anglaises de la province.»

(...)

«Il ne manque au projet de complétude institutionnelle franco-ontarienne éducative qu'un maillon, mais un maillon de taille: l'université française. Seulement avec une telle université pourrons-nous parler de véritable culture universitaire pleine et entière en Ontario.»

En 2014, à la suite des États généraux sur l'éducation postsecondaire française en Ontario, Mme Faucher lançait un ultime appel aux générations présentes et futures. Évoquant le projet centenaire d'une université franco-ontarienne, elle déclarait: «Il faut faire en sorte qu'il arrive à bon port pour achever ce qui a été commencé en 1910.» Ses paroles résonnent toujours !

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* Le CRCCF s'appelait autrefois le Centre de recherche en civilisation canadienne-française.

** Les universités bilingues (en 1998) - Université d'Ottawa, Université Laurentienne, Université de Sudbury (aujourd'hui française), Collège Glendon

Liens aux textes médiatiques sur Mme Faucher:

Le Droithttps://www.ledroit.com/actualites/actualites-locales/ottawa/2025/11/17/rolande-faucher-grande-batisseuse-de-lontario-francais-seteint-FUCTYIUSN5HFDPJCETWYHUGKGA/

Radio-Canadahttps://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2191412/rolande-faucher-ottawa-mifo-acfo-deces

ONFRhttps://onfr.tfo.org/deces-de-rolande-faucher-batisseuse-franco-ontarienne/


mercredi 19 novembre 2025

Salut Germain, salut Donald!

Germain Dion

Donald Doyle


Cette semaine, les 19 et 22 novembre 2025, auront eu lieu les funérailles de deux anciens journalistes de la presse écrite québécoise, Germain Dion et Donald Doyle (voir avis de décès à la fin du texte). À ce que je sache, leurs anciens quotidiens devenus pages Web (Le Droit et Le Soleil) n'en ont pas soufflé mot. Peut-être, avec le temps et l'effondrement des médias imprimés, les a-t-on oubliés... Ne pas honorer ce devoir de mémoire me semble regrettable pour une profession qui meuble au quotidien les livres d'histoire de l'avenir.

J'écris donc aujourd'hui pour dire que je me souviens d'eux. Au début de ma carrière journalistique au Droit, je les ai côtoyés comme membre de la Tribune de la presse parlementaire à Ottawa entre 1969 et 1971. Germain assurait la couverture du Parlement fédéral pour la Presse canadienne, Donald faisait de même pour Le Soleil de Québec. Au cours de la turbulente année 1970, entre les élections québécoises d'avril et la crise d'octobre, nous avons arpenté ensemble la salle de presse enfumée et bruyante du 111 Wellington.

Je revois encore tous ces scribes faisant le va-et-vient à la Chambre des Communes, fouillant leurs paperasses sur des bureaux souvent encombrés, échangeant avec leurs éditeurs au téléphone au-dessus du tapage infernal de dizaines de machines à écrire. D'autres, cigarette au bec, bière à portée de main (il y avait une distributrice de bières à 25 cents dans la salle de presse), tapaient furieusement des textes qu'ils devaient acheminer avant leur tombée et qui feraient souvent la manchette de la une le lendemain.

De mémoire, la plupart des courriéristes parlementaires n'avaient pas franchi la quarantaine. Plusieurs avaient moins de 30 ans. Tout près de moi, cependant, le légendaire Clément Brown, s'approchant de la soixantaine, imperturbable, envoyait sans bavure une brochette de textes tous les jours à son Montréal-Matin. Je me souviens de mes échanges occasionnels avec Jean-Marc Poliquin de Radio-Canada, John Gray, du Montréal Star, Claude Turcotte de La Presse, Jean-Pierre Bonhomme du Devoir, Donald Doyle et bien d'autres, dont mes collègues du Droit Marcel Desjardins, Gérard Desroches, Paul Terrien et Jean-Guy Bruneau.

Quand j'ai choisi de quitter le cirque du Parlement pour suivre d'autres sentiers journalistiques - en éducation, à l'éditorial, comme chef du bureau de l'Outaouais puis chef des nouvelles - j'ai perdu de vue la plupart des confrères que j'ai fréquentés au sein du «ghetto» québécois de la Tribune de la presse parlementaire, sauf pour Germain Dion qui, devenu par la suite collègue au Droit, est demeuré un ami jusqu'à sa mort récente à l'âge de 85 ans. Il téléphonait régulièrement de sa résidence à St-Jérôme pour jaser de tout et de rien, de la politique internationale à la musique des années 1950, qu'il affectionnait.

Son décès, ainsi que celui de Donald Doyle, m'ont rappelé cette époque des camions de la Brink's, des mesures de guerre, de mes combats infructueux contre le port obligatoire de la cravate à la Chambre des communes... puis je me suis rendu compte que l'immense majorité d'entre eux étaient morts... Jean-Marc Poliquin, John Gray, Marcel Desjardins, Jean-Guy Bruneau, Gérard Desroches, Paul Terrien et maintenant Donald Doyle et Germain Dion. Je suis sans nouvelles récentes de Claude Turcotte et Jean-Pierre Bonhomme. J'espère qu'ils sont toujours parmi nous et qu'ils vont bien, parce que je commence à me sentir bien seul. 

Alors salut Germain, salut Donald !

Et toutes mes sympathies à vos proches.

Je vous retrouverai un jour dans l'au-delà, un jour que je continue de souhaiter le plus lointain possible...

Entre-temps, je ferai miennes ces paroles des Cowboys fringants:

«Je m'accroche les pieds, ici-bas, ici-bas...

«Avec l'espoir dans chaque pas

«Et ce jusqu'à mon dernier souffle, ici-bas...»

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avis de décès de Germain DIon - https://necrologie.cn2i.ca/germain-dion/avis-de-deces/le-soleille-droit/100028781

avis de décès de Donald Doyle - https://necrologie.cn2i.ca/donald-doyle/avis-de-deces/le-droit/100028839

lundi 17 novembre 2025

Des «nationalistes québécois» «non indépendantistes»??



«Les nationalistes québécois, dont nous sommes, peuvent-ils se mobiliser pour la défense et pour l'avenir du Canada?» Que les auteurs de ce texte d'opinion (lien en bas de page), paru le 17 novembre 2025 dans Le Devoir, puissent poser une telle question a de quoi étonner. La réponse, d'une clarté aveuglante, est NON !

Que des Québécois puisse se mobiliser ainsi va de soi. Mais on ne pourra qualifier ces gens de nationalistes «québécois». Cela n'aurait aucun sens. Le dictionnaire Multi, le mieux adapté au langage d'ici, définit le nationalisme comme l'«attachement à la nation à laquelle on appartient». Pour être nationaliste québécois, on doit ainsi manifester son attachement à la nation québécoise.

Comment peut-on proposer d'abandonner le vieux rêve d'un Québec indépendant ou, tout au moins très autonome, en faveur d'une théorique «solidarité intercanadienne» et oser se dire nationaliste québécois? Si l'on ressent un véritable attachement à la nation québécoise, comment peut-on justifier de s'associer à une majorité anglo-canadienne qui:

* a imposé contre notre gré en 1982 une Constitution anglo-fédérale à laquelle les lois québécoises sont soumises, et dont l'un des objectifs était de saboter la Charte de la langue française (Loi 101), élément clé de la protection et de la promotion du caractère français du Québec;

* a combattu et continue de combattre, jusqu'à la Cour suprême fédérale, nos valeurs nationales sur les plans de la langue et de la laïcité, telles qu'énoncées dans les projets de loi 21 et 96;

* dépense, par son gouvernement à Ottawa, des dizaines de millions de dollars tous les ans pour renforcer la langue anglaise au Québec alors que le français est la langue la plus menacée;

* maintient, grâce à son écrasante supériorité numérique, des politiques socio-économiques, y compris le multiculturalisme, qu'un gouvernement québécois sans entrave modifierait selon ses priorités et ses valeurs propres;

* projette à l'échelle de la planète l'image d'un pays essentiellement anglophone (ce qui est vrai) où la nation québécoise est tenue en échec, malgré une façade soi-disant bilingue.

Les auteurs de la lettre au Devoir (voir capture d'écran ci-haut), dans une naïveté désarmante, proposent de «transcender» le clivage fédéralisme/souveraineté pour envisager «une nouvelle réflexion nationale» et cesser d'avoir peur de «s'engager envers le Canada». La distanciation des États-Unis, disent-ils, entraîne un un «grand rebrassage». Ils posent la question: «Comme Québécois, quel rôle allons-nous jouer?»

La vraie question aurait plutôt dû être: «quel rôle pouvons-nous jouer?» Avec un peu plus de 20% de la population canadienne (et des voix au Parlement canadien), nous n'avons en réalité AUCUN pouvoir décisionnel. C'est l'autre 80%, en démocratie, qui mène. Bien sûr, nous avons voix au chapitre, on nous consultera, on nous entendra, mais la décision sera le reflet du 80%... Comme d'habitude, la nation québécoise pourra vociférer, demander, quémander, dénoncer, menacer, brailler, mais jamais, au grand jamais, décider!

Étant donné que la majorité anglophone a officiellement le droit de parler au nom du Canada (et donc de la nation québécoise) sur le plan mondial, les stratèges de cette nouvelle Option Canada suggèrent de développer «une véritable diplomatie interprovinciale»... Non mais... on connaît les règles du jeu. Quand c'est important, vraiment important, les alliances du Québec finissent trop souvent par s'effriter. Le Canada anglais laissera une fois de plus la nation québécoise toute seule dans son coin...

Les auteurs de ce texte décourageant poursuivent leur argumentaire sur une note douteuse. La rupture de l'amitié avec les États-Unis, croient-ils, a créé «le besoin d'une identité canadienne distinctive» où «le bilinguisme pourrait se trouver de nouveau en terrain favorable»... J'aurai 80 ans l'an prochain et je m'intéresse à la politique depuis les années 1950, et on a toujours claironné qu'il existait une identité canadienne distinctive dont le bilinguisme était un élément incontournable. C'est 25 cents contre un trente sous...

Comme note de la fin, toujours au pays des merveilles, MM. Pratte, Chartrand, Dionne-Charest et Mmes Doyon et Miville-Dechêne réécrivent l'histoire et projettent leur réécriture vers un avenir à peu près impossible. Au cours du dernier demi-siècle, les Québécois n'ont pas vraiment abandonné la francophonie canadienne. Ils ignoraient à peu près tout de la francophonie hors Québec et leurs médias y étaient largement indifférents. On pourrait tout aussi bien affirmer que c'étaient plutôt les Franco-Canadiens qui avaient rejeté le Québec, mais ces derniers, aussi, étaient peu informés de la réalité québécoise par des médias le plus souvent de langue anglaise.

Quant à la conclusion, délirante, proposant «un retour en force dans la dynamique canadienne pour y faire progresser le français», c'est du n'importe quoi. Une étude attentive des données linguistiques des recensements fédéraux suffit pour comprendre qu'à l'exception de quelques zones au Nouveau-Brunswick et dans l'est et le nord ontariens, le français est à l'agonie hors Québec, et au bord du précipice dans les régions de Montréal et Gatineau, au Québec même. Un retour en force, même extrême, dans la dynamique canadienne ne fera pas progresser le français!

S'ils réussissent à s'imposer, les soi-disant nationalistes québécois qui proposent de telles stratégies passeront à l'histoire comme des collabos bien intentionnés de l'extinction de la nation québécoise. Un examen lucide de la situation passée et présente impose un constat: l'attachement à la nation québécoise (définition même du nationalisme) exclut toute option qui soumet sa destinée au bon vouloir d'une majorité qui a toujours voulu l'encarcaner, la diminuer et, à certains moments, la faire disparaître.

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captures d'écran du Dictionnaire Multi


samedi 25 octobre 2025

Congrès de l'AFO... fictions chiffrées...

Lien au texte du Droit : https://www.ledroit.com/franco/2025/10/23/lobjectif-de-retrouver-le-poids-demographique-franco-ontarien-de-1971-QK6KPOQZ7FCJVNA434ELIVCNEI/ 

En lisant le texte du Droit intitulé L'objectif de retrouver le poids démographique de 1971, paru le 23 octobre 2025, on bascule au pays des merveilles! Dans ce reportage sur le Congrès annuel de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), identifié bizarrement par l'auteur comme «le congrès francophone», la fiction l'emporte sur la réalité avec l'aide d'une mixture délirante de statistiques linguistiques provenant des recensements de 1971 et de 2021.

On ne peut contester le coeur du message proposé aux lecteurs : la francophonie étant en régression constante en Ontario, il faut trouver des moyens de rétablir la proportion des francophones ontariens aux niveaux de 1971. Pourquoi 1971? Sans doute parce qu'il s'agit du premier recensement fédéral contenant des données sur la langue la plus souvent parlée à la maison. Auparavant, seule la langue maternelle était comptabilisée comme identifiant des francophones.

Jusque là, ça va. C'est quand on commence à chiffrer les situations en 1971 et 2021 (le plus récent recensement) que les pommes, les oranges et les prunes sont jetées pêle-mêle dans le même panier. La confusion débute en grand avec cette affirmation, tirée d'une étude attribuée à PGF Consultants: «Constat principal de l'étude: l'Ontario, avec une proportion de 4,2% (de francophones?), n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Ce chiffre (4,2%) fait référence au fait que, selon le recensement de Statistique Canada de 2021, 594 735 Ontariens, soit 4,2% de la population, parlaient français au moins régulièrement à la maison

Plus loin dans le texte, le président de l'AFO Fabien Hébert reprend cette statistique et la définit ainsi: «On est à 4,2% de population franco-ontarienne.»* Mais d'où viennent-ils, ces 594 735 Ontariens qu'on place dans la catégorie «francophone»? J'ai dû faire quelques calculs mais cela semble être une addition des données suivantes dans le recensement de 2021 :

- 254 870 personnes qui disent que la langue parlée le plus souvent le français est uniquement le français;

- 59 725 personnes qui disent parler français et anglais à la maison;

- 6 475 personnes qui disent parler français et une langue non officielle à la maison;

- 12 185 personnes qui disent parler français, anglais et une langue non officielle à la maison; et

- 261 485 personnes qui incluent le français dans les catégories de la rubrique «autres langues parlées régulièrement à la maison».

La seule statistique compréhensible dans cette gibelotte, ce sont les 254 870 personnes (1,8% de la population ontarienne) qui indiquent clairement que la langue d'usage à domicile est le français. Nommer plus d'une langue dans sa réponse au recensement indique clairement qu'aucune de ces langues ne peut être «la plus souvent parlée à la maison». Elles le sont à égalité ou, à différents degrés, minoritaires. La dernière catégorie (autres langues) suggère un statut encore plus marginal du français. J'aimerais bien qu'on donne des exemples concrets de ces bizarres maisonnéeoù le français est une «autre langue régulièrement parlée»...

Les analystes sérieux (y compris les statisticiens de Statistique Canada) n'utilisent pas de tels chiffres pour déterminer le nombre de francophones en Ontario. Ils emploieront, dans différentes proportions, les données sur la connaissance des langues officielles, la langue maternelle et la langue la plus souvent parlée à la maison. Le recensement lui-même privilégie, pour calculer la proportion de Franco-Ontariens, la PLOP** (première langue officielle parlée), ce qui donne un total de 484 425 francophones en Ontario (3,4% de la population totale).

La plupart des chercheurs qui analysent les données du recensement sur la langue d'usage (la plus souvent parlée à la maison) compteront les 254 870 personnes indiquant la français uniquement, ainsi que la moitié des répondants aux catégories «français et anglais» et «français et autre langue officielle», et finalement, un tiers des répondants qui indiquent «français, anglais et autre langue officielle». Cela donne un total pondéré d'un peu plus de 292 000 individus qui parlent surtout le français à la maison, soit 2,1% de la population de l'Ontario. C'est ce chiffre qu'il faut comparer à celui du recensement de 1971 pour évaluer le déclin réel de la Franco-Ontarie.

Passons donc au recensement de 1971. À la question sur la langue d'usage, 352 465 personnes ont répondu que la langue la plus souvent parlée à la maison était le français, soit 4,6% de la population. On est loin du 6,1% cité au congrès de l'AFO pour ce même recensement de 1971. On dénombre par contre 482 045 individus se disant de langue maternelle française, 6,3% de la population totale de l'Ontario. C'est tout près de la cible de 6,1% mentionnée par l'AFO «pour retrouver le poids démographique des francophones en 1971», mais la langue maternelle et la langue d'usage, ce sont des pommes et des oranges. D'où vient donc ce chiffre de 6,1%? Je n'ai pas trouvé. Il n'est certainement pas fondé sur la langue d'usage à la maison...

Selon le texte du Droit, qui ne parle pas du tout de la dénatalité, de l'exogamie maintenant majoritaire et de l'assimilation galopante des Franco-Ontariens historiques, le rapport des consultants «estime qu'environ 180 000 immigrants francophones devront s'établir en Ontario au cours des 25 prochaines années pour que la province retrouve le poids démographique francophone de 1971». Même si on accepte pour une seconde la proportion fictive de 4,2% de Franco-Ontariens en 2021 (c'est plutôt entre 2,1% et 3,8%), l'ajout IMMÉDIAT de 180 000 immigrants francophones ne porterait le poids démographique des francophones qu'à 5,5%. Sur 25 ans, le seul effet de cette immigration francophone sera de ralentir un tout petit peu le déclin... Le pays des merveilles...

En supposant une croissance d'un million de personnes en Ontario tous les recensements (c'était près de 800 000 entre 2016 et 2021), la province comptera environ 19 millions d'habitants en 2050. Pour que le seuil de 6,1% soit atteint, la population franco-ontarienne devra atteindre 1 150 000 !!! C'est impensable. Entre 1971 et 2021, le nombre de Franco-Ontariens ayant le français comme langue d'usage a diminué en chiffres absolus, passant de 352 465 à 292 042. L'empêcher de chuter davantage serait déjà une grande victoire. Réaliser un bond de plus de 800 000 en 25 ans? Achetez un billet de Lotto Max. Vos chances sont meilleures.

Le président de l'AFO exprime à la fin du texte une pointe d'inquiétude. Pourquoi? «L'une des raisons, dit-il, c'est l'observation, sur le terrain, que les choses ne vont pas aussi bien qu'on le pense.» Excellente observation. Pour sauver les meubles, faudra dresser un portrait précis et réaliste du «terrain» franco-ontarien. Un premier pas opportun serait de fonder toute nouvelle initiative sur des données plus crédibles que celles qu'on lance depuis des années à tort et à travers... 

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* une affirmation surprenante de la part du président d'une association qui affirme, sur son site Web officiel, qu'elle représente plus de 795 000 Franco-Ontariens, soit 5,6% de la population de l'Ontario...

** un indice dérivé d'une fusion version StatCan des catégories connaissance des langues officielles, langue maternelle et langue la plus souvent parlée à la maison.

*** Lien au texte du Droit : https://www.ledroit.com/franco/2025/10/23/lobjectif-de-retrouver-le-poids-demographique-franco-ontarien-de-1971-QK6KPOQZ7FCJVNA434ELIVCNEI/


jeudi 16 octobre 2025

Des millions d'Ottawa pour angliciser nos soins de santé...

capture d'écran de CBC


Le gouvernement fédéral a annoncé, ce 15 octobre, une injection de 52 millions $ d'ici 2028 pour angliciser les soins de santé au Québec et favoriser l'apprentissage de l'anglais chez les francophones qui les dispensent. A-t-on lu cette nouvelle dans La Presse, Le Devoir, le Journal de Montréal, à Radio-Canada? Moi, je n'ai rien vu. Absence quasi totale des médias de langue française, pendant que CBC et la Gazette de Montréal en faisaient une de leurs manchettes!

Je me demande ce qui est le plus scandaleux. Les millions que le gouvernement de la majorité anglo-canadienne dépense pour saper nos efforts de francisation au Québec? L'inertie des salles de rédaction québécoises qui, trop souvent, ferment les yeux sur les urgences linguistiques même quand celles-ci crèvent les yeux? Ou même l'élection par de fortes majorités francophones de députés libéraux qui, clairement, sont voués à la cause des Anglo-Québécois?

Si le gouvernement québécois avait vraiment nos intérêts à coeur, il aurait émis une vive protestation devant cet empiétement fédéral (avec nos taxes) dans deux domaines - l'administration des établissements de santé québécois et l'éducation - où Ottawa n'a manifestement aucune compétence. Il ferait aussi savoir au Canada tout entier qu'ici, le droit pour les francophones de travailler en français primera toujours sur les exigences de la minorité linguistique la plus choyée au pays.

Les Anglo-Québécois, dans une proportion de plus de 60%, ont déjà facilement accès à des soins de santé dans leur langue, contre moins de 40% des francophones ailleurs au Canada. Dans les grandes régions de Montréal et Gatineau, les services en anglais sont généralisés. Hors Québec, à l'exception du Nouveau-Brunswick et de quelques régions de l'Ontario, la grande majorité des francophones (à 90% bilingues) s'accommode des services en anglais. Et rien ne changera. Les anglos, là comme chez nous, ont peu d'affection pour la langue française.

Je demeure à la frontière linguistique. Un passé franco-ontarien à Ottawa, Hullois et Gatinois depuis 1975. Ici on voit toute la différence. Un microcosme de ce pays sans bon sens. Sur la rive ontarienne, l'obligation constante de demander «Parlez-vous français?» si vous êtes disposé à faire l'effort, puis de switcher à l'autre langue dans ce milieu très majoritairement unilingue anglais, ou encore de s'adresser tout de go en anglais si vous craignez d'offusquer votre interlocuteur ou si votre niveau d'assimilation a atteint le point de non-retour. 

Pendant ce temps, sur la rive québécoise, dans ce grand Gatineau où l'anglicisation galope à vitesse grand v, je vois les anglophones (y compris les allophones qui préfèrent l'anglais) s'adresser en anglais sans hésitation dans les commerces et les établissements de santé, souvent sur un ton qui n'invite pas la réplique. Jamais en 50 ans je n'ai entendu un anglo demander poliment «Do you speak English?» Ils s'attendent d'être servis dans leur langue comme si le Québec était officiellement bilingue. Cette perception est renforcée à chaque fois qu'ils arrivent à un comptoir et que nos colonisés lancent un Bonjour-Hi sans même savoir s'il s'agit d'un anglophone...

Ce 52 millions de dollars d'Ottawa viendra renforcer notre état d'infériorité en encourageant les anglophones et les anglicisés à réclamer davantage d'être servis en anglais dans le domaine de la santé (plutôt que d'apprendre le français, supposément la langue d'intégration), et à exiger que les francophones qui les accueillent connaissent davantage l'anglais pour les accommoder. Le député de Vaudreuil-Soulanges, Peter Schiefke, a clairement indiqué à CBC que les dollars fédéraux pour les soins de santé en anglais aideraient à répondre aux besoins des «communautés anglophones et allophones». Ainsi, pour Ottawa, les allophones ont le droit d'être servis en anglais au Québec. D'ailleurs, dans Vaudreuil-Soulanges, où la majorité francophone rétrécit à chaque année, la plupart des allophones s'intègrent à la collectivité anglophone... 

Les zélés du bilinguisme/multiculturalisme Canadian rétorqueront qu'Ottawa a investi 78 millions $ pour empiéter dans les mêmes champs de compétence des provinces anglaises, question de favoriser cette fois l'accès aux soins de santé en français. Le problème, bien sûr, dans un pays où le français est menacé partout (même au Québec), c'est qu'un dollar anglicisant au Québec est bien plus efficace qu'un dollar francisant au Canada anglais où les effectifs de langue française chutent de façon dramatique de recensement en recensement. Même à l'hôpital Montfort (symbole de la résistance franco-ontarienne), il arrive qu'on se bute à des unilingues anglais...

Alors, messieurs dames du gouvernement de la majorité anglo-canadienne, continuez à donner des millions tous les ans à McGill pour que cette université poursuive partout au Québec ce qu'elle a tenté de faire en Outaouais il y a une dizaine d'années. L'université de langue anglaise de Montréal avait alors voulu imposer l'anglais comme langue d'enseignement aux étudiants francophones dans sa nouvelle faculté satellite de médecine à Gatineau... avec la complicité des députés libéraux aplaventristes du coin et surtout celle du premier ministre Philippe Couillard qui aurait souhaité que tous les jeunes francophones québécois apprennent l'anglais...

Je sais que je crie dans le désert. Pour que l'opinion publique s'éveille à l'importance de cette nouvelle invasion fédérale dans nos plates-bandes, il faudrait qu'elle en soit informée... Diable, où sont nos médias???


jeudi 9 octobre 2025

Le silence de la profession reste assourdissant...

Pour la sauver, il faut mettre le doigt sur les vrais bobos...


Ce matin, comme tous les matins sauf le dimanche, j'ai cueilli l'édition papier du journal Le Devoir, livrée chez moi à Gatineau. Jusqu'au début de la pandémie, je recevais également à domicile mon journal local, Le Droit, aujourd'hui disparu. 

Il y a dix ans à peine, dans la plupart des régions de notre demi-pays, une dizaine de quotidiens de langue française livraient des éditions imprimées à la porte de centaines de milliers de Québécois. Depuis plus de cent ans pour certains journaux! Les lecteurs y voyaient la source d'information la plus crédible, la plus fiable. Plus que la télé, bien plus que l'Internet. Et ça reste vrai en 2025.*

Mais voilà... Le 24 mars 2020, donnant faussement la pandémie de COVID 19 comme justification, mon quotidien a brutalement mis fin au papier. Temporairement, disait-on au début. Puis, pour de bon. Je n'aurais plus jamais mon Droit sur la table de cuisine en déjeunant. Les kiosques à l'épicerie seraient désormais vides. Les camelots et les pressiers, sans travail.

Pour moi, défenseur de l'imprimé contre l'envahissement excessif des écrans, ce fut un drame. Mais je crois pouvoir affirmer que l'abandon du journal papier fut aussi un coup dur pour l'ensemble du lectorat des cinq autres quotidiens de la Coop CN2i (Le Soleil, Le Quotidien du Saguenay, Le Nouvelliste, La Tribune et La Voix de l'Est) qui ont subi en mars 2020 le même sort que Le Droit.

Sur le plan journalistique, ce fut une catastrophe. Sans papier, nos quotidiens déjà hypothéqués (souvent par leur propre faute) étaient relégués à la jungle sans merci du Web. Trois ans plus tard, en avril 2023, les six quotidiens coopératifs larguaient leur édition numérique quotidienne. Les coopératives locales ont été dissoutes. Il ne reste aujourd'hui que de vastes babillards Internet portant les anciens logos des six journaux, mis à jour en temps réel par de braves équipes de journalistes qui ont survécu aux coupes successives.

La disparition simultanée de six des dix quotidiens imprimés du Québec, à laquelle s'ajoute l'abandon du papier à La Presse, aurait dû provoquer une levée de boucliers dans la société et un débat de fond au sein de la profession. Dans n'importe quel autre pays démocratique, on aurait lancé des SOS si plus de la moitié des journaux papier étaient supprimés. Ici, à part quelques cris ça et là, l'abandon de l'imprimé est passé comme un couteau dans le beurre. La suppression des éditions numériques trois ans plus tard est passée inaperçue!

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) aurait été justifiée de convoquer un congrès d'urgence devant cette tragédie de portée civilisationnelle. Non, pas de congrès spécial. Même pas d'atelier sur cet enjeu à un congrès régulier. Et le désert laissé par la suppression des quotidiens imprimés dans toutes les régions du Québec (sauf pour les deux Québecor et Le Devoir) n'est très certainement pas à l'ordre du jour du congrès de novembre 2025 à la FPJQ... Le silence de la profession reste assourdissant...

J'ai appris fin septembre par un article du Devoir que la Fédération nationale des communications et de la culture de la CSN (qui regroupe plusieurs syndicats de travailleurs de l'information) avait entrepris une tournée québécoise (y compris à Gatineau) à l'automne 2024 et l'hiver 2025 pour tâter l'opinion sur l'affaiblissement des médias québécois. Il n'y a rien dans le rapport sur cette tournée de la FNCC-CSN qui porte sur l'abandon du papier (autre que d'en faire mention à l'occasion) ou la disparition de six journaux quotidiens (imprimés et numériques).** 

Les écrans sont en voie de tuer l'imprimé au Québec. Ils sont aussi en train de tuer l'information. Entre les modèles d'affaires capitalistes en quête constante de profits excessifs, un milieu journalistique en perte de combativité, un fatalisme qui voit dans le seul numérique l'avenir de l'information et un public de moins en moins informé, embourbé dans un océan de désinformation qui sera multiplié à l'infini par les abus de l'intelligence artificielle, ça va très mal à la shoppe...

Demain matin, j'aurai confiance que les textes de l'édition papier Le Devoir ont été préparés par des professionnels bien encadrés. Je sais aussi que le lendemain, le mois suivant, l'année suivante, l'information qui s'y trouve n'aura pas changé. Si je conserve une coupure de presse, personne ne peut la tripoter ou la détruire, comme cela arrive avec des nouvelles sur le Web. Ces écrits restent. L'imprimé est un socle de notre civilisation depuis plus d'un demi-millénaire. Il est aujourd'hui menacé par des hordes barbares habitant les médias sociaux...

Je n'ai rien contre l'information numérique en soi. Elle est devenue incontournable depuis le milieu des années 1990. Mais je l'apprécie pour ce qu'elle ajoute à la connaissance, et non pour ce qu'elle prétend remplacer. L'imprimé, j'en ai la conviction, est et sera irremplaçable. Le majorité de nos journalistes ne semblent pas de cet avis... mais je continue d'espérer...

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https://www.ledevoir.com/culture/medias/920595/consensus-sauver-information-bien-public

** https://fncc.csn.qc.ca/wp-content/uploads/2025/08/2025.05_CSN-FNCC_Tournee-Rapport_VF-Num.pdf

mercredi 8 octobre 2025

À la mémoire de Gilberte Prud'homme-Dugas

La mort de Gilberte Prud'homme-Dugas vers la fin de septembre est passée relativement inaperçue à l'extérieur de son cercle de proches et d'amis. Décédée à l'âge de 87 ans, cette Franco-Ontarienne méritait pourtant qu'on se souvienne de son importante contribution au petit quartier jadis francophone d'Ottawa qu'elle habitait.

Entre la grand-rue (rue Wellington) et la rivière des Outaouais, à l'ouest des plaines Lebreton, les paroisses St-François d'Assise et Notre-Dame des Anges abritaient depuis la fin du 19e siècle une communauté canadienne-française tricotée serré d'environ 6000 habitants. Un gros village urbain où la langue de la rue est restée le français jusqu'à la fin des années 1960. J'y ai grandi.

La collectivité participait activement au réseau institutionnel franco-ontarien depuis longtemps. Une des réunions de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier (La Patente) avait eu lieu au sous-sol de l'église St-François d'Assise. On y trouvait des groupes et associations de tous genres, principalement religieux, et même un régiment de zouaves pontificaux. Vers 1958, il ne manquait qu'une association patriotique pour les jeunes Franco-Ontariens.

Entre alors en scène Gilberte Prud'homme. Alors âgée de 19 ans, elle pilota le projet de fonder un cercle local de l'Association de la jeunesse franco-ontarienne (AJFO), au sein duquel quelques centaines de jeunes de l'ouest d'Ottawa allaient évoluer pendant près d'une décennie. Les archives du cercle St-François de l'AJFO, que j'ai précieusement conservées et que j'espère offrir à l'Université d'Ottawa, constituent le seul témoignage écrit de son existence et de ses réalisations.

Lors d'une rencontre de retrouvailles en 1977 (la seule), une édition souvenir du journal Le Pingouin de cette association a été publiée. Je laisse ici deux extraits, un signé par Gilberte Prud'homme-Dugas, l'autre par un de ses collègues, Yvon Dugas. Ces textes ont été rédigés en 1963 et en 1965.



Je laisse ici le lien à l'avis de décès de Gilberte. https://www.dignitymemorial.com/fr-ca/obituaries/ottawa-on/gilberte-dugas-12530733


mardi 7 octobre 2025

Un francophone assimilé n'est plus un francophone...



Ah. les statistiques linguistiques... En principe claires... En pratique trop souvent maquillées, nuancées, parfois trompeuses... au point où l'on peine à distinguer le vrai du faux, le plausible de l'improbable...

À cet égard, je lisais aujourd'hui sur le site Web du Droit un texte fort instructif du journaliste Sébastien Pierroz (Réseau.Presse - Le Droit), portant sur la «sous-utilisation» du Service 3-1-1 de la ville d'Ottawa par les francophones de la capitale canadienne.

Au départ, le texte présente une statistique implacable, incontestable: des 390 190 appels reçus au service municipal 3-1-1 en 2024, on compte 358 486 demandes faites en anglais (91,16% du total), contre 31 704 reçues (8,84%) en français.

L'auteur du texte en conclut à une «sous-utilisation» du service par les francophones en adoptant comme repère identitaire la «première langue officielle parlée» (PLOP), une variable créée par Statistique Canada à partir des données du recensement sur la connaissance des langues officielles, la langue maternelle et la langue la plus souvent parlée à la maison (langue d'usage).

Selon cette variable, que j'estime fort contestable mais que Statistique Canada a choisie comme mesure officielle des collectivités de langue officielle en situation minoritaire, il y aurait près de 155 000 francophones PLOP à Ottawa sur une population totale de 1 006 790 en 2021. Cela donne une proportion de 15,3%.

Si on accepte la validité de cette affirmation, il faut conclure que plus de 40% des «francophones» ottaviens s'adressent en anglais au service bilingue 3-1-1 de la ville. Mais la question se pose. Y a-t-il à Ottawa 15,3% de Franco-Ontariens? Plus? Moins? Ici la bisbille règne!

Selon la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, toutes les personnes capables de s'exprimer en français doivent être comptées comme francophones! C'est absolument ahurissant mais avec cette méthode de calcul, il y aurait à Ottawa 37,9% de francophones (381,310 personnes). Un non-sens total!

Pour sa part, en vertu d'un calcul dont le lien avec la réalité m'échappe, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) estime à 795 760 le nombre de Franco-Ontariens, soit 5,6% de la population totale de l'Ontario. Cela ajoute environ 50% au nombre de francophones PLOP établi par Statistique Canada. Avec cette «méthode???», Ottawa compterait plus de 230 000 Franco-Ontariens... Hallucinant!

Si on s'en tient aux données du recensement sur la langue maternelle (la première langue apprise et encore comprise), le nombre de «francophones» de la capitale fédérale dépasse de peu le seuil des 140 000, soit 14% de la population de la ville. Un peu moins que le décompte PLOP, mais correspondant au moins à de vraies réponses faites par les répondants au formulaire du recensement.

Enfin, le nombre d'Ottaviens qui donnent le français comme langue d'usage unique (langue la plus souvent parlée) à la maison se situe à près de 83 000, soit 8,2% de la population. En y ajoutant et en pondérant les réponses multiples (plus d'une langue d'usage à domicile dont le français), on peut ajouter un peu plus de 12 500 personnes, pour un grand total d'environ 95 500, ce qui représente 9,5% de la population totale d'Ottawa.

J'ai toujours considéré la langue d'usage comme meilleur indicateur du nombre véritable de francophones dans une collectivité au Québec et au Canada. Il y a quelque 60 ans, les auteurs de la Commission B-B (bilinguisme et biculturalisme) étaient du même avis.

Cela nous ramène donc au point de départ. Si la langue d'usage constitue effectivement le meilleur critère pour dénombrer les francophones d'ici, alors un taux de 8,84% de demandes en français au service 3-1-1 n'est pas une sous-représentation de la francophonie ottavienne actuelle. Ce serait plutôt un portrait fidèle de ce qui reste de la Franco-Ontarie d'Ottawa...

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De l'autre côté de la rivière des Outaouais, chez moi, à Gatineau qui s'anglicise à vue d'oeil, je serais curieux de connaître la proportion d'appels en anglais à notre service 3-1-1, et de le comparer aux données du recensement de 2021.