mercredi 21 octobre 2026

L'Université des Franco-Ontariens? Espresso toi en français...

capture d'écran du Syndicat étudiant d'uOttawa


Il y a exactement douze ans, le 21 octobre 2014, le recteur de l'Université d'Ottawa d'alors, Allan Rock, signait une lettre d'opinion dans les pages du quotidien Le Droit. On pouvait notamment y lire: «Les francophones de l'Ontario ont droit à une université qui sert leurs intérêts et qui leur permet de poursuivre une formation postsecondaire de qualité exceptionnelle en français. Et cette université existe déjà: elle s'appelle l'Université d'Ottawa.»

C'était l'époque où le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), le vent dans les ailes, menant tambour battant une campagne provinciale en faveur d'une gouvernance franco-ontarienne de tous les programmes d'études postsecondaires en français, y compris ceux des deux grandes universités bilingues, Ottawa et Laurentienne (Sudbury). Cela aurait pris la forme d'un université de langue française ayant pignon sur rue dans l'est, le nord et le sud de l'Ontario.

Quarante ans plus tôt, l'Association canadienne-française de l'Ontario (ACFO) avait elle aussi réclamé une francisation complète de l'Université d'Ottawa avec un argumentaire éloquent:
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extrait du mémoire de l'ACFO de 1970
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Jusqu'à la fin des années 1960, les étudiants francophones étaient majoritaires à l'Université d'Ottawa. Puis ce fut la dégringolade. Aujourd'hui, la proportion d'étudiants de langue française oscille autour de 30%. La réalité, contrairement aux affirmations de l'ancien recteur Allan Rock, c'est celle d'un campus anglo-dominant où les espaces francophones se raréfient et où les francophones risquent «une assimilation lente mais certaine».

J'y suis retourné en 2016 pour assister à un colloque sur le bilinguisme au Pavillon Desmarais (faculté des sciences sociales), et j'ai à peine réussi à commander un chocolat chaud en français au Starbucks du pavillon. La surprise du personnel du café d'entendre un client exiger de parler français me donnait à penser que les 30% d'étudiants francophones avaient appris, à l'usure, à s'accommoder de la situation. Nous sommes ici loin, très loin de l'ancienne revendication d'un campus unilingue français...

Pour revenir à l'image en haut de ce texte, je glanais les textes récents de La Rotonde, le journal étudiant de langue française de l'Université d'Ottawa. Ça doit aller mal, parce qu'il existe désormais au sein du Syndicat étudiant uOttawa un poste de «commissaire aux affaires francophones»!!! Ce poste étant électif et le scrutin ayant lieu entre le 17 et le 20 octobre (2026), j'ai consulté les prises de position du candidat élu, Dan Ngenzi Ya Ruty. Son constant est effarant: «La francophonie à uOttawa ne devrait pas seulement être quelque chose qu'on célèbre à certains moments de l'année»...

Il propose de lancer des «Rendez-vous Franco», «une nouvelle initiative pour créer des espaces où tous les niveaux de français sont les bienvenus» (ne le sont-ils pas ailleurs?) ainsi que «des lieux où les étudiants peuvent s’exprimer en français, sans pression». Devons-nous conclure que de tels lieux n'existent pas, ou n'existent plus?

Selon La Rotonde, «il promet également un meilleur suivi des plaintes linguistiques, une foire de l’emploi francophone, du mentorat et des micro-subventions pour des projets francophones». On se croirait au bureau du Commissaire fédéral aux langues officielles, en train de faire le tri des doléances des fonctionnaires francophones embourbés dans une fonction publique depuis toujours anglicisante.

Dan Ngenzi Ya Ruty s'engage enfin à poursuivre l'initiative «Espresso toi en français / yourself in French». Celle-là, c'est la meilleure! Il s'agit d'un «café hebdomadaire» où les étudiants reçoivent un café ou un chocolat chaud, ainsi qu'une pâtisserie, s'ils (dans le texte c'est écrit en woke, s'iels) commandent en français. Cette initiative a pour objectif de combattre ce qu'on persiste à appeler faussement «l'insécurité linguistique» (des francophones bien sûr) à l'Université d'Ottawa (voir mon texte de blogue - lien ci-dessous).

Un ultime rappel. La majorité des étudiants franco-ontariens au post-secondaire universitaire de langue française fréquentent l'Université d'Ottawa. La majorité des étudiants franco-ontariens au post-secondaire universitaire fréquentent une université de langue anglaise. Doit-on s'étonner de l'agonie actuelle du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO)? Voir texte d'ONFR à https://onfr.tfo.org/representation-etudiante-la-fesfo-tente-de-relancer-un-refo-a-larret/

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Lien à mon texte de blogue sur l'insécurité linguistique- https://lettresdufront1.blogspot.com/2019/08/linsecurite-linguistique-synonyme.html

mardi 20 octobre 2026

Entre le métro et Saint-Henri...

inauguration du Métro de Montréal en octobre 1966


Le métro de Montréal célèbre ses 60 ans ce mois d'octobre 2026. À l'automne 1966, j'avais 20 ans, j'étais Franco-Ontarien, ayant grandi dans le seul quartier francophone de l'ouest de la ville d'Ottawa (il n'existe plus). Dans notre paroisse natale, St-François d'Assise, nous étions membres d'une section locale de l'Association de la jeunesse franco-ontarienne (AJFO).

Quel lien avec le métro de la métropole québécoise? Nous avions accueilli à l'AJFO un jeune apprenti-horloger de Saint-Henri, à Montréal, venu apprendre son métier d'un maître-horloger près de chez nous. Nous sommes devenus de bons amis. Il est finalement rentré chez lui en 1966 pour mettre en pratique ses nouvelles compétences et pour fonder une famille.

Puis la tragédie est survenue. Je vous fais grâce des noms de famille et des circonstances du décès. Elles n'ont aucune pertinence ici. Permettez-moi de poursuivre avec ce que j'ai écris à ce sujet il y a dix ans, en novembre 2016.
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«Par un gris matin du début de novembre 1966, on nous annonça sa mort. Il n'avait que 21 ans. Mourir à cet âge c'est déjà tragique, surtout avec une jeune épouse qui était, si je me souviens, enceinte de leur premier enfant.

«La nouvelle nous avait bouleversés, et trois d'entre nous (moi, mon frère Robert et un ami, Pierre de Champlain) avons décidé de nous rendre à Montréal pour offrir nos condoléances à son épouse, à sa famille et à ses proches. Je n'étais jamais vraiment allé à Montréal comme «adulte» auparavant. On y sentait l'effervescence avec un centre-ville en ébullition, un métro flambant neuf et toutes ces nouvelles autoroutes qui transporteraient des millions de visiteurs à Expo 67 l'année suivante…

«Après avoir goûté au charme et au «luxe» du rutilant métro, ouvert depuis à peine quelques semaines, le choc fut substantiel en arrivant dans la grisaille de Saint-Henri-en-novembre. Nous avions grandi dans un modeste quartier ouvrier à Ottawa, mais dans ce coin de Montréal, nous nous sentions fortunés.

«J'ai encore en mémoire les devantures fades de petits commerces sur Notre-Dame et Saint-Jacques, et ces logements locatifs collés les uns contre les autres sur Saint-Philippe (comme ailleurs dans la ville), sans oublier l'accueil plus que chaleureux de la famille, reconnaissante que nous soyons venus de si loin.

«J'avais beau être Franco-Ontarien, je m'y sentais chez moi, dans cette grosse, grosse ville où beauté et laideur me pognaient aux tripes. Mon ami de Saint-Henri avait trouvé un nouveau chez-soi dans notre petite patrie canadienne-française à Ottawa, et voilà que maintenant, nous étions accueillis, presque comme membres de sa famille, par de parfaits inconnus à Saint-Henri.

«Ce jour-là, entre les merveilles du métro et les habitations ouvrières de la rue St-Philippe, j'ai découvert à Montréal que je m'étais rapproché du coeur de notre nation de parlant-français d'Amérique. En tout cas j'en captais le pouls avec beaucoup plus d'intensité, dans ce quartier où grondait tout doucement le réveil d'un peuple, à l'ombre de Westmount…»

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Je ne voyage pas souvent en métro à Montréal mais à chaque fois, je repense à novembre 1966... Comme tout a changé...

lundi 19 octobre 2026

Parti libéral du Québec / Québec Liberal Party...

capture d'écran du Journal de Montréal


À l'assermentation des députés du Parti québécois, le 15 octobre, Paul St-Pierre Plamondon rappelait qu'auparavant, plusieurs députés outrés d'être obligés de prêter serment de loyauté au monarque britannique marmonnaient les mots ou croisaient leurs doigts dans le dos... Façon de démontrer qu'ils n'y croyaient pas et qu'on les obligeait de mentir...

N'avez-vous pas eu l'impression d'assister à une charade similaire ce 19 octobre, à l'assermentation de 39 députés libéraux... marmonnage et croisage de doigts en moins? Ils ont bien sûr juré loyauté au peuple du Québec dans le respect de la Constitution du Québec mais y croyaient-ils vraiment? Certains, sans doute. Tous? On me permettra d''en douter.

Prenons d'abord le décor. À la cérémonie péquiste, seul le fleurdelisé était visible derrière la table d'assermentation. Faute de s'agenouiller devant Charles III, les libéraux ont ressorti pour l'occasion l'unifolié canadien. Ce symbolisme n'est pas que visuel. La loyauté au peuple du Québec, chez eux, se double d'une fidélité immuable au Canada et quand ces deux allégeances seront incompatibles, absolument rien ne garantit que le serment au peuple québécois l'emportera.

De fait, j'ai la conviction - et ce sont eux qui l'affirment - qu'ils seront loyaux envers le peuple québécois uniquement dans la mesure où celui-ci demeure dans la fédération canadienne et accepte de confier la moitié des compétences constitutionnelles à un gouvernement dominé par la majorité anglo-canadienne. Devant toute perturbation majeure de cet ordre vieux de près de 160 ans, ou pire, devant un projet de souveraineté, ils choisiront le Canada.

Secundo, la langue. Le fait que 17 des 39 députés libéraux aient prêté serment en anglais et en français indique clairement la déloyauté d'une bonne partie des troupes libérales envers le Québec français. Depuis la Loi 101 (et même un peu avant), le français est la seule langue officielle du Québec. Le vieil AANB de 1867 avait imposé le bilinguisme au parlement québécois (pas aux autres provinces) mais cette disposition coloniale est périmée, comme le serment d'allégeance au roi.

Étant Franco-Ontarien d'origine, ancien membre d'une minorité francophone persécutée, je peux comprendre le désir des anglophones historiques du Québec de vouloir conserver leurs droits. Et si ce n'étaient que ces anglos qui avaient ajouté le serment en anglais, je ne dirais rien. Mais plus de la moitié des députés libéraux qui ont répété leur serment an anglais n'étaient pas des anglophones. C'étaient des francophones et des allophones, qui représentent pour la plupart des circonscriptions où le français recule devant l'assaut des anglos et des allophones anglicisés.

Leur message est clair. Dans ce parti, le projet d'un Québec réellement français n'est pas le bienvenu. Quand l'anglophone Gregory Kelley (Jacques-Cartier) insiste pour ajouter son boniment en anglais, je regrette mais je sympathise aussi. Mais quand Marc Tanguay ou André Fortin ou Cécile Tremblay portent le flambeau du bilinguisme canadien à l'Assemblée nationale, j'y vois une capitulation. Et quand des membres de cette soi-disant «diversité» prêtent serment également en anglais, j'y vois un rejet clair du Québec français.

On n'a qu'à regarder les circonscriptions des «bilingues» pour apprécier la géographie des dix-sept... Chomedey, Darcy-McGee, Jacques-Cartier, Jeanne-Mance-Viger, LaFontaine, Marquette, Mont-Royal-Outremont, Nelligan, Notre-Dame-de-Grâce, Pierre-Laporte, Pontiac, Robert-Baldwin, Ste-Rose, Soulanges, Vaudreuil, Vimont-Auteuil, Westmount-St-Louis... Île de Montréal, Laval, banlieues ouest et sud, Outaouais... Le portrait du déclin du français...

samedi 17 octobre 2026

Un ministre pour préparer le référendum? Oubliez ça!

capture d'écran de La Presse


Ce matin, en lisant Le Devoir, Michel David a rappelé dans sa chronique que Paul St-Pierre Plamondon avait l'intention de nommer un ministre responsable de la préparation du référendum. Depuis 1995, la simple évocation de ce mot (référendum) me donne des boutons. Il porte en lui nos pires erreurs de stratégie et nos plus grands échecs. L'héritage de Claude Morin...

La promesse d'un troisième référendum rapide sur l'indépendance vient de coûter au Parti Québécois sa majorité à l'Assemblée nationale. Il y a fort à parier que nous serons de nouveau en campagne électorale d'ici deux ans et que le PQ se présentera encore devant le peuple québécois avec un boulet référendaire au pied. Dieu seul sait vers quel résultat cela nous mènera...

À la place de PSPP (et je bien conscient de ne pas l'être...), j'opterais pour une gouvernance souverainiste immédiate. Chaque affirmation nationale, chaque geste d'indépendance a plus de chance de rallier l'opinion que la fixation référendaire. L'exclusion de la monarchie au cérémonial d'assermentation des députés l'illustre bien. Le Québec affirme sa propre identité constitutionnelle et place le reste du Canada devant un fait accompli. Appui populaire en prime.

La protection et la promotion de notre langue menacée constitue un autre champ de bataille où Québec peut ouvrir différents fronts. Le premier semble devoir être l'extension de la Loi 101 aux cégeps, mais un examen des trous percés dans notre Charte de la langue française par les tribunaux fédéraux des longs couteaux ajoutera au menu (affichage, langue de travail, etc.). Les données linguistiques du recensement de 2026 (qui seront rendues publiques en 2027) nous feront sursauter d'horreur et accentueront l'urgence d'agir.

Au-delà des tentatives pour obtenir un contrôle québécois accru sur l'immigration, les mesures en faveur de la laïcité de l'État devront être intensifiées. La décision prochaine de la Cour suprême sur la Loi 21, sans doute retardée à cause des élections, risque de mettre le feu aux poudres. Un gouvernement du PQ, s'il refuse d'obéir à un jugement défavorable des juges d'Ottawa, devra mobiliser l'opinion publique pour dresser un bouclier efficace contre toute tentative d'imposer aux Québécois par tribunaux interposés le régime multiculturaliste anglo-canadien de 1982.

Une offensive coordonnée et réfléchie pour libérer le Québec des symboles monarchiques coloniaux, achever le grand projet d'un État laïc et remettre en tête de liste l'urgence d'enrayer un déclin effarant de notre langue officielle et commune (à Montréal, en Outaouais) créera un appétit croissant pour la souveraineté, vue comme seul moyen de soustraire notre identité collective au contrôle politique et judiciaire d'une majorité anglo-canadienne hostile.

Une augmentation appréciable des appuis à l'indépendance (40% et plus) assurera au PQ une réélection, majoritaire cette fois. Quand cela se produira, Québec pourra tester davantage les limites actuelles de la constitution canadienne. Donald Trump ne sera plus qu'un très, très, très mauvais souvenir et le reste du Canada se mettra à table. Alors, peut-être pourra-t-on commencer à penser à une étape référendaire pour achever un processus où les contours d'une indépendance ou d'une souveraineté-association seront déjà assez clairs.

Paul St-Pierre Plamondon a sorti le PQ de son quasi-cercueil en 2022 en remettant à l'avant-scène le projet d'indépendance, pas la perspective d'un troisième référendum. L'indépendance, c'est le coeur du combat collectif, c'est l'objectif. Un référendum, ce n'est qu'un moyen parmi d'autres et si ce moyen vient à mettre en péril l'objectif ultime, alors on s'en défait, le temps qu'il faut.

Le gouvernement du Parti Québécois devra relever des tas de dossiers ayant moins à voir avec la souveraineté. Santé, éducation, économie, logement, itinérance, etc., etc. S'y ajouteront les enjeux liés à la souveraineté. Langue française, laïcité, fin du lien monarchique, etc. La marmite déborde. Remettons pour le moment le mot référendum à sa place: sous la lettre R, dans le dictionnaire...

vendredi 16 octobre 2026

Trop de nos journalistes ne savent pas reconnaître les moments historiques!



Les livres d'histoire retiendront ce jour. Le moment où après 265 ans de vie sous la monarchie britannique, les députés d'un nouveau gouvernement québécois ont prêté serment pour la première fois au seul peuple québécois. Aucune mention de Charles III. Ni de la lieutenante-gouverneure, qui n'avait pas été invitée à la cérémonie.

Un moment historique pour Paul St-Pierre Plamondon, pour chacun, chacune de ses députés et pour la nation québécoise! Mais, de toute évidence, pas pour nos braves journalistes qui, par les temps qui courent, semblent incapables de s'élever au-dessus de l'immédiat et d'accorder sa juste valeur à un moment décisif de l'évolution du peuple du Québec!

Il fallait aller à Toronto, dans le National Post, pour voir la manchette qui aurait dû orner l'ensemble de la presse québécoise. Eux, les anglos, semblent avoir compris la signification historique du geste posé par le serment de fidélité au peuple, plutôt qu'au roi, et de l'absence de Manon Jeannotte, représentante de Charles III au Québec.

Capture d'écran du National Post

J'aurais espéré que Le Devoir publie en manchette de la une sa nouvelle sur l'assermentation «républicaine» des députés du PQ avec une photo bien en vue des députés péquistes à l'Assemblée nationale. Il me semble que cela allait de soi. Mais non. Un simple renvoi à un texte en page 3 sous le titre PSPP appelle ses collègues députés à jouer en équipe. Dans cet article on évoque l'importance du serment au peuple après un deuxième sous-titre...

Au téléjournal de Radio-Canada, à 22 heures, le soir du 15 octobre, on n'a même pas mentionné le fait que les symboles monarchiques aient été entièrement exclus de la cérémonie d'assermentation. Dans le texte de La Presse, signé par quatre (!) journalistes, on a attendu aux trois derniers paragraphes de l'article pour parler de l'absence du serment au roi d'Angleterre... C'est pire dans Le Soleil...

Dans le Journal de Montréal, traitement similaire mais on publie un deuxième texte, sur la demande d'injonction de l'avocat et prof de l'Université d'Ottawa, Lawrence David, qui veut que la Cour supérieure interdise aux députés du PQ l'accès à l'Assemblée nationale à moins de prêter serment d'allégeance au roi Charles III.

Combien voulez-vous gager que si la Cour supérieure (des juges fédéraux nommés par Ottawa) entend cette demande au cours des prochains jours et, pire, rend une décision favorable à M. David, l'ensemble de nos braves journalistes québécois vont tout à coup se rendre compte du caractère historique du geste posé par les 57 députés québécois, ce jeudi. Un peu tard, cependant!

Ce que notre presse avait passé presque comme un à-côté deviendra la manchette de l'ensemble des médias du Canada, coast to coast... 


samedi 10 octobre 2026

Pas besoin d'avis juridique pour écarter la lieutenante-gouverneure de l'assermentation...

Pourquoi le chef du PQ et premier ministre en attente Paul St-Pierre Plamondon se donne-t-il la peine de solliciter un avis juridique pour éviter que la lieutenante-gouverneure Manon Jeannotte participe à la cérémonie d'assermentation des députés élus au scrutin du 5 octobre? On n'a qu'à lui dire de rester chez elle!

Quand les députés de l'Assemblée nationale ont adopté, le 9 décembre 2022, un projet de loi pour annuler l'obligation de prêter serment au roi Charles III, ils ont du même coup rendu inopérant (au Québec) l'article 128 de la Loi constitutionnelle fédérale de 1867 qui rendait ce serment obligatoire. Les textes constitutionnels du ministère fédéral de la Justice en ont pris bonne note. On peut ainsi y lire après l'article 128 le texte ci-dessous:
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Or, c'est justement cet article 128 qui contient les dispositions voulant que le serment d'allégeance au roi ou à la reine doive être prononcé devant le lieutenant-gouverneur. 
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L'article 128 ne s'appliquant plus au Québec, l'obligation de la présence de la lieutenante-gouverneure disparaît avec lui. Et comme la Loi sur l'Assemblée nationale se contente de rendre obligatoire le serment d'allégeance au peuple québécois, sans préciser devant qui ce serment doive être prononcé, la première ministre sortante ou le premier ministre désigné (je ne sais pas qui, de fait) peut très bien décider que le serment d'allégeance des nouveaux députés se déroule devant un juge, un fonctionnaire, ou toute autre personne digne de présider cette cérémonie.

Voilà. C'est simple. Finie la lieutenante-gouverneure à l'assermentation des députés. Elle a été rayée de la carte avec le vieil article 128 de la Constitution fédérale de 1867...

Pas besoin d'avis juridique!

Pour siéger à l'Assemblée nationale, prêter serment à Charles III est désormais illégal

Le projet de loi 4, adopté par l'Assemblée nationale le 9 décembre 2022 pour permettre aux trois mousquetaires du PQ de pouvoir siéger sans prêter serment au roi Charles III
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capture d'écran du site des textes constitutionnels du ministère fédéral de la Justice indiquant que l'AANB a été modifié par la Loi 4

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Ce que dit la Loi de l'Assemblée nationale de 1982 au sujet du serment d'allégeance d'un député élu

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Le chef libéral Charles Milliard a annoncé quelques jours avant l'élection qu'à l'assermentation des députés, il déclarerait son allégeance au peuple québécois, plutôt qu'au roi Charles III. Comme s'il avait le choix... Je ne suis pas juriste mais il me semble que depuis l'adoption de la Loi 4 en décembre 2022 (voir image ci-haut), le seul serment qui soit désormais permis est celui prévu à la Loi de 1982 sur l'Assemblée nationale (voir texte ci-dessus).

On aura beau rappeler que cette loi - celle qui a permis aux trois mousquetaires du PQ de siéger après le scrutin d'octobre 2022 - est contestée devant les tribunaux par l'avocat Lawrence David, elle ne l'est pas par le ministère fédéral de la Justice qui l'a intégrée à son texte officiel de la Loi constitutionnelle de 1967 (voir 2e image du haut). Ottawa indique bien dans son propre texte que l'article 128 sur le serment d'allégeance au monarque britannique ne s'applique pas au Québec, conformément à la Loi 4 de l'Assemblée nationale.

Le seul serment obligatoire - je dirais même plus le seul serment permis - pour un député élu est celui énoncé par l'Assemblée nationale, étant donné que l'article 128 de l'ancienne AANB ne s'applique plus au Québec. Cet article n'existe plus au Québec. Personne ne peut l'invoquer pour continuer de prêter serment au roi Charles III. C'est maintenant illégal. L'élu(e) qui ne respecte pas le serment ci-dessous n'a plus le droit de siéger à l'Assemblée nationale: 

«Je déclare sous serment que je serai loyal envers le peuple du Québec et que j'exercerai mes fonctions de député avec honnêteté et justice dans le respect de la constitution du Québec.»

Les textes fédéraux et québécois concordent. Le vieil article 128 de la Constitution canadienne de 1867 fait maintenant partie des livres d'histoire. Au Québec, il n'existe pas. Il n'y a plus de choix entre le serment de 1867 et celui de la Loi québécoise de 1982. Au regard de la Loi 4, le serment de la Loi sur l'Assemblée nationale est le seul qui soit obligatoire. Au regard de la Loi de 1982 il est tout simplement le seul. Prêter serment à Charles III n'est plus permis.

Un premier pas en attendant de se débarrasser des autres vestiges de la monarchie britannique...

vendredi 9 octobre 2026

Dans un scrutin serré, 23 majorités massives...

Au centre, le West Island (capture d'écran de Rasio-Canada)


Je m'amuse depuis quelques jours à analyser les résultats parfois rocambolesques de l'élection québécoise du 5 octobre. Dans les médias, chacun commente à sa façon la répartition parfois serrée du vote entre cinq formations, le pouvoir ayant été arraché par le PQ avec seulement 28% des voix. Mais en regardant de près, on se rend compte que ce portrait ne traduit pas la réalité de toutes les régions du Québec.

Dans 23 des 107 circonscriptions, la candidate ou le candidat vainqueur a amassé plus de 50% des voix exprimées, laissant loin derrière tous ses adversaires.

Évidemment, le bloc le plus spectaculaire de victoires massives se situe dans le West Island (voir tableau ci-dessous), où les anglophones votent de façon quasi soviétique pour la formation qui leur ressemble le plus, le Parti libéral du Québec/Québec Liberal Party. Dans les 10 circonscriptions de l'ouest de l'île de Montréal, la part du vote libéral oscille entre 51% et 73%!!!

Le champion, Gregory Kelley, réélu dans Jacques-Cartier, la circonscription la plus anglophone du Québec, a engrangé à lui tout seul 73,2% des voix, pour une majorité de près de 20 000 votes (numéro 1 au palmarès des majorités). À noter que dans le West Island, on retrouve 10 des 15 circonscriptions les plus anglophones au Québec. Quatre des cinq autres (Vaudreuil, Saint-Henri-Sainte-Anne, LaFontaine et Soulanges) sont situées à proximité.

Dans la dernière, Pontiac (Outaouais), 7e circonscription la plus anglophone du Québec, les libéraux obtiennent 48% des voix. 
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Jacques-Cartier - 73,2% des votes au PLQ (majorité de 19147)
Robert-Baldwin - 65% des votes au PLQ (majorité 15334)
D'Arcy-McGee - 60,8% des votes au PLQ (majorité 11119)
Notre-Dame-de-Grâce - 61,1% des votes au PLQ (majorité 11594)
Westmount-Saint-Louis - 59,9% des votes au PLQ (majorité 10 803)
Nelligan - 63,3% des votes au PLQ (majorité 16580)
Marguerite-Bourgeois - 52,6% des votes au PLQ (majorité 10372)
Saint-Laurent - 54,5% des votes au PLQ (majorité 11614)
Marquette - 55,3% des votes au PLQ (majorité 10651)
Mont-Royal-Outremont - 50,9% des votes au PLQ (majorité 9519)
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On ne peut passer sous silence un autre bloc de victoires très décisives, celles des conservateurs d'Éric Duhaime, dans la grande région autour et au sud de la ville de Québec. Compte tenu de la montée spectaculaire des appuis au PCQ dans les derniers jours de la campagne, on peut se demander ce qui serait advenu si le scrutin avait eu lieu une semaine plus tard... 

Quoiqu'il en soit, dans cinq circonscriptions, le PCQ a récolté des majorités à faire rêver avec plus de 50% des voix exprimées (voir tableau ci-dessous). Ça ressemble à une vague en formation et tout porte à croire qu'elle aurait pu s'amplifier. Malheureusement...

À noter: les victoires les plus massives de la troupe d'Éric Duhaime ont été enregistrées dans le groupe des 20 circonscriptions les plus francophones du Québec (entre 98 et 99%...)

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Bellechasse - 63,8% des votes au PCQ (majorité de 17221)
Beauce-Nord - 61.9% des votes au PCQ (majorité de 16724)
Beauce-Sud - 58,2% des votes au PCQ (majorité de 13499)
Lotbinière-Frontenac - 54,4% des votes au PCQ (majorité de 15859)
Portneuf - 51,6% des votes au PCQ (majorité de 14272)
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Aussi digne de mention: les victoires sans appel des candidats de Québec Solidaire (Alexandre Boulerice, Ruba Ghazal, Alexandre Leduc et Andrés Frontecilla) dans leurs châteaux-forts de l'île de Montréal. Un signe très clair que leurs appuis transgressent les frontières linguistiques. La circonscription de Laurier-Dorion, par exemple, compte 43% de non-francophones. Un exploit dans le contexte d'une élection si serrée...
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Gouin - 62,6% des votes à QS (majorité 14419)
Mercier - 59,2% des votes à QS (majorité de 11930)
Hochelaga-Maisonneuve - 51,9% des votes à QS (majorité de 7391)
Laurier-Dorion - 50,7% des votes à QS (majorité de 6544)
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Enfin, le champion des luttes plus contestées, le Parti Québécois, a tout de même raflé des majorités impressionnantes en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, ainsi que sur la Côte-Nord (voir tableau). Comme d'habitude, c'est Pascal Bérubé qui a amassé la plus forte majorité, la quatrième plus importante du Québec après Gregory Kelley, Éric Duhaime et Patricia Drouin (PCQ). L'est du Québec semble pour le moment vouloir demeurer une valeur sûre pour le PQ.
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Matane-Matapédia-Mitis - 67,8% des votes au PQ (majorité de 15934)
Îles-de-la-Madeleine - 66,5% des votes au PQ (majorité de 3501)
René-Lévesque - 50,7% des votes au PQ (majorité de 6202)
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Il y a enfin le cas d'Ungava où le PQ a remporté l'élection avec 63,3% des voix exprimées. La proportion de non-francophones est l'une des plus élevées du Québec (plus des deux tiers) mais la présence de 55% d'Autochtones (Inuits) qui ne semblent pas beaucoup voter explique la domination du Parti Québécois.

samedi 3 octobre 2026

Un ultime élan... ou le début de la fin?

capture d'écran des sondages Léger, 3 octobre 2026


Au surlendemain du scrutin du 3 octobre 2022, j'ai écris que les prochaines élections, celles du 5 octobre 2026, constitueraient sans doute la dernière véritable chance de prendre l'ultime élan vers un Québec français et souverain. Je le répète depuis quatre ans. Et nous y voilà, à la fin d'une campagne électorale somme toute désastreuse. 

Le froid pinceau des recensements brosse depuis longtemps le tableau d'une langue et d'une culture françaises en chute. Médias et politiciens continuent de faire fi de cette réalité qui risque de mettre fin à notre aventure de 400 ans dans le grand bassin du Saint-Laurent. Au cours d'une quarantaine de jours de campagne, notre combat pour le français a à peine été effleuré...

À deux jours du vote, les partis ont laissé aux pieds d'une nation sceptique une monstrueuse empilade de promesses destinées à séduire l'électorat. Comme des marionnettes animées par les mains invisibles de sondeurs et d'experts en marketing, ils ont tissé leurs toiles dans une jungle médiatique largement irresponsable. Qu'en reste-t-il, au-delà de l'éternelle peur référendaire et des perceptions superficielles de l'idéologie des partis et la personnalité de leurs chefs?

Nous sommes désormais devant le pire scénario. La majorité des anglos reste solidement collée aux libéraux, le parti qui leur ressemble. En face, les Québécois de langue française se retrouvent éparpillés entre cinq partis - le PQ, le PCQ, la CAQ, QS et le PLQ. L'avance du PQ chez les francophones paraît à peine suffisante pour l'obtention d'un mandat majoritaire, essentiel si l'on veut espérer redresser la situation du français et relancer le mouvement indépendantiste.

Au moment où l'urgence d'agir devient incontournable, la remontée malheureuse d'un vieux fond conservateur dans la Beauce, la capitale nationale et sa rive sud risque de torpiller le tout. Un PQ minoritaire ne trouvera pas d'alliés. Ses jours au pouvoir seront comptés et PSPP pourrait avoir à revivre le cauchemar de Pauline Marois. Si le Parti Québécois finit par échapper le ballon et qu'il nous faut attendre quatre autres années pour reprendre la pouvoir, ce sera probablement la fin.

La nation québécoise entamera pour de bon une lente et douloureuse désintégration. Ça va fêter fort dans le West Island et dans la cuisine du Château Laurier, à Ottawa...

vendredi 2 octobre 2026

Monarchie: volte-face des libéraux?

Capture d'écran de La Presse


Quand Paul St-Pierre Plamondon a promis «d'abolir la monarchie au Québec», il y a quelques jours, les principaux reproches sont venus du camp libéral. Charles Milliard a accusé le chef péquiste d'être «chicanier» et de vouloir amorcer une guerre fratricide avec le gouvernement de Mark Carney.

Encore une fois, nos médias ont raté la chance de poser à M. Milliard quelques questions qui s'imposaient. L'an dernier, le 27 mai 2025, pendant la visite de Charles III au Canada, l'Assemblée nationale du Québec avait adopté à l'unanimité une motion (voir ci-dessous) en faveur de l'abolition du «lien entre l'État du Québec et la monarchie britannique».
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La motion avait été co-présentée par Paul St-Pierre Plamondon et Ruba Ghazal mais tous les députés présents - et ils étaient 106 - ont voté en faveur, y compris ceux de la CAQ de François Legault et du Parti libéral, alors dirigé par Marc Tanguay.

Aucun député du PLQ ne s'est levé pour s'opposer - ou même s'abstenir - lors de l'appel du vote. Si on se donne la peine de lire les débats de l'Assemblée nationale on verra que même le quatuor représentant le coeur de l'ancienne Rhodésie royaliste anglo-montréalaise - Désirée McGraw, Jennifer Maccarone, Michelle Setlakwe et Elisabeth Prass - ont officiellement appuyé l'abolition de la monarchie au Québec!

Ces députés (voir liste ci-dessous) représentent les circonscriptions de Notre-Dame-de-Grace, Westmount-Saint-Louis, Mount-Royal-Outremont et Darcy-McGee et sont toutes candidates au scrutin du 5 octobre. Pourquoi nos intrépides représentants des médias n'ont-ils pas demandé à ces braves gens pourquoi leur parti s'attaquent à PSPP pour une prise de position qu'elles avaient appuyé solennellement à titre de députées à l'Assemblée nationale? 
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Évidemment, nous sommes rendus à la dernière semaine d'une campagne où le «tous contre le PQ» est devenu le mot d'ordre, au Québec comme à Ottawa. Les jambettes. Faire peur au monde. Référendum... Instabilité... Affrontements... Les mots qui font peur, à répétition... L'Halloween avant l'heure...

Des chicanes avec Ottawa, il y en a toujours eu et il y en aura toujours, peu importe le parti qui gouverne, tant que le Québec reste pris dans le carcan de la Charte des longs couteaux. La différence, c'est que le PQ se tient debout alors que les autres partis ont l'habitude de s'écraser.

Enfin, retour à la case départ. Un journaliste d'un de nos grands médias demandera-t-il à M. Milliard de justifier sa prise de position sur l'abolition de la monarchie à la lumière du vote unanime du 27 mai de l'an dernier à l'Assemblée nationale?

dimanche 27 septembre 2026

Souvenirs d'espoirs et de barricades...



Je me souviens, à l'automne 1968, durant l'occupation étudiante de la faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa (québécoise à 80%), des nuits passées à jaser d'avenir, d'indépendance du Québec, en écoutant sur un vieux tourne-disque des albums de Pauline Julien (La suite québécoise), Robert Charlebois, Gilles Vigneault...

Je me souviens, en avril 1970, alors que je couvrais la campagne électorale québécoise comme journaliste du Droit dans la région montréalaise, de l'effervescence patriotique d'une jeunesse sur laquelle le Parti québécois de René Lévesque se hissait pour donner des sueurs froides aux vieux partis et au Canada anglais...

Je me souviens, après la crise d'octobre, de l'élan socialiste et indépendantiste de la CSN où, aux réunions du conseil confédéral, les délégués de tous les coins du Québec - jeunes et moins jeunes - vibraient au rythme combatif et aux paroles mobilisantes de la chanson Québékiss (ce n'est qu'un début, continuons le combat)...

Je me souviens, en novembre 1976, de frissons de fierté en voyant cette foule de 10 000 partisans en liesse au Centre Paul-Sauvé, à Montréal, acclamant l'élection d'un premier gouvernement du Parti québécois. Ce soir-là, j'ai cru que rien ne pourrait nous arrêter. Je voyais déjà le Québec pays.

L'hymne de Stéphane Venne me trotte toujours dans la tête. Il restera toujours pour moi l'hymne du PQ. «À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient»*... 

Cinquante ans plus tard, ma génération se dépeuple. Nous avons 75, 80, 85 ans... Je regarde les 20, les 25 ans, et je ne reconnais plus la ferveur du pays, la flamme de libération, la fierté de la langue et de la culture qui nous animaient... Le feu est-il éteint, où suffit-il d'une étincelle pour rallumer les braises?

Où sont passés les chansonniers? Les artistes? Les bardes-poètes? Il y a 60 ans, Paul Chamberland nous fouettait («en la ruelle Saint-Christophe s'achève un peuple jamais né une histoire à dormir debout un conte qui finit par le début»). Gilles Vigneault nous pressait (Je vous entends gronder comme chute en montagne; je vous entends demain parler de liberté). On disait, on écrivait, on chantait le Québec.

À l'aube de la quatre-vingtaine, je porte toujours le vécu de cette époque d'espoir et de barricades. Il doit bien en rester quelque chose. Je lis les journaux, regarde la télé, scrute les réseaux du grand Internet, cherchant quelque fruit de nos racines. Peut-être demain... Comme le chantait Jacques Michel, «un nouveau jour va se lever»...

Mais le 5 octobre vient vite. Très vite.

«Vienne! Vienne! Le temps des victoires!»

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* Lien à la chanson Demain nous appartient - https://www.youtube.com/watch?v=4gikf7oQOwI


samedi 26 septembre 2026

Le 8 septembre 2027: notez cette date!

Source: Statistique Canada, recensement 2026


Si seulement on avait pu savoir le 8 septembre 2026... le Parti québécois aurait facilement élu 80 députés. Ou plus. Mais nous devrons attendre au 8 septembre 2027 pour enfin prendre connaissance des données linguistiques du récent recensement fédéral. Et à moins que Statistique Canada ne tripote les chiffres, ce dont je doute, les résultats seront plus catastrophiques qu'en 2021 pour la langue française, au Québec et encore davantage dans le reste du Canada.

Entre 2021 et 2026, la population du Canada est passée de 36 600 000 à plus de 41,5 millions, soit une augmentation de plus de 13%. De 8,4 millions en 2021, le Québec a dépassé le cap des 9 millions en 2026 (9% de plus). La seule province à majorité française ne représentera plus que 21,6% de la population du Canada (contre 28,7% en 1951). Cela est préoccupant en soi, mais bien moins que l'évolution (disons plutôt déclin) de la langue française.

Historiquement, le Canada se compose de deux majorités unilingues, l'une anglaise, l'autre (principalement au Québec) française. Depuis le recensement de 2021, tout a changé. Les unilingues français sont en minorité même au Québec et leur nombre (en chiffres réels) décline. Alors que les unilingues français représentaient près de 20% de la population du Canada au milieu du 20e siècle, ils n'étaient plus que 11% en 2021. Et si l'accélération de cette chute se poursuit, à peine 9,5% de la population canadienne (et moins de 45% des Québécois) n'aura coché «français seulement» à la question du recensement sur la connaissance des langues officielles.

Pensez-y. Sur plus de 41 millions d'habitants au Canada, le français deviendra une absolue nécessité pour à peine 4 millions (peut-être moins) de personnes situées à près de 98% au Québec. Le gros bon sens dicte que quelqu'un, quelque part, à Ottawa et dans les provinces à majorité anglophone, commencera à s'interroger sur la nécessité d'un bilinguisme mur à mur au gouvernement fédéral. Et à mesure que la jeune génération de Franco-Québécois se «bilinguise» (contrairement aux jeunes anglos-hors-Québec), la pression augmentera en faveur d'une réaffirmation des ex-droits de la langue anglaise au Québec.

Le tableau que les données linguistiques du recensement 2026 nous peindront avec une précision chirurgicale, au-delà de l'agonie de la francophonie historique hors Québec (on la voyait venir celle-là), c'est celui d'un cancer bientôt terminal pour la langue et de la culture françaises dans son seul réduit nord-américain, le Québec. Au recensement de 2021, le nombre d'unilingues français a chuté de 50 000 au Québec, pendant qu'on enregistrait une hausse d'environ 73 000 unilingues anglophones. Cela vous effraie? Ce sera bien pire le 8 septembre 2027...

La dislocation de notre nation française et laïque ne sera pas belle à voir. Le recensement de 2026 écrira en colonnes de chiffres ce que tous et toutes peuvent voir et entendre dans la rue, dans les réseaux sociaux, dans les médias, un peu partout. Pierre Falardeau l'avait bien saisi: «Un peuple qui meurt, ça meurt longtemps.»

Vous savez, comme moi, qu'il n'existe pas une gamme infinie de solutions. Ou on se laisse mourir - lentement - parce que c'est plus facile que prendre en mains sa destinée politique, ou on prend son courage à deux mains pour se libérer enfin d'un carcan constitutionnel qui nous étouffera à coup sûr. Nous serons français et indépendants, ou ne serons pas...

Statistique Canada nous en fera la preuve le 8 septembre, l'an prochain... Espérons que la balle puisse être saisie au bond par un gouvernement péquiste majoritaire...

mercredi 23 septembre 2026

Une «job de bras» à la une...



Ce matin, 23 septembre 2026, en manchette de la page une de l'édition papier, Le Devoir titrait: «Le PQ ciblé par une enquête d'Amnistie internationale». Bizarre de titre, parce que nulle part dans le texte évoquait-on une enquête d'Amnistie internationale sur le Parti québécois. Bien pire, l'article reposait sur un filet fort mince d'information, amplifié par son traitement rédactionnel ainsi que par sa position en haut de la toute première page du quotidien.

Après avoir décortiqué la nouvelle, on s'aperçoit qu'elle se fonde sur un seul fait: un avis juridique produit par des avocats du service juridique d'Amnesty International à Mexico. Dans leur analyse, ces juristes concluent que quatre plaintes déposées contre la Dre Marie-Ève Cotton - du fait qu'elles émanent de personnes liées au PQ et portent sur des critiques du parti - constituent «une preuve manifeste de ciblage et d'un schéma de harcèlement». 

Le reste est fait de réactions et d'interprétations. Quand l'avis juridique a-t-il été rédigé? Hier? Avant? Pour quelle raison? Sait pas. Pourquoi Amnistie internationale Canada francophone, adversaire connu de la laïcité québécoise, a-t-il jeté de l'huile sur le feu en fin de campagne électorale? Sais pas. Aucun journaliste ne semble avoir jugé utile de poser la question à la directrice générale France-Marie Langlois.

Mais revenons au texte. Si je comprends bien, des avocats d'Amnesty International à Mexico croient que le PQ a «manifestement» ciblé et harcelé Mme Cotton. À partir de quelle information ont-ils rendu cet avis? Quelques documents de Mme Langlois? Sont-ils venus vérifier sur place, au Québec? Qui sont-ils, de fait? Sais pas. Aucun journaliste n'a cru bon de s'en informer. Les membres de la presse ont-ils vu cet avis? Le communiqué officiel d'Amnistie internationale Canada francophone n'évoque même pas l'existence d'un avis juridique...

Les plaintes du Parti québécois avaient été rendues publiques en manchette de la une du Devoir la semaine dernière, jeudi 18 septembre, avec la précision qu'aucune d'entre elles n'avait été retenue par le Collège des médecins. Si ce dernier avait jugé bon d'émettre un communiqué et d'intervenir publiquement à la suite de la publication de cet article, ou si Dre Cotton avait répliqué, j'aurais pu comprendre que la réaction soit publiée à la une. Mais Amnistie internationale Canada francophone est un acteur marginal dans cette affaire, un peu loin de sa mission, et son intervention aurait dû être placée dans une page qui reflète son rôle d'intervenant secondaire.

Ce qui rend ce texte si toxique, ce sont les commentaires de la directrice générale France-Marie Langlois. Celle-ci est allée jusqu'à déclarer que les soi-disant pratiques «de harcèlement et d'intimidation» (!!!) du PQ annoncent une «dérive autoritaire» si le parti vient à gouverner après le 5 octobre. Le Devoir a bu goulument ces paroles provocantes, les ajoutant sous le titre de la une, sans demander à Mme Langlois sur quoi elle se fonde pour affirmer une pareille ineptie.

Les journalistes du Devoir et des autres médias québécois connaissent le Parti québécois depuis assez longtemps pour savoir qu'il n'agit d'un parti démocratique, respectueux de la démocratie québécoise, et qu'il n'a jamais par le passé fait le moindrement preuve de «dérive autoritaire». Un journaliste responsable ne laisse pas un intervenant déverser son fiel publiquement sans lui demander des comptes. On a donné ici à Mme Langlois un chèque en blanc. 

Elle en a rajouté, affirmant qu'une dizaine d'autres personnes (aucune nommée!) disaient avoir subi de «l'intimidation» «de la part de membres du PQ» (ils sont près de 40 000...) par des publications sur des réseaux sociaux. Ce n'est pas très fort, vu l'impossibilité de contrôler les agissements de milliers d'individus. Aucun journaliste n'a approfondi. Les réseaux sociaux sont un milieu d'intimidation constante. À peu près tout le monde qui ose y naviguer en abordant des enjeux partisans ou controversés en a été victime. Je parle en connaissance de cause, ayant été à l'occasion ciblé par d'intenses attaques, parfois haineuses, de trolls fédéralistes.

L'article du Devoir aborde les réactions du Parti québécois mais les intègre à la manchette principale, dans la seconde moitié de l'article, sans même daigner ajouter un sous-titre. Professionnellement, un texte et un titre séparés auraient été indiqués, compte tenu de la nature incendiaire des propos d'Amnistie internationale Canada francophone et de la faiblesse de leur dossier contre le PQ.

Je suis déçu et en colère. Nous sommes en droit de nous attendre au respect des plus hautes normes professionnelles à notre quotidien national, Le Devoir. Au lieu de ça, aujourd'hui, on a eu droit à une «job de bras». Rien de plus.

J'oubliais. Dans l'édition numérique, le titre parle du comportement «des troupes du PQ».... Il ne manque que l'uniforme et l'armement, compte tenu du contexte...




mardi 22 septembre 2026

Les non-francophones, trop souvent des zombies politiques....

Un tableau révélateur...



À quelques jours de l'élection du 5 octobre, l'avenir de la langue française au Québec - gravement menacé - reste un sujet tabou. Je n'y comprends rien. Les ravages de l'assimilation, qui se font cruellement sentir dans la région de la métropole ainsi qu'en Outaouais, ont pourtant une incidence directe sur les intentions de vote.

Les non-francophones voteront à plus de 60% pour le parti des Anglais (le PLQ) selon le plus récent sondage Léger, publié à la mi-septembre. Ils se comportent davantage comme une extension de la majorité anglo-canadienne en sol québécois qu'en citoyens intéressés à participer aux débats à caractère identitaire (langue, laïcité entre autres). Ils sont ni plus ni moins un boulet pour notre démocratie. 

Ne comptez pas sur une ouverture d'esprit chez cette majorité d'anglophones et d'allophones anglicisés. Leur seul souci est de bloquer tout élan visant à renforcer le caractère français du Québec et son autonomie politique. La majorité d'entre eux ne discutent pas de l'indépendance. Ils se contentent le plus souvent de voter pour les libéraux aux élections, et bien sûr NON aux référendums.

Ne participent à la grande discussion sur notre avenir que les 80% (chiffre en baisse) de francophones. Pour mettre en branle le projet de création d'un État souverain, français et laïc, il faudra au moins les deux tiers de ce 80%, l'autre cinquième ayant comme seule mission de tout bloquer. Pas question évidemment de mettre en question leur droit d'agir ainsi, mais il est bon de rappeler à l'occasion cette mauvaise foi collective.

Le déclin du français dans les régions en voie d'anglicisation a un effet certain sur les intentions de vote. Le vote «soviétique» des anglos assure aux libéraux, toujours anglophiles, 25 ou 30 circonscriptions même quand ils n'amassent que 20 ou 25% de la totalité du vote populaire. Ce nombre augmente sous l'impulsion d'une immigration débridée et de l'assimilation d'un nombre croissant de francophones dans les régions où la langue anglaise s'impose de plus en plus.

Si on prend pour exemple l'Outaouais, avec de fortes concentrations anglaises dans les circonscriptions de Pontiac, Hull et Gatineau, on s'aperçoit que la proportion de francophones favorables au PLQ est plus élevée qu'ailleurs au Québec. Le même phénomène se constate probablement dans le West Island. Côtoyant constamment des anglos plus Canadian que québécois dans des milieux intensément bilingues, leur identité francophone s'effrite. Aux élections, ils votent de plus en plus comme les Anglais.

Avez-vous entendu beaucoup de candidats et candidates parler de ça durant cette campagne électorale? Moi non. On se tient loin d'évocations semblables, pas du tout politiquement correctes. Crainte collective de se faire traiter de xénophobes ou de racistes, pendant que des centaines de milliers d'anglophones et d'allophones anglicisés se comportent à notre endroit comme des xénophobes et des racistes.

Selon le dernier sondage Léger, 37% des francophones du Québec appuient le Parti Québécois. Chez moi, en Outaouais, c'est sans doute moins de 30%. L'omniprésence de l'anglais (la proximité d'Ottawa, la fonction publique fédérale, la domination traditionnelle de l'anglais dans le Pontiac et la Basse-Gatineau) a massivement bilinguisé la population francophone, jusque dans son identité.

Aux deux dernières élections (2018 et 2022), la CAQ de François Legault a réussi à ébranler et même à démolir quelques pans des châteaux forts libéraux. La campagne de 2026 voit réapparaître peu à peu les vieilles habitudes. Alors que le reste du Québec francophone a mis les libéraux à la poubelle, l'Outaouais est de nouveau tenté de s'y accrocher. Pourquoi? Faut surtout pas en parler. Il faudrait aborder la question linguistique et ça c'est tabou...