lundi 30 avril 2018
Avec des amis comme le Barreau du Québec et le Barreau de Montréal, la langue française n'a guère besoin d'ennemis
Avec des amis comme le Barreau du Québec et le Barreau de Montréal, la langue française n'a guère besoin d'ennemis ces jours-ci... Les Anglo-Québécois, en supposant qu'un jour ils eussent voulu contester la constitutionnalité des lois québécoises pour carence de bilinguisme, n'auront même pas à lever le petit doigt. Les dirigeants de notre élite juridique «francophone» ont pris les devants, s'érigeant, comme de véritables colonisés, en protecteurs de la langue anglaise au Québec.
Ce plus récent chapitre de notre désolante saga linguistique tourne autour de l'article 133 du vétuste Acte de l'Amérique du Nord britannique, une loi adoptée par le Parlement britannique en 1867 et dont seule la version anglaise est officielle. Cet article, dont l'un des objets évidents est de protéger la minorité anglo-québécoise contre toute velléité d'affirmation de la majorité francophone, affirme que «les lois du Parlement du Canada et de la législature de Québec devront être imprimées et publiées dans les deux langues». On ajoute que l'usage du français et de l'anglais sera également obligatoire pour «la rédaction des archives, procès-verbaux et journaux de ces chambres». Quant au reste, l'emploi de l'une ou l'autre langue demeure facultatif.
Dans la version originale de la Loi 101 (Charte de la langue française), en 1977, les articles 8, 9 et 10 se lisaient comme suit:
8. Les projets de loi sont rédigés dans la langue officielle. Ils sont également, en cette langue, déposés à l'Assemblée nationale, adoptés et sanctionnés.
9. Seule le texte français des lois et règlements est officiel.
10. L'Administration imprime et publie une version anglaise des projets de lois, des lois et des règlements.
Même si ce texte respecte scrupuleusement la lettre de l'article 133, sa légalité a été presque immédiatement mise en cause et dans son arrêt Blaikie de 1979, la Cour suprême du Canada l'a déclaré inconstitutionnel. Pour ce faire, elle a modifié le sens littéral de l'article 133, affirmant que l'obligation d'imprimer et publier les lois dans les deux langues conférait à l'anglais «un statut officiel» au Québec. Le gouvernement Lévesque avait modifié par la suite la Loi 101 pour se conformer au jugement de la Cour suprême, mais le Barreau estime que le processus législatif actuel reste trop francophone et continue de violer l'esprit de l'article 133... Ainsi, estiment nos juristes, toutes les lois adoptées en vertu de cette procédure doivent être jugées inconstitutionnelles !!!
À ceux et celles qui oseront rappeler à nos frileux barreaux et aux neuf magistrats «suprêmes» (tous nommés par le premier ministre fédéral) que l'article 133 mentionne l'obligation des deux langues seulement pour l'impression et la publication des lois, rien de plus, on répondra sans doute que la Cour avait précisé dans Blaikie que «si l'on donne à chaque mot de l'art. 133 toute sa portée, il devient évident que cette exigence (du statut officiel des deux langues) est implicite».
Évident pour qui? Pour le plus haut tribunal du Canada, qui troque la lettre de l'AANB pour sa propre perception de «l'esprit» de cette loi, un esprit qu'on va chercher où? Dans la tête des législateurs britanniques de 1867 ou des Pères de la Confédération, qui ne sont plus là pour s'expliquer? Ou dans la nécessité de remettre à sa place un gouvernement indépendantiste et de redonner aux Anglo-Québécois leur blindage solide?
Vous croyiez que les tribunaux s'en tenaient au texte de la loi? Détrompez-vous! Nos juges fédéraux en mènent large, et encore davantage depuis qu'on nous a imposé la Loi constitutionnelle de 1982. Ils sont devenus les arbitres des litiges constitutionnels et puisent un peu partout les arguments sur lesquels seront édifiés leurs décisions. Ainsi, dans le Renvoi sur la sécession de 1998, ils avaient clairement évoqué certaines des règles constitutionnelles «non écrites» dont ils tiennent compte, y compris le «contexte historique» et le «respect des minorités». Un véritable champ de mines...
Nos barreaux pourraient invoquer des tas d'arguments pour défendre la Charte de la langue française (même l'originale) et le statut de la langue française à l'Assemblée nationale. Au-delà de l'iniquité d'être jugés par des magistrats nommés par l'adversaire (et qui ont depuis 1982 des pouvoirs accrus), notre élite juridique aurait pu faire valoir, entre autres, que le respect des minorités francophones ailleurs au pays n'a jamais été aussi «implicite» que celui de la minorité anglaise du Québec.
À preuve, la décision relativement récente sur le statut de la langue française en Alberta et en Saskatchewan, où le jugement de la Cour suprême contre les francophones avait des allures plus politiques que juridiques... Cette fois, parce que les droits des francophones n'étaient pas expressément inscrits et définis dans la Constitution, l'esprit de la loi ne comptait plus... Au Québec, le statut officiel de l'anglais, autre que pour l'impression et la publication des lois, ainsi que pour les journaux et procès-verbaux de l'Assemblée nationale, n'était pas, lui non plus, explicite...
Les dirigeants du Barreau auraient même pu conseiller au gouvernement québécois (pas celui de Philippe Couillard, peut-être son successeur) de réadopter le texte original des articles 8, 9 et 10 de la Loi 101 pour que la Cour suprême soit appelée à les juger de nouveau. Dans nombre de cas, à mesure que la société, les moeurs, les opinions et le contexte politique changent, le plus haut tribunal du Canada a renversé ou modifié de vieilles décisions ne correspondant plus à l'humeur de l'époque. Le climat de 2018 est-il suffisamment différent de celui de 1979?
La mission du Barreau étant de protéger le public, il pourrait aussi nous mettre en garde congre ces magistrats qui, à l'occasion, se substituent aux législateurs. Dans un appel récent de la ville de Gatineau, le juges Jean-Yves Morissette a décrété que l'article de la Loi 101, tel qu'écrit, ne correspondait pas vraiment à l'intention de l'Assemblée nationale en 1977. Alors que le texte stipule qu'un employeur peut exiger la connaissance de l'anglais pour un poste seulement quand l'accomplissement de la tâche le «nécessite», ce juge de la Cour d'appel (encore un juge fédéral) a décidé qu'en réalité «nécessaire» signifiait «souhaitable», annulant à toutes fins utiles la valeur de l'article et ouvrant la porte à la généralisation du bilinguisme en milieu de travail. Où était le Barreau et où sera-t-il si l'affaire aboutit en Cour suprême?
Revenant au processus de préparation et d'adoption des lois, le Barreau prétend qu'il est «pratiquement unilingue» français avec une traduction à la fin. Cela n'est-il pas normal dans un État où le français est la seule langue officielle et où tous les parlementaires peuvent écrire et s'exprimer en français? En quoi cela viole-t-il le BNA Act (la version anglaise étant l'officielle) si les lois québécoises sont finalement imprimées et publiées dans les deux langues? Pense-t-on vraiment qu'au fédéral, où la fonction publique est tellement anglicisée que les francophones s'y assimilent à tour de bras, ces mêmes processus fonctionnent à égalité et en parallèle en français et en anglais? J'ai peine à le croire...
Comment expliquer qu'à Ottawa, avec des tonnes de juristes et 337 parlementaires au boulot, il y ait encore des lois importantes, y compris la Loi constitutionnelle de 1982, avec des différences de sens entre les versions anglaises et françaises? Un simple petit mot, «de», absent du texte anglais de l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, a valu aux francophones hors Québec le plein contrôle de leurs réseaux scolaires de langue française! En anglais, l'article 23 mentionne les «minority-language educational facilities». En français, le texte évoque les «établissements d'enseignement de la minorité linguistique». Les juges de la Cour suprême ont décidé que le texte français était moins ambigu que l'anglais, et donc, que ces établissements n'étaient pas seulement «pour» la minorité linguistique, mais «de» la minorité linguistique..
Des juristes francophones combatifs étaient montés au front pour défendre la francophonie hors Québec. Je n'aurais pas voulu voir les dirigeants actuels des barreaux de Québec et de Montréal en première ligne à Saint-Denis ou à Saint-Eustache en 1837. Il n'y aurait jamais eu de combat. Ces «braves» auraient pactisé avec l'ennemi britannique avant même d'être attaqués...
Heureusement des avocats et avocates québécois semblent voir monter aux barricades contre leurs propres barreaux. Une vingtaine d'entre eux ont signé une lettre publique, publiée dans Le Devoir (bit.ly/2Hm0WJE), pour exiger que leurs dirigeants fassent marche arrière... C'est un début.
NB. Je ne suis pas un avocat, mais un journaliste... Je me suis limité à ce qui me semblait être le gros bon sens en tentant cette analyse. Probablement la mauvaise approche...
mardi 10 avril 2018
Les Franco-Ontariens se sont fait enfirouaper...
Image du site Web de l'Université de l'Ontario français
Si ce n'était pas si tragique, ce serait presque comique. Un tour de magie du gouvernement ontarien! Dans le chapeau des prestidigitateurs de Queen's Park, on met un vaste projet d'université pan-ontarienne de langue française, et pouf! il en ressort un tout petit mini-campus (aura-t-il même un bâtiment?) dans la région de Toronto... Pire, d'un coup de baguette additionnel ils réussissent à faire croire à l'ensemble des médias et des Franco-Ontariens qu'il s'agit bien de «l'Université de l'Ontario français» qu'on réclame depuis plus d'un demi-siècle...
On dirait que les francophones de l'Ontario se sont encore une fois fait «enfirouaper» par leurs «amis» politiques. Mais ce qui m'attriste le plus, c'est qu'ils semblent applaudir leur propre défaite bit.ly/2qjCsJM). Le gouvernement Wynne avait pourtant mis cartes sur table en 2014 quand il avait annoncé la formation d'un conseil de planification pour la future université franco-ontarienne. Il n'y aurait là-dedans rien de plus que des «mesures pour faciliter l'accès à l'éducation post-secondaire en français dans le centre et le sud-ouest de l'Ontario», c.-à-d. le corridor Toronto-London-Windsor.
Au début de 2017, déçus par ce détournement de projet, les trois organismes qui pilotent la cause d'une université de langue française - le RÉFO (Regroupement des étudiants franco-ontariens), la FESFO (Fédération de la jeunesse franco-ontarienne) et l'AFO (organisme parapluie de la collectivité franco-ontarienne) - ont rappelé avec énergie qu'ils voulaient un réseau universitaire complet, «par et pour» les francophones, un réseau qui régirait l'ensemble de l'offre universitaire, y compris celle des deux grandes universités bilingues, l'Université d'Ottawa et l'Université Laurentienne, où sont inscrits la grosse majorité des étudiants franco-ontariens qui poursuivent leurs études universitaires en français.
Ce fut le dernier sursaut, la dernière étincelle... Le dommage était déjà fait dans les médias, qui n'ont jamais très bien compris l'énorme fossé entre le projet RÉFO-FESFO-AFO et les pinottes offertes par Queen's Park. Dans l'ensemble de la presse écrite et des médias électroniques, du moins ceux qui se sont intéressés à cette historique revendication franco-ontarienne, il existe une confusion à peu près totale parce que peu de journalistes ont suivi le dossier depuis 2012, l'année du début de mobilisation du RÉFO. Pour les salles de rédaction, l'Université de l'Ontario français, c'est désormais le petit campus torontois, rien de plus...
Cette semaine, pour clouer le cercueil, le gouvernement Wynn a annoncé les membres du tout premier «Conseil des gouverneurs» du campus torontois alias Université de l'Ontario français. Radio-Canada faisait remarquer qu'aucun représentant du nord et de l'est de la province n'y siège, situation qu'a déplorée la députée néo-démocrate de Nickel Belt, France Gélinas... Pas surprenant, a répondu pour une nième fois la ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, «c'est un projet qui va se trouver dans le Centre-Sud-Ouest pour répondre à la demande de la communauté». Hé, le monde, c'est un projet local de la région torontoise. N'allez surtout pas mêler à ça les plus importants pôles universitaires de l'Ontario français...
Alors globalement tout le monde se dit heureux, même s'il y a des bémols ici et là. Le président de la FESFO y est allé d'un commentaire fort opportun, le seul du genre que j'ai trouvé: «Nous voulions depuis très longtemps une entité qui reflète l’ensemble de la province. Sans un conseil des gouverneurs provincial, ça devient difficile de représenter tous les Franco-Ontariens.» En effet!!! Pour sa part, le président de l'AFO, Carol Jolin, a dit espérer un développement de campus satellites dans d'autres régions de l'Ontario...
La morale de cette histoire? Les deux monstres bilingues anglo-dominants d'Ottawa et de Sudbury, influents à Toronto, ont facilement écrabouillé une revendication historique tout à fait légitime des Franco-Ontariens: leur propre réseau universitaire, comme celui que les Anglo-Québécois ont toujours eu... C'est un scandale public, qui laisse indifférent l'ensemble de la presse anglophone et francophone (sauf quelques exceptions)...
À moins d'une mobilisation de masse chez les étudiants franco-ontariens (sait-on jamais?), il ne reste qu'une stratégie: plusieurs neuvaines à St-Jude...
dimanche 8 avril 2018
Le Plan d'action fédéral sur les langues officielles... L'absence des médias...
Titre fantaisiste du Journal de Montréal. Il y a beaucoup de $ pour les Anglo-Québécois...
Comme d'habitude, la stratégie fédérale en langues officielles, un opus quinquennal qui sert essentiellement à renflouer les coffres d'organismes en milieu minoritaire et à envahir sans vergogne les compétences provinciales en éducation, en santé et en culture, a reçu une attention plus que mitigée des grands médias, francophones comme anglophones, lors de son dévoilement, fin mars.
Heureusement que la journaliste Mylène Crête, de la Presse canadienne, a pondu un texte relativement complet sur l'annonce de ce «Plan d'action pour les langues officielles 2013-2018» du gouvernement Trudeau, parce que l'immense majorité des quotidiens n'avaient affecté aucune ressource maison à cette couverture, pourtant fondamentale en matière de «bilinguisme» au sein de la fédération canadienne.
Le texte de Mme Crête a été reproduit dans Le Devoir, La Presse, Le Droit, Métro et je ne sais combien d'autres médias, qui n'ont pas jugé cette question suffisamment importante - ou trop compliquée - pour assurer une rédaction à interne. Le Journal de Montréal a également publié un court texte d'agence (QMI) avec un titre fantaisiste. Radio-Canada et TFO ont nettement assuré les meilleurs suivis. Je n'ai vu qu'un éditorial dans un quotidien, celui de Pierre Jury dans Le Droit.
Et comme c'est le cas dans la plupart des «feuilles de route» complexes, ce qu'on ne dit pas est souvent plus important que ce que l'on énonce clairement. J'ai tenté un simple exercice en épluchant le document de Patrimoine canadien intitulé Plan d'action pour les langues officielles 2018-2023: Investir dans notre avenir: essayer de savoir quelle proportion des 2,7 milliards de dollars du programme était destinée aux francophones hors Québec, et quelle part était réservée aux Anglo-Québécois...
Après avoir épuisé mes limites en additions, soustractions, multiplications et divisions plutôt confuses, j'ai fait ce que font sans doute de nombreux journalistes. J'ai téléphoné à l'équipe médias du ministère de Mélanie Joly et leur ai posé la question directement. On m'a demandé de formuler la question par écrit et de la leur expédier par courriel, ce que j'ai fait promptement, me disant qu'avec leurs puissants logiciels, un ordinateur ne tarderait pas à cracher la réponse.
Le lendemain, Patrimoine canadien m'a adressé ce nébuleux courriel. Je reproduis ici ma question et la réponse reçue:
Question: «Dans la première année (2018) du Plan d’action, est-il possible de savoir quels montants ou quelle proportion du total sont dirigés vers:
1) la francophonie hors-Québec
2) les Anglo-Québécois
Réponse: Il n’y a pas de règle générale, ou absolue, qui dicte le partage des sommes entre les communautés. Selon des différents volets de programme, les ressources sont attribuées en se fondant sur l’historique de développement du réseau communautaire, l’évolution des besoins et les retombées attendues des investissements fédéraux.»
La réalité, la réalité crue, c'est qu'au Canada (et ici j'inclus le Québec), une seule langue décline: le français. Elle chambranle au Québec, se fait bousculer au Nouveau-Brunscick, mange des claques solides en Ontario et agonise ailleurs au pays. Au Québec, entretemps, l'anglais fait des gains partout, même chez les francophones. Mais cette situation ne correspond pas à la mission de Patrimoine canadien, qui persiste à vouloir mettre sur un pied d'égalité les difficultés rencontrées par les francophones hors Québec et les Anglo-Québécois.
Alors, sans que les savants bonzes de Patrimoine canadien ne puissent nous donner des montants même approximatifs, le Plan d'action pour les langues officielles prévoit des sommes importantes pour soutenir des réseaux anglophones déjà surfinancés au Québec et même, pour accélérer l'apprentissage de l'anglais chez les Franco-Québécois. Combien, exactement? Impossible de le savoir, mais une chose est sûre: rien n'est prévu pour protéger le français, pourtant une langue officielle, sur le territoire québécois...
L'argumentaire de Patrimoine canadien pour soutenir les Anglo-Québécois est faible au point d'être risible, mais quand on n'a que ça, il faut s'en servir. Devant le déclin dramatique de la francophonie hors Québec (de 6,1% en 1971 à 3,0 en 2036 selon les prévisions) et la stagnation, voire le déclin, du taux de bilinguisme chez les Anglo-Canadiens, tout ce qu'on trouve comme problème pour les anglophones du Québec, c'est ce qui suit: «Les membres des communautés anglophones du Québec, notamment ceux vivant à l'extérieur du Grand Montréal, ont mentionné les défis particuliers que présente le maintien d'une vie communautaire.» Il faut du culot pour mettre une telle insignifiance en parallèle avec la menace d'extinction de la francophonie dans plusieurs provinces anglaises.
Si au moins ces minuscules collectivités anglophones hors-Montréal étaient véritablement en danger, on pourrait s'émouvoir un brin... Mais c'est faux! Dans des municipalités comme New Carlisle (Gaspésie), Grosse-Île (Îles de la Madeleine), Blanc-Sabon (Basse-Côte-Nord), Bristol et Clarendon (Pontiac), mentionnées comme exemple, ce sont les francophones qui se font assimiler. Les recensements de 2011 et de 2016 sont très clairs là-dessus. Les politiciens et commentateurs ne se donnent même pas la peine de vérifier les données du recensement, seuls indicateurs fiables de la dynamique linguistique de ces régions québécoises.
Le Québec offre aux anglophones des services de santé en anglais immensément supérieurs àa ceux que proposent les provinces anglaises dans des régions où les collectivités francophones représentent une infime minorité de la population. Pourtant, le Plan d'action sur les langues officielles présente «une augmentation du financement à hauteur de 3,5 millions de dollars sur cinq ans sera fournie au Réseau communautaire de santé et de services sociaux pour l'ajout de 3 nouveaux réseaux de santé anglophones aux 20 réseaux existants et de 10 réseaux satellites dans les régions rurales et éloignées du Québec qui ont peu d'accès ou n'en ont aucun. L'élargissement des réseaux permettra de couvrir des régions telles que le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Mauricie-Centre-du-Québec, et Montérégie-Centre».
Dans une région comme le Saguenay, les anglophones représentent à peine 1% de la population... Dans une municipalité hors Québec où les francophones formeraient 1% de la population, on ne songerait même pas offrir des services en français... On s'attendrait, normalement, que les francophones puissent communiquer en anglais, langue commune d'une province anglophone. Au Québec, dans les régions où les anglophones affichent une présence marginale, il serait tout aussi normal pour eux d'utiliser la langue commune, le français, et non se faire subventionner pour imposer l'anglais à la majorité.
Près de 20% (235 millions $ pas année) des fonds du Plan d'action pour les langues officielles sont destinés à l'apprentissage de «la langue de la minorité» ou de «la langue seconde». Au Québec, cela signifie qu'annuellement, quelque 46 millions de dollars sont affectés à la promotion de l'anglais pour les anglophones (qui n'en ont pas besoin) et plus de 18 millions au perfectionnement en anglais des francophones (qui n'en ont surtout pas besoin). Plus de 320 millions $ sur cinq ans pour contribuer à l'anglicisation du Québec, alors que la langue officielle menacée, c'est le français... Incroyable!
Est-ce trop espérer que nos grands médias finissent par faire leur boulot, et fouiller cette affaire de façon à faire comprendre les chiffres et les enjeux à leurs lecteurs et auditeurs? Ou est-ce plus simple de laisser une journaliste de l'agence Presse canadienne rédiger un texte que tous utiliseront, plus ou moins, pour ensuite enterrer la question jusqu'au prochain Plan d'action en 2023? Les francophones du Québec et d'ailleurs au Canada méritent mieux...
mardi 13 mars 2018
Le racisme du Canada anglais...
Le comble de l'ironie... Air Canada célébrant la francophonie en bilingue...
Assez! Assez! Assez! J'en ai marre de voir dans les médias anglo-canadiens, année après année, des accusations de racisme et de xénophobie à l'endroit de notre petite nation francophone au Québec. Rétablissons les faits une fois pour toutes! Nous ne sommes pas racistes, nous sommes victimes de racisme! En dépit d'une lutte sans répit pour notre survie depuis 250 ans, dans un continent où nous sommes une infime minorité, nous avons toujours su être accueillants envers les nouveaux arrivants qui voulaient s'associer à notre cheminement historique.
Les racistes et xénophobes, ce sont ces gens qui détestent notre identité et tentent de nous salir, voire nous rayer de la carte. Le raciste, au sens strict, se considère supérieur aux autres races, vues comme inférieures. Les périodes d'esclavage et d'apartheid aux États-Unis relèvent de ce type de racisme. Dans un sens élargi, un raciste peut se considérer supérieur aux membres d'autres collectivités et nations, envers lesquelles il manifeste intolérance et haine. La persécution des Canadiens français par les Britanniques et Anglo-Canadiens depuis la conquête constitue un cas tout à fait probant.
Vous voulez des preuves? Replongez dans nos manuels d'histoire. Du génocide acadien amorcé en 1755 aux crimes contre l'humanité commis par l'armée britannique contre les Patriotes, du mépris de Lord Durham à l'abolition des écoles françaises dans toutes les provinces à majorité anglophone, du quémandage incessant de droits linguistiques aux luttes tout aussi incessantes devant les tribunaux pour les faire valoir, de la haine des anciens Orangistes aux injures constants d'une frange importante de l'opinion publique contemporaine de langue anglaise (ici j'inclus toutes les minorités, visibles ou pas, qui ont adopté les valeurs anglo-canadiennes), on n'a jamais cessé de nous rappeler de façon vexatoire notre état de vaincus, de minoritaires, d'inférieurs...
En ce début de 21e siècle, partout au Canada, une colère haineuse contre les francophones en général et les Québécois en particulier se transforme trop souvent en délire dans les pages de commentaires des grands médias sur le Web. Les calomnies les plus outrancières à notre endroit y passent comme un couteau dans le beurre, alors que de tels propos, s'ils étaient dirigés contre une minorité ethnique, raciale ou religieuse, auraient vite été censurés... et les menaces portées à l'attention de la police. Cela s'appelle, au Canada anglais, le multiculturalisme...
Mais cette violence verbale ne provient pas seulement des lecteurs et auditeurs de ces médias. L'ensemble des journaux et réseaux de télévision du Canada anglais nous doit un sérieux mea culpa et des excuses officielles pour les mensonges publiés depuis 200 ans à notre endroit. Ce constat a été fait par de nombreux journalistes et historiens, y compris certains anglophones. Je cite à titre d'exemple cet éditorial de mars 1969 de la revue Maintenant (fondée par les Pères Dominicains): «De l'Atlantique au Pacifique, les journaux anglo-canadiens, à quelques exceptions près, entretiennent un réseau serré d'hostilité envers le Québec, envers notre pays d'origine, envers l'une des deux cultures nationales. La francophobie de cette presse monolithique est parfois presque aussi virulente et aberrante que l'antisémitisme de l'Allemagne à l'époque du nazisme.»
Au fil des siècles, au Canada anglais, on a beaucoup trop souvent diabolisé la langue française et depuis une cinquantaine d'années, on a littéralement déshumanisé les Québécois nationalistes et séparatistes. Tous les coups sont permis, la saison de chasse est toujours ouverte. On met 500 innocents en prison pendant la crise d'octobre? Le Canada anglais applaudit. Après tout, ce ne sont pas à proprement parler des humains de même niveau. Ce sont des séparatistes. Et il y a eu cette couverture insidieuse de la crise d'Oka en 1990, juste après l'échec de Meech. Je me souviens encore d'une journaliste vedette du réseau CBC qui posait à un Anglo-Québécois ce genre de question qui invite la réponse recherchée: «Si les Québécois (francophones) traitent ainsi les Autochtones, comment pensez-vous qu'ils vont vous traiter dans un Québec indépendant?» Je vous laisse deviner la réponse. La journaliste était ravie.
Cette semaine, encore, la chroniqueuse Lise Ravary (bit.ly/2tA712z) se disait en état de choc après avoir participé à un panel organisé par la radio de CBC où des journalistes et des membres du public étaient invités à raconter des anecdotes qui feraient la preuve du racisme des Québécois. C'est en plein le genre de truc que les médias anglos adorent... mettre en scène des minorités, souvent en voie d'anglicisation, pour démontrer au pays à quel point le Québec persécute tous ceux qui ne sont pas de vieille souche française... Le Canada anglais se dit fier de son multiculturalisme soi-disant tolérant, mais la réalité c'est que ces minorités visibles ou pas, en s'intégrant à la société anglo-dominante qui les entoure, adoptent à la fois la langue anglaise et les valeurs anglo-canadiennes, y compris les attitudes de supériorité et mépris envers Québécois et francophones...
Qu'ils aient l'anglais comme langue maternelle ou langue d'adoption, qu'ils soient de vieille souche britannique, d'anciens francophones assimilés, de races ou d'ethnies différentes, de religions ou cultures variées, cela a peu d'importance. Face à nous, francophones du Québec, ils adoptent des comportements similaires. Blancs, Noirs, Asiatiques, Européens, Africains, protestants, musulmans, catholiques, juifs, athées? Je vois peu de différences. Pour moi, ce sont tous des Anglais... et je sais quel sort ils nous réserveront si jamais ils finissent par former la majorité au Québec.... Ça va être laid... Une chose est sûre: on ne pourra plus jamais exiger de commander un 7up en français dans un avion d'air Canada...
Vous trouvez que je généralise? Que j'exagère un peu? Que je suis injuste envers tous ces anglophones parfois francophiles? Je l'avoue, je généralise, j'exagère (un tout petit peu), je suis injuste (un tout petit peu). Je leur dois bien ça aux Anglais, ils le font constamment avec nous. Et en terminant, si on veut compiler les victimes du racisme dans ce beau et grand bilingue pays, nous arriverons en tête de liste. De très loin. Et depuis très longtemps.
jeudi 22 février 2018
Les mêmes chicanes depuis longtemps...
Durant les années 1960 et 1970, les kiosques proposaient une variété de revues à l'image du bouillonnement culturel et politique de l'époque. J'ai tiré une dizaine de citations de la revue Maintenant, dirigée par des prêtres de l'Ordre des Dominicains, dans des numéros publiés entre 1969 et 1972. On peut constater que les thèmes restent d'actualité, près d'un demi-siècle plus tard...
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«Le premier ministre Trudeau avait déclaré que le problème de l'unité canadienne était désormais une affaire réglée. Le pays s'était engagé dans la voie attirante du multiculturalisme et du bilinguisme. Le séparatisme était agonisant.»
Justin en 2018.? Non, Pierre Elliott en 1972, propos rapportés dans la revue Maintenant (numéro de décembre 1972). Comme quoi les choses ne changent pas toujours...
«Vu la disproportion des forces en présence, le bilinguisme qui ne présente aucun danger pour la survie de l'anglais constitue, pour les francophones, la voie royale qui mène à l'assimilation.»
Un texte sur le recensement de 2016? Non, un texte signé Jules Tessier (Comment le bilinguisme mène à l'assimilation) dans la revue Maintenant, numéro d'avril 1972
«Quand on fait du syndicalisme, on n'a pas à pousser à la grève des ouvriers qui n'ont pas envie de la faire, ou qui ont peur de la faire. On n'a pas non plus à empêcher de faire la grève les ouvriers qui sont décidés à la faire.»
Le syndicaliste Michel Chartrand, de la CSN, cité dans la revue Maintenant d'octobre 1971.
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«Au Canada anglais, il semble que la cote de popularité de M. Trudeau va se maintenir à la hausse. Il a tenu sa promesse de répondre avec vigueur au séparatisme. Qu'il y réponde en faisant fi des lois mêmes qui sont à la base des libertés constitutionnelles, cela ne semble pas important...»
George P. Grant, de l'Université McMaster de Hamilton, auteur de Lament for a Nation, commentant la crise d'octobre dans la revue Maintenant, numéro de mai 1971
«Sous prétexte des événements actuels (la violence du FLQ), le pouvoir établi se sert de la force policière pour réprimer toute forme d'opposition venant de gens qui travaillent déjà à transformer la société par des voies démocratiques.»
Signature collective (dont Guy Rocher) du 31 octobre 1970, publiée dans la revue Maintenant.
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«Et à force d'avoir pris en haine toutes les servitudes, nous serons devenus des bêtes féroces de l'espoir.»
Gaston Miron, cité dans la revue Maintenant de janvier 1971.
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«On parle de légaliser la marijuana. L'opiomanie, le cannabisme, la cocaïnomanie, les polyintoxications laissent entrevoir le jour où, dans une catégorie de restaurants, à côté de la salière, des petits pots contiendront LSD, marijuana, haschisch, etc... au choix du client. Allongé à la romaine, pourquoi pas?»
Claude-Gérard Sarrazin, dans un texte de Maintenant (avril 1970) sur la pollution par la cigarette.
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«Le nationalisme québécois, celui qui sert d'inspiration au programme du PQ, possède une fonctionnalité profonde qui est de restituer aux Québécois le sens d'une patrie, de leur ouvrir toutes les occasions possibles de s'affirmer sur le plan national et international, de faire une nation moderne d'un territoire encore en proie aux contraintes d'une domination coloniale.»
Texte collectif dans la revue Maintenant de mars 1970 (avant l'élection du 29 avril). Ce texte vaut toujours en 2018...
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L'unilinguisme français au Québec? «Si c'est cela faire montre de racisme, tous les peuples en sont coupables qui exigent qu'on parle chez eux leur propre langue. Et les neuf autres provinces nous ont indiqué la voie il y a longtemps. Je vois mal qu'on puisse considérer comme du fanatisme le refus de se suicider...»
Le romancier et journaliste André Langevin, dans la revue Liberté (1964) cité dans Maintenant, numéro de décembre 1969. Et cinquante-quatre ans plus tard?
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«De l'Atlantique au Pacifique, les journaux anglo-canadiens, à quelques exceptions près, entretiennent un réseau serré d'hostilité envers le Québec, envers notre pays d'origine, envers l'une des deux cultures nationales. La francophobie de cette presse monolithique est parfois presque aussi virulente et aberrante que l'antisémitisme de l'Allemagne à l'époque du nazisme.»
Éditorial de la revue des Dominicains, Maintenant, en mars 1969. S'ils avaient pu lire les commentaires tout aussi francophobes qu'on voit aujourd'hui dans les médias sociaux...
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Amen...
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«Le premier ministre Trudeau avait déclaré que le problème de l'unité canadienne était désormais une affaire réglée. Le pays s'était engagé dans la voie attirante du multiculturalisme et du bilinguisme. Le séparatisme était agonisant.»
Justin en 2018.? Non, Pierre Elliott en 1972, propos rapportés dans la revue Maintenant (numéro de décembre 1972). Comme quoi les choses ne changent pas toujours...
Qui se souvient? Une pub qu'on ne verra plus... automne 1972...
......................................................«Vu la disproportion des forces en présence, le bilinguisme qui ne présente aucun danger pour la survie de l'anglais constitue, pour les francophones, la voie royale qui mène à l'assimilation.»
Un texte sur le recensement de 2016? Non, un texte signé Jules Tessier (Comment le bilinguisme mène à l'assimilation) dans la revue Maintenant, numéro d'avril 1972
«Quand on fait du syndicalisme, on n'a pas à pousser à la grève des ouvriers qui n'ont pas envie de la faire, ou qui ont peur de la faire. On n'a pas non plus à empêcher de faire la grève les ouvriers qui sont décidés à la faire.»
Le syndicaliste Michel Chartrand, de la CSN, cité dans la revue Maintenant d'octobre 1971.
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«Au Canada anglais, il semble que la cote de popularité de M. Trudeau va se maintenir à la hausse. Il a tenu sa promesse de répondre avec vigueur au séparatisme. Qu'il y réponde en faisant fi des lois mêmes qui sont à la base des libertés constitutionnelles, cela ne semble pas important...»
George P. Grant, de l'Université McMaster de Hamilton, auteur de Lament for a Nation, commentant la crise d'octobre dans la revue Maintenant, numéro de mai 1971
Le numéro sur la crise d'octobre 1970
«Sous prétexte des événements actuels (la violence du FLQ), le pouvoir établi se sert de la force policière pour réprimer toute forme d'opposition venant de gens qui travaillent déjà à transformer la société par des voies démocratiques.»
Signature collective (dont Guy Rocher) du 31 octobre 1970, publiée dans la revue Maintenant.
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«Et à force d'avoir pris en haine toutes les servitudes, nous serons devenus des bêtes féroces de l'espoir.»
Gaston Miron, cité dans la revue Maintenant de janvier 1971.
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«On parle de légaliser la marijuana. L'opiomanie, le cannabisme, la cocaïnomanie, les polyintoxications laissent entrevoir le jour où, dans une catégorie de restaurants, à côté de la salière, des petits pots contiendront LSD, marijuana, haschisch, etc... au choix du client. Allongé à la romaine, pourquoi pas?»
Claude-Gérard Sarrazin, dans un texte de Maintenant (avril 1970) sur la pollution par la cigarette.
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...le Parti Québécois à la veille de sa première élection générale
«Le nationalisme québécois, celui qui sert d'inspiration au programme du PQ, possède une fonctionnalité profonde qui est de restituer aux Québécois le sens d'une patrie, de leur ouvrir toutes les occasions possibles de s'affirmer sur le plan national et international, de faire une nation moderne d'un territoire encore en proie aux contraintes d'une domination coloniale.»
Texte collectif dans la revue Maintenant de mars 1970 (avant l'élection du 29 avril). Ce texte vaut toujours en 2018...
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L'unilinguisme français au Québec? «Si c'est cela faire montre de racisme, tous les peuples en sont coupables qui exigent qu'on parle chez eux leur propre langue. Et les neuf autres provinces nous ont indiqué la voie il y a longtemps. Je vois mal qu'on puisse considérer comme du fanatisme le refus de se suicider...»
Le romancier et journaliste André Langevin, dans la revue Liberté (1964) cité dans Maintenant, numéro de décembre 1969. Et cinquante-quatre ans plus tard?
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«De l'Atlantique au Pacifique, les journaux anglo-canadiens, à quelques exceptions près, entretiennent un réseau serré d'hostilité envers le Québec, envers notre pays d'origine, envers l'une des deux cultures nationales. La francophobie de cette presse monolithique est parfois presque aussi virulente et aberrante que l'antisémitisme de l'Allemagne à l'époque du nazisme.»
Éditorial de la revue des Dominicains, Maintenant, en mars 1969. S'ils avaient pu lire les commentaires tout aussi francophobes qu'on voit aujourd'hui dans les médias sociaux...
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Amen...
mercredi 21 février 2018
Le Canada et le français aux Olympiques
Comme s'il n'était pas déjà suffisant d'être obligé de s'entraîner et de jouer uniquement en anglais pour représenter le Canada au hockey (ou dans tout autre sport), voilà qu'il faudra aussi prononcer à l'anglaise des noms français ou non-anglais... Mark-Ondrey Gragg-nanny, Derrick Royye, Reney Bork... Dans les cercles dirigeants du hockey Canadian, non seulement refuse-t-on généralement de parler français, on semble désormais décidé à ne plus l'entendre... ni dans le vestiaire, ni sur la glace, ni même en ondes à la télé de langue française...
L'hypocrisie d'un Canada où le français serait égal à l'anglais éclate plus qu'ailleurs dans le domaine des sports dits nationaux. Le public et les joueurs francophones apprennent vite que c'est Team Canada... Écoutez les hockeyeurs (et de nombreux commentateurs) livrer une savante description de leur 110% dans un franglais pitoyable... Je ne les blâme pas... C'est ainsi qu'ils l'ont appris parce que c'est ainsi qu'on le leur a imposé... «Notre forecheck a arrêté leur power play».... Misère...
Au-delà de l'occasionnelle indignation de nos politiciens et des lettres au courrier du lecteur, la suppression du français dans le sport «national» canadien ne soulève guère les passions. Peut-être parce que la plupart des sportifs et des amateurs jugent la situation inévitable, et donc normale... Mais pourquoi des joueurs de hockey, des skieurs, des planchistes ou des patineurs francophones ne pourraient-ils pas participer aux Olympiques d'hiver dans leur langue, avec une solide maîtrise du vocabulaire technique français, sans s'enfoncer constamment dans un bourbier d'anglicismes?
Il faudrait d'abord un vouloir collectif qui, s'il existait, se buterait rapidement à des organisations pan-canadiennes qui ne fonctionnent qu'en anglais et qui, pour la plupart, traitent au mieux le français comme une nuisance nécessaire. Beaucoup de token French et de mauvaises traductions... L'idée de faire fonctionner une équipe canadienne en français ne leur viendrait sans doute jamais à l'esprit. Pourtant, sur le plan linguistique, il y a bel et bien deux Canada. Ne devrait-il pas alors y avoir deux équipes «nationales», une francophone, l'autre anglophone?
Poser la question, c'est y répondre. La réponse sera «non» ou, à la limite, quelque chose comme «let's talk about this», suivi de décennies de palabres, en attendant que l'anglicisation du Québec atteigne un point de non-retour et que le problème se règle par la folklorisation de notre nation francophone. Il ne reste alors qu'une solution possible pour assurer la présence d'équipes nord-américaines de langue française dans les compétitions internationales: participer sous la bannière du Québec.
Impossible? Mais pas du tout. Le Québec, à titre de porte-parole de sa nation, n'a qu'à exiger d'Ottawa qu'il assure une participation collective et distincte du Canada français aux différentes coupes du monde et Jeux Olympiques. Si le gouvernement fédéral dit non, et il dira non, le Québec est pleinement justifié de présenter ses propres équipes, qui pourraient même s'identifier comme Québec (Canada) et coller de petits unifoliés sur les uniformes fleurdelisés... Le Canada n'a rien dans son arsenal multiculturel pour justifier l'interdiction d'équipes de langue française à l'extérieur du pays.
Quant aux organisations mondiales, elles acceptent déjà des non-pays à droite et à gauche. Même les Nations Unies ont déjà accordé des sièges à la Biélorussie et à l'Ukraine quand elles étaient des États fédérés de l'Union soviétique... Aux Jeux Olympiques d'été et d'hiver, on note la participation d'au moins sept délégations de territoires sans statut de pays: Porto Rico, Hong Kong, Guam, Samoa, Îles Vierges britanniques, Îles vierges des États-Unis... Alors pourquoi pas le Québec?
Mais la question reste: doit-on devenir anglophone pour faire partie des Team Canada? Si oui, on continue d'accepter ou on exige que ça change? Si on veut que ça change, il n'y a que deux options: fignoler deux équipes canadiennes, une anglaise, l'autre française, ou accepter que le Québec s'en occupe. Cela ne changera rien pour les Team Canada qui sont déjà unilingues anglais.
Mais pour nous, francophones québécois, ainsi que pour les Acadiens et Canadiens français qui voudront bien se joindre à nous, cela fera toute la différence, surtout quand on sait qu'un événement comme les Jeux Olympiques constitue un immense tremplin pour les appareils de propagande nationale. On n'a qu'à regarder ce que fait sans gêne le Canada à PyeongChang 2018...
vendredi 16 février 2018
Chère Mme Guerrette...
Chère Mme Guerrette,
Je comprends très bien votre réaction de honte quand votre parler acadien a été confronté à celui de la Vieille France. Si je crois comprendre, c'est parce que j'ai grandi, comme vous, dans une enclave francophone de province à majorité anglaise, l'Ontario en l'occurrence, et que mon argot du «West End» d'Ottawa a dû, un bon jour, se mesurer au français plus littéraire de l'université ou au français moins anglicisé du Québec. C'était parfois embarrassant...
Dans mon enfance, on disait moé, toé... On jouait au bord de la track... On appelait nos parents mom et pop… On prenait les ti-chars ou le bus avec un ticket… Le quartier voisin, on l'appelait le Flat et non les Plaines LeBreton… On se disait Bye au lieu de «salut!»… On allait aux vues et non au cinéma… On évitait de se faire lutter par un char… On parlait des soures (pour sewers) et non des égouts… Des riles au lieu des camions de pompiers… mais également de la grand-rue au lieu de son appellation anglaise, Wellington…
Enfin, c'était sans doute essentiellement du français, avec un vocabulaire limité et une forte infiltration d'expressions et de mots anglais… Pas aussi coloré et célèbre que le chiac mais tout de même suffisamment différent pour qu'un visiteur de Saint-Hyacinthe ou de Caraquet trouve notre langage parfois étrange… Nous faisions sans doute du mieux que nous le pouvions, dans les circonstances qui étaient les nôtres comme résidents de la très anglaise capitale fédérale...
Jamais n'ai-je prétendu que «notre» français était un objet de fierté… Mais jamais, non plus, n'y ai-je vu un motif de honte. Qu'on soit originaire de Sainte-Anne-de-Madawaska ou d'Ottawa (ou même du Québec), nous n'avons pas à rougir de la qualité du français qu'on a appris à la maison, dans la rue ou à l'école. C'est celui qu'on nous a transmis... Nous avons cependant la responsabilité d'en reconnaître les faiblesses (là-dessus vous avez bien raison) et, à partir de cette reconnaissance, de passer à l'action pour l'améliorer partout autour de nous.
Ce qu'il faut absolument éviter, c'est de se «fermer la gueule pour de bon» et de «s'effacer» (bit.ly/2ErMIFu) parce que des internautes prennent les nerfs et vous abreuvent d'injures. Les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter fonctionnent ainsi, dans un climat constant d'excès. S'il y a eu faute, et je dis bien «si», c'est peut-être dans la façon d'exprimer vos sentiments, et non dans le fait de les exprimer. Croyez-moi, dans une société où une majorité inerte et indifférente nous embourbe dans d'éternels statu quo, linguistiques et autres, il faut parfois élever le ton. Le silence est souvent pire que la faute.
Dans notre Québec de la Loi 101, le français reste menacé, notamment dans des régions comme Montréal ou l'Outaouais. Même dans les coins les plus francophones, le recours abusif à l'anglais a de quoi inquiéter. Les Cowboys fringants l'avaient souligné avec humour dans cette chanson très colorée, Québécois de souche (bit.ly/2Hkc7Tt). Évidemment, à l'extérieur du Québec, sauf peut-être dans la péninsule acadienne et le Madawaska, la situation est beaucoup plus préoccupante.
Même en France, on constate un relâchement linguistique - je dirais presque un engouement pour l'anglais... Un coup d'oeil rapide sur les sites Web des grands médias suffira pour vous en convaincre. Cette semaine, une manchette de l'Agence France-Presse (AFP), se lisait: «Real Madrid-Paris SG: blockbuster, catégorie thriller». Un exemple parmi tant d'autres... Et que dire du slogan Made for sharing des Jeux Olympiques de Paris de 2024 (bit.ly/2obzK83)...
Les peuples québécois, acadien et canadien-français ont le devoir de protéger, respecter et promouvoir la langue française. C'est notre bien collectif le plus précieux... notre lien avec le passé, le miroir de notre culture, notre outil de communication, l'âme de nos identités nationales. Ne plus s'en préoccuper, ne plus en parler sur la place publique, c'est se condamner à disparaître.
Alors moi, Mme Guerrette, je vous dis merci. De vous être exprimée avec franchise. D'avoir voulu susciter une réflexion et un débat sur une question primordiale.
Bien à vous,
Pierre Allard
Je comprends très bien votre réaction de honte quand votre parler acadien a été confronté à celui de la Vieille France. Si je crois comprendre, c'est parce que j'ai grandi, comme vous, dans une enclave francophone de province à majorité anglaise, l'Ontario en l'occurrence, et que mon argot du «West End» d'Ottawa a dû, un bon jour, se mesurer au français plus littéraire de l'université ou au français moins anglicisé du Québec. C'était parfois embarrassant...
Dans mon enfance, on disait moé, toé... On jouait au bord de la track... On appelait nos parents mom et pop… On prenait les ti-chars ou le bus avec un ticket… Le quartier voisin, on l'appelait le Flat et non les Plaines LeBreton… On se disait Bye au lieu de «salut!»… On allait aux vues et non au cinéma… On évitait de se faire lutter par un char… On parlait des soures (pour sewers) et non des égouts… Des riles au lieu des camions de pompiers… mais également de la grand-rue au lieu de son appellation anglaise, Wellington…
Enfin, c'était sans doute essentiellement du français, avec un vocabulaire limité et une forte infiltration d'expressions et de mots anglais… Pas aussi coloré et célèbre que le chiac mais tout de même suffisamment différent pour qu'un visiteur de Saint-Hyacinthe ou de Caraquet trouve notre langage parfois étrange… Nous faisions sans doute du mieux que nous le pouvions, dans les circonstances qui étaient les nôtres comme résidents de la très anglaise capitale fédérale...
Jamais n'ai-je prétendu que «notre» français était un objet de fierté… Mais jamais, non plus, n'y ai-je vu un motif de honte. Qu'on soit originaire de Sainte-Anne-de-Madawaska ou d'Ottawa (ou même du Québec), nous n'avons pas à rougir de la qualité du français qu'on a appris à la maison, dans la rue ou à l'école. C'est celui qu'on nous a transmis... Nous avons cependant la responsabilité d'en reconnaître les faiblesses (là-dessus vous avez bien raison) et, à partir de cette reconnaissance, de passer à l'action pour l'améliorer partout autour de nous.
Ce qu'il faut absolument éviter, c'est de se «fermer la gueule pour de bon» et de «s'effacer» (bit.ly/2ErMIFu) parce que des internautes prennent les nerfs et vous abreuvent d'injures. Les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter fonctionnent ainsi, dans un climat constant d'excès. S'il y a eu faute, et je dis bien «si», c'est peut-être dans la façon d'exprimer vos sentiments, et non dans le fait de les exprimer. Croyez-moi, dans une société où une majorité inerte et indifférente nous embourbe dans d'éternels statu quo, linguistiques et autres, il faut parfois élever le ton. Le silence est souvent pire que la faute.
Dans notre Québec de la Loi 101, le français reste menacé, notamment dans des régions comme Montréal ou l'Outaouais. Même dans les coins les plus francophones, le recours abusif à l'anglais a de quoi inquiéter. Les Cowboys fringants l'avaient souligné avec humour dans cette chanson très colorée, Québécois de souche (bit.ly/2Hkc7Tt). Évidemment, à l'extérieur du Québec, sauf peut-être dans la péninsule acadienne et le Madawaska, la situation est beaucoup plus préoccupante.
Même en France, on constate un relâchement linguistique - je dirais presque un engouement pour l'anglais... Un coup d'oeil rapide sur les sites Web des grands médias suffira pour vous en convaincre. Cette semaine, une manchette de l'Agence France-Presse (AFP), se lisait: «Real Madrid-Paris SG: blockbuster, catégorie thriller». Un exemple parmi tant d'autres... Et que dire du slogan Made for sharing des Jeux Olympiques de Paris de 2024 (bit.ly/2obzK83)...
Les peuples québécois, acadien et canadien-français ont le devoir de protéger, respecter et promouvoir la langue française. C'est notre bien collectif le plus précieux... notre lien avec le passé, le miroir de notre culture, notre outil de communication, l'âme de nos identités nationales. Ne plus s'en préoccuper, ne plus en parler sur la place publique, c'est se condamner à disparaître.
Alors moi, Mme Guerrette, je vous dis merci. De vous être exprimée avec franchise. D'avoir voulu susciter une réflexion et un débat sur une question primordiale.
Bien à vous,
Pierre Allard
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