C'était l'époque où le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), le vent dans les ailes, menant tambour battant une campagne provinciale en faveur d'une gouvernance franco-ontarienne de tous les programmes d'études postsecondaires en français, y compris ceux des deux grandes universités bilingues, Ottawa et Laurentienne (Sudbury). Cela aurait pris la forme d'un université de langue française ayant pignon sur rue dans l'est, le nord et le sud de l'Ontario.
Quarante ans plus tôt, l'Association canadienne-française de l'Ontario (ACFO) avait elle aussi réclamé une francisation complète de l'Université d'Ottawa avec un argumentaire éloquent:
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| extrait du mémoire de l'ACFO de 1970 |
Jusqu'à la fin des années 1960, les étudiants francophones étaient majoritaires à l'Université d'Ottawa. Puis ce fut la dégringolade. Aujourd'hui, la proportion d'étudiants de langue française oscille autour de 30%. La réalité, contrairement aux affirmations de l'ancien recteur Allan Rock, c'est celle d'un campus anglo-dominant où les espaces francophones se raréfient et où les francophones risquent «une assimilation lente mais certaine».
J'y suis retourné en 2016 pour assister à un colloque sur le bilinguisme au Pavillon Desmarais (faculté des sciences sociales), et j'ai à peine réussi à commander un chocolat chaud en français au Starbucks du pavillon. La surprise du personnel du café d'entendre un client exiger de parler français me donnait à penser que les 30% d'étudiants francophones avaient appris, à l'usure, à s'accommoder de la situation. Nous sommes ici loin, très loin de l'ancienne revendication d'un campus unilingue français...
Pour revenir à l'image en haut de ce texte, je glanais les textes récents de La Rotonde, le journal étudiant de langue française de l'Université d'Ottawa. Ça doit aller mal, parce qu'il existe désormais au sein du Syndicat étudiant uOttawa un poste de «commissaire aux affaires francophones»!!! Ce poste étant électif et le scrutin ayant lieu entre le 17 et le 20 octobre (2026), j'ai consulté les prises de position du candidat élu, Dan Ngenzi Ya Ruty. Son constant est effarant: «La francophonie à uOttawa ne devrait pas seulement être quelque chose qu'on célèbre à certains moments de l'année»...
Il propose de lancer des «Rendez-vous Franco», «une nouvelle initiative pour créer des espaces où tous les niveaux de français sont les bienvenus» (ne le sont-ils pas ailleurs?) ainsi que «des lieux où les étudiants peuvent s’exprimer en français, sans pression». Devons-nous conclure que de tels lieux n'existent pas, ou n'existent plus?
Selon La Rotonde, «il promet également un meilleur suivi des plaintes linguistiques, une foire de l’emploi francophone, du mentorat et des micro-subventions pour des projets francophones». On se croirait au bureau du Commissaire fédéral aux langues officielles, en train de faire le tri des doléances des fonctionnaires francophones embourbés dans une fonction publique depuis toujours anglicisante.
Dan Ngenzi Ya Ruty s'engage enfin à poursuivre l'initiative «Espresso toi en français / yourself in French». Celle-là, c'est la meilleure! Il s'agit d'un «café hebdomadaire» où les étudiants reçoivent un café ou un chocolat chaud, ainsi qu'une pâtisserie, s'ils (dans le texte c'est écrit en woke, s'iels) commandent en français. Cette initiative a pour objectif de combattre ce qu'on persiste à appeler faussement «l'insécurité linguistique» (des francophones bien sûr) à l'Université d'Ottawa (voir mon texte de blogue - lien ci-dessous).
Un ultime rappel. La majorité des étudiants franco-ontariens au post-secondaire universitaire de langue française fréquentent l'Université d'Ottawa. La majorité des étudiants franco-ontariens au post-secondaire universitaire fréquentent une université de langue anglaise. Doit-on s'étonner de l'agonie actuelle du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO)? Voir texte d'ONFR à https://onfr.tfo.org/representation-etudiante-la-fesfo-tente-de-relancer-un-refo-a-larret/
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Lien au texte de La Rotonde - https://larotonde.ca/elections-partielles-du-seuo-pleins-feux-sur-la-revendication-et-la-francophonie/
Lien à mon texte de blogue sur l'insécurité linguistique- https://lettresdufront1.blogspot.com/2019/08/linsecurite-linguistique-synonyme.html


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