vendredi 23 octobre 2026

L'agonie du RÉFO...

Le RÉFO en 2013, fer de lance d'un mouvement...


Imaginez! En déroute, le regroupement des étudiants franco-ontariens au collégial et à l'universitaire est désormais pris en charge par la fédération des élèves francophones des écoles secondaires! (Voir liens en bas de page) En quinze ans, l'organisme qui s'était imposé comme fer de lance d'une vaste campagne en faveur d'une gouvernance francophone au postsecondaire en Ontario a été presque réduit à néant!

De 2011 à 2014, le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) avait réussi à mobiliser l'Ontario français tout entier autour de son projet de réaliser à l'universitaire ce que les Franco-Ontariens avaient déjà acquis au primaire, au secondaire et au collégial: une gouvernance francophone de tous les programmes universitaires de langue française... et des institutions chargées de les dispenser.

Le principe même d'obtenir les droits dont bénéficiaient au centuple les Anglo-Québécois depuis la Confédération faisait l'unanimité. Mais la façon de le faire s'est avérée un guêpier. La grande majorité des étudiants universitaires franco-ontariens inscrits à des programmes d'études en français l'étaient dans deux grandes institutions bilingues anglo-dominantes, l'Université d'Ottawa surtout, mais aussi l'Université Laurentienne de Sudbury.

Après deux années de consultations dans toutes les régions de la province, les «États généraux sur l'avenir du postsecondaire de l'Ontario français» avaient retenu plusieurs modèles de gouvernance, y compris la création d'une grande université provinciale avec des campus dans toutes les régions de l'Ontario; la scission d'une université bilingue existante (Ottawa) en deux campus distincts; ou encore la création d'un réseau provincial qui prendrait en charge tous les programmes français des universités existantes.

Sans doute un peu naïves, les troupes du RÉFO ont peut-être cru que la justice élémentaire de leurs demandes suffirait pour obtenir la complétude du réseau institutionnel éducatif des Franco-Ontariens. C'était sans compter la force de résistance du monstre sacré (l'Université d'Ottawa) et de ses collabos à la législature ontarienne. Le temps de le dire, le gouvernement libéral de Mme Wynne a torpillé le projet du RÉFO, le transformant en micro-campus de langue française à Toronto, sous le nom effronté d'«Université de l'Ontario français».

La nature des organisations étudiantes étant ce qu'elle a toujours été, les initiateurs du mouvement ont fini par terminer leurs études et sont passés à autre chose et clairement, leurs successeurs n'avaient pas la même vision et la même intensité d'engagement. Après quelques soubresauts en 2016, alors qu'il était déjà trop tard, et sous le regard d'une presse de langue française mal informée, on a fini par se satisfaire d'un micro-campus marginal à Toronto, loin des véritables concentrations de Franco-Ontariens à l'universitaire.

La pandémie semble avoir achevé ce qui restait des braises du début. La fédération des élèves du secondaire (FESFO) qui assume pour le moment l'administration du RÉFO plus ou moins défunt a l'avantage de regrouper des effectifs qui étudient tous en français dans des institutions sous la gouverne de conseils scolaires de langue française. À l'universitaire,  sauf à l'embryonnaire Université de Sudbury, à Hearst et au campus de l'UOF, les étudiants universitaires de l'Ontario français s'instruisent surtout en anglais, ou en français dans des universités bilingues où l'anglais domine. Un milieu plus propice à l'assimilation qu'à la relance d'un RÉFO dynamique.

Les étudiants anglo-québécois qui pleurnichent parfois auraient avantage à voir le sort réservé aux Franco-Ontariens. S'ils sont de bonne foi, ils seront scandalisés devant les injustices plus que centenaires qui ont favorisé l'anglicisation de la minorité francophone. Les rares Franco-Ontariens qui osent dire crûment la réalité crient dans le désert, et sont même à l'occasion dénoncés par les leurs aux lunettes roses. Difficile de monter aux barricades dans un tel contexte.

Jamais l'Ontario français n'a-t-il eu autant besoin d'un RÉFO mobilisé et agressif. Mais rien n'indique qu'il reste quelque chaleur dans les braises de la décennie précédente. Allez vous promener sur le campus de l'Université d'Ottawa, qui compte 13 000 étudiants de langue française, et tendez l'oreille. Dites-moi quelle langue vous entendez...
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