samedi 24 octobre 2026

Serment au roi Charles III. Si Lawrence David gagne, ça va barder!

Sans le savoir, l'avocat-prof anglo de l'Université d'Ottawa qui conteste l'abandon du serment d'allégeance au roi pour les députés à l'Assemble nationale vient de devancer le débat ultime auquel seront confrontés les Québécois au moment de faire le vrai choix entre la souveraineté et le maintien du lien fédéral actuel.

Imaginez un instant. À la mi-novembre, le juge Ian Demers (nommé par Justin Trudeau, ancien avocat général au ministère fédéral de la Justice) reconnaît la validité constitutionnelle des objections de l'avocat Lawrence David et ordonne à tous les députés élus ce 5 octobre de prêter serment au monarque britannique, sous peine de se buter à des portes verrouillées au parlement québécois.

Que feront les élus? Ceux du gouvernement comme ceux des trois oppositions? La cause sera-t-elle portée en appel? Ou se prosterneront-ils devant la Charte des longs couteaux de 1982 (que nous n'avons jamais signée) et la vieille Loi constitutionnelle de 1867 qui nous traitent comme des colonisés et nous obligent à abandonner la moitié des compétences législatives et exécutives au gouvernement de la majorité anglo-canadienne à Ottawa?

Peut-on vraiment penser que nos députés vont renoncer à leur loyauté au peuple du Québec pour se soumettre au roi britannique parce qu'un juge d'Ottawa donne raison à un avocat anglophone, diplômé de Concordia, McGill et Harvard, adversaire acharné de l'emploi préventif de la clause de dérogation (art. 33 des longs couteaux), notamment dans la cause de la Loi 21 (laïcité) en Cour suprême?

Voyez-vous, dans vos pires cauchemars, les 127 députés, ceux du Parti Québécois en tête, entrer tête basse à l'Assemblée nationale pour prêter serment au roi Charles III devant la lieutenante-gouverneure nommée par Ottawa? Ce serait une reconnaissance ultra humiliante que même dans nos symboles nationaux, même dans notre Assemblée nationale, nous n'avons que les droits consentis ou tolérés par les institutions anglo-canadiennes situées sur la colline parlementaire à Ottawa et dans la cuisine du Château Laurier.

C'est un serment d'allégeance du même genre que celui que les génocidaires britanniques ont voulu imposer aux Acadiens en 1755 sous la menace militaire. J'ose espérer que même les libéraux de Charles Milliard ne consentiront pas à s'abaisser ainsi devant les juges et avocats de la Charte des longs couteaux. Essayez d'imaginer la joie dans les milieux francophobes du Canada (et de certains coins du Québec) en voyant à la télé, sur Internet et dans les journaux les élus du Québec rappelés à l'ordre par Ottawa, s'agenouillant (façon de parler) devant Charles III. Non!

Devant une victoire de Lawrence David, s'appuyant sur les juges et les lois fédérales, le gouvernement québécois n'a pas le choix s'il veut conserver un gramme de dignité. Il doit refuser d'obéir et l'Assemblée nationale doit siéger librement, loyale au peuple, le majeur des deux mains levés :  un tout premier geste parlementaire d'indépendance, d'affirmation que pour ce qui concerne nos valeurs fondamentales (langue française, laïcité, refus de la monarchie), le reste du Canada n'a pas d'ordres à donner aux Québécois.

Que fera Ottawa face à un refus de Québec? Les fédéraux ont envoyé l'armée en octobre 1970 pour une insurrection que tous savaient fictive, juste pour mettre en prison des centaines d'indépendantistes. Cette fois, ils feraient face à une véritable insurrection de députés élus par la population du Québec. Si les tribunaux pensent un instant aux conséquences politiques de valider le serment au roi, ils trouveront sûrement une façon de reporter toute décision sur le fond, quite à remettre la patate chaude entre les mains des législateurs.

C'est ce que je ferais à leur place. Autrement, préparez-vous. Ça va barder! Parce que le seul autre moyen constitutionnel de modifier cette histoire du serment d'allégeance monarchique est, selon Lawrence David, d'obtenir l'accord unanime des législatures canadiennes - celle d'Ottawa et celles de TOUTES les provinces. Mission suicide. Face à l'impossibilité de changer quoi ce soit de constitutionnel sans l'approbation de la majorité anglo-canadienne, y compris le serment d'allégeance des députés, j'ai la conviction que l'approbation à la souveraineté montera en flèche...

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