N'avez-vous pas eu l'impression d'assister à une charade similaire ce 19 octobre, à l'assermentation de 39 députés libéraux... marmonnage et croisage de doigts en moins? Ils ont bien sûr juré loyauté au peuple du Québec dans le respect de la Constitution du Québec mais y croyaient-ils vraiment? Certains, sans doute. Tous? On me permettra d''en douter.
Prenons d'abord le décor. À la cérémonie péquiste, seul le fleurdelisé était visible derrière la table d'assermentation. Faute de s'agenouiller devant Charles III, les libéraux ont ressorti pour l'occasion l'unifolié canadien. Ce symbolisme n'est pas que visuel. La loyauté au peuple du Québec, chez eux, se double d'une fidélité immuable au Canada et quand ces deux allégeances seront incompatibles, absolument rien ne garantit que le serment au peuple québécois l'emportera.
De fait, j'ai la conviction - et ce sont eux qui l'affirment - qu'ils seront loyaux envers le peuple québécois uniquement dans la mesure où celui-ci demeure dans la fédération canadienne et accepte de confier la moitié des compétences constitutionnelles à un gouvernement dominé par la majorité anglo-canadienne. Devant toute perturbation majeure de cet ordre vieux de près de 160 ans, ou pire, devant un projet de souveraineté, ils choisiront le Canada.
Secundo, la langue. Le fait que 17 des 39 députés libéraux aient prêté serment en anglais et en français indique clairement la déloyauté d'une bonne partie des troupes libérales envers le Québec français. Depuis la Loi 101 (et même un peu avant), le français est la seule langue officielle du Québec. Le vieil AANB de 1867 avait imposé le bilinguisme au parlement québécois (pas aux autres provinces) mais cette disposition coloniale est périmée, comme le serment d'allégeance au roi.
Étant Franco-Ontarien d'origine, ancien membre d'une minorité francophone persécutée, je peux comprendre le désir des anglophones historiques du Québec de vouloir conserver leurs droits. Et si ce n'étaient que ces anglos qui avaient ajouté le serment en anglais, je ne dirais rien. Mais plus de la moitié des députés libéraux qui ont répété leur serment an anglais n'étaient pas des anglophones. C'étaient des francophones et des allophones, qui représentent pour la plupart des circonscriptions où le français recule devant l'assaut des anglos et des allophones anglicisés.
Leur message est clair. Dans ce parti, le projet d'un Québec réellement français n'est pas le bienvenu. Quand l'anglophone Gregory Kelley (Jacques-Cartier) insiste pour ajouter son boniment en anglais, je regrette mais je sympathise aussi. Mais quand Marc Tanguay ou André Fortin ou Cécile Tremblay portent le flambeau du bilinguisme canadien à l'Assemblée nationale, j'y vois une capitulation. Et quand des membres de cette soi-disant «diversité» prêtent serment également en anglais, j'y vois un rejet clair du Québec français.
On n'a qu'à regarder les circonscriptions des «bilingues» pour apprécier la géographie des dix-sept... Chomedey, Darcy-McGee, Jacques-Cartier, Jeanne-Mance-Viger, LaFontaine, Marquette, Mont-Royal-Outremont, Nelligan, Notre-Dame-de-Grâce, Pierre-Laporte, Pontiac, Robert-Baldwin, Ste-Rose, Soulanges, Vaudreuil, Vimont-Auteuil, Westmount-St-Louis... Île de Montréal, Laval, banlieues ouest et sud, Outaouais... Le portrait du déclin du français...











