mardi 27 mai 2025

Les francophones hors Québec et la monarchie...

«Les francophones hors Québec plus attachés à la monarchie que les Québécois»? Ce titre en page A4 du Devoir du lundi 26 mai m'a fait sursauter. Si j'avais lu «Les francophones hors Québec moins hostiles à la monarchie que les Québécois», j'aurais moins sursauté...

Ayant passé les 29 premières années de ma vie en sol ontarien, à Ottawa plus précisément, j'ai passé en revue mes souvenirs de cette époque sans y redécouvrir d'«attachement» à la Couronne britannique. Fascination, curiosité, jalousie peut-être devant ces aristocrates bijoutés d'un univers inatteignable pour le commun des mortels, mais aussi l'incarnation de cette domination anglo-britannique qui avait fait payer très, très cher aux Franco-Ontariens leurs luttes pour conserver la langue et la culture françaises.

Si je me fie au titre du Devoir, le monde hors Québec que j'ai connu serait révolu. «Le Canada anglais que je connaissais quand j'étais jeune n'existe plus. C'est terminé tout ça», affirme sans offrir de preuve l'historien franco-manitobain Philippe Mailhot, rappelant sa jeunesse plutôt anti-monarchique alors que les anglophones «s'enveloppaient dans la Couronne».

Avoir été historien, j'aurais étayé mon argument à l'aide d'exemples: recherches personnelles, études bien documentées, quelques sondages d'opinion, etc. Si ce type d'information existe, il aurait été mentionné dans l'article de journal, mais M. Mailhot n'en fait pas état. Il faut donc conclure que l'opinion de l'historien est fondée sur son expérience personnelle et professionnelle, au Manitoba. Rien n'autorise à en tirer une conclusion pour l'ensemble de la francophonie hors Québec.

Un autre historien, Damien-Claude Bélanger, de l'Université d'Ottawa, va plus loin que son collègue franco-manitobain dans son appréciation des sentiments de la diaspora canadienne-française envers la monarchie. «C'est sûr, dit-il, qu'historiquement parlant, il y a eu plus d'attachement à l'égard de la couronne chez les francophones hors Québec qu'au Québec en tant que tel.»

Ah, la certitude, ennemi mortel de l'information. «C'est sûr...» Cet historien québécois, spécialiste des rapports des Canadiens avec la monarchie, n'offre toutefois aucun exemple, aucun fait susceptible de justifier cette certitude.  À sa place, j'aurais immédiatement ajouté: voyez ce qui s'est produit ici, là, consultez telle étude démontrant les écarts d'attitude entre la francophonie québécoise et hors-Québec. Non. Rien.

La seule tentative de démontrer effectivement des gestes d'appui ou de soutien envers la monarchie se limite à un paragraphe, dont on ne sait trop s'il doit être attribué à M. Mailhot. On y lit: «Certains groupes francophones hors Québec (lesquels?) montrent depuis plusieurs années leur soutien à la monarchie. Lors du décès de la reine en 2022, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario avait demandé que les drapeaux franco-ontariens soient mis en berne.»

J'avoue mon ignorance ici. Je n'ai pas entendu ou lu d'information sur un soutien quelconque d'organismes canadiens-français ou acadiens pour la monarchie britannique. J'ai cependant la conviction qu'on ne peut interpréter des drapeaux en berne comme un soutien à la monarchie, et que les motifs de l'AFO lors du décès d'Elizabeth ont probablement plus à voir avec la rectitude politique qu'un quelconque loyalisme envers la royauté de la mère-patrie des anglos.

Je ne conteste pas la possibilité que les francophones hors Québec soient davantage attachés à la monarchie que les Québécois. Compte tenu de leur taux d'anglicisation catastrophique, il est même probable que ces collectivités adoptent des comportements et attitudes qui les rapprochent de la majorité anglophone. Mais de là à l'affirmer sans preuve, notamment dans une manchette de journal, il  y a un pas que les professionnels de l'information ne doivent pas franchir.


samedi 17 mai 2025

En 2050, les francophones seront minoritaires à Gatineau!

Une nouvelle identité dévoilée en juillet 2024 par la ville de Gatineau... Éloquent...

D'ici l'an 2050, au train où vont les choses, les francophones seront minoritaires à Gatineau, quatrième ville du Québec. À Montréal aussi, vous dites? Sans doute. À Laval aussi? Sans doute. Mais je vis à Gatineau. Je vois donc de plus près ce qui se passe ici, au royaume de la peur et du vivre à genoux. Et ce qui se passe, du moins sur le plan linguistique, n'est rien de moins que dramatique!

Les données du recensement fédéral de 2021 montraient déjà une anglicisation accélérée de la porte d'entrée du Québec en Outaouais. Mais les résultats de l'étude Situation des langues parlées au Québec de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), publiés en mai 2025,  fondés sur une enquête réalisée en 2024, annoncent la catastrophe pour qui espère assurer la pérennité du caractère français de Gatineau.

Remarquez, on n'a pas vraiment besoin d'études et de recensements pour flairer le vent. Il suffit de tendre l'oreille vers la rue, le centre d'achats, le supermarché, le resto... J'étais au RONA la semaine dernière, dans l'est de la ville, et j'ai croisé dans le stationnement un groupe d'élèves de l'école secondaire du Versant (adjacente) marchant vers un casse-croûte à l'heure du lunch. Ils jasaient... en anglais. Et le personnel de RONA chargé de livrer chez moi le barbecue que nous venions d'acheter ne parlait pas français... Ce ne sont pas des cas isolés...

Mais revenons au rapport récent de l'ISQ, dont j'ai appris l'existence par le bulletin télé régional de Radio-Canada (Le Droit, à ma connaissance, n'a rien écrit là-dessus). L'étude de l'ISQ nous informe qu'en 2024, 62,9% des Gatinois parlent «le plus souvent» le français à la maison. En soi, cela ne signifie pas grand chose. Jusqu'à ce qu'on sache qu'il y a moins de 20 ans, au recensement de 2006, la proportion de personnes indiquant le français comme langue d'usage à la maison était de 80,7%...

Dans le vieux Hull, au coeur du centre-ville de Gatineau, francophone à 90% il y a un demi-siècle, la proportion d'anglophones et allophones frise désormais le 40%. Au rythme actuel, il suffira d'une décennie additionnelle de nouvelles tours d'habitation et de démolition de vieilles maisons allumettes pour minoriser la population de langue française et éteindre ce qui restait de notre présence avant l'invasion fédérale des années 1970.

L'arrivée massive d'Ontariens anglophones qui traversent la rivière des Outaouais pour des motifs économiques, l'augmentation constante d'immigrants portés à s'angliciser, se voyant davantage Canadiens que Québécois, et la présence d'un maxi-employeur, l'administration fédérale, où l'anglais est généralement la langue de travail, érodent sans répit la langue et la culture françaises à Gatineau. Et n'allez surtout pas trop en parler sur la place publique: au-delà des l'occasionnels sondages ou déclarations vides sur le caractère primordial du français, le sujet est véritablement tabou.

Le conseil municipal de Gatineau n'a que faire de la langue et la culture françaises. On laisse le soin de récriminer aux méchants séparatistes, que les masses dociles varlopent à chaque élection. Ou à l'ex-président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault, qui a fréquemment mauvaise presse, même dans les médias de langue française. Les anglos arrivent à pleine porte comme s'ils étaient dans une banlieue d'Ottawa et les bons Gatinois majoritairement bilingues les accueillent dans leur langue. Pas question de leur faire savoir qu'au Québec, c'est français...

L'étude de l'ISQ peint un tableau sinistre de la francophonie à Gatineau: seulement 48% des personnes de 15 ans et plus travaillent à peu près uniquement en français (50% en anglais ou en bilingue); dans une ville qui abrite moins de 20% d'anglophones, 38% des gens naviguent sur Internet en anglais seulement; 63% des Gatinois regardent en anglais les films ou les séries sur les plateformes de diffusion en continu; la moitié de la population écoute des chansons en anglais seulement; etc. etc. (voir lien en bas de page)

Ici, face aux cinq ponts qui relient Gatineau à l'Ontario, les défenseurs d'un Québec français se sentent bien seuls. Je vous laisse sur un poème d'Omer Latour (lien 2 ci-dessous), auteur franco-ontarien qui devait joindre les rangs du FLQ en 1963 avant de revenir en Ontario où il devint enseignant. Ce poème évoque la situation désespérante des francophones de Cornwall, sa ville natale. On pourra adapter ce texte vers 2050 pour sonner le glas du français à Gatineau :

«Je n'ai rien inventé.

Ce n'était pas nécessaire.

Dans les relations franco-anglaises de cette ville, la réalité dépasse la fiction.

Dieu merci le combat est presque fini.

L'assimilation totale apporte enfin le repos

et la paix à tous ces gens obscurs qui ont

lutté dans un combat par trop inégal.

Vous me demandez pourquoi ils sont morts?

Je vous demande comment ils ont fait

pour résister si longtemps.»

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1 - Lien à l'étude Situation des langues parlées au Québec en 2024 - https://statistique.quebec.ca/fr/document/situation-langues-parlees-quebec-2024

2 - Omer Latour, Une bande de caves, Éditions de l'Université d'Ottawa, 1981

jeudi 15 mai 2025

Assermentation anglaise et monarchique du cabinet Carney



Le texte français de la cérémonie d'assermentation

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Si jamais on cherchait une démonstration éloquente du peu d'égards réservé par Ottawa à la langue française, il suffisait de regarder, ce 13 mai 2025, la très monarchique cérémonie d'assermentation des membres du cabinet du premier ministre libéral Mark Carney.

Les médias francophones, trop occupés à annoncer et décortiquer les nominations, ou tellement habitués à voir la langue française piétinée qu'ils n'y portent plus attention, ne semblent pas avoir relevé l'unilinguisme anglais du début de la cérémonie et de près de la moitié des ministres et secrétaires d'État nommés par M. Carney.

Devant sa patronne incapable de s'exprimer en français, le secrétaire de la Gouverneure générale, Ken McCullough, qui s'est présenté en anglais, a expliqué en anglais seulement le cérémonial de la lumière en cours, présidé par un Inuit du Nunavut. J'attendais la traduction française (c'est toujours une traduction...) mais elle n'est pas venue.

M. McCullough a ensuite présenté en français (une courte phrase...) l'aînée algonquine Verna McGregor pour le récit d'un mot de bienvenue. Cette dernière a alterné entre l'anglais et sa langue autochtone pendant quelques minutes. Un peu de français à part le «Bonjour tout le monde», juste pour la forme? Non... et il m'est apparu que cela ne dérangeait personne...

Vint ensuite l'interminable procession de ministres et de secrétaires d'État appelés à jurer ou déclarer leur «sincère allégeance à Sa Majesté le Roi Charles III, Roi du Canada, à ses héritiers et successeurs». Pour les nouveaux membres du cabinet, s'ajoute un deuxième serment de fidélité à la royauté. Suivis, laïcité écarte-toi, de l'optionnel «ainsi Dieu me soit en aide»...

Des 38 membres et demi-membres du conseil des ministres, pas moins de 12 ministres et 6 secrétaires d'État (en italiques) ont prononcé leur serment d'allégeance monarchique en anglais seulement: 

- Jill McKnight

- Heath MacDonald

- Rebecca Alty

- Joanne Thompson

- Shafqat Ali

- Rebecca Chartrand

- Mandy Gull-Masty

- Tim Hodgson

- Eleanor Olzewski

- Gregor Robertson

- Maninder Sidhu

- Evan Solomon

- Buckley Belanger

- Stephen Fuhr

- Wayne Long

- Stephanie McLean

- Randeep Sarai

- John Zerucelli

Deux assermentés, un ministre (Joël Lightbound) et une secrétaire d'État (Nathalie Provost) se sont exprimés en français seulement; les autres (19) en bilingue, souvent l'anglais en premier. Et toutes ces bonnes gens ont posé pour ls photos de circonstance avec M. Carney et la représentante du roi Charles III, la très anglophone Mary Simon qui, heureusement, n'a pas eu à parler.

Il faut aussi noter que la cérémonie avait lieu à la Résidence de la Gouverneure générale et non, comme cela se fait au Québec, au Parlement. Les députés fédéraux ne jurent pas allégeance au peuple (sauf Gregor Robertson, avec quatre petits mots en français); chacun, comme le dit le texte du serment d'allégeance, est un «fidèle et loyal serviteur de Sa majesté le roi Charles III»...

Cette cérémonie a une grande valeur éducative pour les francophones du Québec. On leur apprend que leur langue n'est pas la bienvenue ici, quoiqu'on dise dans les traductions des discours officiels. Seulement deux des neuf membres québécois du cabinet élargi ont prêté serment en français uniquement. Six en bilingue et une (Mme Gull-Masty) en English only. Ça fait dur!

On y apprend aussi que la monarchie occupe ici la place centrale et qu'on ne peut imaginer voir à Ottawa, dans un avenir prévisible, la possibilité de jurer fidélité au peuple plutôt qu'à un roi colonial et chef religieux d'outre-mer. Après avoir entendu prononcer «Sa Majesté Charles III» une soixantaine de fois en une heure et demie, on souffre d'indigestion...

Ce qui fait de nous ce que nous sommes, cette nation québécoise, sa langue, ses valeurs, n'a pas sa place à Ottawa. Le gouvernement Carney, fidèle au serment d'allégeance, combattra les velléités anti-monarchiques du Québec, sa laïcité, ses plus fortes mesures de protection du français, jusque devant ses juges de la Cour suprême. Avec l'aide de ses collabos...



mercredi 14 mai 2025

Pèlerinage en francophonie minoritaire...



Comment peut-on sérieusement présenter dans certains de nos médias des textes de demi-fiction sur l'état de la francophonie hors Québec sans au moins une vérification élémentaire de leur contenu?

J'étais stupéfait après lecture, ce 11 mai 2025, d'un article intitulé La francophonie minoritaire se diversifie, s'affranchissant du Québec sur le site Web Le Droit (voir lien en bas de page).

On y traite notamment des tensions qui se sont manifestées entre francophones des provinces à majorité anglaise et ceux du Québec depuis la montée du mouvement indépendantiste dans les années 1960.

En réalité, il s'agit d'une entrevue d'une journaliste de l'agence Presse canadienne, Samira Ait Kaci Ali, avec un doctorant de l'Université de Montréal, Justin Labelle.

Si l'une et l'autre possèdent une connaissance quelque soit peu approfondie de l'histoire et de l'évolution démolinguistique de la francophonie pancanadienne, ils n'en font pas état ici.

Ce que M. Labelle a choisi de faire pour mieux saisir la réalité des Canadiens français et Acadiens en situation minoritaire, c'est de visiter sept villes de l'Ontario et de l'Ouest canadien pour écouter les voix des «francophones ordinaires».

Projet fort louable. Trop peu de Québécois (M. Labelle est de Rouyn-Noranda) s'intéressent au vécu des francophones ailleurs au pays. Les 54 entrevues qu'il a réalisées en cinq mois (avril-août 2024) à Ottawa, Sudbury, Hearst, Winnipeg, Saskatoon, Regina et Edmonton portent sans doute en elles une mine d'information.

Les synthétiser permet à M. Labelle de tisser un bel exposé de ses aventures chez les francos du Canada anglais, et à un journaliste de les offrir en résumé aux lecteurs et auditeurs québécois, mais cela n'autorise pas de conclure à un savoir scientifique ou historique.

La toile de fond, essentielle pour une compréhension de la situation des parlant français hors Québec, repose dans les données des multiples recensements et études réalisées par Statistique Canada au fi des décennies. On y trace avec une précision chirurgicale le déclin et l'agonie de la langue française un peu partout, sauf l'Acadie du Nouveau-Brunswick et certains coins de l'Est et du Nord ontariens.

Chercheurs et journalistes y verront des taux d'anglicisation dépassant souvent les 50% au sein des minorités francophones, et ce, dans les zones urbaines en particulier. Ils apprendront que la majorité de ces francophones écoutent la télé et la radio surtout en anglais, naviguent en anglais sur Internet, échangent en anglais avec commerces et institutions publiques, parlent très souvent l'anglais à la maison...

Ignorer ou faire abstraction de ces réalités pour suggérer une francophonie vibrante et diversifiée de l'Ontario à l'Alberta, «s'affranchissant» même de la tutelle québécoise, se dépouillant presque de son statut de «minoritaire» en se dotant d'organisations «par et pour» les francophones, cela tient du «pays des merveilles»...

Erreurs et faussetés

Évidemment, dans un texte médiatique, il est difficile de savoir si erreurs ou faussetés proviennent de l'intervieweur ou de l'interviewé. Au début de l'article, on fait état d'un sentiment d'indignation envers les Québec au sein des minorités francophones, «qui s'est installé vers la moitié du XXe siècle». Plus loin, on parle de «fracture causée à partir des années 1950». 

Une erreur de date plutôt fondamentale, puisque la montée de l'indépendantiste moderne est apparue dans les années 1960 et que le moment de «fracture», s'il existe vraiment, s'est produit à l'occasion des États généraux du Canada français en 1967. Ça commence mal.

La journaliste rapporte ensuite les paroles de Martin Théberge, président de la Société nationale de l'Acadie (une région où M. Labelle n'est pas allé): «Durant cette période (le milieu du 20e siècle), le Québec a "bâti un mur" autour de la province pour protéger la langue française fer affirmer son indépendance, causant une fracture avec les autres francophones du pays».

Un historien s'arracherait les cheveux. Dans les années 50, et même jusqu'à 1976 (élection du PQ), libéraux et unionistes, solidement fédéralistes et opposés à la souveraineté (sauf peut-être les pirouettes de Daniel Johnson), gouvernaient le Québec et ne bâtissaient aucun mur... Les indépendantistes étaient bien visibles, très visibles même, mais ils n'étaient pas au pouvoir.

L'auteur de l'article de la Presse canadienne poursuit en affirmant que les francophones des sept villes visitées par M. Labelle représentent plus de 900 000 Canadiens. Une autre erreur. Ces sept «villes» (Hearst c'est un gros village) comptent tout au plus - et je suis généreux - 250 000 personnes de langue maternelle française. En utilisant le critère de la langue d'usage à la maison, beaucoup plus précis, le nombre de francophones oscille davantage autour de 150 000. Des nombres qui diminuent de recensement en recensement...

L'article de la PC revient à quelques reprises sur «les tensions historiques» entre les collectivités franco-canadiennes minoritaires et le Québec. Il y a effectivement eu et il existe toujours des tensions, mais elle proviennent uniquement de l'extérieur du Québec (la plupart des Québécois ignorant à peu près tout des francophones ailleurs au Canada) et visent essentiellement le projet de souveraineté, vu comme un rejet de la francophonie pancanadienne.

Une autre erreur, de fond aussi, tient à croire - et à écrire - que les commentaires des élites franco-canadiennes sont représentatifs de l'ensemble des collectivités. Ce n'est pas en parlant à une poignée de dirigeants d'associations, de professeurs, d'artistes et autres personnes en vue (ou pas) que l'on peut se croire au diapason de l'ensemble de «la francophonie hors Québec». L'immense majorité des Franco-Ontariens n'a jamais (ou très rarement) entendu parler de l'AFO (Assemblée de la francophonie de l'Ontario).

Les appellations identitaires découlent bien davantage de l'évolution sociodémographique des collectivités que d'orientations voulues par les minorités elles-mêmes. Peu de sondages ont demandé aux Franco-Canadiens des provinces anglaises de définir eux-mêmes leur identité culturelle ou nationale. Dans les années 1990, un sondage Léger auprès des francophones d'Ottawa avait découvert que les plus vieux (65 ans et plus) se disaient surtout Canadiens français, pendant que les générations suivantes préféraient Franco-Ontarien, et enfin, que les plus jeunes adultes se voyaient davantage comme des «bilingues»...

Sans doute l'apport de l'immigration francophone a-t-elle changé la donne, tant pour les effectifs que les appellations. Selon M. Labelle, l'immigration est devenue «essentielle à la survie» des collectivités de langue française en situation minoritaire. Façon de dire que laissés à eux-mêmes, les Canadiens français et Acadiens de souche sont condamnés, plus tôt que tard, à la disparition. Il aurait été intéressant d'inclure dans la discussion les recherches qui démontrent que ces immigrants francophones s'anglicisent au même rythme que les Canadiens français après une génération ou deux...

Le doctorant de l'Université de Montréal, selon le texte de la PC, indique par ailleurs que les nouveaux arrivants sont peu enclins à «s'approprier l'héritage franco-canadien», et donc à «reproduire les conflits du passé». Reproduire les conflits du passé? Mais les conflits linguistiques sont tout à fait actuels et ne sont liés au passé que dans la mesure où l'histoire du pays permet de comprendre leur origine et leur évolution au fil du ans. Question facile; pourquoi y a-t-il un Commissaire aux langues officielles au gouvernement fédéral???

Récemment, Le Droit a publié un autre texte (voir lien #2 ci-dessous) évoquant «une francophonie vibrante» dans la ville de Cornwall, Ontario. Je ne doute pas de l'intensité des efforts déployés par les francophones engagés pour protéger et promouvoir la langue française, mais selon les recensements fédéraux, la proportion de francophones à Cornwall est en chute libre, tant sur le plan des pourcentages que des chiffres absolus. Le taux d'assimilation oscille entre 50 et 60%... Sur les près de 10 000 francophones de langue maternelle (pop. totale de Cornwall - 47 000), seulement un peu plus de 4000 parlent surtout le français à la maison... Que restera-t-il d'ici quelques générations?

Et dire que ces textes feront partie des archives médiatiques que des chercheurs du siècle prochain iront consulter...

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dimanche 27 avril 2025

Voter pour Carney, Poilièvre ou Singh ne nous confère aucun pouvoir à Ottawa!



Quand l’ensemble du Québec francophone comprendra-t-il enfin l’inutilité de confier ne fut-ce qu’une parcelle de son avenir aux partis fédéraux pancanadiens? La remontée récente des libéraux dans les sondages électoraux (qui s’essouffle, heureusement) a pour principal effet d’entretenir le pernicieux mythe voulant qu’élire des candidats du parti victorieux confère à la nation québécoise un réel pouvoir à Ottawa.

Les Québécois siégeant sous la bannière Trudeau-Carney (ou Poilièvre) se retrouveront toujours minoritaires dans ces formations et réduits au silence par une rigide discipline de parti pendant que leurs dirigeants combattent la laïcité québécoise devant la Cour suprême, sapent nos meilleurs efforts de francisation et poursuivent l’envahissement de nos champs constitutionnels (santé, éducation, etc.).

Une minorité ne décide rien. Elle demande, quémande, subit, proteste. Interrogez les collectivités francophones hors-Québec. Leur histoire est une interminable litanie d’injustices et de persécutions aux mains de majorités anglophones intolérantes. En 2025, le Québec français forme à peine 20% de la population du Canada, et ne peut rien à Ottawa contre une majorité anglo-canadienne qui s’assume.

 

Pour quelque temps, les Québécois devront poursuivre leur cohabitation avec la majorité de langue anglaise au Parlement canadien, et même conclure des alliances au besoin, notamment face à Trump. Mais il ne faut pas hypothéquer l’après-crise.


Ce 28 avril, il faut retourner à Ottawa une très imposante cohorte d’élus du Bloc québécois. Eux seuls pourront nous défendre et s’exprimer sans entrave, pour que les députés du Canada tout entier puissent continuer de voir de face ceux et celles qui, un jour, se donneront un pays à leur image. 


samedi 12 avril 2025

Si on ne s'intéresse pas à nous, ce sera bientôt comme si nous n'avions jamais existé...



Sur la rue Loretta, dans un quartier d'Ottawa adossé à l'autoroute 417, au sud-ouest des Plaines LeBreton et du pont des Chaudières menant à Gatineau (Hull), se dresse un large mur de briques avec, au centre, une ouverture surplombée d'une arche.

Le passant devinera qu'il s'agit de la façade conservée d'une bâtisse tombée sous le pic des démolisseurs. Aucune plaque n'indique que des générations de jeunes francophones ont fait leurs classes primaires à cet endroit pendant plus d'un demi-siècle. L'école Saint-Gérard est transformée en mur décoratif depuis 1981...

À quelques pas, sur la rue Beech, la statue d'un ange trône sur un socle en pierres au fond d'un îlot de verdure, à côté d'un édifice à appartements rebricolé qui rappelle vaguement sa forme d'antan, celle de l'église canadienne-française Saint-Gérard Majella, dirigée par les Pères Rédemptoristes de 1916 à 1976. Les anciens presbytère et collège des Rédemptoristes, adjacents à l'église, sont maintenant greffés aux appartements.

La classe de Mme Françoise Desormeaux à l'école St-Gérard, en 1946

Je me rappelle de ces kilomètres à pied quand nous allions, enfants, voir des films pour 5 cents au sous-sol de l'église St-Gérard, les dimanches après-midi. Mais la présence francophone sur les rues Loretta, Beech et environs sombre vite dans l'oubli en 2025. Au-delà des ruines anonymes et de souvenirs des vieux de 70 ans et plus, cette ultime extension d'une francophonie ottavienne jadis croissante suscite peu d'intérêt chez les chercheurs universitaires qui se penchent depuis des décennies sur la présence franco-ontarienne à Ottawa.

Ce qui reste de l'ancienne église St-Gérard...


S'ils binaient un peu plus leur terreau, ces historiens, sociologues et politologues découvriraient que la paroisse Saint-Gérard Majella, créée durant la Première Guerre mondiale au coeur du combat contre le Règlement 17 (interdisant l'enseignement en français dans les écoles de l'Ontario), résultait d'un petit découpage de deux paroisses voisines, Saint-François d'Assise et Saint-Jean-Baptiste, où des populations francophones beaucoup plus importantes (à l'époque) mériteraient, elles aussi, de ne pas disparaître de la mémoire collective.

La plus ancienne, Saint-Jean Baptiste, sous la férule des prêtres Dominicains, couvrait le secteur ouest du centre-ville d'Ottawa y compris les Plaines Lebreton (le flat comme on l'appelait) où environ la moitié de la population était canadienne-française. Les résidents de ce quartier modeste ont été brutalement expropriés par les autorités fédérales au milieu des années 1960. Le reste du territoire paroissial a vu la présence francophone s'effriter au fil des ans. On se trouve maintenant au coeur du quartier chinois d'Ottawa et sans la persévérance du prestigieux Collège dominicain, la paroisse serait moribonde.

Des rues Loretta et Beech on peut presque apercevoir, vers l'ouest, les hauts clochers de l'église Saint-François d'Assise, point de convergence de l'ancienne communauté franco-ontarienne de plus de 5 000 âmes qui avait fait du français la langue d'intégration du quartier Hintonburg-Mechanicsville entre la grand-rue (Wellington, la rue du Parlement) et la rivière des Outaouais au nord. Ce quartier méconnu et négligé des historiens et autres spécialistes était le seul de la capitale canadienne, au-delà de la Basse-Ville, à abriter - jusqu'aux années 1960 - une population très majoritairement francophone.

En juin 1915, au moment d'inaugurer la seconde église St-François d'Assise, le quotidien Le Droit notait en page une que cette paroisse était «en train de devenir le noyau d'une très considérable population et sera avant longtemps le centre d'une véritable ville au sein de la Capitale». J'y ai grandi dans les années 1950 et je peux témoigner que c'était toujours à cette époque un genre de «village gaulois» dans une ville largement unilingue anglaise.

Dans l'édition du 14 juin 1915 du Droit, on apprend qu'un imposant défilé parti de la Basse-Ville (rue Dalhousie) avait traversé toute la Haute-Ville anglo-protestante, sous les yeux ébahis des résidants «d'une autre foi et d'une autre langue», pour se rendre à l'inauguration de l'église St-François d'Assise. Quelle fut en effet leur stupeur en voyant parader des fanfares, des corps de clairons, un régiment de zouaves pontificaux d'Ottawa, des membres de la Garde indépendante Champlain (organisation paramilitaire), et des centaines «d'hommes» sous les drapeaux de la France et du Royaume-Uni...



À l'église elle-même, quatre bannières accueillaient la foule de quelque 7000 personnes et les dignitaires: le drapeau du Sacré-Coeur (le drapeau du Québec avec les fleurs de lys pointées vers le Sacré-Coeur au centre), l'Union Jack, le tricolore français et le drapeau de la Belgique. La présence du drapeau de la France ne témoigne pas seulement de l'attachement à la mère-patrie. Les Capucins de St-François étaient venus de France quelques décennies plus tôt pour fonder la paroisse, et la paroisse voisine, St-Gérard (fondée l'année suivante) serait administrée par des Rédemptoristes venus de Namur, en Belgique.

Parmi les dignitaires présents à la messe inaugurale et au banquet, on notait la présence, entre autres, de Wilfrid Laurier, du juge en chef de la Cour suprême Sir Charles Fitzpatrick (de la ville de Québec), du recteur de l'Université d'Ottawa, le père Rhéaume (Oblat) ainsi que du maire d'Ottawa, Nelson Porter. Henri Bourassa devait y être mais fut incapable de s'y rendre. Cette paroisse a occupé une place de choix au sein de la Franco-Ontarie et du Canada français. À preuve, l'une des réunions de fondation de la Patente (Ordre de Jacques-Cartier) a eu lieu au sous-sol de l'église St-François d'Assise en 1926.

Jusqu'aux années 1950, à un moment de l'histoire où l'immense majorité des Canadiens français étaient catholiques et pratiquants, les imposants clochers de St-François étaient devenus lieu de ralliement pour des dizaines d'organisations religieuses et patriotiques, du Tiers-Ordre aux Enfants de Marie, des scouts et guides aux zouaves pontificaux, de la société Saint-Jean Baptiste à l'AJFO (jeunesse franco-ontarienne)... Quiconque a assisté ou participé, comme moi, aux processions de la Fête-Dieu se souvient d'un défilé interminable dans des rues où les maisons étaient pavoisées de drapeaux du Sacré-Coeur et du Saint-Siège, et où les trottoirs étaient bondés.



La paroisse comptait pas moins de cinq écoles primaires et secondaires  de langue française durant son âge d'or (sans compter l'école St-Gérard, pas loin). À partir de 1952, avec la construction adjacente du complexe fédéral du pré Tunney où allaient travailler (en anglais bien sûr) des milliers de fonctionnaires, le secteur est devenu attrayant pour qui préférait vivre près de son boulot. Le tissu social canadien-français s'est disloqué en quelques décennies sous l'assaut d'un immobilier en hausse et de nouveaux blocs d'appartements. En 2025, dans des rues qui parfois ressemblent à celles du passé, on n'entend que l'anglais.

Aux universitaires indifférents, qui n'ont d'yeux que pour l'ethnocide de la Basse-Ville, je lance un appel. Les clochers de Saint-François d'Assise sont bien plus qu'un monument à la mémoire de ce qui fut. L'agonie de ce quartier jadis francophone aide à comprendre le déclin et la disparition de TOUS les quartiers urbains franco-ontariens au cours du dernier demi-siècle. Il serait dommage que les derniers soubresauts de mon ancienne paroisse, de son église, de ses écoles et de sa vie communautaire se limitent à des échanges (en anglais) entre les vieux résidents du quartier dans quelques pages Facebook...

Si rien ne se fait, il n'y aura bientôt plus de mémoires vivantes de ce quartier francophone d'Ottawa, et presque aucune documentation digne de ce nom. C'est le temps ou jamais de préserver ce qui peut l'être. Sinon, d'ici 20 ou 30 ans, nous n'aurons jamais existé...

Jeunes filles de l'école St-Gérard en 1917, portant un costume d'écolières belges...

L'église Saint-François d'Assise, à Ottawa

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Voir aussi Ottawa, lieu de vie français, dans la Revue du Nouvel-Ontario à 
https://www.erudit.org/fr/revues/rno/2018-n43-rno04488/1058551ar.pdf


vendredi 28 mars 2025

Pourquoi il est important d'appuyer le Bloc québécois en avril 2025


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Les ténors fédéralistes le claironnent sans interruption depuis le début de la guerre économique déclenchée par Trump et sa bande contre le Canada (et bien d'autres pays). Devant les agressions tarifaires et une multiplication de menaces d'annexion, on invite sans cesse les Québécois à soutenir le gouvernement fédéral pour présenter un front uni face à l'ami-devenu-ennemi en ce printemps 2025.

Les libéraux de Mark Carney (presque tous d'anciens libéraux de Justin Trudeau) se présentent comme un parti du changement (incroyable!) et veulent un mandat majoritaire pour gérer la crise. Pierre Poilièvre et ses conservateurs, sûrs jusqu'à récemment d'obtenir facilement une majorité aux Communes, veulent nous faire croire eux aussi que le Québec et le Canada peuvent résister avec plus de force à Trump en s'appuyant sur un parti majoritaire (le leur bien sûr!) au Parlement. 

C'est de la bouillie pour les chats! Une variante des mêmes vieilles rengaines sifflotées par Chrétien, Harper et Trudeau depuis les années 1990 pour affaiblir le Bloc québécois et, par ricochet, le mouvement indépendantiste au Québec. Justin Trudeau a-t-il eu besoin d'une majorité aux Communes pour riposter avec beaucoup de fermeté aux taloches du gouvernement Trump entre janvier et mars? Non!

Et son successeur, que ce soit Carney ou Poilièvre, ou quiconque, sait qu'en face de Trump un gouvernement minoritaire n'aurait aucune difficulté à faire front commun avec les partis d'opposition (sauf Maxime Bernier...). Le Bloc québécois est un chef de file dans la résistance anti-Trump et serait un allié sûr du Canada dans la mesure où les droits du Québec seraient respectés.

On nous dira, comme on le fait toujours, comme si cela allait de soi, que les Québécois ont avantage à élire un député du parti au pouvoir, plutôt qu'un député dans l'Opposition. Et comme le Bloc sera toujours par définition exclu du pouvoir à Ottawa, libéraux et conservateurs (et néo-démocrates) tenteront de nous convaincre qu'un vote pour le BQ est un vote gaspillé. Surtout en situation de crise existentielle.

Un mythe pernicieux et tenace

Voilà l'un des mythes les plus pernicieux et les plus tenaces de l'histoire du Québec et du Canada. La réalité, la vraie, c'est que le Québec francophone forme 20% de la population du Canada, et que ce 20%, même en bloc, ne peut rien contre l'écrasante majorité anglaise. Le Bloc québécois n'aura jamais le droit de décider de quoi que ce soit au Parlement avec un potentiel de 50 à 60 députés. Mais ce ne sera pas mieux pour les Québécois élus sous les bannières Carney et Poilièvre, qui se retrouveront minoritaires dans leur formation et soumis à la rigide discipline de leur parti.

Prenons un exemple opportun: la laïcité au Québec et, notamment, la contestation judiciaire du Projet de loi 21. Supposons pour un instant, même si cela apparaît improbable, qu'un candidat libéral appuie la démarche actuelle du Québec et le principe de laïcité de l'État. Il serait obligé de se taire durant la campagne électorale pour ne pas se désolidariser du parti, qui a déjà annoncé son intention de se joindre aux opposants de la laïcité en Cour suprême. Après son élection, il pourrait toujours tenter de faire valoir ses positions à huis clos au sein de son caucus mais se ferait rappeler à l'ordre par une majorité hostile. Et on le réduirait au silence aux Communes...

La liberté de parler «haut et fort»

Cette leçon vite apprise servirait à chaque fois (y compris face à Trump) que les enjeux du Québec sont à l'ordre du jour. La gestion de l'offre. L'aluminium. La francophonie. Le projet de loi 96. Les empiétements fédéraux. L'immigration. La liste est interminable. Les intérêts du Canada anglais seront toujours défendus par une députation majoritaire. Ces députés auront toujours le pouvoir décisionnel, et aussi le droit de faire taire leurs collègues québécois francophones de l'arrière-ban. Ces derniers devront écouter les ministres de leur parti attaquer le Québec en Chambre, baisser la tête... et même applaudir pour la forme. Voilà comment les choses se passent.

Un député du Bloc québécois, par contre, sera libre de crier haut et fort son appui aux revendications québécoises... et à la francophonie canadienne, souvent laissée pour compte. Son allégeance première ne va pas à la trinité Mark Carney-Mary Simon-Charles III ou à «l'identité canadienne» qui a désormais son propre ministre au cabinet Carney, mais au peuple québécois dont il devient porte-étendard. Il exprimera sans réserve - et en français! - les positions et valeurs que Québec défendrait s'il exerçait souverainement les pouvoirs accaparés par Ottawa en 1867 et en 1982. Ces voix québécoises ne seraient jamais (disons rarement...) entendues à la Chambre des communes si la députation du Québec, minoritaire, était soumise à la discipline du Parti libéral, du Parti conservateur ou même du NPD. C'était la situation avant 1993.

Pourquoi élire des candidats opposés aux revendications du Québec?

Pourquoi diable faudrait-il élire des candidats de partis qui combattront la laïcité québécoise devant des juges fédéraux à la Cour suprême, de partis qui financent depuis plus de 50 ans les groupes anglo-québécois oeuvrant par tous les moyens au sabotage de la francisation de l'État et de la société québécoise, au lieu d'appuyer les alliés du Québec au Bloc québécois. Pourquoi faudrait-il voter pour des candidats qui, une fois élus, seront minoritaires au sein de leur formation et réduits au silence au Parlement, soit par solidarité ministérielle, soit sous l'autorité des responsables de la discipline du parti. La parole québécoise serait trahie et emprisonnée.

J'accepte - nous n'avons guère le choix - que nous soyons minoritaires à la Chambre des communes, à Ottawa. Démocratie et démographie font ici la loi. Avec raison. Alors s'il faut, en attendant l'indépendance, se soumettre à la majorité anglo-canadienne au Parlement fédéral, j'aime autant que nos élus soient libres de parler, libres de faire entendre en français au pays tout entier les voix de ceux et celles, qui, un jour, se donneront un pays à leur image et qui, entre-temps, resteront alliés indéfectibles du Canada anglais dans cet affrontement contre l'axe du mal qui règne à Washington depuis le 20 janvier 2025. Voilà l'importance du Bloc québécois!

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Voir aussi mon texte du 1er septembre 2021 - Pourquoi voter pour le Bloc Québécois? - https://lettresdufront1.blogspot.com/2021/09/pourquoi-voter-pour-le-bloc.html