samedi 11 avril 2026

Après les longs couteaux, dépoussiérer le désaveu?

11 avril 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir, 11 avril 2026


On a vu la vraie face des libéraux fédéraux cette semaine. Réunis en congrès, à Montréal - ville française soit dit en passant - ils ont débattu en anglais seulement d'une proposition visant à ressusciter le vieux droit de désaveu d'une loi provinciale, accordé au gouvernement fédéral par l'Acte de l'Amérique du Nord britannique en 1867.

Pourquoi? Parce que pour la nième fois depuis la révolution tranquille et la montée de l'indépendantisme dans les années 1960, le Canada anglais cherche par tous les moyens à mettre le Québec au pas: l'armée en octobre 1970, la nuit des longs couteaux en 1981, les tricheries de 1995, tous les moyens sont bons à Ottawa pour saboter l'édification d'un Québec libre, français et laïc.

Désormais on dépoussière le désaveu, un pouvoir tombé en désuétude, qu'on a toujours refusé d'invoquer aux 19e et 20e siècles pour défendre les minorités acadiennes et franco-canadiennes quand les provinces anglaises, une à une, interdisaient leurs écoles et imposaient l'unilinguisme anglais. Pire, on a le culot d'en discuter in English, au Québec, dans un atelier présidé par le député anglo-québécois Anthony Housefather, le seul député aux Communes à voter contre la modernisation récente de la Loi sur les langues officielles!

La Presse canadienne rapporte que le seul commentaire fait en français avait l'allure d'une claque en pleine face: «Je ne peux pas répondre à cette question, parce que je ne parle pas français, mes excuses». De plus la résolution présentée aux delegates avait incorrectement traduit le mot «disallowance» (désaveu) par «droit de véto». Preuve de plus que ce débat, à commencer par le projet de proposition, avait été conçu par des gens pour qui le français n'a guère d'importance.

Les délégués libéraux anglophones ont dû se sentir chez eux dans la région montréalaise, qui a élu aux Communes près de 30 députés plus souvent qu'autrement prêts à s'associer aux manoeuvres anti-québécoises et anti-francophones de la majorité anglo-canadienne. On a déjà mentionné Anthony Housefather, qui siège sur son trône de Mount-Royal, mais il y en a d'autres de la même étoffe. Angelo Iacomo, député d'Alfred-Pellan (Laval), proposait il y a deux ans à peine de rendre le Québec officiellement bilingue et de retirer au français son statut de seule langue officielle.

Les députées Emmanuela Lambropoulos (Saint-Laurent) et Patricia Lattanzia (St-Léonard-St-Michel) ne se rangeront jamais dans le camp du Québec français. Sur le site Web de la Chambre des communes, toutes les deux indiquent l'anglais comme première langue préférée, et ce, dans des circonscriptions où les anglophones sont nettement minoritaires. Et que dire de la députée de Longueuil-Charles-Lemoyne, Sherry Romanado, qui a elle aussi refusé son appui à la modernisation de la Loi sur les langues officielles, enregistrant son abstention.

Dans cette bande de députés formés très majoritairement dans des institutions anglo-montréalaises (McGill, Concordia), on trouve le ministre canadien des Langues officielles Marc Miller, un Anglo-Montréalais représentant Ville-Marie-Sud-Ouest-Île des Soeurs, qui ne brille pas par son zèle pour défendre la langue française. Au contraire, il se dit tanné d'entendre parler du déclin du français au Québec... 

Ensemble, les près de 30 députés libéraux de la métropole et de sa couronne constituent un formidable bloc de défenseurs d'un multiculturalisme anglo-dominant renforcé par l'application de la Charte des longs couteaux depuis 1982. Mais rares sont les moments où ils sont systématiquement confrontés par les partisans de la francisation ou de la laïcisation au Québec, pourtant des valeurs partagées par une forte majorité de Québécois.

Terrebonne

À preuve l'élection partielle de lundi (13 avril) dans Terrebonne, où la candidate libérale Tatiana Auguste a pu mener bien trop tranquillement une campagne axée sur des thèmes essentiellement locaux. Le Bloc aurait pu la talonner jour après jour pour lui demander sa position sur la Loi 21, que son gouvernement conteste présentement devant la Cour suprême, ou sur la Loi 96 (français langue commune), qui suscite chez son premier ministre Mark Carney un «malaise», ou sur les dizaines de millions que le fédéral verse tous les ans pour angliciser le Québec, ou même sur les positions anti-francophones prises par certains de ses collègues.

Espérons que lundi, les gens de Terrebonne, à 90% francophones, auront compris que seule la candidate du Bloc représentera fidèlement les valeurs de la majorité québécoise de langue française à la Chambre des communes. L'élection d'une nouvelle députée rouge et le renforcement subséquent d'un gouvernement multiculturel et anglo-dominant aurait pour seul effet d'affaiblir un Québec déjà fragilisé.

Retroussons nos manches!

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