25 avril 2026...
Que le chroniqueur britanno-colombien J.J. McCullough trimbale sur la place publique son ignorance de l'histoire du pays et son dédain quasi-haineux pour les francophones me laisse indifférent. Il perpétue une vieille tradition de francophobie qui plait à un large auditoire au Canada anglais. Ce qui me dérange, c'est qu'un magazine qui se veut sérieux, Macleans en l'occurence, offre une tribune à ses propos injurieux comme s'ils étaient crédibles et fondés!
Cette revue anglo-canadienne vient de publier un texte particulièrement fielleux de M. McCullough intitulé Official Bilingualism Has Failed Canada. En français, il aurait pu écrire Au Canada, le bilinguisme nous a laissés tomber ou quelque chose du genre. Jusque là, rien à redire, on entend régulièrement des points de vue semblables chez les francophones, au Québec et ailleurs au pays.
Mais toute similitude se termine là. Dès le première paragraphe, il enfonce son venin sans retenue en évoquant le drame survenu l'an dernier à Vancouver, quand le conducteur d'un VUS avait foncé dans la foule à un festival philippin, tuant 11 personnes. Le premier ministre n'a pas adressé ses condoléances en tagalog (langue des Philippins) mais en anglais. Suit un second paragraphe de deux mots aux allures de poignard: «And French.»
Le chroniqueur rapporte les propos de Mark Carney en français, «une langue que 25 millions de Canadiens ne comprennent pas». La plupart des gens de la collectivité philippine connaissent l'anglais, «comme 87% des Canadiens» (un chiffre qui inclut tous les francophones bilingues). Depuis longtemps, écrit-il, les minorités linguistiques de ce pays acceptent que l'anglais soit devenu le pont qui permet de relier les éléments de cette diversité.
Toutes les minorités sauf une: les Canadiens français. Parce que pour M. McCullough, les francophones sont une minorité linguistique comme toutes les autres. Surtout pas une nation. Seuls les Franco-Canadiens, dit-il, possèdent ce droit unique, endossé par la Constitution et une phalange de politiciens, journalistes activistes et intellectuels, de recevoir les communications de l'État dans «la langue qu'ils préfèrent». Un seul Canadien, quelque part, aurait préféré entendre Carney déplorer la tragédie (de Vancouver) en français? Le premier ministre aurait obtempéré...
Pourquoi, se demande-t-il, faisant étalage de son ignorance, une seule minorité linguistique dans un pays aussi grand et multiculturel que le Canada a-t-elle le droit d'obtenir des choses dans sa langue préférée? Cela défie toute logique selon lui, estimant que le bilinguisme de l'État fédéral est une espèce de religion folklorique qui va à l'encontre de l'image d'une démocratie équitable et fondée sur le mérite (!!!) que projette le Canada. Clairement, pour lui, la seule langue commune au Canada, qui inclut le Québec, c'est l'anglais. C'est la seule langue qui n'est pas minoritaire...
Les écoles françaises dans l'Arctique, des émissions de Radio-Canada en français pour les Franco-Albertains, un premier ministre fédéral qui prononce quelques phrases en français devant le Parlement australien, voilà de toute évidence des absurdités. Et que seraient ses jérémiades sans la plainte sans cesse renouvelée d'une administration fédérale qui - bilinguisme officiel oblige - écartent des plus hauts échelons une grande partie des plus brillantes compétences unilingues anglaises du pays? Si M. McCullough se donnait la peine de s'informer, il trouverait une fonction publique fédérale largement unilingue anglaise, même pour les francophones...
Le statut officiel accordé au français lui apparaît ainsi en contradiction avec les objectifs de diversité, d'équité et d'inclusion du Canada qui, semble-t-il, ne peut se faire qu'en anglais... Le résultat aura été une concentration du pouvoir entre les mains d'une élite «laurentienne» bilingue de race blanche... et, comme par hasard, surtout québécoise... Et M. McCullough estime qu'il en résulte un pays où une réalité culturelle (française) est honorée plus que les autres. On voudrait nous faire croire qu'il existe un «fait français» au Canada, mais les nombres suggèrent que ce n'est qu'un «petit fait» parmi plusieurs...
Son analyse de la réalité socio-linguistique canadienne n'est pas entièrement erronée, mais la francophobie qui suinte partout exclut toute forme de dialogue rationnel sur la statut de l'anglais et du français, au fédéral comme au Québec comme ailleurs au Canada. S'il possède quelque connaissance de l'histoire des deux principales nations sur le territoire canadien, il l'a bien camouflée. S'il comprend les rouages et le partage des compétences propres à un régime fédéral, il le dissimule tout autant. Avec J.J. McCullough comme premier ministre canadien, le français serait vite réduit au rang du tagalog et le Québec proclamerait son indépendance en un clin d'oeil.
J'espère que le magazine Macleans ne tire pas quelque fierté d'avoir publié une telle ordure. Lisez-la: le lien suit ci-dessous...

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