mardi 14 avril 2026

Le désarroi du parti de Poilievre...

14 avril 2026...
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capture d'écran du compte X de Pierre Poilievre

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L'an dernier, à la générale du 28 avril 2025, les candidates libérale Tatiana Auguste et la bloquiste Nathalie Sinclair-Desgagné avaient obtenu chacune 38,7% des votes exprimés, la victoire étant acquise par une seule voix. La conservatrice Adrienne Charles avait engrangé une part respectable des voix (18%), tandis que le NPD, en chute depuis la vague orange de 2011, avait dû se contenter de 2,6% des appuis.

Alors si on m'avait assuré qu'au match reprise du 13 avril 2026, la candidate du Bloc Québécois dans Terrebonne obtiendrait cette fois près de 47% des voix, un gain de 8% par rapport à l'année précédente, j'aurais parié toutes mes économies sur sa victoire... et, malheur de malheur, j'aurais perdu ma chemise!

Dans un pays où trois grandes formations politiques (quatre dans notre demi-pays du Québec) s'affrontent depuis des décennies et où d'autres partis de moindre envergure et des indépendants jouent régulièrement les trouble-fête, obtenir plus de 40% des voix exprimées vous assure plus souvent qu'autrement un siège aux Communes.

À l'élection partielle du 16 septembre 2024 dans LaSalle-Émard-Verdun, alors que Justin Trudeau et son parti caracolaient dans les sondages d'opinion publique, le bloquiste Louis-Philippe Sauvé avait remporté la circonscription avec 28,2% des voix! Suivaient dans l'ordre le Parti libéral (27,4%), le NPD (26,1%) et le PCC (11,5%)...

Que s'est-il donc passé pour que que 95,2% des électeurs de Terrebonne cochent une case libérale ou bloquiste, pour que le Parti conservateur et le NPD soient littéralement broyés? Sur 48 369 votes enregistrés, seulement 249 (0,5%) sont allés au Nouveau Parti démocratique. Il arrive au Parti Rhinocéros de faire mieux. Mais c'est le parti de Pierre Poilievre qui a pris la plus dramatique débarque, perdant près de 10 000 votes : une dégringolade, de 18% à 3,3%!

Le Parti conservateur, qui avait le vent dans les voiles face aux rouges, ayant même arraché le bastion libéral de Toronto-St. Paul's lors d'une élection partielle tenue le 24 juin, semble avoir frappé un mur de béton depuis que l'arrivée d'un Donald Trump menaçant à la Maison-Blanche offre au premier ministre Trudeau, puis à Mark Carney, une tribune inespérée qui les a transformés en sauveurs du Canada. Les appuis au PCC ont fondu comme neige au soleil.

Les espoirs de Poilievre se sont évaporés avec l'élection d'un gouvernement minoritaire libéral le 28 avril 2025. Le chef conservateur a même été battu dans sa propre circonscription. Pire, depuis la fin de l'automne 2025, quatre de ses députés ont viré capot. Trahissant le mandat reçu de l'électorat, ils ont joint les rangs de la bande à Carney. Et des rumeurs qui circulent prétendent que d'autres membres du caucus conservateur pourraient faire de même...

Mark Carney s'étant approprié une bonne partie du programme des conservateurs pendant que le NPD met désormais le cap à gauche, Pierre Poilievre semble errer dans un bourbier où son idéologie (ou son style) ne réussit pas à séduire les auditoires indécis ou même à conserver les acquis. Dans les deux partielles torontoises du 13 avril, loin des enjeux du Bloc québécois, le PCC se mesurait à ses adversaires traditionnels à un moment où la panique des premières semaines de Trump se fait beaucoup moins sentir. 

Or, dans ces deux circonscriptions, traditionnellement libérales il faut le dire, la performance des candidats conservateurs a été anémique, leur part des voix chutant de 31% à 18% dans Scarborough Sud-Ouest, et de 23,5% à 12,4% dans University-Rosedale. Dans cette dernière, même un NPD à la dérive a coiffé le parti de Pierre Poilievre avec 19% des votes exprimés. Quant aux scores libéraux, sans être aussi «unanimes» que ceux des régimes autoritaires, ils s'approchent de la stratosphère des partis uniques, avec 70% dans Scarborough Sud-Ouest et 65% dans University-Rosedale.

La morale de cette histoire, si elle existe, c'est que jusqu'à la fin du règne Trump aux états-Unis, l'hégémonie libérale perdurera un peu partout au pays pendant que les gauches et droites traditionnelles cherchent un discours accrocheur. Au Québec, la déroute actuelle des conservateurs et néo-démocrates aura pour effet de multiplier les luttes à deux à travers le Québec francophone. Alors que le Bloc pouvait espérer des victoires avec 35, 40 ou 45% des voix dans les circonscriptions où 85% ou plus des électeurs sont francophones, le parti souverainiste doit maintenant viser le 50% +1. Sans le PCC et le NPD, les confrontations PLC contre BQ sont dorénavant référendaires. 

Nous avons vu cette dynamique à l'oeuvre ce 13 avril dans Terrebonne. J'espère que les indépendantistes ont pris des notes. Elles serviront peut-être d'ici le mois d'octobre si le PQ se retrouve en combat singulier avec le vieil adversaire libéral. Et cela semble de plus en plus possible...

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