4 avril 2026...
Il y a 70 ans, en 1956, Pâques a été célébré le dimanche 1er avril. J'avais neuf ans et depuis peu, j'étais enfant de choeur à l'église toute neuve de la paroisse Notre-Dame-des-Anges, dans un petit quartier francophone d'Ottawa appelé Mechanicsville.
Je me souviens des grandes cérémonies religieuses des Jeudi et Vendredi Saint, ainsi que la longue et tardive Veillée pascale. Église bondée, prières latines apprises. C'était le chemin de Croix, puis la résurrection. Le sommet du calendrier liturgique dans l'Église catholique. C'était aussi la fin du carême, le festif repas familial du dimanche de Pâques et... les chocolats Laura Secord.
Qu'en reste-t-il, en ce début d'avril 2026??? Les hauts points religieux de ma semaine pascale auront été la réception d'une lettre d'invitation des Témoins de Jéhovah, une heure ou deux de visionnement de Jésus de Nazareth et de Ben-Hur sur la chaîne Prise2 de TVA (commandités par les vendeurs du temple aux 15 minutes...), et une brève pensée à la crucifixion vers 15 h 30. Une demi-heure en retard...
Suis-je seul à avoir abandonné la pratique religieuse, sans pour autant renier les fondements de mes croyances d'enfant? Sans doute pas, au rythme où les clochers qui marquaient nos territoires jadis tombent sous le pic des démolisseurs ou se transforment en résidences pour personnes âgées, en centres communautaires ou même en commerces.
Encore cette semaine, Radio-Canada Ottawa-Gatineau présentait un reportage sur les dix années d'efforts des citoyens de Montebello (Petite-Nation) pour sauver l'église Notre-Dame-de-Bonsecours au coeur de l'ancienne seigneurie de Louis-Joseph Papineau. Réussiront-ils où tant d'autres ont échoué? Prions en choeur...
La valeur historique ou patrimoniale des églises québécoises et canadiennes-françaises a permis d'en protéger un certain nombre, parfois envers et contre les volontés de l'Église catholique comme ce fut le cas pour les églises Saint-François d'Assise et St-Joseph d'Orléans, dans la capitale fédérale. Mais cela me semble davantage l'exception que la règle.
Les Franco-Ontariens ont perdu depuis 2010 l'église Ste-Anne, épicentre de la lutte des Franco-Ontariens contre le Règlement 17 dans la Basse-Ville d'Ottawa, et l'église St-Charles de Vanier, lieu de fondation de l'Ordre de Jacques-Cartier. Sur la rive outaouaise, les deux co-cathédrales de l'archidiocèse de Gatineau, une dans le secteur Hull, l'autre dans l'ancienne ville de Gatineau, ont été converties en résidences privées pour personnes âgées.
La religion catholique aura été pendant plus de 300 ans l'un des ciments de notre petite nation francophone d'Amérique du Nord. Désormais, il ne reste que la langue française, ainsi que les braises, parfois fumantes, des valeurs chrétiennes d'antan, transformées et polies dans notre transition vers une société et un État laïc. Cette rupture a toutefois laissé des cicatrices qui ne guérissent pas...
Tout de même, ce Samedi Saint, nos enfants, leurs conjoints et les petits-enfants seront rassemblés sous le toit familial une dernière fois (nous avons vendu la maison) pour célébrer Pâques. Cela prendra, pour les plus jeunes (qui ne sont presque plus des enfants), la forme de la traditionnelle chasse aux oeufs de Pâques. Pour les adultes ce sera toute la joie des trop rares retrouvailles et d'un grand souper pascal en famille. Et bien sûr les chocolats Giacomo (et Laura Secord)!
Un temps pour oublier, quelques heures, avec les proches, les malheurs qui assaillent notre petite planète et qui semblent parfois noircir l'horizon à l'infini. Je laisse, pour conclure, ce beau message pascal de l'archevêque de Gatineau, Paul-André Durocher, que je trouve fort opportun:
«Pâques annonce qu'un monde nouveau est en train de naître. Ce n'est pas le temps de laisser vaciller la lumière des petites étoiles que nous sommes. Ensemble, semons sa lumière malgré les ténèbres qui nous assaillent. Que ce temps de fête soit un temps d'espérance et d'engagement renouvelé à la suite du Christ.»
«Joyeuses Pâques!»
Amen!

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