jeudi 30 avril 2026

Il n'y a plus de vrais fédéralistes à Ottawa...

30 avril 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir

Le rouleau compresseur est en marche. Avec Mark Carney, comme pour Justin Trudeau avant lui, le gouvernement canadien s'affirme plus centralisateur qu'authentiquement fédéral. Dans une fédération, les deux ordres de gouvernement - l'État central et les États fédérés - occupent chacun des champs de compétence le plus souvent exclusifs, que tous les gouvernements sont censés respecter.

Au Canada, le gouvernement fédéral a depuis sa fondation cherché à saboter cet équilibre en affirmant son rôle «national», jugé supérieur à celui des provinces. Ayant mis le grappin sur l'ancien pouvoir exécutif royal et les tribunaux supérieurs, armé de son pouvoir illimité de dépenser, Ottawa s'est trop souvent immiscé dans les plates-bandes provinciales, y compris celles de la nation québécoise. Les dirigeants «fédéraux» de ce pays sont tout sauf fédéralistes. Ils centralisent!

Mark Carney s'annonce comme le plus envahissant des premiers ministres fédéraux depuis 1867. Il veut s'attaquer au fondement même du régime. L'État fédéral, le vrai, est toujours le reflet d'une société «fédérale», d'une société où il existe un certain équilibre entre les identités régionales (ou nationale au Québec) et l'identité pan-canadienne. Carney ne s'en cache pas. Il veut «une» économie, pas dix ou onze. Et sa création d'un ministère de l'Identité canadienne (jamais vu ça avant) claironne ses intentions.

Son premier énoncé économique, livré le 28 avril, constitue une attaque de front contre les compétences provinciales exclusives en éducation au moyen d'un programme de 6 milliards $ intitulé «Une Équipe Canada forte» (traduction Google de Team Canada Strong). Il s'agit d'un programme pan-canadien de formation de la main-d'oeuvre dans des métiers spécialisés (un non-sens constitutionnel), conçu, dirigé et financé par le gouvernement fédéral.

Se mêlant de ce qui ne le regarde pas, Ottawa a créé ce programme, en a déterminé les paramètres et contrôlera les budgets. Le «nous», dans ce programme, c'est Ottawa. Il n'y a pas d'autres «nous» qu'Ottawa. Les États provinciaux (théoriquement les égaux constitutionnels du fédéral) sont réduits aux rangs de «partenaires» comme les peuples autochtones, les syndicats, les entreprises et les forces armées. «Nous formerons plus de travailleurs plus rapidement», tonne le fédéral.

La violation des compétences nationales du Québec en matière d'éducation de la main-d'oeuvre était tellement flagrante que même le gouvernement affaibli de la CAQ s'est senti obligé de réagir. Utilisant comme motif de protestation un possible dédoublement de programmes québécois déjà existants, le ministre Jean Boulet rappelé du bout des lèvres qu'il s'agit d'un «champ de compétence exclusive du Québec». Un ton trop conciliant mais tout de même. Ottawa s'est dit «ouvert» à discuter, comme s'il y avait quelque chose à discuter...

Le gouvernement fédéral n'en est pas à ses premières intrusions. L'une des plus récentes, en 2023, le Régime canadien des soins dentaires, constituait un piétinement flagrant des compétences provinciales en administration de la santé. Et d'autres mesures n'attendent que le bon moment pour se manifester. On pense ici aux grands chantiers «nationaux» destinés encore une fois à bâtir un «Canada fort». Les 25 milliards $ mis par Carney dans la cagnotte ne s'embarrasseront pas des subtilités d'une constitution fédérale. Ottawa bâtira des logements abordables, compétence ou pas. Et surtout n'oubliez pas que le Canada agit sous «la suprématie de Dieu». C'est écrit dans la Charte des longs couteaux.

Avec l'anémique gouvernement Fréchette aux «commandes», la nation québécoise est fort mal équipée pour protéger ses acquis, et encore plus mal équipée pour faire des gains. Quant à Carney, il vient d'acheter sa majorité aux Communes et détient maintenant les pleins pouvoirs que l'électorat canadien lui avait refusé en avril 2025. Au Canada anglais, où l'on voit déjà Ottawa comme le gouvernement «national», l'écrasement constitutionnel des provinces est déjà en voie de réalisation. Reste le Québec...

Si le Parti québécois ne réussit pas à prendre le pouvoir en octobre, la bande à Carney sera maîtresse du jeu, même chez nous. J'entends déjà les gloussements de joie des députés libéraux fédéraux du Québec, pour la plupart opposés à un Québec français, laïc et autonome. Le déclin de notre État québécois ne sera pas beau à voir...

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