4 février 2026...
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| la page une du journal Le Droit du 4 février 1956 |
À chaque 30 janvier, c'est un peu ma demi-fête... Je suis à mi-chemin entre mon anniversaire de naissance précédent (30 juillet) et le prochain. C'est l'occasion, dans les jours qui suivent, de mijoter sur le chemin parcouru et de scruter l'horizon de l'avenir. Or, en cette année 2026, j'aurai 80 ans. J'espère bien m'y rendre, mais il y a de fortes chances que j'amorce la dernière décennie de ma vie.
Je n'ai jamais eu la conviction que je deviendrais nonagénaire. Je me souviens, il y a 70 ans de cela, mon âge m'inquiétait. J'avais neuf ans durant l'hiver 1956, et cela me préoccupait que j'approche de la fin des mes années d'un seul chiffre. À l'été j'aurais 10 ans. Deux chiffres. Et les chances de me rendre à trois chiffres, d'être un jour centenaire, me paraissaient minces. À 10 ans, je serais donc vieux.
Pour bien marquer cette prise de conscience, j'avais, avec un copain de classe de 5e année à l'école Notre-Dame des Anges (Ottawa), emballé une petite fronde métallique (lance-pierres) avec laquelle on visait toutes sortes de cibles, les moins dangereuses possibles. J'avais écrit sur l'emballage: ne pas ouvrir avant 1966. Ce chapitre finit en queue de poisson. Dix ans plus tard, à la faculté des Sciences sociales de l'Université d'Ottawa, j'avais d'autres chats à fouetter et, de toute façon, deux déménagements plus tard, la petite fronde avait disparu...
J'y pense aujourd'hui. La vie d'un enfant à cette époque (1956) était beaucoup lus simple. C'était la fin d'une époque. Le bruit courait à l'école et à l'église que la fin du monde surviendrait en 1960. Que la Vierge l'aurait annoncé à Fatima. Le soir du 31 décembre 1959, j'ai regardé l'horloge jusqu'à minuit et il ne s'est rien produit. Malgré tout, en y repensant, l'année 1960 et la décennie qui porte son nom auront marqué tout de même la fin d'un monde.
Les vestiges de l'univers de mes parents étaient toujours présents en 1956. Chaque matin, ou presque, je me retrouvais à l'église Notre-Dame des Anges (au coin de la rue) pour enfiler le costume d'enfant de choeur et servir la messe. Le laitier et le boulanger livraient toujours le pain et le lait à la maison dans une voiturette tirée par des chevaux. L'école était située à jet de pierre de la maison, où je revenais tous les midis pour manger pendant que ma mère écoutait Les joyeux troubadours à la station de radio CKCH de Hull.
En fin d'après-midi, j'allais avec mon frère chercher les quelque 80 exemplaires du Ottawa Journal (ou, un des quotidiens anglais) que nous distribuions de porte en porte dans le quartier St-François et Mechanicsville d'Ottawa. Ça fait drôle d'y penser aujourd'hui mais de grandes entreprises comme la presse quotidienne comptaient, à cette époque, sur une armée d'enfants pour livrer leur produit à la clientèle. Pour nous, c'était un «salaire» de quelques dollars par semaine et l'occasion d'acheter un egg roll à 5 cents au restaurant chinois.
Si on retourne au 4 février 1956 - 70 ans très exactement - nous étions un samedi. Nous aurions exceptionnellement livré nos journaux en matinée (il n'y avait que des quotidiens d'après-midi à Ottawa) mais le reste de la journée, nous aurions joué au hockey dans la rue ou fréquenté la patinoire du parc Laroche, tout près. À moins d'aller voir un film pour quelques sous à un mini-cinéma improvisé, dans un garage sur la rue d'à-côté. À 16 heures cependant, vite à la maison pour voir les émissions de cowboys en noir et blanc à la télé de CBC et, en soirée, admirer Maurice Richard en regardant le match des Canadiens sur les ondes de Radio-Canada. Jusqu'à ce que mes parents nous envoient au lit...
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| télé-horaire du 4 février 1956 à Ottawa |
Les complexités de la vie politique, des conflits internationaux, des débats sociaux nous échappaient largement, sauf pour des bribes de conversations d'adultes captées dans les rencontres de famille, où plusieurs évoquaient encore des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale. En livrant les journaux, même si l'anglais était plus difficile à comprendre que le français, on finissait par lire une bonne partie de la page une. C'est ainsi que j'ai suivi la révolution hongroise de 1956. Des téléromans comme La famille Plouffe nous faisaient entrevoir une société plus laïque que notre monde ultra-catholique. Et le musique d'Elvis et de Chuck Berry nous prenait aux tripes...
Mais il y avait toujours dans ma tête ce foutu 10e anniversaire de naissance qui surviendrait dans moins de six mois. Les derniers mois de ma «jeunesse». À moins de six mois de mes 80 ans, je me considère vieux depuis déjà une quinzaine d'années. Commencer une nouvelle décennie est devenu plus excitant qu'en enfance. Ouate de phoque. Commencer une nouvelle journée compte parmi mes grands plaisirs.


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