samedi 16 mai 2026

Du sang à la une? Non. Du sang sur la une...

16 mai 2026...

capture d'écran de Reporter sans frontières


Cueillir un journal papier à la porte, tôt le matin, constitue pour moi un geste sacré. Parce que j'ai été journaliste et que j'ai toujours l'encre dans mon sang? Oui, sans doute. Mais il y a plus. Cette compilation quotidienne de nouvelles, de chroniques et de commentaires nous est transmise par une armée d'artisans de l'information. Elle est au coeur de nos démocraties qui, sans presse libre, étouffent.

Depuis toujours, les journalistes foncent dans les murs et les défoncent pour renseigner le public. Mais aujourd'hui, leur univers médiatique est attaqué et menace de crouler sous les coups de boutoir de régimes autoritaires, d'étranglements financiers, de concentrations entre les mains de l'oligarchie des riches et puissants, d'indifférence des élus, de l'envahissement de l'IA... et, plus souvent qu'on pense, de la violence.

Reporters sans frontières vient de dévoiler son Classement mondial de la liberté de presse (voir lien en bas de page) et il y a beaucoup de sang sur la une. «Les journalistes sont toujours tués ou emprisonnés en raison de leur travail, précise RSF, mais les tactiques de prédation de la liberté de la presse se muent: c'est aussi le journalisme qui se meurt, asphyxié par une parole politique hostile aux reporters, fragilisé par une économie des médias en berne et pressurisée par l'instrumentalisation de lois contre la presse.»

En 2025, selon l'organisation, 67 journalistes ont été tués en raison de leur métier à travers le monde: près de la moitié sous les balles israéliennes à Gaza, une brochette d'autres assassinés par le crime organisé au Mexique. Ce chiffre est conservateur; d'autres groupes le situent à plus de 120 morts. RSF fait aussi état de 503 journalistes emprisonnés ou tenus en otage dans 47 pays du monde (Russie, Chine, Birmanie, etc.). Les journalistes ont de tout temps été détestés par les dictateurs et les criminels. «Voilà où mène la haine des journalistes, voilà où mène l'impunité», de dire Anne Bocandé, directrice éditoriale de Reporters sans frontières.

En se fondant sur les indicateurs qui permettent de mesurer l'état de la liberté de la presse dans le monde (économique, légal, sécuritaire, politique et social), RSF conclut que «le score moyen de l'ensemble des pays du monde n'a jamais été aussi bas. Plus de la moitié des pays du monde sot en situation "difficile" ou "grave" pour la première fois dans l'histoire du classement - soit de puis 25 ans». Les États-Unis, notamment, perdent sept places et chutent au 64e rang mondial. On sait pourquoi avec les attaques incessantes de Trump et de sa bande contre les médias qui osent le critiquer...

Une statistique frappante qui ne devrait laisser personne indifférent. RSF affirme qu'en 2002, environ «20% de la population mondiale vivait dans un pays où la situation de la presse était perçue comme "bonne". Vingt-cinq ans plus tard, moins de 1% de la population mondiale bénéficie de cette bonne situation». Le Canada n'y est plus, même si - à la 20e place mondiale - il se porte encore mieux que tous les autres pays d'Amérique. Qu'en sera-t-il dans cinq ou dix ans au rythme où déclinent nos médias traditionnels et où l'Internet étouffe sous la désinformation humaine et numérique (IA)?

Ce matin, je pense au mérite des journalistes d'ici, qui continuent de piocher pour nous informer en dépit des coupes budgétaires, de la disparition du papier, de la fragmentation des auditoires dans la jungle de l'Internet. Je salue encore davantage l'héroïsme des reporters qui enfilent des vestes pare-balles pour documenter les conflits armés ou enquêter sur les cartels de la drogue. Sans leur sueur et leur sang sur la une de nos journaux, notre démocratie s'écroule. Elle titube déjà...

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Classement mondial de la liberté de presse - https://rsf.org/fr/classement


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