13 juin 2026...
Au moment d'amorcer de nouveau une campagne électorale, ce qui paraissait clair ne l'est plus. Après quatre victoire d'affilée en partielles depuis 2022 (Jean-Talon, Terrebonne, Arthabaska, Chicoutimi) et une confortable avance dans les sondages d'opinion, le Parti Québécois semblait voguer vers un gouvernement majoritaire en 2026 et un ultime rendez-vous référendaire avec l'histoire en 2030.
En seulement quelques mois, nous sommes revenus à l'incertitude la plus totale. Les plus récents sondages laissent entrevoir des luttes à trois et même à quatre dans plusieurs régions du Québec, notamment depuis l'arrivée de Christine Fréchette au poste de premier ministre en avril. Faisant siennes les bons coups de François Legault, se distançant de ses échecs, Mme Fréchette se targue de sa relation de copinage avec Mark Carney, qui permet d'avoir des «résultats sans drama»...
Le nombre de personnalités et de programmes dans l'arène électorale se multiplie et l'univers médiatique fragmenté, plus souvent qu'autrement hostile aux indépendantistes, ne clarifie rien. On se croirait revenu à la case départ du début des années 1970. À cette époque, nous avions le temps de décortiquer les enjeux et de prendre une ou deux décennies pour se brancher comme peuple. Nous n'avons plus ce luxe en 2026. La nation québécoise, avec le déclin du français et l'assaut contre ses valeurs, titube au bord du précipice.
S'il doit y avoir une décision qui décidera de la vie ou de la mort de notre aventure française en Amérique, elle doit être prise maintenant. Pas dans quatre ou huit ans. Il sera trop tard. Si la souveraineté doit avoir la moindre chance de se réaliser, une victoire décisive du Parti Québécois en octobre 2026 est essentielle. Avec l'anglophile Milliard, le fédéralisme sans «drama» de la CAQ, la grande noirceur du PCQ et l'espoir du grand soir de QS, les vieilles chicanes reprendront de plus belle et l'élan souverainiste sera, peut-être définitivement, brisé.
Les arbres cachent la forêt. Le ciel, même. Il faut s'élever au-dessus de l'immédiat et demander, comme Jacques Michel le faisait en 1971, «Quel temps est-il?». Cette belle chanson oubliée pose en termes éclatants de clarté la situation dans laquelle le peuple québécoise se trouve. «Il y a un temps pour toutes choses, et chaque chose arrive en son temps», lance le chansonnier dans son album opportunément nommé S.O.S. Ses paroles, attribuées à un vieil homme dans sa chanson, sont presque prophétiques. Elles tracent un portrait des «temps» que le Québec doit franchir pour devenir un pays:
«Temps de pleurer, temps de vagir
Temps de parler, temps de saisir
Temps de marcher, temps de bondir
Temps de jouer, temps de s'instruire
Temps de penser, temps de mûrir
Temps de douter, temps de choisir,
Temps de plaider, temps de dire
Temps de crier, temps de rugir
Temps d'avancer, temps d'agir
Temps d'assumer, temps d'accomplir
Temps de lutter, temps d'acquérir,
Temps d'exiger, temps d'obtenir.
Quel temps est-il? Quel temps est-il?»
Cinquante-cinq années nous séparent de cette chanson. Nous avons franchi plusieurs de ces étapes. Nous avons parlé, douté, crié, rugi, avancé, lutté, sans arriver à destination. Le temps n'est plus à reprendre les luttes et les «dramas» stériles qui nous paralysent depuis des décennies. Le temps presse. Il nous faut exiger, acquérir, obtenir.
Maintenant, ou peut-être jamais...

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