Quand un jour, l'assimilation aura achevé son oeuvre et que les dernières collectivités francophones de l'Amérique du Nord se compteront sur les doigts d'une main, il ne restera que l'évidence. Les mourants ne racontent pas de sornettes. Les déclarations faites à l'agonie sont généralement empreintes de vérité et de sincérité. À Terre-Neuve, les dernières communautés de langue française en sont rendues là. Après le prochaine génération, il y aura le néant. Leur témoignage a valeur de prophétie pour tous ceux et toutes celles qui, même en terre québécoise, croient assurée la pérennité du français.
Voilà pourquoi ce reportage récent (lien en bas de page) de Radio-Canada sur la péninsule de Port-au-Port, à Terre-Neuve, revêt tant d'importance. Les personnes que le journaliste Patrick Butler a rencontrées ont parfaitement conscience d'assister à la disparition du fait français dans leur coin de pays. Leurs commentaires décrivent crument la réalité socio-linguistique, mieux que les fins discours de statisticiens et politiciens. À l'article de la mort, il n'y a plus de filtres.
Un peu de contexte (essentiel)... Soyez patients. La péninsule de Port-au-Port est située sur la côte sud-ouest de Terre-Neuve. Deux localités ont des concentrations de francophones: La Grand'Terre (Mainland) et Cap St-Georges. Chacune a son école et la population d'élèves est en chute libre: baisse de 50% depuis 2016 à l'école Notre-Dame-du-Cap (il ne reste que 20 enfants), et de 33% à l'école Sainte-Anne (de 76 à 50 élèves) au cours de la même période. Selon le recensement fédéral de 2021. Au village La Grand'Terre, sur 50 habitants de langue maternelle française, à peine une douzaine parlent le plus souvent français à la maison...
Allons-y maintenant pour les commentaires recueillis par la reporter de Radio-Canada...
Qu'en pense Alex, un des seuls élèves de 11e année à parler français à domicile, qui poursuivra ses études à l'Université de Moncton? «C'est un peu épeurant»... En effet...
Et qu'en dit l'ancien directeur de l'école de Cap St-Georges, Robert Cormier? «Si t'entends pas la langue (français) parlée à la maison, tu l'apprends juste à l'école, puis si t'as pas la chance de travailler dans la langue française après que tu quittes l'école, c'est quoi ta motivation pour garder la langue?» En effet...
Aujourd'hui âgé de 79 ans, il ajoute que dans sa jeunesse, l'anglais était obligatoire à l'école (comme dans bien d'autres provinces), mais que le français se parlait dans la cour et à la maison. «Aujourd'hui, c'est le contraire»... Ce phénomème est généralisé au sein de la plupart des minorités francophones hors-Québec.
Le nombre de Canadiens français «de souche» décline partout au Canada (assimilation et dénatalité), mais il est marginalement compensé par l'arrivée de milliers d'immigrants francophones. Pas à Terre-Neuve. «Les vieilles familles, les familles de souche, sont en train de disparaître, dit M. Cormier. Les gens meurent. Et puis ça veut dire que le nombre de personnes qui parlent français va diminuer.»
Des organismes comme la FCFA (lien en bas de page) gonflent les chiffres de la francophonie canadienne en y incluant tous les anglophones capables de s'exprimer en français. Mais la connaissance du français n'implique pas qu'on l'utilise en collectivité, dans la vraie vie. «Il y a beaucoup de monde qui parle français, mais on ne le parle pas ensemble», résume Georgia, une élève de l'école Sainte-Anne.
Voilà, en quelques commentaires, un diagnostic tout à fait réaliste de la dynamique linguistique francophone dans les provinces à majorité anglaise (sauf quelques exceptions) et même dans quelques coins du Québec. Au train où vont les choses, Radio-Canada pourra titrer un jour, peut-être pas si lointain: «À Montréal, le français disparaît du quotidien de la prochaine génération». Il sera alors trop tard pour y faire quoi que ce soit.
Vivement un Québec français et indépendant!
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Lien au texte de Radio-Canada - https://ici.radio-canada.ca/info/long-format/2263060/port-au-port-jeunes-francais-assimilation-tnl
Lien à la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada - https://fcfa.ca



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