dimanche 22 février 2026

Règlement 17... dix ans depuis les excuses...

22 février 2026...

capture d'écran du site Web Le Droit, 22 février 2026

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C'est enrageant, à la longue, de lire la même erreur.

Dans son excellent texte sur le 10e anniversaire (22 février 2016) des excuses officielles de la première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, pour les torts causés par le Règlement XVII de 1912 interdisant l'enseignement en français dans les écoles ontariennes, le reporter du Droit Sébastien Pierroz propose un tour d'horizon assez complet des jalons qui ont marqué l'évolution de l'Ontario français au cours des dix dernières années. Voir lien en bas de page.

Un bémol cependant. Et un vrai. L'Université de l'Ontario français (UOF) «a fini par voir le jour», peut-on lire dans le texte de M. Pierroz, après avoir rappelé que l'Assemblée législative de l'Ontario avait approuvé en novembre 2015 (quelques mois avant les excuses) un projet de loi autorisant la création de cette institution universitaire franco-ontarienne. Ici, la presse francophone n'a pas fait ses devoirs depuis 2016.

Si on ne se donne pas la peine de débroussailler l'information officielle, on ne peut comprendre la réalité cachée derrière les lois, les règlements, les discours, les budgets et leur mise en oeuvre: l'Université de l'Ontario français, la vraie, avait été sabotée avant même l'adoption du projet de loi du gouvernement Wynne, et l'UOF qui a fini par voir le jour constitue une trahison du projet original d'une université franco-ontarienne provinciale englobant les programmes de langue française et les effectifs des universités bilingues existantes, y compris l'Université d'Ottawa.

Les médias ont fait grand cas, avec raison, du «jeudi noir» (15 novembre 2018) où un Doug Ford récemment élu avait annoncé, entre autres, l'abandon du projet d'université franco-ontarienne (avant de revenir plus tard sur sa décision). En réalité, le projet de regrouper sous une seule institution tous les programmes universitaires en langue française avait été sabordé en 2014 par les libéraux, avec la complicité de la ministre des Affaires francophones Madeleine Meilleur.

En octobre 2014, en entrevue à la station de radio UniqueFM d'Ottawa (94,5), Mme Meilleur avait déclaré que la seule priorité de son gouvernement était l'augmentation de l'offre universitaire en français dans le secteur centre-sud-ouest de l'Ontario (corridor Toronto-London-Windsor) et qu'elle s'opposait à la création d'une université de langue française à Ottawa où, disait-elle, l'Université d'Ottawa desservait bien les francophones... En 2015, elle ajoutait que, de toute façon, il n'y avait pas d'argent au Trésor provincial pour une université franco-ontarienne. On en reparlerait quand le budget le permettrait... C'était une gifle en pleine figure...

Ainsi, quand, en février 2016, la première ministre Wynne a présenté des excuses officielles aux Franco-Ontariens, elle a négligé de dire que son gouvernement avait déjà torpillé le projet d'étendre à l'ensemble de l'universitaire la gestion franco-ontarienne déjà consentie au primaire, au secondaire et au collégial. Doug Ford et sa bande de 50 nuances de francophobie se sont vus octroyer le rôle de vilain dans ce long, long, long métrage mais les libéraux, avoir été au pouvoir, n'auraient peut-être pas agi autrement.

J'espère qu'un jour, nos scribes médiatiques corrigeront cette erreur qui, à force d'être répétée, deviendra vérité officielle pour l'éternité.


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Voici un texte que j'ai publié le 23 février 2016 sur mon ancien blogue (2011-2017), intitulé «Pierre Allard, le blogue», que X-Twitter censure depuis près de 10 ans. Même si le réseau social a reconnu en 2017 qu'il s'agissait d'une malencontreuse erreur, celle-ci n'a jamais été réparée. Un peu comme les excuses officielles du gouvernement ontarien au sujet du Règlement 17...  Alors je le reproduis ci-dessous:

«Pour les ultimes enfants du Règlement 17

«J'accepte vos excuses, Mme Wynne. Quoi? Un petit vieux de Gatineau, Québec? De quoi se mêle-t-il, celui-là, diront certains…

«C'est simple. Je suis un enfant du Règlement 17. J'ai passé les 29 premières années de ma vie en Ontario. Je suis né à Ottawa en 1946, seulement trente-quatre ans après la proclamation dudit règlement et près de 20 ans après qu'il fut plus ou moins tombé en désuétude («On a tort de rendre trop abstrait, parfois, ce débat sur l'interdiction du français comme langue d'enseignement, de 1912 à 1927, dans les écoles franco-ontariennes. Les décideurs étaient des personnes, en chair et en os, comme les petites et grandes victimes de cette persécution.

«Mes grands-parents se souvenaient des batailles d'épingles à chapeaux dans la Basse-Ville d'Ottawa. Mon papa, qui aurait bien voulu s'instruire et qui aurait tout sacrifié pour traîner ses enfants jusqu'aux portes de l'université, a dû quitter l'école à l'âge de 13 ans faute d'écoles françaises au secondaire…

«J'étais trop petit pour m'en rendre compte au primaire mais nos écoles - françaises et catholiques - étaient sous-financées et parfois sous-équipées. En huitième année, dans une école soi-disant franco-ontarienne, on m'enseignait en français le matin et en anglais l'après-midi… Pourquoi?

«Le Règlement 17 n'était plus en vigueur, pourtant. Vrai. Mais les personnes qui l'avaient adopté et leurs successeurs - aussi racistes qu'eux - ne faisaient jamais de faveur aux Franco-Ontariens… Les concessions étaient consenties au compte-gouttes... en nous obligeant à dire merci avec le sourire…

«Quand, en 1959, est arrivé pour moi le temps d'entrer au secondaire il n'y avait toujours pas d'écoles de langue française. Mes parents se sont endettés pour m'inscrire à une école privée, l'École secondaire de l'Université d'Ottawa, où j'apprendrais dans ma langue des matières comme le français, la géographie, l'histoire et la religion… mais pas la chimie, la biologie, les mathématiques et autres… ça c'était toujours en anglais…

«Nous étions 500 francophones et 200 anglophones à cette école des Oblats… et rendus en 11e année, plusieurs d'entre nous étions déjà passablement assimilés… Je parlais plus souvent qu'autrement l'anglais à mes amis… Cela devait heureusement changer l'année suivante, en 1962, quand, débordement de la Révolution tranquille aidant, la situation au pays a secoué notre torpeur…

«Ce que j'ai subi sur le plan scolaire dans une période où le Règlement 17 était supposément mort et enterré, d'autres l'ont subi en pire. La grande majorité des jeunes de mon quartier d'Ottawa, un quartier francophone modeste, ont été obligés de fréquenter l'école secondaire publique anglaise… Ils n'avaient pas le choix… Et n'allez pas croire que cela n'a pas eu d'effets permanents!

«Le Règlement 17 était mort…. mais pas son esprit.

«Plus tard, alors que j'avais élu domicile au Québec, deux de mes filles ont étudié à l'Université d'Ottawa… en génie. Plus elles avançaient vers leur bac, plus le nombre de leurs cours en anglais augmentait! Je me souviens encore des pétitions qu'elles devaient circuler et faire signer pour espérer - sans succès - avoir tel cours dans leur langue l'année suivante.

«Mme Wynne, quand on fait du tort à mes filles, c'est à moi personnellement qu'on le fait.

«Et aujourd'hui, des jeunes Franco-Ontariens - dont certains que je connais - tentent de briser le dernier obstacle à un réseau scolaire complet dans leur langue: obtenir une université bien à eux, bien à elles. Ce ne sont pas des individus anonymes, il n'y a pas là qu'une collectivité sans nom…

«On voit leur visage et leur regard, on entend leurs paroles. Ce qu'ils demandent, c'est ce que les Anglo-Québécois ont toujours eu. Non, moins que ça. Une seule université suffirait pour le moment. Ils n'en demandent pas trois comme au Québec…

«Si vous croyez vos propres paroles d'excuses, vous savez que ces ultimes enfants du Règlement 17 ont raison. Vous avez entrepris d'écrire une importante page d'histoire. Finissez-la bien!»



samedi 21 février 2026

Non, pas de questions en français à Marie-Philip Poulin...

21 février 2026...

capture d'écran du site Web du Journal de Québec (voir lien en bas de page)


Quoi? Interdire à la presse québécoise de poser des questions en français à Marie-Philip Poulin après la défaite crève-coeur contre les États-Uniennes? Au début j'ai cru qu'il s'agissait d'une nouvelle bourde des organisations olympiques du Canada. C'aurait bien pu. Dans les grandes ligues sportives Canadian (et même québécoises) et au sein des fédérations olympiques Canadian, les joueurs et joueuses francophones doivent le plus souvent laisser leur langue au vestiaire.

Cette fois cependant, le French-bashing (si c'en fut une manifestation) émane du personnel du comité international olympique (CIO). Quand le journaliste Guillaume Lefrançois de La Presse a voulu poser une question à la capitaine beauceronne de l'équipe féminine de hockey lors d'une mêlée de presse après le match contre les États-Unis, le représentant du comité organisateur des Jeux lui a interdit de parler français. En anglais ou en Italien, SVP!

Évidemment c'est scandaleux. Le français reste la première langue officielle des Jeux Olympiques depuis 1896, même si, aux Jeux de Milano Cortina, la langue de Molière a été littéralement effacée de l'affichage, des communications et de l'animation sur les sites de compétition. Enfin, on aura bien l'occasion de revenir là-dessus à l'avenir. Pour le moment, il s'agit de l'interdiction de parler français faite à Marie-Philip Poulin et aux reporters québécois présents.

Après une protestation officielle de La Presse, les excuses du CIO étaient tout au mieux lamentables. On a cru, apparemment, qu'il n'y avait pas de traduction française disponible, ce qui était faux. L'équivalent olympique du très Canadian «Sorry I don't speak French»... Je me suis demandé quelle langue on imposait aux athlètes d'autres pays dans les mêmes circonstances mais je n'ai rien trouvé d'utile. Interdit-on à un athlète ou un journaliste chinois de poser ou de répondre à une question dans sa langue? Et l'espagnol? Et l'allemand?

Quelle que soit la réponse, les technologies modernes permettent de traduire plus ou moins correctement à peu près toutes les langues de la planète, à plus fort titre une langue internationale comme le français (qui rappelons-le, reste la première langue officielle des Jeux Olympiques). Que l'on puisse suivre les skieurs sur les pistes avec une armada de drones mais s'avérer incapable de traduire une question posée en français relève du plus pur ridicule.

Mais je me permets d'ajouter une remarque. J'ai été journaliste durant l'ensemble de ma vie professionnelle, et j'ai toujours cru que les artisans de l'information étaient des humains combatifs, toujours prêts à défoncer les portes verrouillées. Plusieurs risquent même leur vie dans des zones de guerre. Parlez-en à Reporters sans frontières. Alors je pose la question: les journalistes de La Presse, du Journal de Montréal, de TVA ou de Radio-Canada n'auraient-ils pas pu balayer du revers de la main cette ridicule interdiction et poser tout de même leurs questions en français, au risque de se faire couper le micro?

Originaires d'un pays où les incidents linguistiques font partie du pain quotidien, nos journalistes n'auraient pas dû se laisser intimider par les autorités des Jeux de Milan. Avoir insisté et protesté sur place, devant les caméras et micros de la planète, aurait donné de meilleurs résultats qu'une plainte officielle après que tout est fini. N'a-t-on pas vécu à genoux assez souvent dans cette fédération canadienne depuis toujours anglo-dominante? Faut-il s'incliner partout? Et cela vaut pour les athlètes francophones itou. Marie-Philip Poulin était en position de force à cette mêlée de presse. Personne n'aurait osé l'empêcher de répondre en français. Telle interdiction aurait fait le tour du globe.

J'ose espérer que le jour où le Québec participera comme entité souveraine aux compétitions olympiques, un jour pas trop lointain j'espère, notre comité olympique bien à nous s'assurera que des incidents à la Marie-Philip Poulin ne se produiront plus. Et que tous ces joueurs, hommes et femmes, que l'on a exclus des équipes Canadian puissent se retrouver sur un podium sous le fleurdelisé.

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Un autre exemple du ridicule mépris du français aux Olympiques


vendredi 20 février 2026

Le coup de force planétaire de Trump!

20 février 2026...

capture d'écran de Radio-Canada


Si je ne l'avais pas vu de mes propres yeux, j'aurais hésité à le croire. Mais après avoir pris connaissance des reportages sur la première réunion du soi-disant «Conseil de la paix», tenus ce 19 février 2026, j'ai la conviction que Trump, le «Don» de ce clan mondial de truands, mijote un coup de force à l'échelle planétaire.

Sa tentative de coup d'État à la maison rencontrant de plus en plus d'obstacles, y compris à la Cour suprême qu'il croyait contrôler, le président des États-Unis cherche désormais ses coups d'éclat ailleurs dans le monde. Il s'est exercé au jeu de l'intimidation avec le Canada (annexion comme 51e État) et le Groenland (annexion de force). Il a mis ses menaces à exécution avec le Vénézuela en violation du droit international (attaques de piraterie contre des navires, assassinat de survivants en mer, enlèvement du président Maduro, etc.).

Trump s'est aussi associé au voyou international Benyamin Netanyahou pour tenter d'imposer une domination israélo-américaine au Moyen-Orient afin de liquider le régime des ayatollahs en Iran et achever le génocide palestinien à Gaza. Trump, qui semble avoir apprivoisé les chefs militaires américains, désormais prêts à violer la Constitution des États-Unis si la Maison-Blanche l'ordonne, a rassemblé une flotte de guerre prête à mettre l'Iran à feu et à sang. Netanyahou jubile déjà à l'idée de lancer ses missiles et ses bombardiers contre la théocratie des fous d'Allah.

Le régime obscurantiste des mollahs qui opprime la population iranienne, et en particulier les femmes, depuis 1979, ne suscitera pas beaucoup de sympathie ailleurs dans le monde. Mais le renversement de régime, souhaitable certes, doit venir de l'intérieur. Si les Iraniens veulent conserver quelque espoir d'établir une démocratie laïque, ils doivent éviter à tout prix de se voir «libérés» par l'oligarchie des milliardaires américains et les militaires barbares et sans pitié de Netanyahou. Trump, soi-disant président de la paix, préférera toujours user de violence contre les résistances à ses folies de grandeur.

Et il y a Gaza, bien sûr. Les assassins de Hamas doivent regretter l'ignoble tuerie du 7 octobre 2023 et les violences innommables commises contre des civils dans des localités israéliennes. La vengeance mode Netanyahou a coûté la vie à plus de 70 000 Palestiniens dans la bande de Gaza et clairement, Israël a choisi la solution du génocide pour se débarrasser du Hamas une fois pour toutes. L'ONU, dont l'action est trop souvent paralysée par les grandes puissances, s'est montrée incapable de jouer le rôle de pacificateur pour lequel elle a été créée durant la 2e Guerre mondiale.

C'est l'occasion rêvée pour Trump et ses gangsters immobiliers d'intervenir avec ce «Conseil de la paix», appellation indécente s'il en fut pour un cartel d'apprentis-oligarques qui ne demandent pas mieux que de s'associer au président américain pour transformer la côte de Gaza en «Riviera» touristique méditerranéenne. La plupart des démocraties, y compris le Canada, ont choisi de ne pas payer le milliard $US exigé par Trump pour devenir membre de ce Conseil de la paix qui, clairement, a pour mission de remplacer l'ONU ou, tout au moins, de saboter ce qui en reste; un début de coup d'États (notez le «s») à l'échelle planétaire est en gestation...

Trump sera sans doute obligé de céder sa place un jour aux États-Unis mais il s'est nommé président à vie du Conseil de la paix, dont il contrôle le conseil exécutif via son gendre Jared Kushner et son Secrétare d'État Marco Rubio. Son gendre est aussi membre du conseil exécutif qui administrera Gaza, ou ce qui en restera si Israël décide de ne jamais retirer ses troupes. Le président américain teste son cartel d'autocrates à Gaza, mais il envisage déjà de s'en servir ailleurs si l'occasion se présente, faisant fi de l'ONU pour de bon.

Selon les plans rendus publics, la totalité de la côte de Gaza sera réservée au tourisme. Donc des hôtels, des centres de villégiature, tous destinés à de riches visiteurs et probablement fermés aux habitants de Gaza qui n'auront pas été tués, déportés ou ghettoïsés. Rien n'arrêtera le mégalomane de la Maison Blanche si l'ONU et les démocraties ne dressent pas des barricades. Il faut arrêter tout de suite Trump et sa horde de bandits internationaux. Je crois qu'il en va, cette fois, de l'avenir de l'humanité.

jeudi 19 février 2026

Les trois vire-capot...

19 février 2026...


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Un député, qu'il siège à Ottawa ou à Québec, a-t-il (ou elle) le droit de virer capot en plein mandat et de siéger, pour quelque raison que ce soit, sous la bannière d'un autre parti jusqu'à l'élection suivante?

La réponse légale est de toute évidente «oui», puisque cela s'est produit à plusieurs occasions, mais sur le plan de l'éthique cela passe comme une arête dans la gorge. Surtout quand un gouvernement minoritaire utilise on ne sait trop quels stratagèmes pour siphonner des députés de l'opposition et atteindre la majorité échappée à l'élection.

Mercredi (18 février 2026), un troisième député conservateur, Matt Jeneroux, élu en avril 2025 dans la circonscription d'Edmonton-Riverbend, en Alberta, a faussé compagnie à Pierre Poilievre - et à ses électeurs - pour aller coucher dans le lit de Mark Carney. Avant lui, Chris d'Entremont (député d'Acadie-Annapolis en Nouvelle-Écosse) et Michael Ma (député de Markham-Unionville en Ontario) avaient mis à la poubelle l'étendard du Parti conservateur qu'ils portaient lors du scrutin de l'an dernier.

Peut-être peut-on envisager des circonstances exceptionnelles qui forcent un député, en toute conscience, de remettre en question son allégeance politique. Oui, sans doute, mais alors l'élu(e) n'a-t-il pas l'obligation morale de se représenter devant les électeurs de sa circonscription? Ces derniers ne sont-ils pas les maîtres absolus du verdict électoral? Dans la circonscription d'Edmonton-Riverbend, plus de 30 000 électeurs ont coché la case du candidat conservateur victorieux. De quel droit M. Jeneroux peut-il renverser leur décision?

Ce député avait annoncé sa démission à l'automne mais devait siéger comme conservateur jusqu'au printemps. Or, voilà qu'il change de veste sans préavis après avoir été absent des Communes pendant des mois, ayant déjà trahi ses commettants qui n'avaient ainsi plus de voix au Parlement canadien. Le discours de M. Carney à Davos aura, dit-il, été l'élément déterminant qui l'a fait changer de camp. Cette justification est tellement lamentable qu'à sa place, j'aurais été gêné.

En décembre, le conservateur Michael Ma a fait encore pire que son ex-collègue de l'Alberta. Il disait avoir traversé la Chambre «après avoir écouté attentivement les résidents de Markham-Unionville et réfléchi avec sa famille». C'est proprement scandaleux. Les résidents de sa circonscription s'étaient prononcés officiellement à peine huit mois plus tôt. Leur verdict est le seul qui compte. Aller prétendre qu'ils ont changé d'idée en écoutant ses proches et un échantillon restreint d'électeurs de toutes appartenances constitue une trahison du mandat obtenu.

En tout, dans les trois circonscriptions conservatrices qui se retrouvent maintenant sous la bannière du Parti libéral, plus de 80 000 personnes ont élu des députés qui désormais les envoient paître, et ce, moins d'une année après leur élection, sans que l'on puisse trouver quelque cataclysme susceptible de justifier ce passage aux rouges. Quel genre de tractations peut-il y avoir eu entre M. Carney et le trio Jeneroux-d'Entremont-Ma? On ne le saura jamais. Mais j'ai peine à croire qu'une voix mystérieuse de l'au-delà les aient convaincus que le ciel n'était plus bleu et que, frais de leur chemin de Damas, ils soient arrivés rameau d'olivier en main au bureau du premier ministre quasi-majoritaire...

Si j'étais M. Carney, je me méfierais de ce trio aux allégeantes vacillantes. S'ils peuvent aussi facilement renier leur parti moins d'un an après leur élection, quelque soit leur motif, ils pourront de nouveau changer de casquette si leurs anciens adversaires devenus collègues ne répondent pas suffisamment à leurs espoirs.

Le 28 avril 2025, l'électorat pan-canadien a expédié à Ottawa un gouvernement minoritaire. Voilà. Le verdict était rendu. Mark Carney n'avait qu'à vivre avec. Mais non, au diable la démocratie, on va à la pêche chez les élus des autres partis. De quel droit le parti vainqueur peut-il tenter de renverser ainsi les résultats d'un scrutin général? Ou pire, si le résultat avait été très serré, de quel droit un parti d'opposition pourrait-il faire de même pour essayer de se hisser en tête aux Communes et ainsi renverser le gouvernement élu?

Comme dirait Shakespeare dans la langue de Molière, il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Canada...


mercredi 18 février 2026

Trump et Cuba... La lâcheté du Canada...

18 février 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir


Quand Donald Trump et sa bande de voyous menacent d'annexer le Canada ou de lui imposer des tarifs punitifs qui varient selon la mauvaise humeur du président, le premier réflexe du pays est bien sûr de se défendre. Mais le second, non moins important, est de se mettre en quête d'alliés pour ne pas avoir à se défendre seul.

La mobilisation du public québécois et canadien a été instantanée. À peine dix jours après l'assermentation de Donald Trump, le 30 janvier 2025, j'assistais à la rencontre où la FADOQ-Outaouais dévoilait son offre annuelle de voyages-vacances. Trois cents vieux rassemblés dans une résidence pour personnes âgées. Le décor le plus apolitique qui soit. Mais quand ce fut le temps de parler des forfaits aux États-Unis, la salle entière s'est mise à huer...

Le temps de le dire, tout chavira. Alcools américains retirés des tablettes, boycottage des produits made in USA, annulations des escapades en Floride ou à Las Vegas, hymne national des États-Unis hué aux événements sportifs. Du côté des gouvernements, celui d'Ottawa en particulier, branle-bas de combat. Contre-mesures, projets d'autonomie accrue, recherche de nouvelles alliances.

Ottawa est allé sonner aux portes du Mexique, de l'Union européenne, de la Chine. Les liens tissés ont servi de levier pour endiguer ce nouvel impérialisme états-unien. Mark Carney s'est imposé comme l'un des chefs de la résistance à Trump. Son discours à Davos lui a valu une ovation. Les pays européens nordiques et le Canada ont envoyé des militaires au Groenland en solidarité contre le fou orange.

Évidemment, le Canada, étant de la coterie des pays riches de la planète,  s'est tourné vers des puissances nanties pour créer son bouclier anti-américain. Un front commun Europe-Canada peut asséner de solides gifles à Washington. Mais qu'en est-il des nations plus pauvres, plus isolées, ou pire, ayant des régimes dont Trump désapprouve? On les abandonne à un ogre sans merci.

La Maison Blanche torpille des bateaux du Vénézuela, saborde son économie pétrolière pour se l'approprier, kidnappe son président et le garde en otage dans une vieille prison de New York. Un acte de piraterie, totalement illégal en vertu de la constitution américaine et du droit international, dénoncé de toutes parts, même par des pays qui s'opposent au régime Maduro. Mais qui s'est porté à la défense du Vénézuela? Qui a protégé les bateaux vénézuéliens? Qui a défié - mode Greenpeace devant les baleiniers - les navires de guerre du régime fascisant à Washington? Personne!

Maintenant, Trump et ses hordes sont en train d'affamer Cuba, privant le petit pays des Caraïbes du pétrole essentiel à son économie. La population manque des ressources les plus élémentaires, y compris la nourriture et les médicaments. L'objectif est clair: renverser le régime socialiste cubain, antithèse de l'oligarchie des milliardaires qui règne sans pitié sur l'État américain soi-disant démocratique. Et qui a osé tenter de percer ce blocus inhumain de Cuba et de porter secours à sa population? Personne!

Le gouvernement fédéral de Mark Carney se drape dans la vertu pour contester les menaces de Trump contre le Canada, et appelle les autres pays du monde à le soutenir, mais reste insensible à la misère causée à Cuba (et au Vénézuela) par ce même Donald Trump. Il y a là une hypocrisie insoutenable.

Le Canada a suffisamment de pétrole, d'aliments et de médicaments pour ravitailler Cuba le temps qu'il faudra. Le chef du Bloc québécois et le porte-parole du NPD ont exhorté le gouvernement à dénoncer les manoeuvres inhumaines de Washington, et de résister à l'intimidation des États-Unis en offrant à Cuba du carburant et une aide humanitaire. La ministre des Affaires étrangères s'est contentée de se dire «profondément préoccupée» par la situation, mais pas assez pour faire ce que la conscience de tout humain dicte de faire: aider son prochain menacé par les forces des ténèbres.

Si le Canada ne vient pas en aide à Cuba, un pays qui accueille chaleureusement tous les ans des milliers de touristes québécois et canadiens, un pays avec lequel le Canada a maintenu des relations diplomatiques même au plus fort de la guerre froide, un pays dont le seul crime (aux yeux de Trump) est d'avoir tenu tête aux États-Unis depuis 1959, alors tous les beaux discours de Mark Carney, y compris celui de Davos, ne sont que des paroles creuses, insignifiantes, cruelles même pour ceux et celles qui apparemment n'en sont pas dignes.

Cuba est notre ami. Trump est notre ennemi. Il attaque nos amis cubains. Ne rien faire c'est appuyer l'ennemi et tourner le dos à l'ami. Celui ou celle qui agit ainsi est un lâche. Vite, pendant qu'il est toujours temps de se racheter. Sinon, la lâcheté du Canada sera soulignée en caractère gras dans les livres d'histoire pour l'éternité.

J'aime croire que le Québec, s'il était souverain, aurait suivi la devise de mon ancien journal, Le Droit: «L'avenir est à ceux qui luttent

Ce soir, je suis en colère. La colère de l'impuissance. La pire qui soit...


mardi 17 février 2026

Québec tire la plogue sur... l'Outaouais

17 février 2026...

Capture d'écran du site Web Le Droit


Non mais êtes-vous surpris? Le gouvernement québécois vient de retirer le financement promis de 163 millions $ pour un grand projet de tramway devant relier le secteur ouest de Gatineau au centre-ville et, surtout, à Ottawa.

Je n'ai jamais été partisan du projet de tramway tel que conçu. Le transport en commun à Gatineau, à l'instar du réseau routier et autoroutier, a toujours été un entonnoir finissant aux cinq ponts vers Ottawa et l'Ontario.

Malgré tout, il faut reconnaître que ce projet - en préparation depuis des années - avait réussi à crapahuter jusqu'aux approbations requises et semblait susciter de larges appuis au sein de la classe politique et de la population.

Or voilà! Alors que le feu vire enfin au vert et que tout semble devoir se mettre en branle, Québec «tire la plogue», comme le titrait hier soir la manchette du site Web Le Droit. La CAQ reprend ses billets verts pour aller les dépenser ailleurs.

Nous sommes habitués.

Pourquoi? Parce que Québec a toujours eu tendance à agir ainsi envers l'Outaouais, peu importe la couleur du parti. Sauf rares exceptions...

Et pourquoi pas? On a toujours facilement passé sapin après sapin à cette région frontalière où broute une majorité de moutons apeurés...

Quelques exemples?

Où, ailleurs qu'en Outaouais, pourrait-on mettre en chantier une autoroute (la 50) qu'on peine à terminer 55 ans plus tard? On l'a baptisé officiellement autoroute Guy Lafleur mais ici on l'appelle davantage l'autoroute de la mort... Et l'autoroute 5? N'en parlons pas...

Québec planche sur des plans et projets dans de nombreuses régions, du Saguenay à l'Estrie, de la Montérégie au Bas du fleuve; on n'arrête pas de parler du 3e lien et on ressort de temps à autre le Plan Nord. Avez-vous déjà entendu parler d'un plan Ouest, en commençant par la demande centenaire d'un lien routier entre Gatineau et  l'Abitibi-Témiscamingue? Non? Moi non plus...

Entre les pénuries de personnel, la vétusté des installations et les budgets anémiques, le réseau de la santé à Gatineau et dans l'ensemble de la région titube au bord du précipice depuis des décennies. Que fait Québec? On nous promet un nouveau méga hôpital, qu'on construira peut-être dans dix ans (si Québec ne tire pas encore la plogue), à l'endroit le plus mal foutu de la ville de Gatineau. Ça va finir pire que SAAQclic...

Dans la catégorie des indécences... Les libéraux de Couillard ont tenté d'imposer aux étudiants francophones de Gatineau une faculté de médecine où les cours seraient donnés en anglais, sous la férule de l'université McGill... Un relent de l'infâme règlement 17 en Ontario... A-t-on assisté à une levée de boucliers? Non, le troupeau aurait sans doute suivi sans trop beugler si, par chance, la CAQ n'avait pas mis fin à cette cochonnerie en 2018...

Sur la plan linguistique, Québec a adopté la Loi 101 et lancé de nombreux programmes plus ou moins efficaces visant à faire du français la langue commune d'un État unilingue français. Pendant ce temps, la ville de Gatineau s'anglicise à la vitesse grand V (comme Montréal et Laval) et à ma connaissance, le gouvernement québécois n'a aucun plan d'intervention pour le coeur urbain de l'Outaouais. On donne libre cours à l'influence anglicisante d'Ottawa.

Quand j'étais enfant à Ottawa, on entendait souvent les gens sur l'autre rive dire que Hull était le trou-d'cul du Québec. La sagesse populaire sait souvent bien nommer les choses. Et à voir Québec filer avec nos 163 millions $ dans ses sacs bruns, je me demande si, au fond, les choses ont bien changé depuis le début des années 1960. Il reste au moins une certitude: la plupart des gens d'ici, s'ils pestent un peu, le feront autour d'un café au Tim, pas dans la rue, et se diront: y sont-tu fins les libéraux d'Ottawa? Leurs millions, eux autres, y'étaient toujours sur la table...

Être indépendantiste à Gatineau n'a jamais été une tâche facile. Surtout quand Québec fait tout pour nous jeter dans les bras d'Ottawa...


lundi 16 février 2026

Anglicisation... Cris du coeur de Franco-Ontariens sur Facebook...

16 février 2026...


J'ai toujours cru que la majorité des Québécois (et des Franco-Canadiens ailleurs au pays) étaient réellement inquiets du déclin historique de la langue française, et courroucés par les injustices subies dans des environnements trop souvent francophobes. Et pourtant, en dépit de ces préoccupations, les textes qui tentent d'expliquer le phénomène de l'anglicisation peinent à trouver des masses de lecteurs.

Intéresser le public à des textes analytiques bourrés de statistiques tirées des recensements quinquennaux du Canada est devenu une tâche herculéenne. Pourtant, derrière chaque colonne de chiffres préparée par Statistique Canada se profilent des dizaines, des centaines, des milliers de personnes vivantes, en chair et en os. Suffirait-il de laisser ces humains parler de leur expérience, avec leurs propres mots, pour accrocher davantage l'opinion publique?

Cela vaut la peine de tenter l'expérience. J'ai retrouvé dans mes dossiers le témoignage de Jean-Pierre Monette, un citoyen d'Embrun (Ontario), lançant sur Facebook un cri du coeur devant la disparition accélérée de la langue française dans cette petite ville historiquement francophone, désormais fusionnée à la municipalité voisine de Russell. Selon le plus récent recensement, celui de 2021, plus de 50% des résidents d'Embrun parlent désormais l'anglais le plus souvent à la maison. Le point de bascule a été atteint.

Le message Facebook de M. Monette remonte à 2017 ou 2018, alors que le français restait légèrement majoritaire comme langue d'usage. Je vous laisse lire le texte de M. Monette:

«Qu'est-ce qui se passe pour l'amour du ciel? Je demeure à Embrun, une petite communauté 40 minutes à l'est d'Ottawa. Je me souviens il n'y a pas trop longtemps quand Vanier était considéré comme le petit Hull ontarien grâce à la population franco-ontarienne. Le même pouvait être dit pour Embrun, Casselman, Vankleek Hill, St-Albert et même Hawkesbury. Malheureusement, de nos jours, j'ai de la difficulté à me faire servir dans la langue qui avait avant une dominance si forte dans l'est de l'Ontario. Que s'est-il passé? On dirait qu'on se fait pousser de plus en plus vers la frontière québécoise.»

Et il poursuit: «Voici un exemple: je me balade de temps en temps sur la rue St-Jacques et je passe devant l'école secondaire d'Embrun où les élèves prennent leur pause... à chaque fois que je passe, ils se parlent en anglais... tout le temps. Pourquoi? Un autre exemple, les jeunes employés de notre épicerie parlent seulement en anglais quand je m'adresse en français et je sais en effet qu'ils sont francophones. C'est complètement inouï de voir ce comportement. Ils ne réalisent pas qu'ils sont en train de perdre leur langue et leur culture. C'est dommage et déprimant!»

Les commentaires à la suite du statut de M. Monette sont abondants. J'en relance quelques-uns.

Céline Lalonde (Alfred-Plantagenet): «J'observe la même chose... c'est que la langue anglaise est plus facile probablement... à écrire surtout... si seulement les jeunes réalisaient l'importance de la langue française dès leur jeune âge!!»

Louise Deslauriers (Embrun): «Je suis de ce coin-là moi aussi et j'ai fait la même observation. On avait déjà posé la question à Véronic Dicaire (originaire d'Embrun) à savoir comment elle vivait en français en Ontario et je me rappellerai toujours de sa réponse: "Quand je vais acheter un café je demande un moyen avec du lait et du sucre, et arrange-toi avec ça!"»

Céline Lalonde: «L'autre jours au Tim Hortons à Orléans je demande un café, une crème. Elle me répète: one coffee, one cream? J'ai tout simplement dit non, un café, une crème. J'vais dire comme Véronic Dicaire: arrange-toi avec ça!»

Renée Allard O'Neill (Orléans): «Je dois avouer qu'à l'adolescence, j'a passé le plus clair de mon temps à m'adresser en anglais à mes amis à l'école, de la 9e à la 12e année. Je n'ai cessé de le faire qu'en 13e année! C'était il y a plus de 20 ans. Avec le recul, je ne vois pas l'attrait de la chose, mais je crois m'en être plutôt bien sortie. Pour plusieurs, c'est une phase.»

Jean-Pierre Monette: «Ma nièce de 17 ans, quand elle vient à notre chalet familial, tout le monde est français et elle est la seule à parler en anglais. Elle s'adresse même à sa mère en anglais et sa mère lui répond en anglais...»

Lucie Chénier: «Ça me rappelle une anecdote au supermarché Metro à Orléans. J'ai demandé au jeune homme derrière le comptoir des viandes: où sont vos "Chicken Tornadoes" en spécial? Et le jeune homme de répondre: "Sorry I don't speak French...»

Carole Landriault: «Il faut être déterminé et persévérant et ne pas oublier que parfois ce sont les francophones qui s'adressent à tout le monde en anglais malheureusement. Je pense aussi à ceux qui viennent du Québec (et qui s'adressent eux aussi en anglais).»

Monique Zufferey: «Je te comprends et je sympathise avec toi. C'est la même chose ici à l'école secondaire De La Salle à Ottawa où ma fille étudie. Lâche pas, il faut que tu continues à demander le service en français!! COURAGE!!!»

Nicole Charbonneau: «J'ai demandé à un groupe d'hommes (francophones) qui étaient attablés au Tim Hortons à Embrun s'ils avaient commandé leur déjeuner en français... Pas un ne m'a répondu...»

Alain Deschamps: «Vas pas au Tim Hortons à Rockland (municipalité à majorité francophone). Des jeunes de 16 ou 17 ans qui ne savent pas ce qu'et un large 2 crèmes un sucre en français. Leurs écoles ne leur apprennent pas du français ou sont-ils juste ignorants?»

Guildo Francoeur (anciennement du Nouveau-Brunswick): «Quand il faut que tu fasse des lois (101) et qu'il faut encore que tu te battes pour la faire appliquer, il y en a que la langue et la culture leur passe dix pieds par-dessus la tête...»

Dominique Roy-Brisson: «Au Tm Hortons de Vanier, je me suis même fait servir par le "cuisinier", c'était le seul à parler français. Mais ils ont eu le message que le français est là. C'est aux commerces de respecter leurs clients et non à nous de plier à chaque fois.»

Yasmin Sham: «Ça se peut-tu que les adolescents soient plus à l'aise à s'exprimer en anglais argotique entre eux? À cause de la mondialisation et de l'internet, la culture des jeunes est fortement influencée par ceci et c'est une source principalement anglaise.»

Benoît Jolicoeur: «Pour moi le coup décisif, ça été la semaine dernière lorsque je suis allé au resto St-Hubert à Orléans. Je m'y suis réfugié, sachant être confortable dans un environnement francophone. À ma grande surprise, la serveuse était unilingue anglophone

Anabelle Thibodeau: «Mon mari est anglophone. Entre nous on se parle en anglais et moi je parle français à mon fils et à ma famille, et mes enfants iront à l'école moitié moitié au primaire, et rendu au secondaire, ils pourront choisir eux-mêmes

Lérie Chart (Rockland): «Quand j'étais jeune (j'ai 22 ans) je pouvais me faire servir partout à Rockland en français. Maintenant je célèbre si la caissière est capable de dire Bonjour anec un accent cassé. Que se passe-t-il? Je le répète souvent, je commence à me sentir comme une immigrante dans ma province.»

On pourrait continuer ainsi pendant des pages et des pages. Cela vous donne une idée du monde changeant dans lequel les francophones de plusieurs coins de l'Est ontarien vivent, un monde auquel les Québécois commencent à être confrontés et qui empirera rapidement si l'inaction actuelle devient permanente. Cela vous ouvre aussi une fenêtre sur les humains qui se cachent derrières les colonnes des données linguistiques des recensements.

Celui de 2026 arrive à grands pas! Les résultats sont terrifiants et les textes pleins de chiffres que nous écrirons n'intéresseront pas grand monde. Devra-t-on continuer à éplucher Facebook pour éveiller les Québécois à la réalité vécue par ceux et celles qui sont confrontés à la décomposition de collectivités francophones?

dimanche 15 février 2026

Ma grammaire latine de 1961...

15 février 2026...



Dans le grand ménage de mes bibliothèques en prévision de notre déménagement en juillet, je suis arrivé à la tablette des dictionnaires, lexiques, grammaires, et autres trucs du genre. Avec la disponibilité des dictionnaires en ligne, la question se pose: puis-je garder tous ces volumes spatio-voraces quand je dois me départir de centaines d'autres livres que j'aurais souhaité conserver?

En attendant de résoudre cet épineux problème, j'ai redécouvert entre un Robert illustré et Le grand druide des synonymes un petit volume - moins d'un centimètre d'épaisseur - auquel je m'accroche depuis ma troisième année du secondaire en 1961-62. Je le détestais à l'époque mais il faut croire que je m'y suis attaché au fil des décennies. Il s'agit de ma Grammaire latine de base, un fascicule de 92 pages à couverture rigide imprimé à Paris en 1956.

J'aurais sans doute mieux fait de sauvegarder un manuel d'histoire, un volume que j'éplucherais avec grand plaisir 65 ans plus tard. Mais non. Je n'aimais pas le latin et pourtant, cette grammaire a réussi là où ses concurrents ont échoué. Survivre aux élagages de sept décennies. Ne résistant pas à la tentation de me plonger dans l'univers de mes études à l'âge de 15 ans, j'ai feuilleté cet outil de torture.

Le Conseil aux usagers en page d'introduction suffirait pour effrayer même les plus enthousiastes latinophiles. Je cite: «Cette Grammaire latine de base n'est pas seulement un livre à apprendre peu à peu par coeur (!!!), exemples y compris. C'est un guide à avoir près de soi chaque fois qu'on fait du latin, à consulter sans cesse d'une main diligente toutes les fois qu'on rencontre une difficulté ou un obstacle

Même à cette époque où la messe était toujours célébrée en latin (Vatican II mettrait un terme à cette pratique quelques années après), les chances de «faire du latin» à l'extérieur d'une salle de classe étaient à peu près nulles. Aucun des élèves de ma classe à l'École secondaire de l'Université d'Ottawa n'a «appris peu à peu par coeur» cette grammaire et je ne serais pas surpris d'être le seul de mes anciens collègues à pouvoir le consulter chez soi au 21e siècle!

Après toutes ces années, au-delà de Italia est in Europa, la première phrase que j'ai apprise en latin, je pourrais encore reconnaître les pluriels de certains noms (dominus, domini), ou quelques conjugaisons simples (amo, amas, amat...) et... c'est tout? Non, depuis que je m'intéresse à la mycologie (années 80), j'ai aussi appris un arsenal de noms latins de champignons sauvages que j'aime lancer de temps en temps pour paraître plus savant que je ne le suis.

En poursuivant la lecture de ce Retour vers le passé, je suis aussi tombé sur une foule de mots français qui m'ont toujours donné du fil à retordre, m'obligeant à sortir un dictionnaire pour me rappeler leur sens exact par rapport au latin. Morphologie, déclinaison des cardinaux, adjectif distributif, génitif, ablatif, accusatif, radical du parfait, verbe déponent, proposition subordonnée conjonctive circonstancielle (où j'ai écrit à la main Très important!) et j'en passe.

Les deux dernières cases au bas de la page 88 (la dernière avant l'index alphabétique) portent sur les adverbes ubi (où) et quando (quand). Choix opportun. Où et quand allais-je me servir de cette grammaire?

Deux ans plus tard, en 1963, j'entrais en année pré-universitaire à l'Université d'Ottawa où un autre choc linguistique m'attendais: la rencontre, à la faculté des Sciences sociales, d'un jeune Franco-Ontarien bilingue de 17 ans (moi) et de centaines de jeunes Québécois indépendantistes issus de milieux le plus souvent unilingues français. Il y avait de quoi y perdre son latin...

Alors je garde ou pas cette vieille grammaire qui célèbre cette année son 70e anniversaire?

Peut-être, uniquement pour émailler les conversations de mots latins à l'occasion? Quidquid latine dictum sit, altum sonatur...

Sais pas...

samedi 14 février 2026

«L'Ontario français est gravement menacé» (Gérard Pelletier, 1969)

14 février 2026...

Notez l'erreur... c'est bien L'Assemblée et non L'Association...


Pour les besoins de la cause (celle de l'unité canadienne bien sûr), les dirigeants fédéraux ne parlent à peu près jamais de l'agonie du français dans la majorité des provinces à majorité anglaise, et même dans plusieurs régions limitrophes du Québec, en Ontario notamment.

Quiconque jette un sérieux coup d'oeil aux données des recensements fédéraux comprendra qu'en 2026, la situation des Franco-Ontariens a dépassé le stade d'alarmant pour atteindre le seuil du catastrophique, quoiqu'en disent les gouvernements fédéral ou ontarien et les organismes de l'Ontario français.

Chaque année, Ottawa débourse le sourire aux lèvres, l'optimisme hissé bien haut, des millions de dollars pour assurer ce qu'on appelle «la vitalité» ou la «pérennité» de la «communauté» franco-ontarienne et pour montrer «sa volonté de préserver la langue et la culture des Franco-Ontariens ainsi que d'en appuyer le développement».

Pas pour éviter l'abime de l'assimilation totale, pas pour réparer les injustices historiques et actuelles, pas comme réponse à une analyse objective du vécu des collectivités ontaroises... Ce serait avouer un péril susceptible de miner l'adhésion des Québécois à la fédération... Donc, langue de bois et pays des merveilles sont toujours au menu...

Mais le verbe fédéral n'a pas toujours été si doucereux. J'ai retrouvé dans ma documentation un discours prononcé le 8 mars 1969 à Toronto par Gérard Pelletier, ministre dans le premier gouvernement de Pierre Elliot Trudeau, M. Pelletier s'adressait à l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF) «pour dire ce que ce que le gouvernement fédéral avait l'intention de faire pour les Franco-Ontariens».

J'ai assisté en personne à ce discours, étant Franco-Ontarien à l'époque et, aussi, membre de l'équipe de direction de l'APMJOF. Et, le relisant, j'y ai trouvé une franchise enterrée depuis longtemps dans les milieux politiques et bureaucratiques de la capitale fédérale. La conférence de M. Pelletier avait eu lieu moins d'un an après l'annonce, par le gouvernement ontarien, de la création d'un réseau primaire et secondaire d'écoles françaises à travers la province. Une première pelletée de terre sur le cercueil du règlement 17, si l'on peut dire...

«Mais ces mesures sont encore toutes récentes, elles restent timides alors que s'imposerait un rattrapage massif et rapide», déclare le Secrétaire d'État fédéral. «Des cours de langue pour hauts fonctionnaires, quelques écoles secondaires, voilà certes des initiatives louables mais elles ne peuvent être comparées qu'à des mesures d'urgence. L'Ontario français est gravement menacé.»

Évoquant les données du recensement de 1961, les plus récentes disponibles en 1969, M. Pelletier poursuit: «Le taux d'anglicisation, pour la génération (de Franco-Ontariens) née en 1901, est de 23,6%; chez les Franco-Ontariens nés entre 1941 et 1946, c'est-àa-dire âgés aujourd'hui d'environ 25 ans, il est de 34,6%. Puis ce taux d'anglicisation passe à 42,2 et 45,9%, pour finalement atteindre 49% chez les citoyens d'origine française nés en 1956.»

«C'est-à-dire que la moitié de la population francophone de l'Ontario se trouve aujourd'hui en voie de s'angliciser. Face à cette réalité, je comprends que certains désespèrent et doutent que l'épanouissement du français en dehors du Québec soit encore possible», conclut le ministre Pelletier.

Ce diagnostic était posé à la fin des années 1960, alors que les taux d'anglicisation n'avaient pas encore atteint le point de non-retour dans nombre de régions. Les recensements subséquents ont permis de documenter l'accélération du phénomène d'anglicisation chez les Franco-Ontariens, en partie causé par la disparition de tous les quartiers francophones urbains de la province. Si Gérard Pelletier s'était adressé aux Ontariens de langue française en 2026, il aurait été complètement horrifié.

Ses successeurs à la tête des ministères responsables des langues officielles vivent dans un monde où les statistiques linguistiques sont tripotées (par leur propre personnel et par les organisations de la francophonie hors Québec) pour dissimuler l'ampleur du déclin de la langue française, partout au Canada y compris au Québec. Parfois, à les entendre, on pourrait croire que la francophonie se porte bien d'un océan à l'autre...

On n'a qu'à ouvrir les yeux et les oreilles pour se convaincre du contraire...


vendredi 13 février 2026

Terrebonne... Les enjeux...

13 février 2026...



La décision d'annuler la victoire de la candidate libérale à l'élection de 2025 dans la circonscription fédérale de Terrebonne, prise aujourd'hui par la Cour suprême du Canada, n'ouvre pas la porte à une élection partielle comme les autres.

Les partis politiques se jetteront à corps perdu dans cette lutte que le Bloc québécois avait échappé l'an dernier par un seul vote. On sait que Mark Carney demandera aux électeurs québécois de l'aider à se rapprocher du mandat majoritaire qu'il juge nécessaire pour mener à bien la résistance contre la bande à Trump, et que cet appel à l'unité pan-canadienne servira à roder le sabotage fédéral de la campagne péquiste à l'automne et d'un éventuel référendum.

Si la menace américaine devient le principal enjeu de l'élection dans Terrebonne, les libéraux ont de meilleures chances de gagner. Le Bloc et les autres oppositions auront beau faire valoir avec raison que la statut minoritaire du gouvernement actuel n'a pas nui à ses négociations avec le fou de la Maison Blanche, Trump continue d'énerver tout le monde avec ses menaces récurrentes d'annexer ou d'envahir le Canada (et donc le Québec).

Non, le talon d'Achille du Parti libéral, et des autres partis fédéralistes, réside ailleurs. Au-delà des solides taloches que devra asséner le Bloc québécois dans le débat sur les rapports avec les États-Unis et le reste de la planète, les ténors indépendantistes à Ottawa devront porter à l'avant-plan les priorités québécoises, notamment en matière de défense de la langue française et de laïcité.

Il faudra rappeler tous les jours que chaque vote libéral est un vote pour une candidate qui soutiendra le gouvernement Carney dans ses efforts pour contrer la loi 21 sur la laïcité de l'État et la loi 96 sur le français langue commune du Québec. Et souligner que les juges de la Cour suprême appelés à statuer sur la validité constitutionnelle de ces lois québécoises sont nommés par le premier ministre du Canada et que leurs jugements seront fondés sur les valeurs Canadian de la Charte de 1982, imposée au Québec par le Canada anglais après la nuit des longs couteaux.

Quand le temps viendra d'en découdre avec le Québec, Carney et ses collabos du Québec diront ce qu'ont toujours dit leurs prédécesseurs depuis les années 1960 et en particulier depuis la première victoire du PQ en 1976: que nos députés libéraux à Ottawa sont élus comme vos députés à l'Assemblée nationale par le peuple québécois, qu'ils ont la même légitimité et qu'ils sont tout aussi représentatifs de l'humeur de l'opinion publique du Québec.

Ce qu'on nous répète, essentiellement, c'est qu'en votant libéral (ou conservateur, ou NPD) l'électeur québécois appuie ce que ce parti représente, y compris l'unité Canadian, le multiculturalisme et le bilinguisme à la sauce fédérale. Une mixture parfaite pour accélérer le déclin du français partout, y compris au Québec, torpiller les valeurs québécoises qui contredisent la Charte canadienne, apaiser les craintes des Rhodésiens du West Island, et ultimement, sonner le glas du Québec français et laïc que la nation espère.

Quand on examine de près les 28 députés libéraux élus sur l'île de Montréal et aux alentours (y compris Terrebonne), il n'y a pas rien pour rassurer les francophones. Le nombre d'élus de la majorité historique est réduit à huit sur 28, avec cinq issus du Québec anglophone et une quinzaine de ce que les médias aiment appeler «la diversité». Plusieurs de ces députés sont de vibrants défenseurs des revendications anglo-québécoises. Anthony Housefather a été le seul député fédéral à voter contre la nouvelle Loi fédérale sur les langues officielles. Aucun de ces 28 députés n'est monté au front pour défendre les mesures québécoises de promotion de la langue française.

Les électeurs francophones de Vaudreuil et de St-Léonard-St-Michel, en majorité francophones, ont élu des députés qui donnent l'anglais comme langue première à la Chambre des communes. Si l'on passe en revue les antécédents scolaires des 28 élus libéraux, on recensera plus de 20 diplômes des universités McGill et Concordia, contre huit ou neuf de l'Université de Montréal et de l'UQAM.

Non, l'élection partielle de Terrebonne ne doit pas être monopolisée par le conflit avec les États-Unis. Tous les partis peuvent s'entendre là-dessus, comme ils le font depuis le début de 2025. Il faut que les électeurs de Terrebonne s'interrogent sur les positions que prendra le nouveau ou la nouvelle élue dans les dossiers qui, de plus en plus, mettent l'existence même de la nation québécoise en jeu. Quand une majorité francophone élit un député libéral et que par la suite, ce dernier se range du côté des adversaires de la majorité francophone du Québec, il est trop tard. 


jeudi 12 février 2026

Il y a deux ans, le 12 février, à Greenstone...

12 février 2026...

les mats municipaux de Greenstone, Ontario, avant la décision du 12 février 2024.



Il y a deux ans très exactement, le 12 février 2024, en Ontario, sur la lointaine route 11, le conseil municipal de la petite ville de Greenstone a décidé de retirer le drapeau franco-ontarien vert et blanc du mat municipal où il était hissé en permanence depuis une dizaine d'années.

Les circonstances entourant ce geste méprisant auraient dû provoquer un bon tour de presse et un vif débat au Québec (et ailleurs au Canada) mais comme d'habitude, le sort de moins d'un millier de Franco-Ontariens perdus dans le nord-ouest de la province voisine s'est largement buté à un mur d'indifférence et d'ignorance médiatique.

Pourtant ce qui s'est passé à Greenstone laisse présager ce qui arrivera un jour non seulement à l'ensemble de la francophonie canadienne, mais aussi à la nation québécoise, si le déclin du français se poursuit et si le Québec n'en tire pas, aux élections d'octobre 2026, les leçons qui s'imposent.

Greenstone, formé par les anciens villages, désormais fusionnés, de Geraldton et Longlac, c'est un microcosme du Canada. On y trouve depuis longtemps des collectivités de langue française, mais elles sont aujourd'hui minoritaires, soit environ 22% des 4700 habitants. Comme au Canada, avec ses 21,4% de francophones (selon le recensement 2021 de Statistique Canada)...

L'enseignement à retenir ici, comme partout dans ce pays, c'est qu'une minorité n'a aucun pouvoir décisionnel. Pour les anglos majoritaires au conseil municipal, les Franco-Ontariens n'étaient plus qu'un «groupe démographique» parmi les autres, et que lui accorder une reconnaissance spéciale pouvait être vu comme une «non-reconnaissance» des autres drapeaux communautaires.

La bonne vieille francophobie avec toute la condescendance et la supériorité anglo-dominantes. Les Franco-Ontariens connaissent ça depuis plus de 100 ans. Mais avec 22% de la population, il n'y a rien à faire. On peut demander, supplier, quêter, argumenter, on peut faire n'importe quoi sauf décider. La majorité anglaise pouvait, elle, décider de rendre son mépris officiel et elle l'a fait.

Les protestations des francophones n'ont rien donné. Impossible de faire accepter à ces têtes carrées que le français est une langue nationale, et non une langue communautaire comme les autres. Lettres, pétitions, interventions politiques, rien n'y fit. La décision de ranger le drapeau vert et blanc 51 semaines sur 52 était irrévocable. La majorité a toujours le droit de prendre de mauvaises décisions. Démocratie 101.

Le 25 septembre 2025, Jour des Franco-Ontariens, la municipalité de Greenstone a hissé à l'un des ses trois mats le drapeau vert et blanc (pour une semaine seulement) en dépit du boycottage de la cérémonie par les francophones de l'endroit, toujours ulcérés par la décision du 12 février 2024. Pour tourner le fer dans la plaie, le discours officiel a été prononcé en anglais seulement, le maire et son suppléant étant unilingues anglophones... 

Les événements de Greenstone sont un avertissement pour les municipalités où les Franco-Ontariens forment toujours des majorités. Un jour, les anglos seront plus nombreux qu'eux. Ce n'est qu'une question de temps vu les taux actuels d'assimilation. Alors un bon jour, pas si lointain, des conseils municipaux devenus majoritairement anglophones décideront eux aussi de ranger le drapeau franco-ontarien. Et les francos minoritaires seront impuissants...

Et pourquoi cela devrait-il intéresser les Québécois? Le Québec formera bientôt autour de 22% de la population du Canada et la moitié des compétences constitutionnelles sont entre les mains de la majorité anglo-canadienne à Ottawa, y compris les tribunaux supérieurs qui, forts de la Charte fédérale imposée au Québec en 1982, ont le droit de juger les lois québécoises en fonction des valeurs «canadiennes»...

Avec son pouvoir illimité de dépenser, le gouvernement de la majorité anglo-canadienne piétine les compétences du Québec, finance la promotion de l'anglais en territoire québécois, lance ses juristes à l'assaut de nos lois sur la laïcité et le renforcement du français, et fera tout pour dérailler un référendum advenant l'élection du PQ.

Un jour, si nous ne quittons pas cette fédération, la victoire d'Ottawa sera complète et le déclin du français irréversible. Je ne vivrai pas assez longtemps pour voir ça, mais imaginez le conseil municipal d'une ville de Montréal devenue majoritairement anglaise décidant de retirer le fleurdelisé du mat municipal. Juste y penser, n'est-ce pas suffisant pour enfin s'intéresser à ce qui se passe à Greenstone, où un autre avant-poste de la francophonie nord-américaine mène seul un combat inégal contre une majorité francophobe et intransigeante?

Ce combat, au train où vont les choses, sera celui que devront mener nos petits-enfants dans plusieurs régions du Québec...

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Lien au texte d'ONFR sur le boycottage de la cérémonie du drapeau le 25 septembre 2025 - https://onfr.tfo.org/lever-du-drapeau-franco-ontarien-la-municipalite-de-greenstone-encore-boycottee/

mercredi 11 février 2026

Mon seul éditorial censuré au Droit... C'était le 29 avril 2013...

11 février 2026...

Couillard au pays des merveilles...

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Notre déménagement approche et tout devient plus urgent. Le passage de la maison familiale à un appartement avec deux fois moins d'espace signifie que la moitié (ou plus) de tout ce que j'ai conservé depuis un demi-siècle ne survivra pas à la date fatidique du 1er juillet 2026.

Depuis quelques jours, je tente d'alléger la masse de documentation dans le classeur de mon ancien bureau à domicile. Des tas de coupures de presse et de textes, brochés ou annotés, jonchent le plancher en attendant de se frayer un chemin jusqu'au grand bac bleu de recyclage (déjà empli à ras bord).

Il arrive cependant qu'une trouvaille me rappelle quelque aventure journalistique. Cette fois il s'agit d'un incident survenu durant mon séjour comme éditorialiste au quotidien Le Droit entre 2002 et 2014. Durant ces 12 années, j'ai pu écrire assez librement sans trop égratigner les murs d'une politique éditoriale relaxe. De mémoire, on avait refusé de publier un seul de mes textes, et j'ai tombé ce matin sur la chemise où j'avais conservé l'ébauche remise au rédacteur en chef.

En le relisant, j'ai toujours de la difficulté à comprendre ce qu'on lui reprochait, sauf peut-être de s'attaquer trop aux libéraux (et à la CAQ) et pas assez au PQ de Pauline Marois (alors au pouvoir mais en minorité). Il m'apparaissait clair en cette fin d'avril 2013 que devant l'intransigeance du parti de Philippe Couillard et l'opposition pointilleuse de la formation de François Legault, le projet de loi 14 du gouvernement Marois visant à renforcer la Loi 101 était à toutes fins utiles mort. J'ai donc soumis au quotidien le commentaire ci-dessous.

On m'a indiqué qu'avec certaines modifications, le texte pourrait devenir publiable. J'ai refusé. La feuille de papier sur laquelle je l'ai imprimé repose dans mon classeur depuis près de 13 ans. J'ai aussi retrouvé dans la même chemise mon éditorial du 20 novembre 2013, rédigé quatre jours après le sabordage officiel du projet de loi 14 par la ministre Diane de Courcy. Celui-là a été publié, et il me semble, en le relisant, qu'il reprend le même argumentaire que le texte refusé en avril... Enfin...

Numérisation du début de l'édito du 20 novembre 2013





mardi 10 février 2026

Pourquoi pas un sac sur la tête et une canne blanche, tant qu'à y être?

10 février 2026...

Capture d'écran d'un texte du Devoir. Lien en bas de page.



Dans le préambule de la Charte des droits et libertés de la personne on peut lire qu'au Québec, «l'égalité entre les hommes et les femmes» constitue l'un des fondements «de la justice, de la liberté et de la paix».

L'article 10 ajoute que les droits et libertés garantis par la Charte québécoise doivent être exercés «en pleine égalité», «sans distinction, exclusion ou préférence» fondée sur la religion.

C'est clair, non?

Comment la Fédération des cégeps peut-elle alors demander qu'on tolère dans les institutions collégiales le port du voile intégral (le niqab ou la burqa)?

Selon les dirigeants de la Fédération, l'obligation de découvrir son visage, mesure prévue dans la Loi 9 sur le renforcement de la laïcité, risque de «priver certaines femmes d'accès à des services et à des activités éducatives» en plus de menacer «l'autonomie des cégeps».

Décidément, les bonzes de nos collèges ne se sont pas donnés la peine de consulter la Charte des droits et libertés de la personne. L'égalité des hommes et des femmes est la base, le fondement de l'édifice.

À cet égard le voile intégral, au-delà du fait qu'il s'agisse d'un signe religieux, constitue d'abord et avant tout une démonstration publique de l'oppression et de l'infériorisation de la femme musulmane.

On pourrait affirmer que le même principe devrait s'appliquer aux étudiantes coiffées d'un hijab ou d'un foulard. mais le gouvernement québécois continue pour le moment de les tolérer, ainsi que d'autres signes religieux portant moins atteinte à l'égalité homme-femme.

Aucun argument de la Fédération des cégeps ne peut annuler ou réduire l'égalité entre les hommes et les femmes. L'autonomie que les collèges réclament ne confère par le droit de violer la Charte, qui a une valeur quasi constitutionnelle.

Il y a de quoi s'étouffer quand on entend la directrice générale de la Fédération des cégeps, Marie Montpetit, prétendre que l'obligation du visage découvert menace «les valeurs d'inclusion» que prône le réseau collégial. 

Il faudra un jour que ces prédicateurs de la tolérance multiculturelle m'expliquent comment le fait pour une femme musulmane de se cacher le visage, par choix ou le plus souvent par obligation, constitue un geste d'inclusion. C'est plutôt un geste de soumission aux règles imposées par des hommes intégristes et obscurantistes.

La Fédération des cégeps veut même continuer d'avoir le droit d'aménager des salles de prière où certaines religions (l'islam, notamment) dictent qu'on sépare les hommes et les femmes. Comme en Alabama, jadis, où l'on expédiait les Noirs au fond des autobus...

Si j'ai bien compris, nos augustes dirigeants des cégeps, des lieux par excellence de liberté et de haut savoir, demandent de permettre qu'on bafoue en milieu scolaire le droit des femmes à l'égalité et, par conséquent, toutes les libertés fondamentales qui en découlent. Permettraient-ils à quelque imam d'obliger des étudiantes à se promener avec un sac sur la tête et une canne blanche?

En interdisant le voile intégral, on ne limite pas l'accès aux études supérieures aux femmes musulmanes. Pas du tout. On y limite l'accès des signes d'inégalité et d'oppression qu'elles doivent ou qu'elles choisissent de porter. Laïcité 101.

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lundi 9 février 2026

Francophobie? Oui, mais...

9 février 2026...




Quand il s'agit de rapports entre francophones et anglophones, tant au Québec que dans l'ensemble du Canada, il me semble parfois que les éditorialistes et chroniqueurs médiatiques succombent à la tentation de sculpter les faits pour les accorder à leurs points de vue. À la fin de ce texte on m'accusera peut-être d'avoir agi de façon similaire, mais enfin, je prends le risque.

En lisant aujourd'hui (9 février 2026) l'éditorial de Marie Vastel intitulé La francophobie officielle (voir lien en bas de page), dans Le Devoir, quelque chose clochait.

D'un côté le gouvernement albertain ainsi que le quotidien torontois Globe and Mail, et de l'autre Mme Vastel, jettent un regard sur deux enjeux très factuels: l'obligation de connaître les deux langues officielles pour les juges de la Cour suprême, et la proportion croissante d'immigrants de langue française en Ontario (et ailleurs au Canada anglais).

J'ai toujours eu la conviction que l'assemblage le plus complet possible de données factuelles vérifiées permet de mieux comprendre une situation, et que cette compréhension bonifiée suscite des prises de position pondérées, à moins bien sûr de donner libre cours à des préjugés ou des sentiments. A-t-on procédé de cette façon dans ces deux dossiers? Je ne crois pas.

Commençons par le second: l'immigration francophone hors Québec. Les critiques du Globe and Mail sont-elles une manifestation de la francophobie historique d'Anglo-Canadiens, comme le conclut l'éditorial du Devoir. Peut-être bien. Probablement, même. Le nombre d'exemples de l'oppression des francophones abonde, et a été fort bien documenté. Que la position du Globe en porte les séquelles se défend, mais que peut-on déduire des conséquences réelles de l'arrivée de 15 580 immigrants économiques francophones en Ontario en 2024, soit environ 8% de l'immigration totale (197 000)?

D'abord, à moins d'une étude exhaustive des qualifications de chaque immigrant accepté, on n'a aucune certitude de favoritisme à l'avantage des francophones. Si telle étude existe, elle n'est pas mentionnée. Une recherche historique en Ontario (et au Canada) démontrerait cependant que l'allégation de refus d'anglophones «plus qualifiés» a été invoqué des milliers de fois pour contester le choix d'un francophone ou d'un bilingue, notamment au fédéral. Ce serait sans doute un puissant argument pour appuyer l'accusation de francophobie du Devoir.

Le second argument du Globe est plus difficile à réfuter et l'éditorialiste du Devoir semble fautive ici. L'éditorial du quotidien torontois s'interroge sur l'utilité d'augmenter l'immigration francophone parce que les immigrants de langue française se retrouveront surtout dans des milieux urbains, tous à forte majorité anglaise en Ontario (Toronto, plus particulièrement), où ils seront «rapidement assimilés» dans comme les Franco-Ontariens de souche. Là-dessus le Globe and Mail a raison.

Des études déjà réalisées font état chez les nouveaux arrivants de taux d'anglicisation se rapprochant de ceux des francophones de souche, et ce, dès la seconde génération. Les petits-enfants des immigrants s'assimileront à l'anglais à peu près autant que les Franco-Ontariens historiques. Quand Mme Vastel estime possible - et essentiel - de faire grossir les minorités francophones ou ralentir leur déclin par une telle politique migratoire, elle exprime une opinion qui ne tient pas compte des faits. Elle-même cite des données du recensement faisant état d'une anglicisation catastrophique collectivités franco-canadiennes qui luttent pour leurs droits depuis 150 ans, mais n'en tire pas les conclusions que cette réalité impose.

L'autre dossier, celui du bilinguisme des juges à la Cour suprême fédérale, ne met pas en scène un journal de langue anglaise. C'est la première ministre de l'Alberta qui demande d'assouplir (on sait ce que cela veut dire) la règle de bilinguisme pour la nomination au siège vacant réservé à un magistrat de l'Ouest canadien. On ne s'attend pas de Mme Smith qu'elle fasse une démarche journalistique avant d'émettre ses opinions. Elle peut donner libre cours aux préjugés et à la francophobie historique documentée des majorités anglophones de l'Ouest. Mme Vastel, par contre, doit s'y assujettir.

Au-delà des questions strictement linguistiques, elle reproche à la première ministre Smith de vouloir prendre part au processus de nomination judiciaire pour s'assurer que le candidat ou la candidate choisi représente les «valeurs albertaines». Cette dernière souhaite par ailleurs «pourvoir diriger les juges», laissant paraître ses réels et préoccupants motifs politiques et idéologiques». Pour l'éditorialiste du Devoir, les compétences judiciaires sont prioritaires et incluent la capacité de suivre des plaidoiries dans les deux langues officielles.

Les faits démontrent cependant que l'Alberta désire simplement faire ce que le premier ministre fédéral fait depuis toujours. Pense-t-on vraiment que les nominations fédérales sont libres de motifs politiques ou idéologiques? Quand Ottawa nomme un juge opposé à la Loi 21 sur la laïcité pour juger de la constitutionnalité de cette loi québécoise, c'est du Danielle Smith tout craché. Et avec les gouvernements libéraux à Ottawa, surtout depuis l'arrivée de Mark Carney, rien ne garantit que la connaissance du français restera obligatoire. Même sous Trudeau, le fédéral a nommé une gouverneure-générale qui ne connaît pas le français, et une lieutenant-gouverneur unilingue anglaise au Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue du pays.

La francophobie anglo-canadienne existe depuis la conquête et n'a jamais été extirpée. Mais cela ne signifie pas qu'on puisse répliquer à cette francophobie en tortillant une réalité déjà suffisamment accablante.

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Marie Vastel, La francophobie officielle, dans Le Devoir - https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/954495/francophobie-officielle