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| capture d'écran du site Web Le Droit, 22 février 2026 |
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C'est enrageant, à la longue, de lire la même erreur.
Dans son excellent texte sur le 10e anniversaire (22 février 2016) des excuses officielles de la première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, pour les torts causés par le Règlement XVII de 1912 interdisant l'enseignement en français dans les écoles ontariennes, le reporter du Droit Sébastien Pierroz propose un tour d'horizon assez complet des jalons qui ont marqué l'évolution de l'Ontario français au cours des dix dernières années. Voir lien en bas de page.
Un bémol cependant. Et un vrai. L'Université de l'Ontario français (UOF) «a fini par voir le jour», peut-on lire dans le texte de M. Pierroz, après avoir rappelé que l'Assemblée législative de l'Ontario avait approuvé en novembre 2015 (quelques mois avant les excuses) un projet de loi autorisant la création de cette institution universitaire franco-ontarienne. Ici, la presse francophone n'a pas fait ses devoirs depuis 2016.
Si on ne se donne pas la peine de débroussailler l'information officielle, on ne peut comprendre la réalité cachée derrière les lois, les règlements, les discours, les budgets et leur mise en oeuvre: l'Université de l'Ontario français, la vraie, avait été sabotée avant même l'adoption du projet de loi du gouvernement Wynne, et l'UOF qui a fini par voir le jour constitue une trahison du projet original d'une université franco-ontarienne provinciale englobant les programmes de langue française et les effectifs des universités bilingues existantes, y compris l'Université d'Ottawa.
Les médias ont fait grand cas, avec raison, du «jeudi noir» (15 novembre 2018) où un Doug Ford récemment élu avait annoncé, entre autres, l'abandon du projet d'université franco-ontarienne (avant de revenir plus tard sur sa décision). En réalité, le projet de regrouper sous une seule institution tous les programmes universitaires en langue française avait été sabordé en 2014 par les libéraux, avec la complicité de la ministre des Affaires francophones Madeleine Meilleur.
En octobre 2014, en entrevue à la station de radio UniqueFM d'Ottawa (94,5), Mme Meilleur avait déclaré que la seule priorité de son gouvernement était l'augmentation de l'offre universitaire en français dans le secteur centre-sud-ouest de l'Ontario (corridor Toronto-London-Windsor) et qu'elle s'opposait à la création d'une université de langue française à Ottawa où, disait-elle, l'Université d'Ottawa desservait bien les francophones... En 2015, elle ajoutait que, de toute façon, il n'y avait pas d'argent au Trésor provincial pour une université franco-ontarienne. On en reparlerait quand le budget le permettrait... C'était une gifle en pleine figure...
Ainsi, quand, en février 2016, la première ministre Wynne a présenté des excuses officielles aux Franco-Ontariens, elle a négligé de dire que son gouvernement avait déjà torpillé le projet d'étendre à l'ensemble de l'universitaire la gestion franco-ontarienne déjà consentie au primaire, au secondaire et au collégial. Doug Ford et sa bande de 50 nuances de francophobie se sont vus octroyer le rôle de vilain dans ce long, long, long métrage mais les libéraux, avoir été au pouvoir, n'auraient peut-être pas agi autrement.
J'espère qu'un jour, nos scribes médiatiques corrigeront cette erreur qui, à force d'être répétée, deviendra vérité officielle pour l'éternité.
Lien au texte de Sébastien Pierroz dans Le Droit: https://www.ledroit.com/chroniques/sebastien-pierroz/2026/02/22/reglement-xvii-quand-les-excuses-ne-suffisent-pas-U2FMPP3Q3VCL5PHC5J42BKHINU/
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Voici un texte que j'ai publié le 23 février 2016 sur mon ancien blogue (2011-2017), intitulé «Pierre Allard, le blogue», que X-Twitter censure depuis près de 10 ans. Même si le réseau social a reconnu en 2017 qu'il s'agissait d'une malencontreuse erreur, celle-ci n'a jamais été réparée. Un peu comme les excuses officielles du gouvernement ontarien au sujet du Règlement 17... Alors je le reproduis ci-dessous:
«Pour les ultimes enfants du Règlement 17
«J'accepte vos excuses, Mme Wynne. Quoi? Un petit vieux de Gatineau, Québec? De quoi se mêle-t-il, celui-là, diront certains…
«C'est simple. Je suis un enfant du Règlement 17. J'ai passé les 29 premières années de ma vie en Ontario. Je suis né à Ottawa en 1946, seulement trente-quatre ans après la proclamation dudit règlement et près de 20 ans après qu'il fut plus ou moins tombé en désuétude («On a tort de rendre trop abstrait, parfois, ce débat sur l'interdiction du français comme langue d'enseignement, de 1912 à 1927, dans les écoles franco-ontariennes. Les décideurs étaient des personnes, en chair et en os, comme les petites et grandes victimes de cette persécution.
«Mes grands-parents se souvenaient des batailles d'épingles à chapeaux dans la Basse-Ville d'Ottawa. Mon papa, qui aurait bien voulu s'instruire et qui aurait tout sacrifié pour traîner ses enfants jusqu'aux portes de l'université, a dû quitter l'école à l'âge de 13 ans faute d'écoles françaises au secondaire…
«J'étais trop petit pour m'en rendre compte au primaire mais nos écoles - françaises et catholiques - étaient sous-financées et parfois sous-équipées. En huitième année, dans une école soi-disant franco-ontarienne, on m'enseignait en français le matin et en anglais l'après-midi… Pourquoi?
«Le Règlement 17 n'était plus en vigueur, pourtant. Vrai. Mais les personnes qui l'avaient adopté et leurs successeurs - aussi racistes qu'eux - ne faisaient jamais de faveur aux Franco-Ontariens… Les concessions étaient consenties au compte-gouttes... en nous obligeant à dire merci avec le sourire…
«Quand, en 1959, est arrivé pour moi le temps d'entrer au secondaire il n'y avait toujours pas d'écoles de langue française. Mes parents se sont endettés pour m'inscrire à une école privée, l'École secondaire de l'Université d'Ottawa, où j'apprendrais dans ma langue des matières comme le français, la géographie, l'histoire et la religion… mais pas la chimie, la biologie, les mathématiques et autres… ça c'était toujours en anglais…
«Nous étions 500 francophones et 200 anglophones à cette école des Oblats… et rendus en 11e année, plusieurs d'entre nous étions déjà passablement assimilés… Je parlais plus souvent qu'autrement l'anglais à mes amis… Cela devait heureusement changer l'année suivante, en 1962, quand, débordement de la Révolution tranquille aidant, la situation au pays a secoué notre torpeur…
«Ce que j'ai subi sur le plan scolaire dans une période où le Règlement 17 était supposément mort et enterré, d'autres l'ont subi en pire. La grande majorité des jeunes de mon quartier d'Ottawa, un quartier francophone modeste, ont été obligés de fréquenter l'école secondaire publique anglaise… Ils n'avaient pas le choix… Et n'allez pas croire que cela n'a pas eu d'effets permanents!
«Le Règlement 17 était mort…. mais pas son esprit.
«Plus tard, alors que j'avais élu domicile au Québec, deux de mes filles ont étudié à l'Université d'Ottawa… en génie. Plus elles avançaient vers leur bac, plus le nombre de leurs cours en anglais augmentait! Je me souviens encore des pétitions qu'elles devaient circuler et faire signer pour espérer - sans succès - avoir tel cours dans leur langue l'année suivante.
«Mme Wynne, quand on fait du tort à mes filles, c'est à moi personnellement qu'on le fait.
«Et aujourd'hui, des jeunes Franco-Ontariens - dont certains que je connais - tentent de briser le dernier obstacle à un réseau scolaire complet dans leur langue: obtenir une université bien à eux, bien à elles. Ce ne sont pas des individus anonymes, il n'y a pas là qu'une collectivité sans nom…
«On voit leur visage et leur regard, on entend leurs paroles. Ce qu'ils demandent, c'est ce que les Anglo-Québécois ont toujours eu. Non, moins que ça. Une seule université suffirait pour le moment. Ils n'en demandent pas trois comme au Québec…
«Si vous croyez vos propres paroles d'excuses, vous savez que ces ultimes enfants du Règlement 17 ont raison. Vous avez entrepris d'écrire une importante page d'histoire. Finissez-la bien!»
«C'est simple. Je suis un enfant du Règlement 17. J'ai passé les 29 premières années de ma vie en Ontario. Je suis né à Ottawa en 1946, seulement trente-quatre ans après la proclamation dudit règlement et près de 20 ans après qu'il fut plus ou moins tombé en désuétude («On a tort de rendre trop abstrait, parfois, ce débat sur l'interdiction du français comme langue d'enseignement, de 1912 à 1927, dans les écoles franco-ontariennes. Les décideurs étaient des personnes, en chair et en os, comme les petites et grandes victimes de cette persécution.
«Mes grands-parents se souvenaient des batailles d'épingles à chapeaux dans la Basse-Ville d'Ottawa. Mon papa, qui aurait bien voulu s'instruire et qui aurait tout sacrifié pour traîner ses enfants jusqu'aux portes de l'université, a dû quitter l'école à l'âge de 13 ans faute d'écoles françaises au secondaire…
«J'étais trop petit pour m'en rendre compte au primaire mais nos écoles - françaises et catholiques - étaient sous-financées et parfois sous-équipées. En huitième année, dans une école soi-disant franco-ontarienne, on m'enseignait en français le matin et en anglais l'après-midi… Pourquoi?
«Le Règlement 17 n'était plus en vigueur, pourtant. Vrai. Mais les personnes qui l'avaient adopté et leurs successeurs - aussi racistes qu'eux - ne faisaient jamais de faveur aux Franco-Ontariens… Les concessions étaient consenties au compte-gouttes... en nous obligeant à dire merci avec le sourire…
«Quand, en 1959, est arrivé pour moi le temps d'entrer au secondaire il n'y avait toujours pas d'écoles de langue française. Mes parents se sont endettés pour m'inscrire à une école privée, l'École secondaire de l'Université d'Ottawa, où j'apprendrais dans ma langue des matières comme le français, la géographie, l'histoire et la religion… mais pas la chimie, la biologie, les mathématiques et autres… ça c'était toujours en anglais…
«Nous étions 500 francophones et 200 anglophones à cette école des Oblats… et rendus en 11e année, plusieurs d'entre nous étions déjà passablement assimilés… Je parlais plus souvent qu'autrement l'anglais à mes amis… Cela devait heureusement changer l'année suivante, en 1962, quand, débordement de la Révolution tranquille aidant, la situation au pays a secoué notre torpeur…
«Ce que j'ai subi sur le plan scolaire dans une période où le Règlement 17 était supposément mort et enterré, d'autres l'ont subi en pire. La grande majorité des jeunes de mon quartier d'Ottawa, un quartier francophone modeste, ont été obligés de fréquenter l'école secondaire publique anglaise… Ils n'avaient pas le choix… Et n'allez pas croire que cela n'a pas eu d'effets permanents!
«Le Règlement 17 était mort…. mais pas son esprit.
«Plus tard, alors que j'avais élu domicile au Québec, deux de mes filles ont étudié à l'Université d'Ottawa… en génie. Plus elles avançaient vers leur bac, plus le nombre de leurs cours en anglais augmentait! Je me souviens encore des pétitions qu'elles devaient circuler et faire signer pour espérer - sans succès - avoir tel cours dans leur langue l'année suivante.
«Mme Wynne, quand on fait du tort à mes filles, c'est à moi personnellement qu'on le fait.
«Et aujourd'hui, des jeunes Franco-Ontariens - dont certains que je connais - tentent de briser le dernier obstacle à un réseau scolaire complet dans leur langue: obtenir une université bien à eux, bien à elles. Ce ne sont pas des individus anonymes, il n'y a pas là qu'une collectivité sans nom…
«On voit leur visage et leur regard, on entend leurs paroles. Ce qu'ils demandent, c'est ce que les Anglo-Québécois ont toujours eu. Non, moins que ça. Une seule université suffirait pour le moment. Ils n'en demandent pas trois comme au Québec…
«Si vous croyez vos propres paroles d'excuses, vous savez que ces ultimes enfants du Règlement 17 ont raison. Vous avez entrepris d'écrire une importante page d'histoire. Finissez-la bien!»

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