lundi 25 mai 2026

C'est une blague? Personne n'est identifié dans ce rapport...

25 mai 2026...

capture d'écran du document de OUI Québec


J'attendais avec impatience la publication, ce dimanche 24 mai, du rapport des consultations du groupe OUI Québec auprès d'une cinquantaine de groupes de la société civile québécoise. Le quotidien La Presse, qui semblait avoir glané un exemplaire du document avant ses concurrents, avait ciblé en manchette les conclusions sur l'effritement du «vivre-ensemble» (un concept dont le sens est suggéré plutôt que défini). Décodé, cela laisse entendre que les séparatistes n'aiment pas les immigrants. Pas de grandes subtilités ici...

Mais, me suis-je dit en journaliste d'expérience, gardons-nous de juger avant d'avoir le rapport en main et de pouvoir le décortiquer à loisir. Et effectivement, dimanche, OUI Québec a mis en ligne un document intitulé «Rapport de consultations - Important 2026» (voir lien en bas de page). À première vue, j'ai cru qu'il ne s'agissait que d'un résumé dudit rapport, de ses faits saillants, mais recherche sur recherche n'a donné aucun document plus fouillé que la trentaine de pages en style quasi télégraphique offerte en pâture sur le Web.

Mais alors c'est une blague! Comment peut-on prendre au sérieux un rapport de consultations quand il ne contient aucune liste des personnes et organisations consultées; quand il n'énumère qu'un nombre limité de citations d'individus et de groupes non identifiés; quand il n'explique pas la méthodologie d'agrégation des données d'entrevues; quand les auteurs du rapport restent anonymes; quand il ne définit pas ce qu'il entend par «point de convergence»...

À l'université, une telle présentation aurait immédiatement reçu une note d'échec. Dans une salle des nouvelles, le chef de pupitre aurait ordonné au reporter de refaire son texte sur-le-champ. Des humains (pas l'IA j'espère) ont interviewé d'autres humains pour recueillir leurs points de vue sur l'état actuel du Québec et son avenir. Ce genre de consultation ne se fait pas dans l'anonymat. Les instigateurs et les répondants doivent assumer leurs opinions à visage découvert. Sinon, en ce qui me concerne, ça ne vaut rien!

À la lecture des conclusions du rapport, et à l'interprétation médiatique (et des réseaux sociaux), des milliers de personnes soupçonnent déjà un biais idéologique, et une méfiance envers les positions identitaires du Parti québécois. La meilleure façon de démontrer le non-fondé de ces craintes serait d'identifier les auteurs de la consultation, la méthode employée pour choisir les personnes à rencontrer, et la présentation d'un bon résumé des propos de chacun, chacune avec leur nom et le poste qu'ils occupent au sein de leur organisation.

Mais non. Partout, on cache les identités (voir image en haut de page). Quelle chambre de commerce? Quelle entreprise? Quel groupe d'artistes? Quel syndicat ou centrale syndicale? Quelle institution scolaire? Quel institut de recherche? Quelle organisation religieuse? Quelle communauté culturelle? Quel groupe d'aînés? Quelle organisation de santé publique? Et quels sont les agendas de ces individus et groupes bien identifiés? On me pardonnera ma méfiance, mais en journalisme, sauf exception, l'anonymat est l'ennemi de l'information.

La quatrième question posée à chaque humain rencontré par OUI Québec se lit comme suit: «Si vous aviez un conseil à donner au mouvement souverainiste, ce serait quoi?» Je m'excuse mais jamais je n'accepterai de recevoir des conseils d'un individu caché dans la burqa de l'anonymat. Parler sans devoir s'identifier ouvre la porte à toutes sortes de désinformation. On n'a qu'à voir ce qui se passe dans les réseaux sociaux où taire son nom devient souvent un tremplin pour le mensonge et l'injure.

Un dernier commentaire. Les journalistes ont souvent le défaut de remplacer le «des» par «les». Il y a une énorme différence de sens. Ainsi, quand 77% des groupes consultés ont, selon OUI Québec, «le sentiment de ne plus contrôler l'avenir du Québec et veulent un grand projet collectif pour le reprendre», c'est 77% et non 100%. Il est inacceptable d'écrire «les groupes de la société civile consultés» au lieu de 77% des groupes, ou une majorité des groupes. «Les», c'est tout le monde. 100%. 

Une ultime déception. Aucun reportage - du moins ceux que j'ai vus - ne soulève ces objections. Personne ne semble avoir exigé de OUI Québec qu'il identifie ses sources et ses méthodes. Le résultat, c'est que de vraies personnes bien identifiées (PSPP et bien d'autres) se retrouvent sur la sellette à cause d'un rapport qui ne cite qu'une bande d'anonymes... 

Un travail bien fait suivi d'un texte détaillé aurait peut-être abouti aux mêmes conclusions. Peut-être pas. On ne le saura jamais...

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Lien au rapport de consultations de OUI Québec


1 commentaire:

  1. Je dois vous dire que, parfois, pas toujours, vous me tombe un peu sur les nerfs, M. Allard.

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