20 janvier 2026...
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Avant de déménager en appartement à l'été, le grand ménage dans ma paperasse accumulée (volumineuse) me fait redécouvrir les organismes franco-ontariens au sein desquels j'ai milité dans les années 1960, en commençant par l'organisme parapluie des Ontariens francophones - l'Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario (ACFEO) - voir note en bas de page.
En 1965, l'ACFEO avait lancé une revue mensuelle, La vie franco-ontarienne, pour diffuser plus largement ses faits et gestes et, plus généralement, l'information sur les collectivités francophones dans l'ensemble de la province. Ce n'était pas, ni à l'époque ni aujourd'hui, une mince tâche de joindre les Franco-Ontariens de villes, villages et régions souvent très éloignés les uns des autres.
Bien des Québécois ne se rendent pas compte des distances : l'Ontario c'est grand comme un pays. D'est en ouest, on compte pas moins de 1300 km entre Hawkesbury, près de la frontière québécoise, et Geraldton, dans le nord-ouest. C'est pire du nord au sud, avec 1 400 km de routes à franchir pour se rendre de Hearst, au nord-ouest de l'Abitibi, jusqu'à Windsor, à la pointe sud-ouest de la province.
En 2026, avec plus de 30 ans d'Internet, l'information circule partout à la vitesse de l'éclair. Entre les sites Web, les réseaux sociaux, les messages texte/vidéo et les réunions par Zoom, le francophone de Sudbury peut échanger avec celui de Welland sans délai et sans frais. En 1965, deux individus pouvaient dialoguer par téléphone mais pour les réunions de groupe, il fallait désigner un endroit et s'y rendre. Quant à la documentation, on devait l'imprimer et l'expédier à tous les intervenants par la poste.
Dans notre univers numérique, les questions d'adhésion et de cotisations pour les organismes membres de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) se règlent instantanément par ordi. ll y a 60 ans, avant l'ère des méga subventions fédérales qui comptent ces jours-ci pour 90% ou plus du budget annuel de l'AFO, il était nécessaire de littéralement quêter des sous et des dollars dans chaque école «bilingue» (l'ancien «sou scolaire»), dans chaque paroisse, parfois même de porte à porte.
C'était l'époque héroïque. J'ai toujours en mémoire le livre Avant de quitter ces lieux, de l'auteur québécois Jules Tessier. Ce dernier racontait avoir fait de l'auto-stop de Montréal à Saint-Boniface en 1961 pour aller y porter la modique somme de 77,80$ (amassée à coups de 10 cents et 25 cents) dans le but d'aider à assurer la survie des écoles franco-manitobaines. Voilà comment les choses se passaient aussi en Ontario. Des 10 cents, des 25 cents, des billets d'un dollar... une quête permanente.
Revenons donc aux numéros de La vie franco-ontarienne que j'ai conservés depuis une soixantaine d'années. Les éditions d'octobre et novembre 1965 contiennent des pages entières de «souscriptions» - un total de 37 000 $ - provenant de plus de 150 villes et villages de l'Ontario français. Des 6,50 $ de Manitouadge (au nord du lac Supérieur) aux 327 $ de Paincourt (région de Windsor), des 1742 $ de Sturgeon Falls ou aux 3 455,02 $ d'Eastview (maintenant Vanier, un quartier d'Ottawa), les sous provenant de milliers de Franco-Ontariens de partout cheminaient vers les coffres de l'ACFEO à Ottawa.
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| extrait d'une des pages de dons provenant d'écoles et de paroisses, 1965 |
À compter de 1968, sous la pression de la bousculade québécoise, le gouvernement ontarien a consenti à créer un réseau complet d'écoles primaires et secondaires françaises. Et en 1969, le gouvernement Trudeau annonçait une nouvelle politique visant à financer les activités des associations représentant les minorités francophones hors-Québec. Grandes victoires pour l'ACFEO devenu ACFO en 1969, qui vivotait à coups de dons quêtés dans les écoles et les églises, mais aussi la fin de cette solidarité à partir de la base, de ce mouvement de masse issu des luttes contre le Règlement 17 à compter de 1912.
En 2024, sur un budget annuel de près de 3 millions de dollars à l'AFO, plus de 2 600 000 $ provenaient de subventions du Trésor fédéral. L'organisme parapluie des Franco-Ontariens recevait toujours environ 37 000 $ en cotisations de ses membres (un neuvième de la récolte de 1965 en tenant compte de l'inflation), mais on ne parle plus d'individus sollicités à la messe du dimanche ou dans les écoles de quartier. Les membres sont des institutions et des associations, locales et provinciales. Même l'Université d'Ottawa cotise... La déconnexion avec l'ancienne base militante est quasi totale. L'immense majorité des Franco-Ontariens ne connaissent probablement pas le sigle «AFO».
Je me demande ce que donnerait aujourd'hui une collecte de fonds de l'ACFEO devenue ACFO devenue AFO dans des localités comme Smooth Rock Falls sur la 11 dans le Nord, à Plantagenet sur la 17 dans l'Est, à Penetanguishene près du Lac Huron, ou même à Ottawa. Les luttes scolaires sont largement terminées et les églises sont vides ou, de plus en plus souvent, fermées. Ces vieilles listes de dons d'individus à la grande cause franco-ontariennes doivent être conservées, si ce n'est que pour pouvoir rappeler ce qui fut et ne sera plus jamais.
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* L'ACFEO est devenue en 1969 l'ACFO (Association canadienne-française de l'Ontario) avant d'évacuer pour de bon toute référence aux Canadiens français de souche. En 2006, on l'a rebaptisée Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO).


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