5 janvier 2026...
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| La page couverture du Point de mire de novembre 1970 |
Durant les deux crises d'octobre 1970, j'étais courriériste parlementaire du quotidien Le Droit à Ottawa. J'arpentais quotidiennement l'antre des Trudeau-Marchand-Chrétien-Pelletier et autres, à la Chambre des communes et dans les couloirs du Parlement. Pourquoi «deux» crises d'octobre, direz-vous? Parce qu'il y en a eu deux du moins sur le plan de l'information, celle d'avant les mesures de guerre et une seconde, qui a débuté le 16 octobre 1970 avec l'imposition de la Loi sur les mesures de guerre et l'arrestation brutale, sans mandat, de centaines d'innocents pour le simple fait qu'ils étaient indépendantistes...
Entre l'enlèvement du diplomate britannique James Richard Cross, le matin du 5 octobre 1970 et la nuit du 16, c'était l'effervescence dans les salles de rédaction. L'information circulait abondamment, sans entrave, et le public québécois suivait sans panique les événements. Même après l'enlèvement du ministre Pierre Laporte, même après le déploiement de l'armée dans la journée du 15 octobre, la population, tenue au courant en temps réel par la radio, restait calme. J'ai vu, dans l'après-midi du 15 octobre, près de l'hôtel de ville de Montréal, des familles s'amusant à se faire photographier devant des militaires armés qui devaient bien se demander pourquoi ils étaient devenus une attraction touristique.
Avec la promulgation des mesures de guerre et encore davantage après la mort de Pierre Laporte, les voix discordantes dans les salles de rédaction se sont tues. Sous la menace de la censure officielle, l'autocensure s'est imposée partout. Le public, de moins en moins informé, soumis tous les jours aux déclarations teintées de propagande en provenance des autorités à Ottawa et Québec, a eu peur. Le FLQ aurait été discrédité de toute façon pour avoir tué Pierre Laporte, mais Trudeau, Bourassa, Drapeau et leurs sbires se sont assurés que tout le mouvement indépendantiste mange la claque.
Voilà pourquoi le numéro de novembre 1970 de la revue Point de mire reste 55 ans plus tard un incontournable. Dans un océan de conformité (sauf Le Devoir), ce magazine dirigé par Jean Côté et Pierre Bourgault (tous deux interpellés ou arrêtés dans la nuit du 16 octobre) a publié de peine et de misère une édition spéciale qu'on n'aurait jamais pu lire dans les grands journaux ou entendre en ondes sous l'emprise des mesures de guerre.
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| Le message de la direction de Point de mire |
Durant cette deuxième étape de la crise d'octobre, Point de mire aura un peu sauvé l'honneur de la presse québécoise. L'éditorial de Pierre Bourgault, intitulé Ni héros ni martyr, dénonçait la violence du FLQ et la violence du pouvoir:
«M. Laporte aurait pu être sauvé, écrit-il.
«Le FLQ pouvait le sauver. Pour ce faire il lui aurait fallu, ne fut-ce que temporairement, sacrifier la cause qu'il défend.
«M. Trudeau aurait pu le sauver. Pour ce faire il lui aurait fallu, ne fut-ce que temporairement, sacrifier la cause qu'il défend.
«Les deux parties sont restées sur leurs positions: M. Laporte est mort.»
Ce numéro de Point de mire survivra à mon déménagement en appartement au début de l'été. En espérant qu'un jour, la collection entière de Point de mire devienne disponible sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.


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