11 janvier 2026...
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| capture d'écran du site Web Le Droit (lien au texte Les irréductibles orangistes du Pontiac en bas de page) |
Parfois, mon vieux sang franco-ontarien remonte en ébullition à la surface, même si je vis au Québec depuis 50 ans. Étant né et ayant grandi en Ontario, j'ai connu les ultimes séquelles du Règlement 17 qui avait, sous l'influence des orangistes, interdit l'enseignement en français dans mon ancienne province. Dans mes écoles au mieux «bilingues», j'ai tout de même appris que la violence des orangistes avait eu raison des Métis francophones du Manitoba et que le premier ministre orangiste John A. Macdonald avait fait pendre Louis Riel.
Les francophones de l'Ontario, et sans doute des autres provinces à majorité anglaise, savaient que les loges orangistes étaient habitées par la haine, le racisme, par le désir insatiable d'opprimer les catholiques et, en particulier, les catholiques canadiens-français. Les brimades orangistes ont surtout eu lieu à l'extérieur du Québec, à l'exception peut-être de la région du Pontiac, où les franco-catholiques étaient doublement persécutés: par une forte et agressante présence orangiste et par leur rattachement (encore aujourd'hui) au diocèse anglo-catholique, ontarien et francophobe de Pembroke.
Alors quand j'ai lu sur le site Web Le Droit, ce matin, que les loges d'Orange abritaient «un groupe fraternel religieux protestant», j'ai sursauté d'indignation en me demandant qui pourrait affirmer pareille sottise. Mon ancien journal devrait obliger ses journalistes à lire au moins un bon livre sur l'histoire de la francophonie canadienne ou, s'il s'agit de la région du Pontiac comme c'est le cas ici, l'oeuvre de Luc Bouvier intitulée Les sacrifiés de la bonne entente.
Quiconque est déjà allé à Shawville dans le Pontiac québécois (quand j'étais enfant on disait, Shawville, Ontario) sait que les francophones n'y ont jamais été les bienvenus. On se souvient de 1995, quand une inspectrice de l'OQLF venue y vérifier la conformité è la Loi 101 avait été poursuivie et chassée de la petite ville par le maire avec des commerçants et autres citoyens. En 2026, la loge orangiste de Shawville déploie toujours le drapeau britannique à son mat, sans doute depuis sa fondation en 1843. J'imagine que même le drapeau canadien lui semble trop francophile... Quant au drapeau du Québec, n'y pensez même pas...
L'article du Droit ne manque pas de pertinence et je le trouve par endroits à la fois instructif et divertissant. Mais il me déroute par sa naïveté et l'absence quasi-totale de contexte historique, sauf quelques repères taillés sur mesure par les Orangistes interviewés. Je veux bien croire que des membres vieillissants des loges orangistes font des dons aux hôpitaux et aux écoles, mais ils ne renient pas leur héritage, celui d'une organisation francophobe dont le passé rappelle souvent l'obscurantisme du Ku Klux Klan.
Les loges d'Orange n'ont jamais reculé devant la calomnie et le mensonge pour s'opposer aux francophones du Québec et de l'ensemble du Canada. L'article du Droit mentionne notamment l'opposition des orangistes au retrait de l'anglais sur les panneaux routiers vers la fin des années 1960 au Québec. Une cause légitime sans doute du point de vue anglophone. Mais dans leur démarche, ils vont jusqu'à affirmer (prenez une Gravol) qu'au cours des 200 dernières années «nous (les orangistes) avons permis à la langue française de s'épanouir (au Québec)». Dégueulasse. Hors Québec, la chasse aux francophones était. toujours ouverte...
Une des personnes interviewées par la journaliste du Droit affirme que les membres de la loge de Shawville se rencontrent pour trouver de la «solidarité chrétienne». Ça venant d'une organisation fondée sur son opposition à la papauté et dont les membres sont parfois allés jusqu'à brûler des églises catholiques en Ontario. Preuve de leur ouverture à la solidarité chrétienne? Ils tolèrent maintenant qu'un orangiste puisse marier une personne de religion catholique. Vivement un Prix Nobel de la paix!
Vers la fin de l'article, on mentionne que dans la région du Pontiac, environ les deux tiers des personnes parlent surtout l'anglais à la maison. C'est sans doute vrai au dernier recensement de 2021, mais si l'on omet de préciser qu'une importante proportion de ces anglophones sont des francophones assimilés sous un régime d'intolérance et de persécution remontant au 19e siècle, on ne peut espérer comprendre la dynamique linguistique qui continue jusqu'en 2026 à angliciser les Franco-Québécois du Pontiac.
Espérons qu'en complément à ce reportage, Le Droit en commande un second afin de peindre un tableau des conséquences pour les Franco-Pontissois d'une oppression plus que centenaire provenant à la fois des orangistes et des anglo-catholiques.
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Lien au texte du Droit -https://www.ledroit.com/actualites/histoire/2026/01/11/les-irreductibles-orangistes-du-pontiac-JAVWPMFILRFFHKHSTBVHWSOWBE/

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