vendredi 23 janvier 2026

Il ne reste que quelques photos...

23 janvier 2026...

Président du syndicat des journalistes en 1973 

Ce qu'on peut retrouver en vidant quatre boîtes remplies de photos qui ne survivront probablement pas à notre déménagement dans un appartement où l'espace de rangement laissera nettement à désirer.

Quelques souvenirs de la turbulente année 1973, alors que je devais conjuguer journalisme au quotidien Le Droit et syndicalisme à la CSN, ont tout particulièrement retenu mon attention.

J'avais 27 ans, des cheveux, une barbe, lunettes noires à la Buddy Holly. J'étais Franco-Ontarien, indépendantiste et socialiste, journaliste affecté aux dossiers scolaires francophones en Ontario, président du syndicat des journalistes, membre du conseil confédéral de la CSN et de l'exécutif du conseil central des syndicats nationaux de l'Outaouais.

Je n'avais pas de voiture et je demeurais à l'extrémité ouest de la ville d'Ottawa. Une heure en autobus le matin, une heure en soirée. Au travail, pour se rendre d'une affectation à l'autre, on pouvait prendre un taxi. La technologie était rudimentaire: stylo, calepins, machines à écrire, textes remis au chef de pupitre plein de ratures.

Pressé par l'heure de tombée, il fallait parfois improviser un texte d'une cabine téléphonique, sur les lieux d'un événement, et le dicter à la secrétaire de la salle de rédaction ou a un collègue journaliste. Je ne fumais pas mais la salle des nouvelles sentait la cigarette 24 heures par jour.

Les relations patronales-syndicales ont été houleuses en 1973. On renégociait la convention collective et la direction du journal (propriété des Oblats de Marie Immaculée) se grattait la tête devant certaines de nos demandes, y compris celle de payer les vacances annuelles des employés de la rédaction à temps et demi. (On a gagné là-dessus).

Le seul débrayage de 1973 n'est pas venu de la rédaction. Un matin, les membres du personnel de l'atelier de composition ont se sont retrouvés dans la rue, en face de l'édifice du Droit, pour protester contre un éditorial du matin, trop péquiste à leurs yeux. Ce jour-là j'ai dû négocier avec d'autres syndiqués de la CSN...

Nos journées étaient remplies du bruit des machines à écrire, de discussions vives, parfois bruyantes, se terminant souvent par une bière au bar d'en face où des filles dansaient sur les tables pour 5$. Nous mangions toujours dans les mêmes dix ou 12 restaurants, à Ottawa et à Hull, midi, soir et parfois en pleine nuit. Le petit cochon de lait au resto hongrois, les egg rolls au bouttes brûlés du Bocage à Hull, un hamburger au Harvey's... Le paradis, quoi...

Tous ces restos, sans faute, ont fermé leurs portes au cours du dernier demi-siècle. Mon ancienne salle de rédaction n'existe plus. Mon ancien quotidien papier également. Plusieurs de mes collègues de l'époque sont morts. Les vieilles solidarités aussi. Les machines à écrire peuplent aujourd'hui les musées. Avec nos feuillets en trois copies. 

Il ne reste que quelques photos pour rappeler que nous étions jeunes, heureux et chanceux d'avoir vécu ce que j'ai toujours vu comme l'âge d'or de la presse québécoise (et ontarienne).

Le président du syndicat harangue les troupes en 1973, debout sur un pupitre dans la salle des nouvelles du Droit.


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