2 janvier 2026...
Entre les gâteries restantes du temps des Fêtes et un deuxième visionnement des émissions de fin d'année qu'on aime tant - et qu'on aime tant critiquer et décortiquer - faut bien, pour le principe du moins, passer un peu de temps à faire le tri de tout ce qui reste à trier avant notre déménagement en juillet. J'ai sorti pour les besoins de la cause les nombreux numéros de la revue indépendantiste Point de mire que je conserve dans un classeur depuis le début des années 1970.
Le plus ancien (Vol. 1, no 8, juin 1970), publié un mois après l'élection du 29 avril, celle de la première victoire de Robert Bourassa mais aussi de l'entrée des sept premiers députés du Parti Québécois à l'Assemblée nationale, annonce la nomination de Pierre Bourgault comme rédacteur en chef de la revue. Deux reportages se démarquent dans cette édition de Point de mire : le premier, signé Marc Chatelle, adjoint du rédacteur en chef, propose un interview avec le plus jeune député du PQ, Claude Charron, alors âgé de 23 ans.
Au-delà des commentaires habituels d'un candidat victorieux, l'article indique que Charron a hâte de croiser le fer avec les libéraux à la prochaine session parlementaire, à l'automne 1970, et en particulier avec Pierre Laporte, dont l'auteur du texte précise qu'il est «assurément la créature la plus détestée des indépendantistes du Québec».
Après avoir énuméré quelques-une des tactiques «malpropres» de ce dernier durant la campagne électorale, M. Chatelle conclut: «Il faudra un jour se souvenir de Pierre Laporte.» Un commentaire auquel on n'a sûrement pas accordé beaucoup d'importance au moment de sa publication mais qui, après la crise d'octobre et l'assassinat de M. Laporte, apparaît aujourd'hui prophétique...
Les héros de l'indépendance: Marcel Chaput
L'autre interview de cette édition de Point de mire, réalisée par le directeur de la revue, Jean Côté, constitue le versement initial d'une série dédiée aux «héros de l'indépendance», ceux et celles qui ont lutté pour la souveraineté bien avant la fondation du Parti Québécois en 1968. Il n'est pas surprenant qu'on ait choisi comme premier «héros» Marcel Chaput, militant de longue date et cofondateur du RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale) en 1960.
Ce qui m'a le plus intéressé en relisant le texte, c'est l'importance accordée aux débuts de ses interventions publiques en faveur de l'indépendance, en 1961-62. L'action se déroulait dans mon patelin, Gatineau (anciennement Hull) et Ottawa. Marcel Chaput demeurait dans le Vieux Hull et travaillait au fédéral (en anglais), sur l'autre rive. Pour ceux et celles (ils sont nombreux) qui ont vécu tette expérience ou compris les rapports d'inégalité entre francophones et anglophones dans la région de la capitale fédérale, plonger dans le récit de M. Chaput éveillera de vieux souvenirs.
On apprend dans cet interview que le jeune Chaput a fait deux ans de secondaire au high school de l'Université d'Ottawa dans les années 1930 (clairement peu de choses avaient changé quand j'y suis arrivé à la fin des années 1950). L'algèbre y était enseigné en anglais par G.-O. Julien, rédacteur-en-chef du quotidien Le Droit! Juste ça suffit pour comprendre cette école et l'esprit de colonisé qui prévaut au sein des collectivités francophones d'Ottawa et Gatineau. Comme militaire durant la 2e Guerre mondiale, Marcel Chaput avait subi bien sûr le commandement d'officiers anglophones, qui lui ont conseillé d'aller étudier le génie chimique à McGill (ce qu'il a fait). Surtout pas à l'Université de Montréal que les anglos critiquaient constamment...
Son départ rocambolesque du Conseil fédéral de recherches sur la défense fin 1961 après avoir prononcé des discours publics comme membre du RIN, interventions qui avaient soulevé des débats à la Chambre des communes, et joué au chat et à la souris avec ses patrons anglais, se déroule dans un milieu de travail qui, sur le fond des rapports franco-anglo, a peu changé en dépit des séances répétées de maquillage style Loi sur les langues officielles...
L'interview avec Marcel Chaput mériterait d'être relu en 2025 mais je n'ai pas trouvé de références à la revue Point de mire sur le site BANQ (Archives nationales du Québec). J'aurais laissé un lien. Ma conclusion? Je dois conserver ce magazine pour la postérité, même après mon déménagement. Angoisse soudaine: que ferai-je si les autres numéros de Point de mire m'apparaissent tout aussi importants? Et que dire des autres magazines que j'ai gardés, de mes dossiers de documents et des quelque 1600 livres qui restent sur mes tablettes?
J'y repenserai demain...

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