mercredi 28 janvier 2026

Le colonialisme, vieux comme le monde...

28 janvier 2026...

Pierre Bourgault en 1940, tenant un drapeau britannique... (photo publiée dans le livre «Le colonialisme au Québec» d'André d'Allemagne)

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«Le colonialisme (moderne) n'est pas un phénomème nouveau mais la forme actuelle d'un phénomène vieux comme le monde: celui de la domination d'une société par une autre», écrivait André d'Allemagne (voir lien en bas de page) dans son livre Le colonialisme au Québec, publié en 1966. Soixante ans très exactement.

Appliquer cette définition à la société québécoise ou franco-canadienne relève de l'évidence même. En 1760, nous sommes devenus un peuple conquis. La Grande-Bretagne nous l'a rappelé violemment en 1837-38. Lord Durham a réaffirmé la suprématie et la supériorité des conquérants et de leur langue dans son rapport de 1839. On nous a fusionné à l'Ontario (Haut-Canada) en 1840 pour nous réduire à un état de minorité permanente. La Confédération de 1867 a confié au gouvernement fédéral, celui contrôlé par la majorité anglo-canadienne, les pouvoirs qu'ils jugeaient les plus importants à l'époque. Le français a été réprimé un peu partout. Les compétences exécutives et judiciaires qu'avait conservé la Grande-Bretagne ont été accaparés au fil des décennies par la majorité anglo-canadienne à Ottawa. Encore aujourd'hui, même dans les domaines constitutionnels relevant du Québec, l'appareil judiciaire fédéral impose sa tutelle en se fondant sur une constitution adoptée contre la volonté des Québécois.

La domination d'une société par une autre? Cela crève les yeux, au Canada et au Québec. Ce n'est plus une domination par les armes, quoiqu'Ottawa n'ait pas hésité en octobre 1970 à imposer une occupation militaire du Québec pour réprimer une insurrection fictive et, du même, coup mettre en prison sans mandat près de 500 Québécois indépendantistes. Non, le colonialisme contemporain prend davantage la forme d'une domination de l'esprit des colonisés, qui s'habituent à être gouvernés - même contre leurs propres valeurs - par une société qui poursuit contre le Québec et le Canada français une domination politique, économique et linguistique en utilisant sa supériorité démographique, désormais permanente, et un mode d'emploi hérité de l'empire britannique.

À cet égard, le Québec se retrouve dans une situation semblable à celles vécues dans d'autres anciennes colonies britanniques. Gandhi l'avait bien compris en Inde. André d'Allemagne affirmait en 1966: «Vivant dans une société dominée à tous les paliers, le Québécois est soumis dès son enfance et tout au long de son existence à un conditionnement qui provoque chez lui, à quelques variantes près, tous les réflexes typiques des colonisés à travers le monde actuel (il écrit en 1966).»

Poursuivant son argumentaire, le cofondateur du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) écrit: «La psychologie de toute société colonisée est profondément complexe. Parallèlement à la résignation, on observe au Québec de multiples formes de résistance traditionnelles et symboliques. N'ayant confiance ni en lui-même, ni en les siens, le colonisé québécois, encouragé en cela par les dirigeants et même par le colonisateur, engage sa révolte dans des voies sans issue, ce qui lui donne l'illusion de l'action, voire de la puissance. (...) Le colonisé se confectionne ainsi un micro-monde où son action prend la teinte d'un nationalisme d'attente. Se donnant l'impression de lutter, il rêve que d'autres feront plus tard plus que lui.»

C'est pourquoi, écrit André d'Allemagne, la libération des colonisés doit se faire collectivement. «Ce qui inquiète le plus le colonisateur c'est toute manifestation d'un sentiment collectif chez le colonisé, que ce sentiment prenne une forme nationale, sociale ou idéologique.» D'ailleurs simplement parler de colonialisme, on l'a vu ces derniers jours, suscite des mouvements d'indignation au sein du Parti libéral du Québec et d'autres milieux fédéralistes. Mentionner l'esclavage, même au sens psychologique, suffit pour qu'on crie au scandale.

André d'Allemagne offre cette conclusion opportune qui conserve toute sa valeur 60 ans après sa publication. «Rien ne se fait tout seul, dans l'histoire, et on n'a jamais résolu de problèmes en évitant de les poser.»

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Qui est André d'Allemagne? - https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_d%27Allemagne


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