mercredi 7 janvier 2026

Les mêmes litanies depuis 1968....

7 janvier 2026...

«L'avenir d'un peuple est en jeu et la bataille qui se livre à Montréal, où la vie française connaît un dépérissement tragique, indique assez l'urgence d'une solution radicale qui s'appelle l'unilinguisme français. On en est exactement à ce point après deux siècles de patience.»

À lire ce commentaire, on pourrait le croire issu des débats actuels sur le déclin de la langue française dans la métropole québécoise. À n'en pas douter, il a des airs de 2026. Mais non! Il aura bientôt 60 ans! J'ai trouvé cette réflexion dans l'édition janvier-février 1968 de l'ancienne revue Maintenant, en lisant un article intitulé B&B ou l'inégalité à perpétuité, signé par le journaliste Pierre Saucier.

Le B&B, pour ceux qui sont assez vieux pour s'en souvenir, fait référence à la Commission fédérale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Commission Laurendeau-Dunton), qui achevait ses travaux et évoluait de plus en plus vers un projet de Canada divisé en deux, une zone bilingue (essentiellement le Québec) et le reste du pays unilingue anglais.

Cela faisait bien sûr l'affaire des anglophones au Québec. écrivait-on en 1968. «L'Anglo-Québécois constitue une fausse minorité car il jouit de tous les avantages de la majorité. Il possède à Ottawa un gouvernement à lui», précise l'article de Maintenant, soulignant l'asymétrie évidente entre l'anglais au Québec et le français ailleurs au Canada. «Il en va tout autrement des minorités fort entamées et anémiées d'outre-frontières et qui, quand elles ne sont pas assimilées, continuent de végéter et survivre folkloriquement», peut-on lire.

Sans verser dans les dead ducks de René Lévesque, le rédacteur de Maintenant s'interroge quant à l'utilité de réformes, dans les provinces anglaises, pour accorder plus de droits aux minorités de langue française. «Illusion pitoyable au reste que la conservation artificielle en territoire très majoritairement anglais d'îlots dotés d'une demi-langue sans aucune utilité dans la vie courante. À quoi bon enseigner une langue à des fins familiales et folkloriques?»

La solution, alors? L'article de la revue dirigée par des religieux dominicains du Québec pointe vers la solution qui devait, à l'automne 1968, susciter la fondation du Parti québécois. «Il apparaît de plus en plus que la souveraineté est un impératif à la survie et l'épanouissement du Québec francophone. Maintenant a déjà indiqué que la solution la plus réaliste irait dans cette direction

Ce qui frappe le plus en relisant ce texte de 1968, c'est à quel point les enjeux ont peu changé en 58 ans, en dépit des grandes réformes entreprises sous la Loi 101 à la fin des années 1970. Le français à Montréal reste au bord de la catastrophe. Les Anglo-Québécois peuvent toujours compter sur leur majorité anglo-canadienne à Ottawa. Les minorités francophones hors-Québec continuent de s'assimiler à la vitesse grand V, au point de parler d'agonie dans six ou sept provinces. Et l'indépendance apparaît toujours comme le seul moyen d'assurer la protection et la promotion du français au Québec.

On répète les mêmes litanies depuis la fin des années 1960, et rien ne se règle... Assistera-t-on enfin en octobre 2026 à l'amorce d'un ultime assaut, réussi cette fois, vers une souveraineté qui fera du Québec, une fois pour toutes, un pays phare pour la langue française dans les Amériques? Je serais curieux de lire ce que la revue Maintenant écrirait à ce sujet en janvier 2026...

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*lien à la revue Maintenant sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec - https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2817559


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