9 janvier 2026...
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| Le magazine Last Post, publié à Montréal par des journalistes anglophones de gauche |
En cette année de déménagement, le tri des revues, magazines et documents que je conserverai, ou dont je me débarrasserai à mon corps défendant, mène parfois à de joyeuses redécouvertes. Ainsi, cette édition de Last Post, publiée en pleine crise d'octobre 1970, au moment où l'ensemble des médias traditionnels courbait l'échine devant les menaces de censure du gouvernement Trudeau.
Contre la propagande guerrière d'Ottawa et Québec, cette coopérative d'information avait dû réaliser des «acrobaties» pour contourner le bras très lourd de la Loi sur les mesures de guerre. Pour réaliser le principal texte d'analyse, le magazine avait pu compter sur la collaboration de journalistes de Montréal, Québec et Ottawa. Ces derniers avaient livré des éléments d'information que leurs journaux refusaient de publier, les grandes entreprise de presse étant largement devenues, «par le mécanisme insidieux de l'autocensure, organes du gouvernement».
Avec l'édition spéciale de Point de mire, dont j'ai déjà parlé et que Last Post dépassait en audace, l'édition d'octobre-novembre 1970 du magazine de langue anglaise fut l'une des rares à proposer des textes fouillés exposant les magouilles fédérales et québécoises pour utiliser les enlèvements du FLQ dans le but de discréditer l'ensemble du mouvement indépendantiste québécois. Vous pouvez les lire sur le site Web connexions.org.
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| Caricature d'Aislin (Terry Mosher), membre de la collaborative |
L'un des textes les plus divertissants, si vous me permettez ce mot peu opportun considérant les événements tragiques de l'époque, est signé par Nick Auf der Maur, ancien journaliste à la Montréal Gazette qui devait par la suite siéger au conseil municipal de Montréal de 1974 jusqu'au début des années 1990. Celui-ci raconte avec force détails dans Souvenirs d'un prisonnier de guerre son arrestation sans mandat par la Gendarmerie royale du Canada et son séjour à la prison de la rue Parthenais avec plusieurs autres détenus, dont Reggie Chartrand, Pierre Vallières, Charles Gagnon et Michel Chartrand.
Le jour de sa libération, on lui donna un colis envoyé par sa mère qui contenait son chandail des Canadiens de Montréal, un missel et la biographie du saint patron de la Suisse (pays d'origine de ses parents). Avant de quitter la prison, il avait discuté pendant une heure avec un autre détenu sur le point d'être remis en liberté, un travailleur membre d'un comité de citoyens d'un quartier pauvre de la métropole. La police avait défoncé sa porte pour l'arrêter et après huit jours derrière les barreaux, il craignait d'avoir perdu son emploi. «Le plus stupide dans cette affaire, écrit Auf der Mar, c'est qu'on ne lui avait posé aucune question pendant son séjour en prison.»
Le geste le plus audacieux du Last Post sur la crise d'octobre fut sans doute de publier de longs extraits du livre Nègres blancs d'Amérique, de Pierre Vallières, «un document important pour quiconque cherche à comprendre les racines du conflit au Québec». La traduction anglaise du titre ne serait au grand jamais publiée en 2026 pour des motifs que tous connaissent. La direction du magazine précise à la fin du texte qu'elle aurait désiré publier quelques autres extraits, mais on l'avait informé que telle publication sous les mesures de guerre aurait pu mettre en péril l'avenir de la revue...




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