dimanche 12 avril 2026

Kelly Burke fait des vaguelettes...

12 avril 2026...


captures d'écran du site Web Le Droit, 10 avril 2026

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Avec l'arrivée de Mme Kelly Burke, des vaguelettes viennent de brouiller le calme plat de la symétrie qui marque depuis plus d'un demi-siècle la perception des minorités franco-canadiennes et de la «minorité» anglo-québécoise au Commissariat fédéral des langues officielles.

Jusqu'à récemment, le texte de la Loi sur les langues officielles (LLO) mettait les francophones hors Québec et les Anglo-Québécois sur le même pied. Cette symétrie législative n'avait aucune contrepartie dans la vraie vie des collectivités linguistiques, mais tout de même, la loi était claire dans sa rédaction.

Or, voilà que la nouvelle mouture de la LLO, adoptée en 2023, reconnaît dans son préambule que le gouvernement fédéral «s'est engagé à protéger et promouvoir le français, reconnaissant que cette langue est en situation minoritaire au Canada et en Amérique du Nord en raison de l'usage prédominant de l'anglais».

Ce texte quasi constitutionnel affirme ainsi que la seule langue menacée au Canada, y compris au Québec, est le français. Et que les Anglo-Québécois, faisant partie de la majorité anglophone canadienne et nord-américaine, ne font pas face aux mêmes menaces que les collectivités de langue française, y compris celle du Québec.

Cet ajout à la Loi sur les langues officielles a évidemment déplu à de nombreux Anglo-Québécois. Le député libéral de Mont-Royal, Anthony Housefather, a été le seul élu de la Chambre des communes à s'opposer à la modernisation de la LLO. Une autre députée de la région montréalaise, Sherry Romanado (Longueuil-Charles-LeMoyne), s'est abstenue de voter... D'autres auraient sans doute voulu les imiter...

En dépit des modifications concernant les menaces contre la langue française dans la Loi, l'ancien Commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge ,n'avait pas changé son approche. Jusqu'à la fin, il a continué à considérer les Anglo-Québécois comme une minorité en danger, au même titre que les Franco-Ontariens, les Franco-Manitobains et les autres. L'impression laissée, c'est qu'il partageait jusqu'à un certain point les préoccupations des députés anglo-québécois.

Mais avec la nomination de la nouvelle Commissaire Kelly Burke, une Franco-Ontarienne qui a aussi occupé le poste de Commissaire aux services en français de l'Ontario, quelque chose a changé, au moins au niveau du langage. Dans une entrevue accordée au média Le Droit, elle annonce son intention de défendre les francophones hors Québec et les Anglo-Québécois de façon «équivalente». Pas «égale»...

Ce que je comprends, si les mots on un sens, c'est que sa défense des uns et des autres ne sera pas identique, mais aura la même valeur en fonction des situations vécues. Cela laisse un peu de place pour une reconnaissance que les Anglo-Québécois sont en bien meilleure posture que les collectivités de langue française ailleurs au Canada, et qu'à ce titre, ont moins besoin de la LLO.

Dans un interview à ONFR, en février 2026, elle disait vouloir d'abord s'attaquer à «l'univers numérique en anglais» et que sa «perspective ontarienne» faisait d'elle une commissaire à l'écoute des collectivités francophones et de «leurs vulnérabilités». Ayant grandi dans la région de Cornwall, dans l'Est ontarien, à quelques kilomètres de la frontière québécoise, elle est bien placée pour savoir à quel point la minorité anglophone du Québec a été choyée depuis la fondation du Canada.

On me dira que choisir «équivalent» au lieu d'égal n'a rien de spectaculaire. Soit. Mais parfois il suffit d'un mot pour causer de profonds bouleversements. Dans la version anglaise originale de la Charte des longs couteaux de 1982, l'article 23 affirmait le droit de recevoir l'instruction en français (au primaire et au secondaire) in minority language educational facilities provided out of public funds.

Le texte français, cependant, précise que l'instruction en français (ou en anglais au Québec) doit se faire dans des établissements d'enseignement de la minorité linguistique financés sur les fonds publics. En Cour suprême ce petit «de», absent du texte anglais, a permis de déterminer que les écoles n'étaient pas seulement françaises mais qu'elles émanaient de la minorité francophone, et que cette dernière en avait la gestion. Et tout a changé.

Alors voyons si l'équivalent de Mme Burke a quelque effet sur la langue de bois que le Commissariat aux langues offficielles nous sert depuis si longtemps. Si oui, Mme Burke aura maille à partir avec les Anthony Hosefather de ce monde...

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