7 avril 2026...
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| capture d'écran d'un statut mis en ligne sur Facebook le 6 avril 2026 |
Depuis longtemps, les sondages l'opinion publique ont cessé d'être un moyen d'informer la population. L'ont-ils jamais été? Aujourd'hui, la publication de données sur les grands enjeux politiques (électoraux, référendaires et autres) est immédiatement transformée en munitions sur le champ de bataille. Et les combats médiatiques qui en découlent réussissent le plus souvent à brouiller les cartes ou pire, accentuer les tendances déjà en hausse au sein des électorats.
Le statut Facebook ci-haut du Forum Angus Reid (associé à la maison de sondage du même nom), publié ce 6 avril 2026 à partir de données cueillies deux mois plus tôt, au début de février, n'annonce rien de neuf. Mais les adversaires de la souveraineté, au Canada anglais comme au Québec, ne manqueront pas de s'en servir pour laisser entendre que la question est désormais entendue, qu'un troisième référendum consacrerait de nouveau le «Non» et que les petits séparatistes n'ont qu'à rentrer chez eux et acheter des unifoliés...
Et à n'en pas douter, la publication de résultats semblables, comme les plus récents de la maison Léger (janvier 2026), auront l'effet d'un coup de masse pour plusieurs de ceux et celles se sont ralliés autour de Paul St-Pierre Plamondon pour une ultime tentative de transformer le Québec en pays indépendant. Ce doit être plutôt décourageant de découvrir qu'en ce début de 2026, à sept ou huit mois des élections d'octobre, 63% des Québécois voteraient «Non» à un référendum du PQ. Pire, les appuis au «Oui» oscillent autour de 26%...
Comment faudra-t-il s'y prendre pour convaincre la population, et particulièrement les souverainistes, du caractère tendancieux de l'information véhiculée dans les sondages, et de l'importance de prendre en compte qu'une date de péremption presque immédiate est collée à chacun d'entre eux. Ce ne sont que des instantanés, valables seulement à la date de leur capture. Deux semaines, deux mois plus tard, l'opinion a déjà évolué.
Les données d'Angus Reid, présentées comme dans le tableau en haut de page, ne tiennent pas compte des divergences au sein des groupes linguistiques. Chez les anglos, l'appui au «Non» se situe aux environs de 85%! Cela ne devrait surprendre personne. Le vote anglophone est le plus souvent libéral et Canadian. Le véritable débat démocratique se joue au sein de la majorité francophone et là, les choses restent plus fluides.
Le bloc d'irréductibles partisans du «Non» formerait (en février 2026) 45% de l'électorat de langue française. Si l'on additionne les «Oui» inconditionnels (17%), les «Oui» probables (13%) et les indécis (11%), on atteint le seuil des 40% et cela, à un moment où les pro-Canada ont réussi à transformer le débat sur l'indépendance en débat sur la tenue d'un référendum. Les questions des sondeurs portent d'ailleurs sur le vote référendaire, et non sur les opinions au sujet de la souveraineté du Québec.
Le Parti québécois doit assumer sa part de responsabilité pour les difficultés actuelles. Durant les quatre partielles que le PQ a gagnées depuis 2022, occasions rêvées pour promouvoir les avantages de la souveraineté, on s'en est tenu aux enjeux locaux et régionaux. Quelles chances ratées. Par ailleurs, en promettant un référendum au premier mandat, on s'est trouvé à tasser ce qui aurait pu devenir une élection axée sur le thème de l'indépendance et sur les moyens d'y parvenir. À la place, le public aura les yeux fixés sur une échéance référendaire impopulaire un peu partout, même au sein du PQ.
Je serais prêt à parier qu'après un débat intelligent sur le sort du Québec comme province ou comme pays, plus de la moitié des francophones seraient disposés à donner un mandat fort au Parti québécois, ce qui suffirait amplement pour mener le PQ vers un gouvernement majoritaire à l'Assemblée nationale. Le problème, c'est qu'en insérant la variable référendaire, un véritable boulet, les fédéraux ont beau jeu pour torpiller un dialogue qui aurait autrement mis en valeur les multiples désavantages de «l'unité canadienne» pour les Québécois.
Les dirigeants et partisans du PQ n'ont pas beaucoup de temps pour changer de cap, d'ajuster la thématique pour d'abord assurer l'élection en octobre du vaisseau amiral de la souveraineté. Même avec un appui de 26 ou 30% au «Oui» référendaire, le Parti québécois peut convaincre suffisamment d'électeurs de la valeur de l'indépendance, notamment chez les jeunes, pour enrayer la machine électorale anglo-libérale. À partir de là, Paul St-Pierre Plamondon et ses députés ont quatre ans pour adopter des mesures qui donneront un élan au mouvement souverainiste. Cela suffira-t-il pour atteindre un 50% +1 de «Oui» à un référendum en 2030? J'en doute...
Mais une accumulation de petites victoires pendant quatre ans de pouvoir créera un nouvel élan, peut-être le dernier qui nous sera offert. Et rien n'empêchera alors un gouvernement du Parti Québécois de reporter le boulet référendaire au mandat suivant pour maintenir cet élan. Un public francophone bien informé fera toujours ce qu'il faut pour assurer l'autonomie voire la souveraineté d'un Québec français et laïc.
Quant au sondage Angus Reid et les autres, ils ne nous apprennent rien que ne sachions déjà. Mettons-les à la poubelle et retroussons nos manches!

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