mardi 21 avril 2026

Les lundis, le coeur du Devoir ne bat plus...

21 avril 2026...

La première «page» éditoriale du Devoir - le 1er juin 1950. Avant, l'édito était publié à la une.

Le Devoir publie des éditoriaux depuis sa fondation en 1910. Pendant près de 40 ans, ces textes prestigieux ont occupé deux colonnes au haut de la page une. Cette présentation a changé le 1er juin 1949 avec l'apparition d'une pleine page éditoriale quotidienne (voir image ci-haut). Le premier édito publié en page 4 était signé André Laurendeau.

statut publié sur ma page X-Twitter hier, 19 avril 2026

Mes premiers souvenirs du Devoir remontent aux années 1960 quand j'étudiais en science politique à l'Université d'Ottawa. Invariablement les pages d'opinion et les prises de position de Claude Ryan animaient les discussions estudiantines. Le coeur du journal battait en page éditoriale, du lundi au samedi. Le Devoir sans son éditorial du jour aurait été inimaginable.

Mais voilà que soixante ans plus tard, ce 20 avril 2026, en page A6, le logo ÉDITORIAL manque à l'appel, remplacé par DE LA SUITE DANS LES IDÉES. Et la prise de position habituelle du journal, signée Marie-Andrée Chouinard, Marie Vastel, Louise-Maude Rioux Soucy ou même Brian Myles, ne se trouve nulle part ailleurs. À la place, on nous sert deux textes d'«idées?» rédigés l'un par un chercheur de l'Université Laval, l'autre par un écrivain.

Mais où est donc passé l'éditorial? N'ayant pas vu de message évident ou encadré en pages A6 et A7, j'ai posé la question sur X-Twitter (image ci-dessus), sans effet, même si le compte @LeDevoir était identiqueté. Voulant en avoir le coeur net, j'ai vérifié l'édition du 20 avril sur le Web et j'ai découvert ce message (image ci-dessous):


Comment diable se fait-il que cette annonce n'ait pas paru dans l'édition papier que je reçois à la maison? Nouveau retour sur la page A6, sur ces textes d'«Idées?» que je n'avais aucunement l'intention de lire à la place d'un édito, et voilà que j'aperçois le petit paragraphe entre le titre et le texte du bas de page, coloré en mauve pâle (image ci-dessous). L'endroit et la présentation idéales pour que l'oeil ne capte pas cet avertissement insipide de la direction du Devoir.



Passons au texte du message lui-même, absolument condescendant faute d'être compréhensible. Comment le fait de remplacer l'éditorial maison par un texte d'idées rédigé à l'externe «ralentit»-il nos lundis? Et pourquoi les lundis ont-ils besoin d'être ralentis, dans la mesure où «ralentir» signifierait alléger, relaxer, simplifier ou quelque chose du genre? C'est une journée plus épuisante que les autres?

Mais le pire reste à venir. Nos lundis seront ralentis «en réfléchissant à un sujet qui colore l'air du temps en lieu et place de notre section Éditorial». C'est le boutte!!! Quoi, les éditoriaux ne colorent-ils pas eux aussi l'air du temps? Car c'est bien ce que laissent entendre les propos sibyllins des patrons des éditorialistes du Devoir. Une fois par semaine, les lecteurs du Devoir ont ainsi besoin, pour colorer l'air du temps, de prendre congé des éditorialistes du Devoir. L'insulte!

Cette nouvelle mesure du quotidien montréalais n'augure rien de bon. Je me souviens de l'époque où j'étais éditorialiste invité au journal Le Droit. En juillet 2013, on a annoncé à l'équipe (mais pas aux abonnés) qu'on mettait fin à la publication des éditoriaux maison les lundis. Pas pour alléger les lundis, mais bien pour alléger le budget de la rédaction. L'horizon s'assombrissait.

L'année suivante, l'empire Gesca-Power annonçait l'abandon du papier pour La Presse et la disparition éventuelle des six quotidiens régionaux, y compris Le Droit. J'ai protesté sur mon blogue. On m'a mis à la porte. Il restait deux éditorialistes. Le second ayant pris sa retraite quelques années plus tard, il n'en restait qu'un. Un scénario genre Agatha Christie. Éventuellement, Le Droit, devenu coopérative, a aussi largué le papier et un bon jour, cessé de publier ses éditoriaux, à l'exception de l'occasionnel texte de la rédactrice en chef.

Puis Le Droit a mis fin à ses éditions quotidiennes, ne conservant qu'un babillard dans le nuage numérique. J'espère que l'amputation de l'éditorial du lundi au Devoir, qui semble sortir de nulle part, ne soit pas un signe avant-coureur du cercle vicieux qui a fini par emporter six des dix quotidiens de langue française du Québec depuis 2020.

Je suis un peu - non, beaucoup - en colère. Probablement tout seul, si je me fie au silence assourdissant qui semble avoir accueilli cette mesure, inédite dans les 116 ans d'histoire du journal. Sans sa page éditoriale, Le Devoir n'est plus Le Devoir. Désormais, les lundis, le coeur de notre quotidien national ne bat plus...

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