lundi 13 avril 2026

Une poussée d'adrénaline collective... Et vite!

13 avril 2026...

capture d'écran du site Web Le Devoir



Toute ma vie, j'ai carburé à l'adrénaline. Étudiant, j'avais tendance à attendre à l'extrême limite pour préparer un examen ou compléter une dissertation. Une poussée d'adrénaline me laissait indéfectiblement savoir quand il fallait appuyer à fond sur l'accélérateur. Même chose pour ma vie en journalisme avec cette irrépressible et opportune montée d'énergie dans les minutes précédant une heure de tombée.

L'adrénaline, disent les experts, est essentielle à notre survie. À la mienne en tout cas. Elle aiguise nos réactions en situation de menace et permet d'accélérer la prise de décision. Cette hormone existe en chacun de nous. J'aime croire qu'elle peut se manifester aussi de manière collective, qu'un peuple tout entier a cette capacité de monter aux barricades et de repousser, dans un mouvement de solidarité, toute menace existentielle.

J'ai appris au cours de mes 80 ans à flairer l'imminence des moments où tout peut basculer sans intervention immédiate. L'adrénaline a été et reste mon amie. Je lui fais confiance, et ces jours-ci, elle me dit que l'avenir d'un Québec français et laïc, ainsi que ses chances d'accéder à la souveraineté, se joueront d'ici six mois. Qu'après le 5 octobre, date du prochain scrutin québécois, il sera probablement trop tard!

Ce 13 avril 2026, trois élections partielles avaient lieu et quel que fut le résultat dans Terrebonne, les libéraux étaient assurés d'avoir dès le lendemain la majorité qui leur avait échappé à l'élection générale du 28 avril 2025. Le parti de Mark Carney comptait déjà 171 députés aux Communes depuis l'arrivée de cinq transfuges (4 PC,  1 NPD) et avec deux victoires assurées dans la région de Toronto, ce gouvernement centralisateur pourra dorénavant foncer sans risque d'être freiné ou renversé par l'Opposition.

Le premier ministre fédéral n'a jamais caché son jeu. Il veut bâtir «une économie canadienne», pas dix. Une économie québécoise forte sera tolérée dans la mesure où elle se soumet aux impératifs «nationaux» du Canada. Lisez son programme. Abolition des protectionnismes provinciaux. Libre circulation des biens et de la main-d'oeuvre (le français? Bof...). Créer une identité, une culture canadienne avec ses valeurs fondamentales. Les nôtres, au Québec? Ottawa combat déjà la Loi 21 devant sa Cour suprême et fera de même pour la Loi 96...

Armés de leur pouvoir de dépenser à peu près illimité, protégés par leur Charte des longs couteaux et une armée de juges que le premier ministre nomme seul, Mark Carney et sa bande désormais majoritaire se transformeront en véritable rouleau compresseur, prêts à aplatir les compétences, les lois et les valeurs québécoises qui se trouveront sur leur chemin. Ne sentez-vous pas leur poussée d'adrénaline? Moi si!

Et que pouvons-nous leur opposer à l'Assemblée nationale? Le gouvernement de la CAQ se professe nationaliste, il crie bien haut sa défenses des compétences du Québec, de la laïcité et de la langue française, mais ne conteste pas le droit d'Ottawa de juger nos lois en vertu d'une charte constitutionnelle multicultural qu'on nous a enfoncée dans la gorge en 1982. Si Québec perd sa laïcité et son «français lange commune» face aux juges suprêmes, c'est fini. Il n'y aura pas d'appel!

Face à la majorité anglo-canadienne qui contrôle le gouvernement d'Ottawa, Québec parle fort... et c'est tout... Ce pourrait être pire si jamais le Parti libéral du Québec, le parti des anglos et anglicisés, prenait le pouvoir en octobre 2026. Souvenez-vous des gouvernements fédéralistes, anglophiles et bilinguisants de Jean Charest et Philippe Couillard. Nous avons perdu avec eux une génération entière... Si Charles Milliard, un ancien militant conservateur fédéral qui a flirté un instant avec les libéraux de Justin Trudeau, gagne en octobre, c'est fini. Nous n'avons plus quatre années à perdre!

Il ne reste que cinq mois pour redresser la barque et se donner un gouvernement national avec suffisamment d'épine dorsale pour protéger les acquis du Québec et mettre en branle le processus d'accession à la souveraineté. Les résultats dans Terrebonne illustrent, comme à Laval et sur la Rive-Sud, à quel point le déclin du français et la présence croissante de collectivités multiculturelles favorisent les libéraux, tant au fédéral qu'à l'Assemblée nationale.

Le compte à rebours est commencé. De recensement en recensement, l'évolution du profil socio-linguistique et démographique de la grande région montréalaise et de l'Outaouais annonce un effritement des majorités francophones. Or, et les sondages le démontrent, le débat démocratique sur l'avenir du Québec français se déroule uniquement au sein de la majorité historique et chez les nouveaux arrivants qui ont choisi au fil des siècles de s'y joindre. Les autres, anglos ou anglicisés, votent à 70% contre le Bloc ou le PQ comme des zombies. À Terrebonne et ailleurs...

La dernière chose dont le Québec a besoin face au gouvernement fédéral majoritaire et centralisateur qui s'apprête à foncer, c'est l'aplaventrisme des libéraux à Québec. Nous n'avons plus de marge de manoeuvre. La défaite serrée du Bloc québécois dans Terrebonne (500 votes de retard vers 23 h 25), si elle devait se confirmer après le décompte complet, n'est pas seulement un coup dur, c'est une sonnette d'alarme. L'avenir de la nation est menacé jusque dans nos terres traditionnelles. Sans poussée d'adrénaline collective pour assurer la solidarité si essentielle à une victoire du PQ le 5 octobre prochain, ce pourrait bien être le début de la fin. Notre nation francophone de 400 ans doit-elle vraiment finir un jour «comme une page blanche de l'histoire»...


Aucun commentaire:

Publier un commentaire