mardi 31 mars 2026
Cher Avi Lewis...
lundi 30 mars 2026
Le français à Gatineau... Motus et bouche cousue...
dimanche 29 mars 2026
Le Droit... De 27 mars en 27 mars...
29 mars 2026...
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| capture d'écran du journal Le Droit du 27 mars 1976, site Web de la BAnQ. Le Droit a été fondé le 27 mars 1913. |
À chaque 27 mars, je songe à mon ancien quotidien, Le Droit. Je revois l'édifice de la rue Rideau, (aujourd'hui démoli) dans la Basse-Ville d'Ottawa, où je suis entré par hasard un matin de mai 1969 dans l'espoir d'y cueillir un emploi d'été avant de terminer ma maîtrise en science politique, et d'où je suis sorti une heure plus tard comme journaliste, un métier que je n'avais jamais envisagé auparavant et avec lequel je suis spontanément tombé en amour.
Je repense à cette salle des nouvelles bruyante et enfumée qui abritait plus d'une trentaine de journalistes, jour et nuit; à la frénésie en fin de matinée, alors qu'approchait l'heure de tombée de l'édition d'après-midi; aux vieilles machines à écrire noires de marque Underwood, qu'aucun clavier d'ordinateur ne saurait rivaliser; à l'arôme encre et papier des premières copies encore chaudes du journal, vers 14 heures; au bonheur indéfinissable de zieuter sa signature au début d'un article qui serait vu par 150 000 lecteurs.
Nous étions au paradis et nous ne le savions pas. Aujourd'hui quand je constate que Le Droit papier n'existe plus, disparu en semaine le 24 mars 2020 au début de la pandémie, que le quotidien numérique a lui aussi sombré en avril 2023 un mois après la dissolution de l'entreprise, et qu'il ne reste qu'un babillard Web peu convivial ayant conservé la bannière Le Droit avec une équipe réduite de vaillants et braves journalistes, je m'ennuie et je vais fouiner dans les vieilles éditions conservées sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
En ce début de printemps 2026, j'ai décidé de reculer d'un demi-siècle et de consulter l'édition de 92 pages grand format du samedi 27 mars 1976. «64e année, No. 1», peut-on lire en haut de la page une sous le prix d'achat au kiosque: 35 cents. J'étais à l'époque chef du «Bureau de Hull», une petite salle des nouvelles du Droit située sur la rive québécoise où travaillaient cinq journalistes et une secrétaire. Notre territoire de chasse comprenait essentiellement les villes de Hull, Gatineau et Aylmer avant les ultimes fusions de 2002.
Dans les pages du 27 mars 1976, j'ai retrouvé trois textes portant ma signature, dont un reportage pleine page sur un ancien curé (1910-1918) de la paroisse Notre-Dame (vieux Hull), le père oblat Arthur Guertin. Je ne me souviens plus du tout d'avoir préparé ce papier, mais j'ai pris beaucoup de plaisir à le relire, tellement les propos de cet ancien curé se sont avérés prophétiques. Il y a 50 ans, en 1976, on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un observateur contemporain. Même en 2026, les commentaires du père Guertin au sujet de ce qu'on appelle désormais centre-ville à Gatineau demeurent brûlants d'actualité.
Brève mise en contexte. Le projet d'incorporer Hull-Gatineau-Aylmer à un district fédéral englobant la ville d'Ottawa circule depuis plus d'un siècle. Il ne s'est jamais réalisé mais les braises fument parfois. Par contre, au début des années 1970, le gouvernement fédéral a envahi le centre-ville de Hull, y bâtissant des tours pour fonctionnaires (surtout anglais) après avoir rasé trois ou quatre rues ouvrières francophones. C'était le début. Expropriations. Démolitions. L'église Notre-Dame a flambé. Les quartiers riverains ont vu champignonner des tours d'habitation parfois luxueuses à mesure qu'on rasait les maisons allumettes. Le Vieux Hull sera bientôt à majorité anglaise alors que les francophones sont refoulés vers le nord et l'est de la ville. En 2026, les ouvriers francophones ne sont plus chez eux à l'ombre des tours...
Retour vers le passé à 1912, l'année où, sur l'autre rive, le Règlement 17 interdisant les écoles franco-ontariennes entrait en vigueur. L'année précédente, la population d'Ottawa avait appuyé très majoritairement le projet de création d'un district fédéral. Et bien sûr les partisans affirmaient qu'en y ajoutant un petit coin du Québec, «il serait possible de faire plus grand et plus beau». C'est alors qu'intervient le curé Guertin en publiant une lettre ouverte dans le quotidien anglais The Citizen d'Ottawa. Rappelons que Le Droit ne serait fondé que l'année suivante, le 27 mars 1913.
Son message contre toute forme de district fédéral est clair. «Si la ville de Hull entre dans le district fédéral dans quelques années, écrit-il, nos gens seront forcés d'émigrer ailleurs. Pourquoi? Il suffit d'observe ce qui se passe dans les grandes villes du Canada pour voir la population ouvrière irrésistiblement refoulée vers les faubourgs. À mesure que la richesse envahit le centre, la pauvreté doit reculer.» Et ce déplacement, lent ailleurs, se fera ici à grande vitesse, prédit-il.
Par ailleurs, poursuit le père Guertin, évoquant la choquante répression des Franco-Ontariens, «une cruelle expérience nous a appris que le seul écrin capable de protéger nos droits contre la haine des fanatiques et la lâcheté des politiciens, ce n'est ni le fameux "fair play" des Britanniques, ni l'équité naturelle, ni même le sens commun, c'est la force brutale d'une majorité compacte. Cette majorité favorable pour nous n'existe que dans notre très chère province de Québec. Restons-y et vivons en paix!»
«Nous avons un bon gâteau à manger et bous aimerions le partager avec vous», avait lancé un des promoteurs ottaviens du district fédéral. Le père Guertin lui a répondu avec des mots que j'aurais aimé moi-même écrire: «Le monsieur est fort aimable, mais puisqu'il nous met dans la position du pauvre chien maigre, mais libre, qu'un chien aristocrate et dodu voudrait endoctriner, je lui répondrai, moi, que j'ai peur du collier et que j'aime mieux ma liberté.»
Enfin, le curée de la paroisse Notre-Dame estime que les exigences d'une «ville modèle» comme celle qu'on voudrait bâtir dans un district fédéral rendraient le logement trop coûteux pour les ouvriers hullois. «La hausse du coût de la ville rendra impossible la construction de maisons pour eux. Vous ne pourrez même pas résider ici comme locataires», dit-il, comme s'il pouvait voir ce qui commençait déjà en 1976 et qui se concrétise en 2026.
Mon reportage était annoncé à la une, à côté de la manchette du jour intitulée La CCN est un obstacle au développement de Hull. La CCN, c'est la Commission de la capitale nationale, un organisme canadien qui s'appelait autre fois Commission du district fédéral... En 1976, l'acquisition de parcelles de territoire et l'invasion de spéculateurs immobiliers faisaient déjà obstacle à toute tentative de développement rationnel de l'ancienne ville de Hull. C'est bien pire en 2026.
Mon dernier texte comme syndiqué serait signé dans l'édition des fêtes de la Saint-Jean de 1977. La semaine suivante, je me retrouverais chef des nouvelles et une nouvelle aventure débuterait... J'y reviendrai un jour...
samedi 28 mars 2026
Deux claques en pleine face...
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| publicité dans Le Devoir du 28 mars 2026 |
L'anglicisation dans la région de l'Outaouais, notamment dans son coeur urbain, la ville de Gatineau, prend depuis quelques décennies des proportions alarmantes. On ne peut même plus espérer que nos institutions fassent au moins de petits efforts pour renforcer l'image et le caractère français de notre territoire frontalier.
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| capture d'écran sur YouTube d'une pub du gouvernement du Canada |
En mangeant mes céréales ce matin, vers 6 heures, j'ai ouvert la chaîne YouTube pour passer en revue ce que les algorithmes numériques m'ont préparé comme menu du jour, et j'ai noté tout en haut de l'écran, à gauche, cette petite publicité du gouvernement du Canada qui devrait, à mon avis, soulever l'indignation des Québécois.
vendredi 27 mars 2026
L'apprentissage de la résistance...
jeudi 26 mars 2026
Devant l'hésitation du PQ, je dis bravo!
26 mars 2026...
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| capture d'écran du Devoir |
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L'Assemblée nationale du Québec a adopté à la quasi-unanimité ce matin une motion demandant la démission du président d'Air Canada, Michael Rousseau. Le message de condoléances unilingue anglais (sauf pour «bonjour» et «merci») après le décès du pilote québécois Antoine Forest à l'aéroport La Guardia de New York a évidemment suscité l'indignation générale chez les francophones d'ici.
La motion de condamnation de l'Assemblée nationale était prévisible. Comme d'habitude, dans des circonstances où le français est attaqué, la nation fait corps, peu importe les allégeances politiques. Cette fois, cependant, le Parti québécois a presque fait faux bond, son chef Paul St-Pierre Plamondon ayant annoncé la veille que les députés péquistes enregistreraient leur abstention au moment du vote.
Ils se sont finalement ralliés aujourd'hui, craignant que leur abstention soit interprétée comme un vote contre la motion de blâme. C'était sans doute la seule issue pour le PQ, sur le plan stratégique. Mais son hésitation était pleinement justifiée. M. St-Pierre Plamondon avait entièrement raison d'affirmer qu'une motion même unanime de l'Assemblée nationale ne donnerait aucun résultat.
Cela n'a pas été formulé aussi clairement que je l'aurais souhaité, mais tout de même. Le message est convaincant. Dans un contexte où ces demandes restent toujours sans effet, peu importe le gouvernement qui les formule, le PQ conclut que «le Canada est irréformable», tout comme Air Canada que le Commissaire aux langues officielles blâme tous les ans depuis des décennies.
Le député Joël Arseneau a poussé cet argument à sa conclusion logique aujourd'hui. Les hauts cris justifiés des Québécois resteront des hauts cris et rien de plus dans un Canada où ils sont et resteront minoritaires. «Alors on en tire les conclusions, dit M. Arseneau. C'est pour ça qu'on est ici pour promouvoir l'indépendance, c'est la raison de notre engagement politique.»
La porte ouverte par M. St-Pierre Plamondon dans ce débat doit devenir la clé de l'argumentaire du Parti québécois (et du Bloc) sans tarder. Il faut insister: si nous avions notre pays français, nous pourrions prendre nos propres décisions au lieu de devoir s'indigner sans succès à coups de motions unanimes contre des situations crées et défendues par la majorité anglo-canadienne.
Si un Québec souverain avait son propre transporteur aérien, son président parlerait français. Le Québec n'aurait pas à s'agenouiller devant une Cour suprême nommée par Ottawa. Il adopterait sa propre constitution, au lieu de se faire imposer une Charte des longs couteaux. Chialer en choeur dans un régime où les décisions se prennent toujours ailleurs ne donne rien. Il faut en sortir. Il n'y a pas d'autre moyen.
Les Michael Rousseau, il y en aura bien d'autres. Mark Carney et ses rédacteurs anglophones de Toronto continueront de nous faire croire que c'est pour notre bien. Les motions unanimes de l'Assemblée nationale ne doivent pas cesser comme moyen de formuler nos protestations et nos aspirations, mais avouons-le: elles restent aussi une expression de notre impuissance collective.
À l'hésitation du PQ devant la motion Michael Rousseau, je dis bravo! À son ralliement de dernière minute, je dis bravo! Nous voilà sur la bonne voie...
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Voir aussi mon texte de blogue Vous êtes pas tannés de chialer... - https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/03/vous-etes-pas-tannes-de-chialer.html
















