mardi 31 mars 2026

Cher Avi Lewis...


31 mars 2026...




Cher Avi Lewis,

J'ai lu avec grand intérêt les reportages sur votre élection au poste de chef du Nouveau Parti démocratique du Canada, ce 29 mars. Vous pourriez sans doute être étonné de recevoir ce courrier d'un Québécois péquiste jusqu'à la moelle, mais je pense que vous auriez intérêt à méditer mes réflexions sur l'avenir de votre parti, et du Canada.

Surprise, surprise, j'ai déjà été membre du NPD en 1968, alors que vous étiez bébé. La carte de membre (voir image) fait toujours partie de mes souvenirs de l'époque. Âgé de 22 ans, Ottavien de naissance, j'étais à la fois militant franco-ontarien, partisan de l'indépendance du Québec, et bien sûr, socialiste.

Les libéraux fédéraux venaient d'élire comme chef - et premier ministre - un ennemi juré du Québec, Pierre Elliot Trudeau. Le NPD m'apparaissait sympathique aux francophones et davantage ouvert au dialogue avec la gauche québécoise. De plus j'aimais bien Tommy Douglas. Alors me voilà membre du NPD-Ontario...

L'année suivante, devenu journaliste et membre de la presse parlementaire à Ottawa, j'ai laissé tomber mes affiliations politiques, celle du NPD et, aussi, la carte du Parti québécois auquel j'avais cotisé à la fin de 1968. Des centaines de Franco-Ontariens avaient joint les rangs du PQ, qui a dû créer une section hors-Québec...

En 1970, durant la crise d'octobre, au moment du vote officiel sur l'adoption de la Loi sur les mesures de guerre, j'étais fier de voir 16 néo-démocrates, y compris votre grand-père David Lewis, refuser de se lever aux Communes pour entériner les affirmations mensongères au sujet d'une soi-disant insurrection appréhendée au Québec. 

Pour ce seul geste, les 16 néo-démocrates qui ont bravé l'arrogance de Trudeau et enduré la condamnation de l'opinion publique occuperont une place d'honneur dans l'histoire du Canada. Je m'en souviens comme si c'était hier.

Et pourtant, en dépit de son ouverture historique à la francophonie et de sa défense courageuse des droits humains, le NPD n'a jamais réussi à devenir une partie intégrante de l'ADN politique québécoise. La vague orange de 2011 fut l'affaire d'un seul homme, Jack Layton, adopté par le Québec tout entier après son interview à l'émission Tout le monde en parle de Radio-Canada. Partout les gens votaient pour Jack en cochant la case des candidats néo-démocrates.

Au fil des décennies, le NPD fédéral a démontré son ignorance systématique de l'histoire et de la culture nationale du Québec. Une exception: la déclaration de Sherbrooke de 2005, dépoussiérée parfois pour séduire les Québécois mais ignorée pour le reste du pays. De fait, les priorités néo-démocrates sont souvent celles qui tiennent le moins compte des particularités québécoises.

La langue française d'abord. Malgré l'abondante bonne volonté des dirigeants du NPD, l'âme du parti reste essentiellement anglo-canadienne, forgée dans les Prairies, renforcée par son expansion au-delà des Rocheuses et en Ontario. La greffe québécoise a échoué. Vous faites des efforts, mais justement, ça reste des efforts, et ça paraît. Le seul député québécois qui vous reste, Alexandre Boulerice, s'est dit «déçu» de la place du français dans votre course à la chefferie.

Votre programme ensuite. Vos priorités reflètent celles du Canada anglais, davantage porté à voir son gouvernement «national» à Ottawa et à accepter de centraliser des pouvoirs constitutionnellement dévolus aux provinces - soins de santé, garde d'enfants, logements, transport en commun, contrôle des loyers, etc. La nation québécoise voit depuis toujours ces priorités comme étant du ressort de son gouvernement national, Québec.

À l'exception de la Déclaration de Sherbrooke, restée lettre morte même durant la vague orange de 2011, le NPD n'a jamais compris ce concept de deux nations vivant côte à côte sous le même parapluie constitutionnel. Je ne sais pas combien de temps M. Boulerice restera député néo-démocrate mais clairement il perçoit cette lacune. C'est peut-être pour cette raison qu'il vous a invité à «venir parler aux Québécois» pour «mieux comprendre le Québec».

Ne croyez-vous pas le temps venu, pour le NPD, de scruter son ADN et d'accepter le fait que dans sa nature même, il incarne le Canada anglais dans ce qu'il a de plus progressiste. S'il faut, pour préserver la majorité anglo-canadienne de son propre déclin culturel, de son américanisation accélérée, lancer de grands chantiers pan-canadiens sous un leadership «national» à Ottawa, alors que le NPD s'assume comme défenseur et porte-parole du Canada anglais. Qu'il laisse le Québec gérer seul, en français, en collaboration, ses propres chantiers.

Le Bloc québécois représente au Québec une force politique tout aussi progressiste, sinon plus, que le NPD sur le plan fédéral. Il est mieux placé que le NPD pour concurrencer les deux grands partis de droite, les libéraux et les conservateurs, de plus en plus indissociables. Le Québec est désormais perdu pour les néo-démocrates et à force d'essayer de satisfaire le pays tout entier, le NPD risque de rater son ultime chance de rallier au Canada anglais les forces de progrès social, menacées à la fois par les vieux partis capitalistes et par l'ombre sinistre de Donald Trump.

Je vous souhaite, M. Lewis, à vous et à votre parti, de retrouver la vigueur qui animait la gauche Canadian à l'époque de Tommy Douglas et de votre grand-père. Mais si vous tentez d'imposer vos visées centralisatrices au Québec, si vous méprisez nos valeurs, notamment la laïcité, vous allez frapper un mur. Alors M. Boulerice a raison. Venez rencontrer les Québécois (améliorez votre français un peu, d'abord). Si vous arrivez à comprendre la dynamique nationale québécoise et que vous en tirez les conclusions qui s'imposent, alors... Tiens, je vous laisse terminer cette phrase...


lundi 30 mars 2026

Le français à Gatineau... Motus et bouche cousue...

30 mars 2026...

capture d'écran du site Web du journal Le Devoir


Avant-hier, j'ai publié sur mon blogue un texte dénonçant l'emploi du néologisme anglais bleisure (contraction de business et pleasure) dans le titre d'une publicité de Tourisme Outaouais en page 5 du Devoir du samedi 28 mars. Voir le lien à ce billet en bas de page.

Mon commentaire a été vu par près de 2000 abonnés de Facebook et X-Twitter et a suscité des centaines de réactions d'internautes, dans la région et un peu partout au Québec. Je m'attendais à une mini-levée de boucliers, un peu comme ce fut le cas pour le slogan On passe au BOLD de la ville de Gatineau en 2024, mais après 48 heures c'est le silence total.

Je n'au vu au sein du public aucun élan de protestation contre cette insulte à la langue française. Aucune explication ne semble avoir été fournie par Tourisme Outaouais pour ce massacre linguistique. Et bien sûr, comme d'habitude, aucun membre de notre anémique conseil municipal n'a élevé la voix pour remettre les pendules à l'heure...

Faut-il s'en désoler. Oui! Faut-il s'en surprendre? Non!

Il y a quelques semaines, la ville de Dieppe, au Nouveau-Brunswick avait adopté une stratégie détaillée pour contrer la diminution du nombre de résidents ayant le français comme langue maternelle. L'objectif était de créer un environnement propice à la vitalité du français dans cette municipalité majoritairement acadienne.

La semaine dernière, le 25 mars, reconnaissant que la situation du français s'était détériorée dans la métropole, la mairesse Soraya Martinez Ferrada a profité du Mois de la francophonie pour dévoiler un plan d'action quinquennal (2026-2030) ayant pour objectif de valoriser la langue française à Montréal. 

Le Mois de la francophonie se termine demain 31 mars et à Gatineau, où la détérioration du français atteint des proportions alarmantes, presque catastrophiques au centre-ville, la mairesse Maude Marquis-Bissonnette et son conseil municipal ont annoncé... rien! RIEN! Pas de constat de l'existence d'un problème, pas de mesures de francisation, pas de conférence de presse... RIEN!

S'étant fait taper sur les doigts pour l'utilisation du mot anglais BOLD dans leur slogan municipal il y a deux ans, les dirigeants de la métropole de l'Outaouais auraient dû être les premiers à intervenir pour rappeler à Tourisme Outaouais que bleisure est non seulement un mot anglais, mais aussi un mot quasi inconnu pour la quasi-totalité de la population, y compris les anglophones.

J'ai cherché sur le site Web de la ville de Gatineau pour trouver une mention du Mois de la francophonie ou des mesures récentes en réaction à l'anglicisation rapide du centre-ville. Je n'ai rien trouvé. Peut-être ai-je cherché avec mes yeux d'homme, comme on dit... Une des pages Web de la ville explique cependant que le centre-ville est «un lieu qui s'inscrit en tant que composante francophone du centre de l'agglomération d'Ottawa-Gatineau»!!!

Avec-vous bien lu? Le centre-ville de Gatineau est devenu une composante de «l'agglomération d'Ottawa-Gatineau». C'est-à-dire une composante du centre-ville d'Ottawa!!! Au rythme du déclin actuel du français dans ce secteur, on pourra bientôt rayer le mot «francophone» de la phrase. Dans notre petit royaume frontalier du vivre-à-genoux, l'idée d'effacer l'appartenance québécoise du coeur de Gatineau trouverait des milliers d'adeptes.

Verra-t-on au moins quelques organismes de défense de la langue française intervenir sur la place publique pour rappeler à la ville de Gatineau ses obligations linguistiques (les mêmes qu'à Montréal) et aussi pour reprocher à Tourisme Outaouais de nous faire passer pour des colonisés avec leur pub anglicisée?

Ah... si Jean-Paul Perreault était toujours président d'Impératif français, les médias se feraient chauffer les oreilles...
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dimanche 29 mars 2026

Le Droit... De 27 mars en 27 mars...

29 mars 2026...

capture d'écran du journal Le Droit du 27 mars 1976, site Web de la BAnQ. Le Droit a été fondé le 27 mars 1913.

À chaque 27 mars, je songe à mon ancien quotidien, Le Droit. Je revois l'édifice de la rue Rideau, (aujourd'hui démoli) dans la Basse-Ville d'Ottawa, où je suis entré par hasard un matin de mai 1969 dans l'espoir d'y cueillir un emploi d'été avant de terminer ma maîtrise en science politique, et d'où je suis sorti une heure plus tard comme journaliste, un métier que je n'avais jamais envisagé auparavant et avec lequel je suis spontanément tombé en amour.

Je repense à cette salle des nouvelles bruyante et enfumée qui abritait plus d'une trentaine de journalistes, jour et nuit; à la frénésie en fin de matinée, alors qu'approchait l'heure de tombée de l'édition d'après-midi; aux vieilles machines à écrire noires de marque Underwood, qu'aucun clavier d'ordinateur ne saurait rivaliser; à l'arôme encre et papier des premières copies encore chaudes du journal, vers 14 heures; au bonheur indéfinissable de zieuter sa signature au début d'un article qui serait vu par 150 000 lecteurs.

Nous étions au paradis et nous ne le savions pas. Aujourd'hui quand je constate que Le Droit papier n'existe plus, disparu en semaine le 24 mars 2020 au début de la pandémie, que le quotidien numérique a lui aussi sombré en avril 2023 un mois après la dissolution de l'entreprise, et qu'il ne reste qu'un babillard Web peu convivial ayant conservé la bannière Le Droit avec une équipe réduite de vaillants et braves journalistes, je m'ennuie et je vais fouiner dans les vieilles éditions conservées sur le site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

En ce début de printemps 2026, j'ai décidé de reculer d'un demi-siècle et de consulter l'édition de 92 pages grand format du samedi 27 mars 1976. «64e année, No. 1», peut-on lire en haut de la page une sous le prix d'achat au kiosque: 35 cents. J'étais à l'époque chef du «Bureau de Hull», une petite salle des nouvelles du Droit située sur la rive québécoise où travaillaient cinq journalistes et une secrétaire. Notre territoire de chasse comprenait essentiellement les villes de Hull, Gatineau et Aylmer avant les ultimes fusions de 2002.

Dans les pages du 27 mars 1976, j'ai retrouvé trois textes portant ma signature, dont un reportage pleine page sur un ancien curé (1910-1918) de la paroisse Notre-Dame (vieux Hull), le père oblat Arthur Guertin. Je ne me souviens plus du tout d'avoir préparé ce papier, mais j'ai pris beaucoup de plaisir à le relire, tellement les propos de cet ancien curé se sont avérés prophétiques. Il y a 50 ans, en 1976, on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un observateur contemporain. Même en 2026, les commentaires du père Guertin au sujet de ce qu'on appelle désormais centre-ville à Gatineau demeurent brûlants d'actualité.

Brève mise en contexte. Le projet d'incorporer Hull-Gatineau-Aylmer à un district fédéral englobant la ville d'Ottawa circule depuis plus d'un siècle. Il ne s'est jamais réalisé mais les braises fument parfois. Par contre, au début des années 1970, le gouvernement fédéral a envahi le centre-ville de Hull, y bâtissant des tours pour fonctionnaires (surtout anglais) après avoir rasé trois ou quatre rues ouvrières francophones. C'était le début. Expropriations. Démolitions. L'église Notre-Dame a flambé. Les quartiers riverains ont vu champignonner des tours d'habitation parfois luxueuses à mesure qu'on rasait les maisons allumettes. Le Vieux Hull sera bientôt à majorité anglaise alors que les francophones sont refoulés vers le nord et l'est de la ville. En 2026, les ouvriers francophones ne sont plus chez eux à l'ombre des tours...

Retour vers le passé à 1912, l'année où, sur l'autre rive, le Règlement 17 interdisant les écoles franco-ontariennes entrait en vigueur. L'année précédente, la population d'Ottawa avait appuyé très majoritairement le projet de création d'un district fédéral. Et bien sûr les partisans affirmaient qu'en y ajoutant un petit coin du Québec, «il serait possible de faire plus grand et plus beau». C'est alors qu'intervient le curé Guertin en publiant une lettre ouverte dans le quotidien anglais The Citizen d'Ottawa. Rappelons que Le Droit ne serait fondé que l'année suivante, le 27 mars 1913.

Son message contre toute forme de district fédéral est clair. «Si la ville de Hull entre dans le district fédéral dans quelques années, écrit-il, nos gens seront forcés d'émigrer ailleurs. Pourquoi? Il suffit d'observe ce qui se passe dans les grandes villes du Canada pour voir la population ouvrière irrésistiblement refoulée vers les faubourgs. À mesure que la richesse envahit le centre, la pauvreté doit reculer.» Et ce déplacement, lent ailleurs, se fera ici à grande vitesse, prédit-il.

Par ailleurs, poursuit le père Guertin, évoquant la choquante répression des Franco-Ontariens, «une cruelle expérience nous a appris que le seul écrin capable de protéger nos droits contre la haine des fanatiques et la lâcheté des politiciens, ce n'est ni le fameux "fair play" des Britanniques, ni l'équité naturelle, ni même le sens commun, c'est la force brutale d'une majorité compacte. Cette majorité favorable pour nous n'existe que dans notre très chère province de Québec. Restons-y et vivons en paix!»

«Nous avons un bon gâteau à manger et bous aimerions le partager avec vous», avait lancé un des promoteurs ottaviens du district fédéral. Le père Guertin lui a répondu avec des mots que j'aurais aimé moi-même écrire: «Le monsieur est fort aimable, mais puisqu'il nous met dans la position du pauvre chien maigre, mais libre, qu'un chien aristocrate et dodu voudrait endoctriner, je lui répondrai, moi, que j'ai peur du collier et que j'aime mieux ma liberté

Enfin, le curée de la paroisse Notre-Dame estime que les exigences d'une «ville modèle» comme celle qu'on voudrait bâtir dans un district fédéral rendraient le logement trop coûteux pour les ouvriers hullois. «La hausse du coût de la ville rendra impossible la construction de maisons pour eux. Vous ne pourrez même pas résider ici comme locataires», dit-il, comme s'il pouvait voir ce qui commençait déjà en 1976 et qui se concrétise en 2026.

Mon reportage était annoncé à la une, à côté de la manchette du jour intitulée La CCN est un obstacle au développement de Hull. La CCN, c'est la Commission de la capitale nationale, un organisme canadien qui s'appelait autre fois Commission du district fédéral... En 1976, l'acquisition de parcelles de territoire et l'invasion de spéculateurs immobiliers faisaient déjà obstacle à toute tentative de développement rationnel de l'ancienne ville de Hull. C'est bien pire en 2026.

Mon dernier texte comme syndiqué serait signé dans l'édition des fêtes de la Saint-Jean de 1977. La semaine suivante, je me retrouverais chef des nouvelles et une nouvelle aventure débuterait... J'y reviendrai un jour...


samedi 28 mars 2026

Deux claques en pleine face...

28 mars 2026...

Deux claques en pleine face ce matin... Ça part mal la journée...

publicité dans Le Devoir du 28 mars 2026

L'anglicisation dans la région de l'Outaouais, notamment dans son coeur urbain, la ville de Gatineau, prend depuis quelques décennies des proportions alarmantes. On ne peut même plus espérer que nos institutions fassent au moins de petits efforts pour renforcer l'image et le caractère français de notre territoire frontalier.

Après la MRC de Pontiac et son mélange à vomir de franglais en 2022 (image en bas de page) et le slogan honteux On passe au BOLD de Gatineau en 2024 (image en bas de page), voilà que Tourisme Outaouais nous offre en 2026 une nouvelle identité pour attirer les gens d'affaires de l'extérieur: un lieu de bleisure... J'ai été obligé d'en vérifier le sens et l'origine même s'il apparaissait évident. Il s'agit d'une contraction des mots anglais business et leisure (affaires et loisirs)...

Et regardez bien la photo, rassurante pour les entreprises ou organisations qui voudraient tenir un congrès dans une localité où les anglos et bilingues se sentent chez eux: on voit bien le Parlement canadien et des ponts qui mènent à Ottawa! Pire, la seule bâtisse d'importance située sur la rive québécoise, c'est le Musée canadien de l'histoire, pour bien faire comprendre que le centre-ville de Gatineau est devenu depuis un demi-siècle un prolongement de la capitale fédérale. Pour effacer toute trace d'un Québec français, on n'aurait pu faire mieux!

Il n'y a aucune gêne chez ces gens. L'esprit de colonisé règne en maître en ce pays du vivre-à-genoux. Venez voir. Venez voir. Venez! Nous avons démoli le vieux centre-ville francophone pour en faire une banlieue d'Ottawa, qui sera bientôt à majorité anglaise. Nous avons conservé quelques maisons allumettes pour les touristes. Si même cela vous effarouche, traversez l'un des cinq ponts, les anglos parmi vous seront chez eux. Vous pouvez sans crainte vous rendre sur des pentes de ski, des terrains de golf, et plusieurs localités de la vallée de la Gatineau où l'anglais prend plus que sa place. Les plus sportifs pourront visiter la région du Pontiac, tout près, où la chasse aux francophones est légalisée depuis le 19e siècle. Et que dire de Gatineau, où on peine à compter les violations à la Loi 101, où il arrive de ne pas pouvoir se faire servir en français, où il est même arrivé qu'on expulse d'un restaurant un client qui insistait pour parler la langue de Molière.

Alors pourquoi, me direz-vous, perdre son temps à chercher un slogan, un terme ou une expression accrocheurs en français quand quand des néologismes anglais exotiques comme bleisure apparaissent dans le décor? Quelle honte! Et on propose cette expression dégradante sur une page entière de publicité dans le premier cahier du Devoir ce 28 mars 2026. Décidément, à Tourisme Outaouais, on passe au BOLD... On témoigne, pour rappeler le franglais éloquent de la MRC Pontiac, d'une communauté strong and committed, une municipalité de coutumes, de cultures... 

En passant, comment prononce-t-on bleisure en français? Blè-jure ? Blè-jeur? Blè-chure? Blè-zure? Ou doit-on le dire avec l'accent anglais qu'on tient pour acquis ici, à l'ombre d'Ottawa?

Nous devrions tous avoir honte!

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capture d'écran sur YouTube d'une pub du gouvernement du Canada

En mangeant mes céréales ce matin, vers 6 heures, j'ai ouvert la chaîne YouTube pour passer en revue ce que les algorithmes numériques m'ont préparé comme menu du jour, et j'ai noté tout en haut de l'écran, à gauche, cette petite publicité du gouvernement du Canada qui devrait, à mon avis, soulever l'indignation des Québécois.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement fédéral de Mark Carney investit sans doute des dizaines (centaines?) de millions de dollars du trésor public pour mousser ses priorités, notamment pour la militarisation où l'on dépense sans compter, mais aussi pour les grands projets économiques louches qui feront du Canada UNE économie (celle du Québec? Bof...). Mais là on change de registre. On s'aventure sur le concept de nation.

«Nous sommes une nation de bâtisseurs.» Qui est ce nous? Le Canada? J'ose croire qu'il s'agit là du syndrome Google translate. Les anglos emploient couramment le mot nation dans le sens d'État ou de pays. Pour les Québécois (et les francophones ailleurs au Canada), «nation» est un terme sociologique pour définir l'appartenance linguistique, culturelle et historique d'un peuple ayant ses propres institutions nationales (p. ex. Assemblée nationale du Québec, capitale nationale du Québec, fête nationale du Québec, etc.).

Même le Parlement canadien a reconnu que le Québec forme une nation. Lancer en français une publicité indiquant que notre nous - les francophones québécois - faisons partie de la nation canadienne, si telle chose existe, témoigne tout au moins d'une méconnaissance du français, au pire une intention et/ou insulte. Depuis son élection, Mark Carney démontre son peu d'intérêt pour la langue française et pour les compétences constitutionnelles du Québec.

Si notre nation était le Canada, alors Ottawa serait notre capitale nationale, le Parlement d'Ottawa serait notre législature nationale et le 1er juillet (pas le 24 juin) serait notre fête nationale... Peu importe ce qu'on puisse en penser, le choix des mots a une grande importance. Croyez-vous vraiment que le fédéral dépenses ses millions pour rien? Ils visent à convaincre, à manipuler, à rallier, à changer les mentalités. C'est, diraient les Anglais, une forme de nation-building...

Alors je dirais: qu'ils la forment, leur nation Canadian. Le projet a du mérite. Mais qu'ils nous laissent en paix. Nous avons déjà la nôtre depuis des centaines d'années. Nous aussi, au Québec, sommes une nation de bâtisseurs !


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pub de 2022 de la MRC Pontiac



projet de slogan de 2024 de la ville de Gatineau


vendredi 27 mars 2026

L'apprentissage de la résistance...

27 mars 2026...



Est-ce parce qu'ai un faible pour Catherine Dorion depuis son combat contre les règles vestimentaires à l'Assemblée nationale, ou parce que j'ai adoré son livre Les têtes brûlées, criant de vérités, ou encore parce que j'ai étudié en science politique pendant six ans dans les années 1960? Enfin, peu importe les motifs, je me suis pointé avec mon épouse hier soir (26 mars) à la Maison du citoyen de Gatineau pour assister à sa présentation Sciences Po 101.

J'avais quelques hésitations, n'étant pas amateur de théâtre, et craignant que ma conjointe réfractaire aux choses politiques revienne à la maison déçue et me fasse passer la nuit sur le divan. Ni l'une ni l'autre ne savait trop à quoi s'attendre dans la rangée A, collés contre la scène spartiate et entourés d'un auditoire beaucoup plus jeune que ceux remplis de têtes blanches auxquels nous sommes habitués. À l'oeil il y avait sans doute là une centaine d'étudiants du Cégep de l'Outaouais.

Après 100 minutes de spectacle et 15 minutes de discussion à la fin, Ginette et moi sommes sortis enchantés de notre soirée. Ouf, pas de divan. Animée par Catherine Dorion et son complice Vincent Massé-Gagné, cette pédagogie scénique, à la fois magistrale et interactive, a filé à la vitesse grand V, sans que je songe à regarder ma montre, sans que je me tortille sur mon siège.

Comme je suis engagé depuis mon adolescence dans une variété de combats sociaux et politiques, ce spectacle que l'on aurait pu aussi bien baptiser Résistance 101 avait tout pour me plaire: rappel des années de Catherine Dorion comme députée à l'Assemblée nationale; évocation de l'acharnement médiatique, parfois méprisant, contre ses Doc Martin et ses cotons ouatés; étalement des méthodes de répression, banales et tragiques, du vécu quotidien au travail jusqu'au drame de l'holocauste; alternances des discours entre l'humour, l'émotion et la réflexion.

Le rappel des écrits de la philosophe Hannah Arendt après le procès d'Adolf Eichmann, architecte de la solution finale sous Hitler, ne pouvait tomber mieux alors que les dérives autoritaires se propagent autour du globe, à commencer par nos voisins du sud. Eichmann présentait les horreurs qu'il avait commises comme étant le travail banal d'un bureaucrate exécutant les ordres de ses supérieurs. N'y a-t-il pas en chacun de nous un petit Eichmann qui sommeille, et qu'il faut combattre à chaque fois que la société tente de l'éveiller?

Pour moi, l'enregistrement vidéo d'une foule chantant l'hymne de rébellion catalan L'Estaca (Le pieu) composé par un étudiant universitaire de Barcelone en 1968 et interdit par le régime Franco partout en Espagne aura été l'un des points forts de la soirée. Cet appel à la solidarité contre l'oppression évoque un pieu (Franco à l'époque) auquel nous sommes tous enchaînés: «Si je tire fort il doit bouger, et si tu tires fort à mes côtés, c'est sûr qu'il tombe, tombe, tombe et nous aurons la liberté». (lien en bas de page)

L'appel aux opinions de la salle en utilisant les téléphones intelligents - je n'en ai pas - permet à l'auditoire de participer directement à Sciences Po 101 et assure, j'imagine, une certaine originalité à chacune de ses présentations. Le quantité impressionnante d'interventions des spectateurs, toutes opportunes, laisse croire qu'il s'agit là d'une méthode efficace d'interaction avec le public. Je n'ai pas intention d'acheter de cellulaire pour autant. Cela fait partie de ma Résistance 101 à l'envahissement numérique.

À la fin, les quelques centaines de jeunes et moins jeunes venus entendre Catherine Dorion ont été divertis, mais ils sont sans doute partis du «cours» Sciences Po 101 avec des tas de devoirs de réflexion sur la répression, sur la solidarité, sur la liberté et sur le sort de la planète si les tendances actuelles se maintiennent. Je ne crois pas nous avions besoin du serment solennel qui termine le spectacle (auquel j'ai refusé de participer) pour dire tout haut notre intention d'affirmer nos valeurs et de passer à l'action. Tous debout en train de réciter à l'unisson le même serment? Ça me faisait penser à la prière à l'école quand j'étais petit. Je n'aimais pas ça quand j'avais 8 ans; je n'aime pas plus ça à l'aube de mes 80 ans...

Enfin... Quel spectacle intelligent! Bravo Mme Dorion!

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L'Estaca (Le pieu) en français - https://www.youtube.com/watch?v=VQmY9i1xgMo

jeudi 26 mars 2026

Devant l'hésitation du PQ, je dis bravo!

26 mars 2026...

capture d'écran du Devoir

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L'Assemblée nationale du Québec a adopté à la quasi-unanimité ce matin une motion demandant la démission du président d'Air Canada, Michael Rousseau. Le message de condoléances unilingue anglais (sauf pour «bonjour» et «merci») après le décès du pilote québécois Antoine Forest à l'aéroport La Guardia de New York a évidemment suscité l'indignation générale chez les francophones d'ici.

La motion de condamnation de l'Assemblée nationale était prévisible. Comme d'habitude, dans des circonstances où le français est attaqué, la nation fait corps, peu importe les allégeances politiques. Cette fois, cependant, le Parti québécois a presque fait faux bond, son chef Paul St-Pierre Plamondon ayant annoncé la veille que les députés péquistes enregistreraient leur abstention au moment du vote.

Ils se sont finalement ralliés aujourd'hui, craignant que leur abstention soit interprétée comme un vote contre la motion de blâme. C'était sans doute la seule issue pour le PQ, sur le plan stratégique. Mais son hésitation était pleinement justifiée. M. St-Pierre Plamondon avait entièrement raison d'affirmer qu'une motion même unanime de l'Assemblée nationale ne donnerait aucun résultat.

Cela n'a pas été formulé aussi clairement que je l'aurais souhaité, mais tout de même. Le message est convaincant. Dans un contexte où ces demandes restent toujours sans effet, peu importe le gouvernement qui les formule, le PQ conclut que «le Canada est irréformable», tout comme Air Canada que le Commissaire aux langues officielles blâme tous les ans depuis des décennies.

Le député Joël Arseneau a poussé cet argument à sa conclusion logique aujourd'hui. Les hauts cris justifiés des Québécois resteront des hauts cris et rien de plus dans un Canada où ils sont et resteront minoritaires. «Alors on en tire les conclusions, dit M. Arseneau. C'est pour ça qu'on est ici pour promouvoir l'indépendance, c'est la raison de notre engagement politique

La porte ouverte par M. St-Pierre Plamondon dans ce débat doit devenir la clé de l'argumentaire du Parti québécois (et du Bloc) sans tarder. Il faut insister: si nous avions notre pays français, nous pourrions prendre nos propres décisions au lieu de devoir s'indigner sans succès à coups de motions unanimes contre des situations crées et défendues par la majorité anglo-canadienne.

Si un Québec souverain avait son propre transporteur aérien, son président parlerait français. Le Québec n'aurait pas à s'agenouiller devant une Cour suprême nommée par Ottawa. Il adopterait sa propre constitution, au lieu de se faire imposer une Charte des longs couteaux. Chialer en choeur dans un régime où les décisions se prennent toujours ailleurs ne donne rien. Il faut en sortir. Il n'y a pas d'autre moyen.

Les Michael Rousseau, il y en aura bien d'autres. Mark Carney et ses rédacteurs anglophones de Toronto continueront de nous faire croire que c'est pour notre bien. Les motions unanimes de l'Assemblée nationale ne doivent pas cesser comme moyen de formuler nos protestations et nos aspirations, mais avouons-le: elles restent aussi une expression de notre impuissance collective.

À l'hésitation du PQ devant la motion Michael Rousseau, je dis bravo! À son ralliement de dernière minute, je dis bravo! Nous voilà sur la bonne voie...

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Voir aussi mon texte de blogue Vous êtes pas tannés de chialer... - https://lettresdufront1.blogspot.com/2026/03/vous-etes-pas-tannes-de-chialer.html

mercredi 25 mars 2026

Vous êtes pas tannés de chialer???

25 mars 2026...



Vous êtes pas tannés de chialer, bande de caves? Cette adaptation libre du cri du coeur du poète Claude Péloquin me semblait de mise, ce mercredi 25 mars, après la cacophonie de protestations contre les affronts à la langue française commis par le président d'Air Canada, Michael Rousseau, et le premier ministre du Canada Mark Carney.

Commençons par Michael Rousseau qui, après plus de 300 heures de cours de français, n'a pas réussi à prononcer plus de deux mots dans la langue de Molière - «bonjour» et «merci» - dans son message de condoléances à la famille du pilote québécois Antoine Forest, décédé dans l'accident d'avion survenu à l'aéroport La Guardia de New York.

C'est ce même Michael Rousseau qui, cinq ans plus tôt, avait déclaré qu'il avait pu vivre 14 ans à Montréal sans avoir à apprendre la seule langue officielle du Québec. Air Canada étant soumise à la Loi sur les langues officielles du Canada, le tollé qui a suivi cette déclaration a poussé M. Rousseau à promettre de s'amender. Ce qu'il n'a pas fait.

Et voilà que le même jour, les bulletins de nouvelles révèlent que le premier ministre Carney, souffrant sans doute du «manque de compassion» qu'il reproche à Michael Rousseau, fait rédiger tous ses discours, même ceux en français, par trois rédacteurs anglophones de Toronto. On comprend mieux l'origine de sa réinvention de l'histoire du pays dans son allocution des Plaines d'Abraham. Au bureau du premier ministre, le français demeure une langue de traduction...

Ces deux incidents viennent s'ajouter à une liste interminables d'affronts récents à la langue française et au Québec. La nomination de Mary Simon, aussi incompétente en français que M. Rousseau, au poste de Gouverneure générale et celle de l'unilingue Brenda Murphy au poste lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick en 2019 ne sont que la pointe d'un iceberg gargantuesque.

Dans tous ces cas, les médias ont été inondés de déclarations intempestives, provenant principalement de francophones. Après quelques manchettes et débats publics (principalement au sein de la francophonie), le calme revient très vite. Pourquoi? Parce que les Québécois et les Franco-Canadiens, très minoritaires au Canada, peuvent chialer, manifester, porter plainte, quémander, tout sauf décider. Les décisions appartiennent à la majorité anglo-canadienne à Ottawa et dans neuf provinces.

Que peut faire le Québec français pour contraindre Michael Rousseau à apprendre le français? Rien. Ou obliger le président d'air Canada à démissionner, comme le réclame François Legault? Rien. Ou forcer Mark Carney à embaucher un rédacteur francophone? Rien. Ou nommer un gouverneur général capable de parler français? Rien. Ou, Loi 21 oblige, empêcher la Cour suprême du Canada de charcuter des lois québécoises? Rien.

À moins de faire l'indépendance, ce qui ne semble pas imminent, les Québécois doivent accepter leur rôle de chialeurs éternels et abdiquer leur droit de prendre en main leur propre destinée. La majorité québécoise restera pour toujours une minorité au Canada, avec tout ce que cela entraîne: les Michael Rousseau, les Mark Carney, les Mary Simon, la Constitution des longs couteaux, le déclin du français, accéléré hors Québec, s'accélérant au Québec même. Alouette!

Je deviens de moins en moins sensible aux hauts cris qu'on entend à chaque fois que la langue français et/ou le Québec subissent un affront. Ces protestations ne sont guère que l'expression de notre impuissance collective. Verra-r-on le jour où on se tannera de chialer, le jour où on dira «Assez!», le jour où on passera des jérémiades à l'action? Je l'espère. Très bientôt! À quelques mois de mes 80 ans, pour moi, le long terme n'existe plus...  

mardi 24 mars 2026

Cher juge en chef de la Cour suprême du Canada...

24 mars 2026...

La Cour suprême du Canada

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Avoir été l'avocat du gouvernement québécois, ce 24 mars 2026, j'aurais proposé aux juges de la Cour suprême du Canada un préambule, une mise en contexte, plutôt que d'entreprendre immédiatement l'argumentaire sur la constitutionnalité de la Loi 21. Voici, en gros, le message que j'aurais livré:

«M. le juge en chef, Messieurs et Mesdames les juges,

En vertu de la Constitution du Canada, nous sommes tenus de défendre la Loi 21 sur la laïcité de l'État du Québec devant la Cour suprême du Canada, un tribunal dont nous contestons la légitimité quand les droits constitutionnels du Québec sont en cause.

Permettez-nous d'être bien clairs. Nous avons le plus grand respect pour la compétence et l'intégrité des juges ici présents. Ce que nous mettons en doute, c'est la neutralité de l'institution elle-même, de cette Cour, et des textes constitutionnels qu'elle a l'obligation de faire respecter.

Le Québec forme une nation dont l'existence est reconnue par le Parlement canadien. Notre nation a une histoire distincte, sa langue officielle est le français et notre régime juridique est fondé sur le droit civil. Notre société a évolué pendant quatre siècles avec ses valeurs propres. Elle constitue aujourd'hui un peuple moderne et démocratique.

Le Québec forme cependant une nation minoritaire dans le contexte fédéral canadien. Ce statut nous prive du droit de décider dès que l'ensemble du pays est en cause. Advenant un conflit de priorités entre le Canada anglais et le Québec, la démocratie a toujours joué et jouera toujours en faveur de la majorité anglo-canadienne.

Le seul État où une majorité de langue française peut gouverner dans sa langue et selon ses valeurs, c'est le Québec. Au cours du dernier demi-siècle, la nation québécoise a cherché à raffermir le statut du français et la laïcité de ses institutions. Ces valeurs sont partagées par la majorité des Québécois et sont des piliers de notre cohésion nationale.

Le Canada anglais a choisi pour sa part de façonner une Constitution fondée «sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu», de continuer d'avoir comme chef d'État un monarque qui soit aussi chef de l'Église anglicane, et d'avoir comme objectif de promouvoir un multiculturalisme à caractère anglo-dominant.

Nous ne contestons pas le droit du Canada anglais de faire de tels choix, nous nous opposons à son droit constitutionnel d'imposer ses choix à la nation québécoise, ce que le gouvernement fédéral et les neuf provinces à majorité anglaise ont décidé de faire durant la nuit des longs couteaux.

Dans la Loi constitutionnelle de 1982 que le Québec n'a jamais entérinée peu importe l'allégeance des gouvernements, ces valeurs sont devenues officielles au Canada et votre Cour, MM. et Mmes les juges, avez comme mandat de les faire respecter.

Pour plusieurs, la nation québécoise, dans son affirmation du français et de la laïcité, a clairement violé certains principes de la Constitution canadienne, et ce, même si les lois mises en cause se situent dans les champs de compétence dévolus au Québec.

Aujourd'hui, sept juges nommés par le gouvernement canadien, qui intervient lui-même contre la Loi 21, vont utiliser des textes constitutionnels imposés au Québec par le Canada anglais pour juger de la légalité des choix de société de la seule majorité francophone dans son propre État, des choix exercés par surcroit dans ses champs de compétence.

Utilisant comme arme la Loi constitutionnelle de 1982, le Canada menace aujourd'hui notre droit démocratique de prendre des décisions nationales sur le seul territoire où ce droit de décider existe toujours: le Québec.

Notre gouvernement a accepté malgré tout de se soumettre au jugement de cette Cour. Si votre décision nous oblige à conclure que les valeurs de la seule majorité francophone au pays sont désormais soumises à la tutelle multiculturelle et religieuse de la Charte de 1982, la nation québécoise devra en tirer les conclusions qui s'imposent.»

Il me semble qu'un tel préambule aurait conféré un peu plus de solennité et de dignité à la présentation du gouvernement du Québec. Enfin, c'est ce que je pense... mais je ne suis pas juriste...

lundi 23 mars 2026

La cause la plus fondamentale de notre génération???

23 mars 2026...

capture d'écran de la Cour suprême du Canada



Le débat sur la laïcité de l'État du Québec s'est transporté lundi matin (23 mars) à Ottawa, rue Wellington, à quelques pas du Parlement, où la Cour suprême du Canada entamait quatre journées complètes d'audiences. La meute d'adversaires parfois virulents de la Loi 21 semblait s'être donné rendez-vous, sans doute heureuse de se retrouver en terrain ami, à quelques pas du Parlement fédéral, du côté ontarien de la rivière des Outaouais.

Le ton était donné avant même le début des audiences par le président du Conseil national des musulmans canadiens, Stephen Brown pour lequel la contestation juridique de la laïcité québécoise est «la cause la plus fondamentale de notre génération». Rien de moins! Écoutez ça: selon lui, si la Cour suprême entérine la décision du Québec d'avoir recours à la clause nonobstant pour mettre en péril les libertés des Québécois, les droits des citoyens des autres provinces en matière de liberté d'expression et de religion pourraient être compromis.

Que cet argument farfelu soit pris ou non au sérieux importe peu. Les ennemis de la Loi 21 savent qu'ils peuvent se permettre de dire à peu près n'importe quoi à Ottawa, où ils sont entourés et appuyés par une armée médiatique. On trouvera ici à tous les coins de rue et dans toutes les salles de rédaction des chroniqueurs ou commentateurs prêts à vomir sur la laïcité québécoise au nom d'une moralité soi-disant supérieure drapée d'une bonne couche de venin. Ici, les bibittes anti-québécoises ont toujours le droit de sortir du placard.

Les porte-parole des Anglo-Québécois, des musulmans, des sikhs, des organisations de libertés civiles, et des autres parties engagées dans la contestation de la Loi savent aussi que la bataille de la Cour suprême déterminera l'issue de la guerre. Il n'y aura pas d'appel ici. Et ils sont parfaitement conscients que le gouvernement de la CAQ, en acceptant de se rendre devant la Cour suprême pour se faire juger en vertu de la Constitution des longs couteaux de 1982 (devant des juges nommés par Ottawa), a aussi accepté de capituler advenant la condamnation de la laïcité et du recours à la clause dérogatoire.

Je n'ai pu écouter les audiences qu'en matinée, mais déjà les coups pleuvaient. La Commission scolaire English-Montréal a de nouveau prétendu que l'interdiction du port de signes religieux dans les écoles et administrations scolaires portaient atteinte aux droits «linguistiques» de la minorité anglo-québécoise, protégés par l'article 23 de la Constitution des longs couteaux. Lier le hijab à la langue anglaise? Faut le faire... Je ne suis pas sûr, cependant, que tous les juges se soient laissés emberlificoter par cette plutôt faible allégation.

Le Conseil national des Musulmans canadiens a pour sa part utilisé un argument que j'ai trouvé fort original... et bizarre. Selon leur procureur, La Loi 21 est motivée par des considérations morales, et seul le gouvernement fédéral serait autorisé à légiférer en matière de moralité. Elle est bien bonne celle-là... Il me semble d'ailleurs qu'un juge ait mentionné en réplique ce qui devrait apparaître évident à tous et toutes: en général les lois, qu'elle soient fédérales ou provinciales, portent toutes en elles des éléments de moralité publique. Et que dire de voir ces protecteurs de la «moralité» défendre le port d'un symbole d'oppression des femmes au nom d'une constitution imposée au Québec après de louches négociations dans une cuisine du Château Laurier à Ottawa?

Un autre opposant à la Loi 21 a dénoncé la laïcité québécoise pour sa soi-disant persécution des minorités. Il a notamment affirmé, sans sourciller, que la protection des minorités avait été un élément fondamental de l'Acte de l'Amérique du Nord de 1867. Il n'a évidemment lu aucun livre sur l'histoire du Canada. Parlez-en à TOUTES les minorités francophones hors Québec, persécutées dès le lendemain de 1867, et jamais protégées par Ottawa. Celle-là, je l'ai trouvé grossière.

Et que penser de l'avocat de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) du Québec, qui a dit, dans son plaidoyer contre la Loi 21 en Cour suprême, qu'il fallait revenir à l'essence du Canada, «une démocratie saine et riche»... Un grand nombre des membres de cette centrale syndicale se seraient étouffés. On se souvient à quel point la démocratie canadienne était «saine et riche» en octobre 1970 quand on a emprisonné près de 500 innocents (dont plusieurs syndicalistes), quand on nous a bourrés de faussetés en 1980, quand on nous a plantés dans le dos la Constitution des longs couteaux en 1982, quand on a érigé la tricherie en système pour gagner en 1995...

L'impression laissée après avoir écouté les audiences du lundi matin en Cour suprême, c'est le degré d'ignorance de l'histoire de ce pays, du sort réservé depuis le 19e siècle à la langue et à la culture française, d'une domination anglo-canadienne trop souvent haineuse, de l'évolution fulgurante de la société québécoise et canadienne-française, de son passage de l'ultra-catholicisme à la laïcité, de l'utilisation de l'État québécois comme seul véhicule du nationalisme progressiste et respectueux de l'unique majorité de langue française. Les opposants à la Loi 21 arrivent le plus souvent avec leurs gros sabots pour faire avaler à notre tribu arriérée que la véritable civilisation passe par le multiculturalisme de leur Constitution des longs couteaux.

Tous les Québécois auraient avantage à suivre ces audiences sur le site Web de la Cour suprême. Ils passeraient quelques jours fort instructifs devant leur petit écran à écouter les jérémiades des ennemis de la laïcité québécoise. Et j'ai confiance que la plupart d'entre eux finiraient par en tirer les conclusions qui s'imposent...

dimanche 22 mars 2026

Les voix et les pieds des Charbonniers de l'enfer...

22 mars 2026...

Les Charbonniers de l'enfer


Jusqu'au jeudi 19 mars 2026, ma connaissance des Charbonniers de l'enfer se limitait à leur courte prestation au spectacle de clôture de la tournée Break syndical des Cowboys fringants, au Centre Bell. Je n'y étais pas mais j'ai écouté à plusieurs reprises avec un de mes petits-fils, Cédric, le DVD de cette soirée mémorable du 30 décembre 2003...

Ce que je savais cependant, c'est que ce groupe de musique traditionnelle issu des années 1990 chante sans instruments. À capella, le rythme non vocal étant assuré par les deux podorythmistes (tapeux de pieds) des Charbonniers, Michel Bordeleau et André Marchand. Étant depuis toujours amateur de violons, guitares et claviers, je craignais que cette absence d'accompagnements instrumentaux ne laisse un certain vide sur scène.

Il n'a fallu qu'une ou deux chansons pour me convaincre que la podorythmie (tapage de pieds) amplifiée par des planches et des micros pouvait propulser les harmonies vocales des quatre Charbonniers et soulever l'enthousiasme d'une salle bondée où les amateurs de tous âges avaient peine à rester assis. Tout au long de la prestation, j'avais les yeux rivés sur le tape-tape magique des pieds, devenu à lui seul un redouble instrument de percussion.

Assis sur mon siège à la salle Jean-Després de la Maison du Citoyen de Gatineau, j'essayais désespérément de copier le mouvement et le son des pieds pendant les chansons. Sans succès. Les genoux des «tapeux de pied» semblaient monter et descendre au même rythme, mais le pied droit et le pied gauche touchaient différemment la planche, l'un frappant deux fois, l'autre une (à ce qu'il me semble)... et ce, pendant toute la durée du spectacle, sans apparemment se fatiguer. Cela m'épuisait rien que de les regarder...

Après une centaine de minutes époustouflantes, j'étais à la fois enchanté par la puissance des voix des Charbonniers de l'enfer, et un peu découragé de ne pas avoir pu maîtriser, même quelques secondes, la podorythmie. Me disant que ce devait être un don inné, réservé à un groupe sélect de talents musicaux, j'ai quand même plongé dans l'Internet à mon retour pour voir s'il était possible de guérir ma médiocrité rythmique. Et voilà, tout n'est pas perdu. Il existe maintenant des cours et des ateliers, suivis par des centaines de personnes,  ainsi que des tutoriels vidéos pour encourager l'apprentissage et la transmission de ce «tapage de pieds» québécois aux générations futures.

Voici, pour ceux que cela intéresse, un lien à une vidéo de Philippe Jetté destinée à vous apprendre à taper du pied : https://www.youtube.com/watch?v=7NQx2LNZ76Q&t=116s

Croyez-le ou non, après une dizaine de minutes à suivre les instructions du tutoriel, il m'arrive de temps en temps de réussir la podorythmie. Alleluia! Trêve d'exercice, il est également intéressant de s'informer de l'origine de ce tapage de pieds inventé au Québec. La technique remonte certainement à quelques centaines d'années mais on ne l'a pas documentée avant le début du 20e siècle. Certains croient que d'anciens violonneux ont commencé à taper du pied pour permettre aux danseurs de mieux discerner le rythme. D'autres avancent que les Québécois ont commencé à taper du pied pour accompagner les chansons quand l'Église catholique interdisait la danse. On ne saura jamais avec précision d'où a jailli la première étincelle.

Toujours est-il que jusqu'aux années 1970, il n'existait dans les dictionnaires aucun mot français pour désigner l'art québécois de taper du pied en musique. Le conteur et harmoniciste Alain Lamontagne a alors inventé le néologisme «podorythmie» à partir du mot grec podo (pied) et de rythme. Le terme est aujourd'hui accepté partout.

Selon le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, «la podorythmie demande quelques qualités physiques. Le corps entier est sollicité, tout particulièrement du dos jusqu'aux pieds. La position du corps et la manière de taper du pied permettent d'éviter les blessures et réduire la fatigue. Il est alors possible de taper du pied durant des heures». Je peux certifier qu'après trois minutes de tapage de pieds en essayant d'imiter l'expert à l'écran, j'ai dû me reposer... Quand je pense que les Charbonniers ont tapé furieusement sur leurs planches pendant plus d'une heure et demie, je me dis que j'ai des croutes à manger...

Je salue avec grande admiration les quatre Charbonniers, Michel Bordeleau, Michel Faubert, André Marchand et Normand Miron, tant pour leur répertoire musical que pour leur podorythmie. Si un jour je réussis à chanter en tapant du pied, et je ferais mieux de me dépêcher à l'âge de 79 ans, ce sera un peu grâce à eux...

samedi 21 mars 2026

Panique au royaume de la peur...

21 mars 2026...

capture d'écran du site Web de Radio-Canada, 20 mars 2026


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«Je réponds aux gens de Gatineau. Ce que j'ai à vous dire, c'est ça qui est ça et c'est dans l'intérêt du Québec et vous êtes Québécois et Québécoises, y'en a parmi vous qui apprendront que votre emploi ne peut pas être continué dans un Québec indépendant et on aura des mesures, dans un environnement quand même où les emplois existent, pour cette transition-là.» (Paul Saint-Pierre Plamondon en entrevue à Radio-Canada, extrait présenté au bulletin de nouvelles et sur Facebook par le chef d'antenne d'Ici Ottawa-Gatineau, Mathieu Nadon)
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Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a affirmé au cours d'un interview à Radio-Canada ce que tout le monde sait depuis les années 1960, depuis que la souveraineté du Québec est devenue une option crédible au sein de la population : dans un Québec indépendant, des milliers d'emplois fédéraux seront intégrés à l'État québécois et il y a 100% de chances qu'un certain nombre de ces emplois situés à Ottawa ou Gatineau déménagent à Québec, Montréal ou ailleurs. Par ailleurs, en cas de dédoublements inutiles, un nombre indéfini d'emplois seront sans doute abolis.; et qu'il y aura des mesures de transition pour les personnes touchées.

TOUT LE MONDE SAVAIT DÉJÀ QUE C'EST LÀ LE SCÉNARIO LE PLUS PLAUSIBLE. Imaginez: si PSPP avait tenté de dissimuler les conséquences probables de la souveraineté pour les emplois fédéraux dans la région de Gatineau, on serait monté sur toutes les tribunes pour l'accuser de mentir à des fins électorales. Avec raison. Mais s'il dit la vérité - une vérité connue de tous par ailleurs - alors pourquoi grimpe-t-on dans les rideaux, pourquoi déchire-t-on sa chemise sur la place publique, pourquoi pogne-t-on les nerfs?

Ls statut de Mathieu Nadon sur Facebook a suscité pas moins de 1200 commentaires à l'image des plus de 70% des résidents de Gatineau qui ont voté «Non» en 1995. Il faut dire que l'extrait de 21 secondes présenté sur sa page ne rend pas justice à l'ensemble de l'entrevue (voir lien en bas de page) mais j'ai de la difficulté à croire que même après avoir entendu les six et quelque minutes en ondes de PSPP, les commentaires auraient été moins stridents. Clairement, ici à Gatineau, il est devenu impossible d'avoir une discussion rationnelle au sujet du projet de souveraineté du Québec.

Trop de gens rangent leur cerveau à clef dans un tiroir et laissent parler leurs tripes. Au-delà des insultes gratuites (dictateur! insignifiant! imbécile! fuck you! clown corrompu! bon à rien! cruchon! malade! raciste! etc.), on retombe inévitablement sur des scénarios irréfléchis témoignant de la peur qui tenaille les habitants d'une région frontalière soumise et/ou attirée par la capitale fédérale sur la rive ontarienne et méfiante envers la capitale québécoise qui l'a toujours négligée. 

Il fallait s'attendre qu'au moins une personne soulève l'hypothèse de «se séparer du Québec», soit pour se joindre à un district fédéral englobant Ottawa et Gatineau, soit pour être annexés à l'Ontario. Ainsi cette opinion, décidément la plus populaire, qui a attiré environ 200 «J'aime» ou «J'adore»: «On pourrait créer un district fédéral qui regroupe la grande région de Gatineau et celle d'Ottawa et être sous l'administration directe du gouvernement fédéral».

Ce débat-là dure depuis plus de 60 ans. et les gens le lancent comme ça sans penser aux conséquences. Cette personne s'est-elle demandé si les francophones d'Ottawa seraient intéressés à affaiblir la collectivité franco-ontarienne en lui retirant plus de 100 000 personnes? A-t-elle songé aux conséquences, pour les francophones majoritaires à Gatineau et au Québec, de devenir minoritaires dans un district fédéral sous la juridiction d'un gouvernement à forte majorité anglophone? A-t-elle compris que même si Gatineau est annexée à un district fédéral, les emplois qu'elle veut protéger seraient perdus de toute façon advenant un Québec indépendant? Quand on commence à y penser, l'hypothèse d'un district fédéral s'auto-détruit.

En voulez-vous un plus farfelu? «Je pense que de Montréal vers l'ouest (du Québec) on devrait faire un référendum (pour décider si) on se joint à l'Ontario... Pas mal tanné d'entendre parler de référendum!» (165 «J'aime»). Cette personne s'est-elle demandé qui autoriserait et qui organiserait un tel référendum dont la valeur juridique serait nulle et qui ferait dépenser beaucoup de sous pour rien? Par ailleurs, il est intéressant de voir une personne tannée d'entendre parler de référendums proposer la tenue d'un autre... référendum.

En voici une qui soit à la fois savoureuse et pertinente: «Je crois que l'Outaouais est un territoire autochtone non cédé, alors n'est-il pas aux Autochtones de décider de leur avenir?» Et un interlocuteur de répondre: «C'est le comble. Les colonisateurs débattent de l'indépendance sur un territoire qui ne leur appartient pas.» Voilà où nous mène des décennies de discours fédéraux hypocrites commençant par la reconnaissance que nous vivons sur des territoires non cédés... et que personne n'a l'intention de rétrocéder aux Autochtones. 

Enfin, on a de nouveau droit à une gamme familière d'affirmations qui circulent à chaque élection ou référendum. Que va-t-il arriver aux pensions fédérales? Aux ponts, aux aéroports, aux chemins de fer? On va être très pauvres pendant plusieurs années... Avec un Québec indépendant, seulement des taxes et aucun service... On va quitter pour aller en Ontario, où il y a de vraies routes... If the Yes vote wins, Québec will be driven into civil war... 

Dans ce capharnaüm d'injures et d'affirmations gratuites se profilent sans doute une centaine ou plus de commentaires bien pensés sur les effets de la souveraineté pour Gatineau et l'ensemble du Québec, provenant d'anti-séparatistes (de vrais fédéralistes, j'en connais peu) et d'indépendantistes, mais ils se perdent dans l'hystérie.

Ma première conclusion? Le bulletin de nouvelles a exacerbé l'effet des commentaires de PSPP en ne présentant que 21 secondes d'une intervention plus nuancée de plusieurs minutes. Sur le plan journalistique, ce n'était pas lumineux. Ma seconde conclusion: à Gatineau, royaume de la peur et du vivre-à-genoux, un débat rationnel sur le projet de souveraineté est devenu impossible! Et une question pour finir: je serais curieux de savoir combien de ces personnes sont montées aux barricades sur Facebook quand le gouvernement Carney a annoncé qu'il allait couper 40 000 emplois dans la fonction publique fédérale d'ici trois ans (sans que le Québec se sépare...).


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vendredi 20 mars 2026

Manitoba bilingue? Ben voyons...

20 mars 2026...
Capture d'écran du site Web Le Devoir, 20 mars 2026


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Voir le texte de Mathilde Beaulieu-Lépine dans Le Devoir au lien suivant: https://www.ledevoir.com/actualites/965514/manitobains-voudraient-province-devienne-aussi-officiellement-bilingue
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Non mais peut-on vraiment envisager sérieusement l'hypothèse d'un Manitoba «officiellement bilingue»? Après un siècle et demie marqué trop longtemps par la répression, voire la persécution, la langue et la culture françaises ne sont pas sur le point d'y recevoir les derniers sacrements, mais presque... Sauver les meubles qui restent peut et doit être envisagé, mais proposer de transformer le Manitoba en province bilingue alors qu'à peine 1,3% de la population utilise surtout le français à la maison n'a aucun sens.

La francophobie a fait son oeuvre au Manitoba comme dans la plupart des provinces à majorité anglaise. À sa fondation, en 1870, grâce à la rébellion des Métis sous Louis Riel, le français avait acquis un statut officiel égal à celui de l'anglais et les francophones formaient la moitié de la population. L'immigration massive d'anglophones et l'influence anti-catholique et anti-francophone des Orangistes ont abouti 20 ans plus tard à la promulgation de l'unilinguisme anglais.

Les Franco-Manitobains, comme les autres francophones minoritaires au Canada, ont vu leurs écoles rayées de la carte et leur langue effacée des services publics. L'enseignement en français se donnait en cachette au primaire. Je me souviens de l'autobiographie de Gabrielle Roy, où cette Franco-Manitobaine de Saint-Boniface raconte comment l'enseignante leur ordonnait de dissimuler leurs manuels de langue française lors des visites des inspecteurs anglais du gouvernement...

Au moment où le Canada anglais, effrayé dans les années 1960 par la montée du mouvement indépendantiste au Québec, a commencé à permettre la mise en place de réseaux d'écoles françaises et d'offrir quelques services aux francophones, le mal était fait. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Manitobains de langue maternelle française formaient environ 8% de la population totale. Trente ans plus tard, la proportion avait diminué à 6% et aujourd'hui c'est 3%!

Depuis les années 1960, le nombre de villages à majorité francophone chute. Il n'en reste qu'un ou deux. Dans le seul quartier urbain, Saint-Boniface (Winnipeg), les taux d'assimilation frisent les 50%. En 1971, première année où le fédéral a commencé à comptabiliser la langue d'usage (celle la plus souvent parle à la maison), le nombre de personnes ayant coché «français» a dégringolé, passant de 39 600 en 1971 à 17 203 en 2021. La population totale du Manitoba, pendant ce temps, grimpait: de 988 000 en 1971 à 1 327 000 en 2021. 
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Il reste toujours en 2021 quelques noyaux franco-manitobains dynamiques ainsi qu'une université de langue française à Saint-Boniface, mais pour l'immense majorité des francophones la vie quotidienne se déroule trop souvent en anglais. Une relève anémique ne permettra pas de maintenir la masse critique de francophones requise pour justifier à long terme quelque forme de bilinguisme, et encore moins un statut égal pour le français au Manitoba.

Dans son texte du Devoir, la journaliste Mathilde Beaulieu-Lépine rappelle que la plus récente tentative d'enchâsser les droits des Franco-Manitobains dans la constitution remonte à 1983. «De nombreuses manifestations avaient eu lieu, les graffitis dans les rues s'étaient multipliés et le bureau de la Société francophone du Manitoba avait même été incendié, menant éventuellement au recul du gouvernement et à la fin du projet».

Rien ne laisse croire que la réaction de la majorité anglaise serait différente en 2026, tenant compte que le nombre de francophones diminue à chaque recensement. En dépit de l'attitude sympathique du premier ministre néo-démocrate actuel, Web Kinew, et de son ministre aux Affaires francophones, qui ne seront peut-être plus en poste d'ici quelques années, les chances de mener à terme un projet de bilinguisme officiel au Manitoba sont nulles.

Cela ne servira, comme bien d'autres initiatives fédérales et provinciales pour les francophones hors Québec, qu'à convaincre les Québécois de la viabilité du français coast to coast et à les inciter à renoncer à tout projet de souveraineté. Le résultat à long terme si on tombe dans ce panneau? La disparition quasi totale des collectivités francophones minoritaires (sauf les Acadiens du Nouveau-Brunswick et quelques régions franco-ontariennes), et l'accélération au Québec d'un processus d'anglicisation déjà en cours, jusqu'au point de bascule final...

On ne doit pas sacrifier la mère-patrie pour tenter de sauver des avant-postes au bord du gouffre. Un jour, peut-être pas demain mais bientôt, la plupart des francophones en situation minoritaire seront confrontés au choix ultime: s'angliciser ou rallier le Québec. Ils y seront les bienvenus!

jeudi 19 mars 2026

Le bonheur de vivre au Québec...

19 mars 2026...

capture d'écran du site Web de La Presse, 19 mars 2026


Je ne sais pas à quel point on peut se fier à cet indice planétaire de bonheur que publie tous les ans la maison de sondage Gallup, mais les résultats des dernières années donnent matière à réflexion. 

D'abord, en regardant le tableau ci-haut, on ne peut manquer de constater que le Canada figure au 25e rang mondial, une dégringolade de 20 positions au classement depuis 2015, alors que le pays occupait la 5e place... Mais les résultats sont pires pour le Canada anglais qui, sans la présence du Québec, se retrouverait en 35e position!

En effet, en matière de bonheur, les Québécois concurrencent les champions du monde. En 2026, le Québec partage le 5e rang du palmarès planétaire avec la Suède, n'étant devancé que par la Finlande, l'Islande, le Danemark et le Costa Rica. Et la performance du Québec ne fait que s'améliorer au sein du top 10, étant passée de la 8e position en 2022 au 6e rang l'an dernier.

Si l'écart entre le Québec et le Canada anglais était le moindrement semblable en 2015, quand le Canada occupait le 5e rang mondial, il y a fort à parier que les Québécois oscillaient alors tout près du sommet. 

Selon Le Devoir (lien en bas de page), le rapport 2026 de la maison Gallup signale que «l'utilisation intensive des réseaux sociaux sur Internet contribue à une forte baisse du bien-être chez les jeunes». Passer de longues heures à parcourir les réseaux sociaux aurait à la longue un effet dépressif sur l'indice de bonheur, y compris dans les pays occidentaux à revenus plus élevés. Les ados les plus heureux seraient ceux qui passent moins d'une heure par jour sur les réseaux sociaux. Ainsi, après 30 années d'Internet, et l'omniprésence de ses dérivés, le poids du monstre numérique se fait sentir.

Mais il est difficile de croire que ce facteur explique à lui seul les écarts entre le Québec et le Canada anglais. L'usage des réseaux sociaux serait-il si différent entre francophones et anglophones au Québec et au Canada? Cela me semble difficile à croire. Au sujet de la Finlande, qui domine le classement, on évoque «l'existence d'un État-providence qui protège les citoyens contre les risques de récession, et une espérance de vie en bonne santé».  Le degré d'atteinte de l'État-providence varie entre les provinces, mais pas tant que ça, et l'espérance de vie est la plus élevée au Québec, mais encore... Est-ce suffisant? Pas sûr...

Le président finlandais affirme pour sa part: «Je ne pense pas qu'il existe une formule magique, mais il est utile d'avoir une société qui aspire à la liberté, à l'égalité et à la justice.» Voilà, par contre, une piste intéressante. Le Québec, plus que le reste du pays, forme une «société», certains diraient une nation, ayant une certaine cohérence, portée par des valeurs historiquement partagées et des aspirations centenaires à la liberté, à l'égalité et à la justice. Les relents de l'impérialisme britannique, l'anti-américanisme et le multiculturalisme débridé du Canada anglais (par ailleurs américanisé sur le plan culturel) ne me semblent pas un socle très solide sur lequel ériger un indice de bonheur triomphant. Surtout depuis le début de l'ère Trump. Enfin, de mon point de vue...

L'économiste Christopher Barrington-Leigh, professeur à McGill, cité dans La Presse, abonde dans ce sens, du moins pour expliquer la situation au Québec. «Il y a une cohésion au sein de la société québécoise. Et peut-être aussi que l'un des facteurs qui cimentent cette société, c'est le sentiment de vivre sur une île francophone en Amérique du Nord».

Quoiqu'il en soit, il serait intéressant d'entendre les analyses de nos sociologues, psychologues et philosophes sur les motifs pour lesquels les Québécois seraient plus heureux que leurs concitoyens des provinces à majorité anglaise.

Quant à moi, je vis cette différence à chaque fois que je traverse la rivière des Outaouais entre Ottawa et Gatineau. Dès que je franchis les chutes Chaudière et que l'un des ordinateurs de ma voiture me dit tout en douceur «Bienvenue au Québec», je sens mon indice de bonheur bondir. À bien y penser, je suis nettement plus heureux de mon côté de la rivière. Au Québec. 

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Lien au texte du Devoir - Le Canada glisse au 25e rang dans le Rapport mondial sur le bonheur - https://www.ledevoir.com/actualites/societe/965076/canada-glisse-25e-rang-rapport-mondial-bonheur

Lien au texte de La Presse - Les Québécois ont-ils trouvé la recette du bonheur? - https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-03-19/les-quebecois-ont-ils-trouve-la-recette-du-bonheur.php