mardi 24 février 2026

À l'époque des radios-transistor...

24 février 2026...

annonce du film de 2026 sur Dick Biondi, un des grands du début des années 60


Suis-je l'exception ou la règle? À l'approche de mes 80 ans, alors que Ginette et moi élaguons (c'est peu dire) avant de quitter cette maison que nous habitons depuis près de 38 ans, j'ai l'impression que plus les objets, documents et souvenirs sont anciens, plus on s'y accroche.

De vieilles photos d'enfance, laissées en héritage par nos parents. Deux ou trois images saintes reçues à la première communion. Un missel et un atlas géographique conservés depuis l'âge de 9 ans. Quelques bulletins de l'école du quartier et du secondaire, un album de fin d'année scolaire avec les autographes des copains. Des livres et bandes dessinées des années 1950 (Tintin, Bob Morane) Des trucs du genre.

L'arrivée de l'adolescence marque le début d'une véritable autonomie. Les objets accumulés ne proviennent plus des générations précédentes. Ce sont bien davantage le fruit de nos propres décisions, de nos intérêts et de passions naissantes. Pour certains (de mon époque bien sûr), ce pourra être une rondelle, une balle de baseball, des cartes sportives, une collection de timbres, des souvenirs de voyages.

Pour moi, en revoyant tout ce que j'ai conservé de l'époque, il ne subsiste aucun doute. Je m'intéressais d'abord et avant tout à la musique. J'aimais le rock'n roll américain depuis les premiers succès de Buddy Holly mais je n'avais pas de sous pour acheter des disques. Cela a changé quand je me suis payé mon premier 45 tours à 14 ans, en 1960, et que j'ai voulu entendre les plus récents succès à la radio.

Dans ma ville natale, Ottawa, les stations de radio ne misaient pas sur l'auditoire adolescent. Il fallait donc chercher ailleurs et cet ailleurs se situait aux États-Unis. C'était avant la radio FM et il fallait attendre le coucher du soleil pour capter sur nos petites radios-transistor AM les émissions des grands disk Jockeys dans des villes comme New York, Boston, Buffalo et Chicago. Je me revois en soirée, radio portable sur l'oreille, calepin en main, en train de balayer la bande AM dans l'espoir d'entendre mes chansons préférées ou des nouveautés.

Encore aujourd'hui, je me demande pourquoi mes travaux scolaires n'ont pas souffert de toutes ces heures consacrées à écouter les succès de l'heure. J'avais un faible pour le rock et le rhythm and blues. Les artistes noirs en particulier, ainsi que les rockers blancs les plus bruyants. Pire, je notais dans des cahiers chaque nouvelle chanson ou instrumental entendu, avec la date et la station de radio qui l'avait diffusée. J'ai conservé des centaines de palmarès découpés dans les journaux, quelques pages du magazine Billboard ainsi que mes propres palmarès, mis à jours à toutes les semaines de 1961 à 1963. Et bien sûr des centaines de 45 tours...

Ces jours-ci, un documentaire sur l'un des plus célèbres DJ que j'écoutais à 15 et 16 ans, Dick Biondi, sera présenté dans des cinémas et en ligne. J'a retrouvé dans mes paperasses d'adolescence une liste de toutes les stations de radio américaines que je syntonisais, ainsi que les noms des animateurs des émissions rock de ces puissantes antennes de 50 000 watts. Le texte de Wikipedia sur Biondi mentionne qu'il a été le premier DJ états-unien à jouer, sur les ondes de WLS (Chicago), un disque des Beatles, Please Please Me, en février 1963.

J'ai fouillé dans mon encyclopédie personnelle de chansons et de palmarès pour retrouver mes écoutes du mois de février 1963. Et voilà que je découvre la mention suivante : Please Please Me, The Beetles (je ne savais pas qu'ils écrivaient Beatles), le 26 février 1963, entendue sur les ondes de WLS Chicago.

À chaque page remplie de chansons, dans chaque chemise de palmarès et de coupures de presse, le début des années 1960 reprend vie. Un chapitre de mon existence qui s'est terminé avec la fin du secondaire et ma découverte du militantisme franco-ontarien, puis québécois et des chansonniers d'ici, Vigneault, Léveillée, Pauline Julien, Claude Gauthier et les autres.

Puis-je vraiment mettre mon adolescence musicale à la poubelle? Je ne crois pas. Quand je feuillette ces documents, quand j'écoute les chansons qui y sont inscrites, j'ai de nouveau 15 ans... parfois. Pour ce vieux de quasi 80 ans que je suis devenu, me revoir avec des cheveux, sans rides, la vie devant moi, radio-transistor en main, ça n'a pas de prix!


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