26 janvier 2026...
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| Le député fédéral libéral de Gatineau, mon député, Steven MacKinnon, à la période des questions du 26 janvier 2026 |
J'avais décidé de jeter un coup d'oeil au cirque de la période des questions à la Chambre des communes, ce 26 janvier 2026, jour de rentrée parlementaire à Ottawa, espérant voir un député du Bloc québécois interroger le premier ministre Carney sur son interprétation pour le moins fantaisiste de l'histoire du Québec et du Canada, la semaine dernière, sur les Plaines d'Abraham à Québec (voir lien en bas de page).
Mais Mark Carney n'était pas là pour affronter les questions... il s'était esquivé à Toronto pour une rencontre avec Doug Ford... La députée du Bloc Christine Normandin a tout de même soulevé l'affaire avec force exemples pour démontrer que les francophones du Québec et des autres régions du Canada ont été maintes fois persécutés depuis la conquête et depuis la Confédération de 1867, et demandé si le premier ministre avait l'intention d'apprendre la véritable histoire du pays...
Heureusement, ou malheureusement selon le point de vue, le leader du gouvernement en Chambre, Steven MacKinnon (député de Gatineau, mon député), a eu la tâche de répondre à Mme Normandin. Baveux comme pas un, il a eu le culot d'en remettre, plutôt que de s'excuser des propos insultants de son chef.
J'y vais de mémoire en attendant de lire la transcription exacte, mais essentiellement il a répondu qu'en tant qu'anglophone, il avait pu fréquenter une école française à l'Île-du-Prince Édouard, l'université des Acadiens à Moncton, et qu'il avait été élu quatre fois de suite aux Communes dans une circonscription québécoise à 90% francophone. Cela, je suppose, est censé démontrer la proverbiale bonne entente historique entre francophones et anglophones au Canada. En réalité, c'est une nouvelle claque en pleine face aux Québécois et aux Acadiens. Lui non plus ne connaît pas son histoire ou feint de ne pas la connaître...
M. MacKinnon est né à l'Île-du-Prince Édouard en 1966. Il est trop jeune pour se souvenir de ce que c'était, avant que la révolution moins tranquille qu'on le dit secoue les fondements de la société québécoise et, par ricochet, avec la montée du mouvement indépendantiste au début des années 1960, ébranle les Anglo-Canadiens des autres provinces. En Ontario, comme dans les Maritimes et dans l'Ouest, la crainte du séparatisme et les pressions des gouvernements Lesage et Johnson ont fait comprendre que la maltraitance systémique des minorités de langue française était devenue un pion importante sur l'échiquier pancanadien.
À la fin des années 1960, comme par miracle, des réseaux d'écoles primaires et secondaires françaises sont apparus là où on les avait supprimés à la fin du 19e siècle et au début du 20e. Les combats souvent héroïques des minorités françaises duraient depuis près d'un siècle et les injustices dont elles avaient été victimes avaient laissé dans leur sillage une assimilation qui s'accélérait (et qui atteint en 2026 des proportions catastrophiques). L'école primaire ou secondaire qu'a fréquentée M. MacKinnon n'est pas un produit de la générosité du conquérant (celui qui avait déporté les Acadiens). C'est une concession offerte à reculons par une société historiquement intolérante.
Quant à l'Université de Moncton, créée en 1963, elle n'est aucunement attribuable à la bienveillance du Canada anglais. Il faut plutôt y voir un pur produit d'une lutte centenaire et de la renaissance acadienne des années 1960, commençant par l'élection de Louis Robichaud comme premier ministre du Nouveau-Brunswick en 1960. Cette province avait été la première à supprimer les écoles françaises après la Confédération (en 1871). Et à ceux qui pourraient croire que tout va pour le mieux depuis l'époque Robichaud, la population néo-brunswickoise a élu, de 2018 à 2024, un gouvernement ouvertement hostile aux Acadiens... Qu'en pensez-vous, M. MacKinnon?
Enfin, revenons à l'élection de ce ministre libéral dans la circonscription québécoise de Gatineau. Du bureau de circonscription de M. MacKinnon, on peut presque apercevoir la tour du Parlement canadien. On est ici en territoire quasi-fédéral et profondément libéral. À moins de vagues comme celles de Brian Mulroney en 1984 ou Jack Layton en 2011, ou d'une répartition quasi égale des voix entre les quatre partis fédéraux dans des circonstances exceptionnelles, les libéraux gagnent ici avec de fortes majorités, peu importe le candidat.
M. MacKinnon n'est pas un deux de pique ou un poteau. Il a l'étoffe d'un ministre, à n'en pas douter. Mais même s'il était un deux de pique, il y a de fortes chances qu'il soit tout de même élu dans un milieu où les francophones se font depuis longtemps intimider et piétiner - et même assimiler - sans trop rouspéter. Si cela lui plait de voir là un exemple de bonne entente entre francophones et anglophones, tant mieux mieux pour lui. Mais c'est faux. Ils ne votent pas pour un anglophone par gentillesse. Ils votent pour Steve MacKinnon parce que c'est un Libéral, parce qu'il est le porte-étendard d'un parti dont l'une des stratégies est de les effrayer avec l'épouvantail «séparatisse» depuis les années 1960. Et ça marche!
Alors, mon cher député, comme vous défendez ce pays des merveilles évoqué par M. Carney, de deux choses l'une: ou vous connaissez mal l'histoire de votre pays ou vous préférez la propagande à la vérité. Un peu des deux? Une chose est sûre: vous nous avez insultés aujourd'hui !
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Lien au discours intégral de Mark Carney à Québec, le 22 janvier 2026 - https://www.pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2026/01/22/batir-canada-ensemble-premier-ministre-carney-prononce-allocution-la

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