11 mars 2026...
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| capture d'écran du site Web de Radio-Canada |
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Je me permets de commencer ce billet de blogue en citant le premier paragraphe d'un texte de Radio-Canada sur le conseil municipal de la ville de Dieppe, au Nouveau-Brunswick:
«Une stratégie a été adoptée à l'unanimité, lundi au conseil municipal de Dieppe, afin de favoriser un environnement propice à la vitalité du français dans la communauté. Cette stratégie survient en réponse au fait que le nombre de résidents dont le français est la langue maternelle est en diminution, selon les données de Statistique Canada.» Pour lire le texte entier, suivez le lien en bas de page.
L'article du journaliste Batatundé Lawani propose, pour illustrer le déclin du français dans cette ville à majorité acadienne, le tableau suivant:
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| capture d'écran de Radio-Canada |
Pourquoi m'intéresser à la situation de Dieppe, ville située dans la banlieue est de Moncton? Bien sûr, ceux qui me connaissent savent que depuis plus d'un demi-siècle je suis de près l'évolution de la langue française au Québec et au Canada, depuis le recensement de 1961. Dans ce cas-ci, cependant, ce ne sont pas les statistiques - que je connaissais déjà - qui m'ont fait sursauter. C'est qu'un conseil municipal en fasse une de ses préoccupations prioritaires.
Peu importe le choix des chiffres - j'aurais préféré les données sur la langue la plus souvent parlée à la maison - nous voici devant des élus municipaux qui prennent acte de l'érosion du français et qui osent en parler publiquement, au point de s'entendre unanimement sur une stratégie pour contrer cette érosion. On a même dressé un plan d'action!
À ceux qui pourraient trouver normale une telle prise de conscience, je répondrai que ma propre ville - Gatineau, au Québec - fait face à des situations qui ne sont pas sans rappeler le vécu des résidents de Dieppe: l'arrivée de milliers de gens de l'extérieur (d'Ottawa notamment), souvent unilingues anglais. Cela s'accompagne d'une difficulté croissante de se faire servir partout en français, même au pays de la Loi 101. L'anglicisation de Gatineau se voit à vue d'oeil. On n'a qu'à consulter le tableau ci-dessous, que j'ai confectionné avec les mêmes données que celles utilisées par Dieppe. Sauf que la comparaison est ici entre 2006 et 2021. En 2001, la fusion qui a donné naissance au grand Gatineau n'avait pas encore eu lieu.
La différence, ici, c'est que le sujet du déclin du français est tabou. On ne soulève au grand jamais cette question au conseil municipal, où tous et toutes - depuis toujours - se comportent comme si tout allait bien et continuent d'approuver des tours résidentielles qui feront bientôt du centre-ville un secteur où les francophones seront minoritaires. Une extension d'Ottawa, quoi. À Dieppe, les défenseurs du français hissent bien haut le drapeau acadien. Ici, en Outaouais, défendre la langue française et le fleurdelisé vous attirera le plus souvent des invectives. On vous traitera de xénophobe, de malcommode, ou pire, de séparatiste.
Pendant ce temps, comme à Dieppe, la proportion de résidents ayant le français comme langue maternelle culbute à Gatineau: de 80% à 71% en dix ans à peine. C'est dramatique. La proportion de personnes qui disent avoir le français et l'anglais comme langues maternelles a triplé. Et la proportion d'unilingues anglophones est en hausse constante. En 2006, 5,9% de la population ne connaissait pas le français. Quinze ans plus tard, dans une ville française en vertu de la Loi 101, plus de 9% des résidents ne peuvent se débrouiller en français... Faudrait que les élus de Dieppe viennent expliquer aux membres du conseil municipal de Gatineau, avec force tableaux, ce qu'est une colonne vertébrale.
Les Acadiens de Dieppe n'auront pas la tâche facile. Au moins auront-ils la satisfaction d'avoir pris conscience du problème et d'avoir tenté de le résoudre. Ici, au royaume du vivre à genoux, le troupeau marche droit vers le précipice, les yeux fermés.
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Lien au texte de Radrio-Canada - https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2236441/recul-francais-dieppe-strategie



Bravo, M. Allard. J'ai relayé votre affichage dans ma chronique. C'est paradoxal: lorsque je parle avec les anglophones des dangers que représentent l'assimilation à Gatineau et dans Prescot-Russell, à cause de la grandeur du territoire d'Ottawa et du débordement d'ex-Ottaviens que cela occasionne, ils reconnaissent que c'est embêtant, alors que les édiles ottaviens préfèrent visiblemenet les attitudes politiquement correctes, pour ne pas perdre le moindre vote... J'ai créé une fondation il y a deux ans, justement pour faire ma part au niveau de la promotion du français, et je n'ai pas eu beaucoup de résonnance du côté de l'Outaouais, sauf pour les membres de l'Association régionale des auteur-e-s. N'abandonnez pas!
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