jeudi 29 janvier 2026

Doug Ford fustige le PQ... Silence des Franco-Ontariens...

29 janvier 2026...

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

Après la tentative du premier ministre fédéral Mark Carney de réécrire en rose l'histoire des rapports entre francophones et anglophones au Canada, voici que le pas très subtil premier ministre ontarien Doug Ford avertit les Québécois de ne pas nuire à l'«unité» canadienne en élisant le Parti québécois (un «désastre», dit-il) et en tenant un référendum rapide («inacceptable», selon lui) sur l'indépendance.

Personne ne nie à M. Ford le droit d'exprimer une opinion sur les choix constitutionnels des Québécois. Mais disons qu'elle serait mieux reçue si son gouvernement avait démontré plus d'ouverture envers les francophones dans sa propre province. On se souviendra qu'après son élection en 2018, il avait salué les Franco-Ontariens en annulant le projet de création d'un micro-campus universitaire de langue française à Toronto (la soi-disant Université de l'Ontario français) et en supprimant le poste de Commissaire aux services en français. He loves frogs. Il a dû faire marche arrière par la suite après un tollé au sein de l'opinion publique francophone mais le ton était donné. Son seul député franco-ontarien, Amanda Simard, a claqué la porte.

En tant que chef d'une province qui a longtemps persécuté sa minorité de langue française, et qui ne l'a JAMAIS choyée par la suite, Doug Ford s'aventure en terrain miné quand il garroche des conseils simili menaces aux Québécois francophones. Son choix du mot «désastre», et particulièrement du mot «inacceptable», laisse entendre un appui potentiel à quelque mesure de répression pour empêcher la réalisation du projet de souveraineté du Parti québécois. Quand on dit inacceptable, cela signifie qu'on n'acceptera pas. Ça veut dire quoi au juste? Quelque chose comme des mesures de guerre?

Comme il fallait s'y attendre, le parti des Anglais au Québec, le Parti libéral, a applaudi M. Ford. Les répliques du PQ, de la CAQ et de QS ont été unanimes dans leur condamnation du premier ministre de l'Ontario, le message central étant, au-delà des variantes partisanes, que les Québécois peuvent décider de leur avenir seuls, sans jambettes du Canada anglais.

Il est curieux, cependant, qu'aucun son cloche ne se soit fait entendre au sein des organisations francophones de l'Ontario, qui ont souvent eu maille à partir avec M. Ford en matière de droits linguistiques. Est-ce à cause de leur alliance des dernières années avec les Anglo-Québécois dans certaine dossiers de langues officielles, ou parce que l'essentiel de leur financement arrive tous les ans du Trésor fédéral, ou encore une manifestation du sentiment anti-québécois présent en Ontario français depuis les années 1960? Difficile à dire, mais le silence de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, qui aurait dû mettre Doug Ford à sa place, laisse un goût amer.

On est loin de l'attitude plus énergique prise par la Fédération des francophones hors-Québec (FFHQ) en 1977 après l'élection du premier gouvernement Lévesque, qui lui aussi promettait un référendum à la fin de son premier mandat. Je cite le rapport Les héritiers de Lord Durham: «En face du choix du Québec, les communautés francophones hors Québec éprouvent tout d'abord un profond respect à l'égard de la population québécoise. Le Québec a décidé de participer activement à l'élaboration de son destin. En ce sens, son attitude est exemplaire et les francophones hors Québec la respectent et veulent s'en inspirer.»

La dignité la plus élémentaire exigerait des dirigeants franco-ontariens de rappeler au premier ministre Ford que sa crédibilité augmenterait face au Québec s'il avait tout au moins contribué à réparer les injustices historiques infligées par les gouvernements ontariens depuis 1912 aux collectivités de langue française de l'Ontario. Injustices dont les séquelles ont laissé des traces jusqu'à aujourd'hui. Avec un peu plus de courage, les organisations de l'Ontario français auraient pu de nouveau défendre le droit des Québécois à l'autodétermination, même si l'éventuelle tenue d'un référendum devait entraîner leur adhésion au camp du «Non». 

Nous sommes à l'écoute... Bruits de criquets...


2 commentaires:

  1. En effet les choses ont beaucoup changé depuis les années 1970-1982. Je donnerai en exemple le rapatriement de la loi constitutionnelles (1980-1982).

    À cette époque l'Association Canadienne-Française de l'Ontario publiait un mensuel LE TEMPS. Voici quelques manchettes de ce mensuel:

    Audience du comité spécial sur la Constitution
    L'ACFO réclame l'article 133 et la gestion scolaire
    10 décembre 1980

    Refus de Trudeau d'étendre l'article 133 à l'Ontario
    Réaction de l'ACFO
    14 janvier 1981

    Marche sur la colline parlementaire
    Les Franco-Ontariens revendiquent leurs droits constitutionnels
    18 mars 1981

    Pour 1 million de francophones
    Non au rapatriement
    14 octobre 1981

    La nouvelle constitution:
    Consécration de l'inégalité
    18 novembre 1981

    Trahison!
    18 novembre 1981

    La riposte du gouvernement fédéral, principal bailleur de fond de l'ACFO, fut de menacer l'organisme franco-ontarien de couper les fonds au bureau provincial. Finalement le financement fut rétabli mais l'ACFO arrêtat de critiquer le fédéral. Et depuis 1982, les critiques sont plutôt faibles. Après tout on ne mord pas la main qui vous nourrit et les criquets n'ont pas chômé depuis lors.

    L'auteur de ces lignes a travaillé comme recherchiste à l'ACFO de 1981 à 1983.

    RépondreEffacer